Pacte social

« Pacte social ». Une expression qui revient dans les livres et rapports consacrés au redressement du pays. La réforme doit commencer par là. 

Et si c’était, justement, ce qui coince dans la politique de notre gouvernement ? Il divise ? Et, du coup, l’électeur divise le pouvoir pour que le gouvernement ne puisse régner ?

Comment construit-on un « pacte social » ? « Acceptabilité ». Pour certaines parties de la population, et pour des raisons qu’il ne sert à rien de chercher, certaines mesures sont « inacceptables ». L’augmentation de l’âge de la retraite, ou transférer l’indemnisation du chômage à la fiscalité sont probablement deux mesures inacceptables. 

Oui, mais dira le gouvernement, si je ne prends pas ces mesures, le pays va couler… 

Faux. Ces mesures ne sont que des moyens parmi d’autres pour atteindre une fin, qu’il convient de définir. Si nous avons mis à notre tête une « élite » intellectuelle, il se trouve que c’est, justement, pour qu’elle ne s’arrête pas aux solutions de facilité. 

Le misanthrope

Un spectacle de saltimbanques amateurs m’a fait m’intéresser à Molière. 

J’ai cru comprendre que tout était dans la façon de dire le texte. Et que, peut-être, nos pères le faisaient mieux que nous. J’ai cherché des enregistrements anciens et ai découvert une représentation de 1958. Il s’agissait du Misanthrope en costumes modernes. 

On se croirait aujourd’hui. Le Misanthrope n’a rien de misanthrope. C’est quelqu’un qui dit ce qu’il pense, ce qui est impossible en société ! Il ne veut pas fâcher, il fait des efforts héroïques pour ne pas froisser ses interlocuteurs. Mais il ne peut trahir ses convictions. « Et pourtant elle tourne ! » Qui ne s’est pas trouvé dans cette situation ?

D’ailleurs, il n’a rien d’un bouffon. C’est même quelqu’un qui est recherché, et estimé. S’il n’avait pas ce caractère impossible, il pourrait aspirer à ce que le Royaume compte de meilleur. 

Le coup de génie de Molière est de l’avoir rendu fou amoureux de son opposé. Une sorte de Boris Johnson féminin, une langue de vipère qui fait croire à chacun qu’elle l’aime. 

En quoi lui plaît-elle ? Peut-être croit-il que, derrière la frivolité de l’apparence, sa nature est fondamentalement bonne ? 

Mieux encore ? La fin qui, contrairement au genre de la comédie, se termine en pirouette. 

A moins qu’il y ait une « happy end » ? Le Misanthrope a de véritables amis. Eux ont compris qu’il fallait savoir ménager les susceptibilités. Que ce qui compte n’est pas le petit ridicule, mais la nature humaine. Aime et fais ce que tu veux, comme le dit Saint Augustin ? 

(Et que l’on corrige mieux les moeurs par le rire que par la critique ?)

Déchet toxique

M.Zelinsky en veut à M.Macron de lui avoir dit de faire des concessions territoriales à M.Poutine, lisais-je, il y a quelques temps. Puis, dans le même article : que l’Occident avait le souci de ne pas faire perdre la face à M.Poutine. 

Voilà ce que j’appelle un « déchet toxique ». Dans la plupart des cas, on n’a pas le droit d’exprimer la solution évidente à un problème. 

Comment parvient-on à traiter nos déchets toxiques ? Indirectement. En créant des conditions qui font que, de lui-même, il est contraint de disparaître. Au fond, c’est tout l’art de la politesse. Ou de la politique. 

Cadavres, placards et changement

En termes de changement, je constate une erreur systématique. On ne comprend pas ce que change le changement.

En fait, ce type de projet fait « sortir les cadavres du placard ». C’est à dire que ce qui bloque le changement n’a rien à voir avec lui, mais a trait au passif accumulé par l’organisation (mauvaises relations entre dirigeants, promotion refusée, flop de précédents projets…). 

La difficulté et la force de la conduite du changement, ce sont ces problèmes. 

Difficulté, parce qu’ils sont invisibles, mais terriblement nuisibles. On pensait installer un logiciel, par exemple, et on est harcelé de questions stupides, enfantines, irrationnelles, qui n’ont rien à voir avec le logiciel ou l’intérêt général. Je parle souvent de « déchets toxiques ». 

Résultat ? On avait confié à un technicien le projet, il semblait ressortir à sa compétence, mais il est dépassé. Il devient fou. Ce faisant, réagit à contre courant, et amplifie la résistance au changement. 

Force, parce que le changement bien mené permet de les résoudre, ce qui a une valeur extraordinaire pour la personne qui en souffrait. Et c’est pour cela que le moteur du changement, c’est ce type d’imprévu. C’est lui qui fait des alliés extrêmement puissants au changement. 

Et c’est pourquoi, il faut passer « un peu trop de temps », avec les gens (pour frapper les esprits, je dis : « perdre du temps »), pour que ces questions sortent. Et il ne faut pas être focalisé exclusivement sur le projet lui-même.  

Culpabilité

Ce qui bloque le changement, c’est la culpabilité. C’est à cause d’elle qu’il est impossible de savoir ce qui a causé la situation actuelle. Par exemple, pourquoi EDF, la SNCF ou l’Etat croulent sous les dettes.

C’est dommage. Car, cette culpabilité est déplacée. Généralement, l’idée qui a provoqué la déroute était méritoire. Ce qui a pêché était sa mise en oeuvre. (C’est ce que je constate dans mon travail.) En repartant du point initial, on peut généralement assez facilement corriger le tir. (Technique que j’appelle « tir au journal.) En effet, quasiment tout était bon.

Mais la culpabilité a des racines profondes. Elle vient de l’image que nous avons de nous. Ce dont ont peur nos dirigeants, c’est de paraître ridicules à leurs propres yeux. C’est ce que dit, selon moi, Molière dans Tartuffe. Et c’est ce qu’il me semble avoir observé.

Reste à savoir si ce phénomène a quelque chose de conscient, ou s’il ressortit à une sorte de réflexe instinctif. (Cf. billet sur la noyade.)

Cela fait du bien de dire du mal

J’ai entendu parler d’une étude scientifique qui montre que médire est bon pour la santé. (Des journalistes pensaient que cela expliquait pourquoi les Républicains disaient autant de mal de M.Fillon.)
La médisance est une technique que j’emploie, depuis mes débuts. J’encourage les gens que je rencontre dans mes missions à me dire tout le mal qu’ils pensent de ceux avec qui ils travaillent : cela me fait gagner du temps. En fait, ce qu’ils expriment ainsi c’est leur frustration. Et, en l’analysant, on découvre qu’elle révèle un problème, ou « déchet toxique », et que ce problème, s’il est bien posé, a une solution simple et efficace.
Comprendre que l’on n’est pas entouré d’incompétents malhonnêtes est une des grandes déceptions de la vie. Mais on s’y fait. 

Les enjeux de la transformation numérique selon Paul Krugman

« Uber apporte deux choses au marché des taxis. L’une est la révolution du smartphone (…) L’autre est l’entreprise dont les travailleurs sont supposés être des entrepreneurs, pas des employés, ce qui exempte la dite entreprise des réglementations conçues pour protéger les intérêts des employés. » dit Paul Krugman. « Il est sûrement possible de séparer ces deux problèmes, de favoriser l’utilisation de nouvelles technologies sans porter atteinte aux intérêts des travailleurs. »
Paul Krugman formule un des grandes questions de notre temps. Depuis les débuts de la révolution industrielle, et ses métiers à tisser, le progrès technique s’est imposé contre l’homme. Et l’on a trouvé cela normal. Et si, maintenant, on combinait progrès et droits de l’homme ? Principe de précaution bien compris ? 
(Voir L’apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz ou comment le progrès technique nous a été donné. Question qui se pose, alors : et si sa diffusion rapide s’expliquait par la volonté de détrousser ses semblables, excellente façon de gagner beaucoup ? L’innovation, c’est le vol ?)

Camus incompris

Pourquoi Camus ne s’est-il pas exprimé clairement ? Ce qu’il dit est que l’Occident est victime d’un mal : la croyance que l’absolu est réalisable. Or, cela conduit aux pires atrocités. L’antidote, c’est la nature et le peuple, l’amour de la vie et la mesure en toutes choses. (Billet précédent.)
Voilà qui aurait pu être une plate-forme de revendication formidable. En effet, on peut multiplier les preuves des conséquences de notre comportement. Quant à la seconde partie de sa thèse, elle nous brosse dans le sens du poil. C’est un extraordinaire message d’espoir.
Ce qui est surprenant est que l’on a pris Camus pour un spécialiste de l’absurde, alors qu’il est tout le contraire. L’absurde, au fond, n’est qu’une excuse pour mépriser l’autre et ce qui compte pour lui. C’est une philosophie de gosse de riche, qui casse les jouets du pauvre. Tout le contraire de l’esprit d’un Camus fier de ses origines populaires.
Surtout, pourquoi les philosophes ne s’expriment-ils pas plus clairement ? Parce qu’ils sont victimes de leur formation, qui les a conditionnés pour produire des raisonnements pseudo-scientifiques ? En tout cas, il est possible que, si l’élite intellectuelle française ne s’était pas méprise sur Camus, il ne serait pas devenu un auteur de best sellers, et personne n’en parlerait plus. Pour dynamiter la société, il faut en respecter scrupuleusement les règles ?

Déchet toxique grec

Si les négociation sur la dette grecque ne vont pas c’est qu’elles sont victimes d’un « déchet toxique ». Les Grecs, semblent-ils, ne pourront jamais repayer leurs dettes
Si la Grèce était une ville ou une région française, l’Etat prendrait probablement en charge ses dettes. Si c’était une ville américaine (comme Detroit), elle ferait faillite. Y a-t-il d’autres solutions pour une zone géographique ayant une même monnaie ? En tout cas peu de pays européens semblent prêts à aider les Grecs. Alors, faut-il attendre suffisamment pour qu’ils se fassent une raison, et qu’ils comprennent que le cas de la Grèce n’est pas aberrent, qu’une union économique va devoir faire face à beaucoup d’autres aléas et que le cas grec est un exercice d’apprentissage ?

(En fait, il est possible qu’il y ait un second déchet toxique. Beaucoup craignent peut-être que, dette ou pas dette, la Grèce, mais aussi la France et l’Italie, soit incapable de vivre autrement qu’en parasite de la zone…)

PS. En appui de ma parenthèse : histoire de l’irresponsabilité grecque

Communication et changement : effet de levier et déchet toxique

Communication et changement. Après les mésaventures Sarkozy, le succès Delwasse… 
Serge Delwasse doit redresser une entreprise qui va mal. Il a peu de temps. Diagnostic éclair : ce n’est pas une question de chiffre d’affaires. Ouf, ça va être facile. Eh bien non. L’entreprise n’arrive pas à respecter ses engagements et ses coûts. Et rien n’y fait. Un jour, il a une illumination. Il enlève les portes intérieures de la société. Ses équipes sont offusquées. Vous pensez que nous ne travaillons pas ensemble ? C’est faux. Et pour lui prouver son erreur, elles collaborent. Et l’entreprise devient rentable.

L’effet de levier est dans le déchet toxique 
Serge Delwasse a un esprit systémique. A chaque mission, il procède de même. Il identifie le déchet toxique. Et il l’attaque frontalement. Il sait que c’est là que se trouve le levier du changement. Et voilà le secret du changement d’ordre 2 ! Tant que, comme nos gouvernants ou dirigeants, vous ne pratiquerez pas l’attaque du déchet toxique, vos changements rateront. 
Mon prochain billet explique comment faire du Delwasse, sans être Delwasse…