Clean tech

Hier le club économie recevait Torben Sommer, certainement un des meilleurs experts des « clean tech ». Quelques souvenirs :

  • L’énergie éolienne pourrait couvrir jusqu’à 40% des besoins d’énergie du monde. Dors et déjà, elle fait travailler 10% du Danemark.
  • Dans les zones ensoleillées, l’électricité solaire est proche du prix des autres énergies. En France le taux de retour sur investissement du panneau solaire est de 10% (du fait des subventions de l’état), soit 25% avec « effet de levier » financier.
  • On reparle du Chinois. Il a rejoué le coup du lait frelaté : à un moment il a manqué de silicone pur pour les panneaux solaires. Il l’a mélangé avec du silicone pas pur… Aujourd’hui, le panneau solaire chinois est extrêmement bon marché. Pourtant, en dehors de la main d’œuvre, il achète tout à l’ouest…
  • La France semble bénie des dieux : côtes ventées, leader mondial du verre (Saint Gobain), Lafarge toitures, Alsthom… Et pourtant rien ne bouge dans ce monde. Il semblerait que leurs équipes soient convaincues de l’opportunité, mais que leur top management n’ait rien compris. Dommage, les clean tech fournissent énormément de grands et petits emplois, non délocalisables (beaucoup de service). Torben Sommer estime, à partir de l’exemple danois qu’elles pourraient occuper 5% de l’emploi français ! Mais handicap : l’énergie en France semble beaucoup moins chère qu’ailleurs. EDF vend l’énergie qu’elle produit trois fois plus cher en Angleterre qu’en France, par exemple.

Deux réflexions sur ce dernier paragraphe.

  1. Si la déréglementation de l’énergie triple les prix de celle-ci où est la performance tant vantée de l’entreprise privée ? (Une analyse plus détaillée : Que donnent les déréglementations ?)
  2. Notre pays fut dirigiste. Il s’est engagé dans de grands projets tels que les centrales nucléaires, l’équipement téléphonique, les autoroutes… Aujourd’hui il semble devenu muet, son cerveau s’est vidé (Style de Sarkozy). Quand est-ce arrivé ? Pourquoi ? À approfondir.

Besoin d’Oséo ?

Pourquoi Oséo ne s’intéresse-t-il plus aux start up ? J’ai relayé cette interrogation dans deux billets (Oséo se désintéresse des start up ? et Oséo se désintéresse des start up : début d’explication ?). D’après des « sources bien informées », la réponse semble être celle qui m’a été apportée par un commentaire : le gouvernement estime que le marché est mieux armé que l’administration pour aider la jeune entreprise et l’innovation. Est-ce le cas ?

Faits récents

En fait cette question me revient du fait de trois coïncidences.

  • Hier soir un ami me dit que la start up dans laquelle il travaille a trouvé l’argent qu’elle cherchait (9m€) en Allemagne.
  • La semaine d’avant, un autre ami, dont le métier est de lever des fonds, m’expliquait qu’il a en main un très beau dossier, une innovation qui a déjà un marché, qu’il séduit beaucoup de monde, mais qu’il n’entre dans aucune stratégie de fonds d’investissement français (la mode semble au développement durable). Par contre, les Américains qu’il rencontre n’ont pas d’états d’âmes, ils ne voient que la rentabilité de l’affaire. Pour le moment le dirigeant de l’entreprise hésite : il voulait de l’argent français.
  • Semaine d’avant encore, je déjeune avec Amélie Faure, qui a vendu sa société à Dassault Systèmes. C’est le capital risque qui lui a fourni ses premiers fonds. C’est Oséo qui lui a permis une traversée du désert post bulle Internet, désert dont un concurrent américain l’a sortie, avant l’achat par Dassault Systèmes.

Le marché est irrationnel et doit être éduqué

Mon échantillon n’est pas significatif. Mais j’en déduis que pour qu’un marché financier soit efficace, il faut qu’il ait un minimum de culture de l’investissement, et que le nôtre ne l’a pas encore. J’en déduis, par ailleurs, qu’Oséo (qui a aussi financé mon second cas) semble beaucoup moins soumis aux modes et aux aléas que l’investisseur privé.

D’ailleurs, qu’il soit français ou non, l’investisseur privé est irrationnel, comme l’a montré la bulle Internet, que j’ai vécue aux premières loges : les modes y succédaient aux modes, The Economist raillait les entrepreneurs d’alors, dont tout l’art consistait à refondre sans arrêt leurs business plans pour répondre aux derniers fantasmes des investisseurs.

Le marché n’est pas le meilleur moyen de stimuler l’innovation

The Economist publie un dossier spécial sur l’entrepreneuriat. 3 exemples montrent comment il peut réussir dans des cultures différentes (Lands of opportunity). Dans chacun le rôle de l’état est surprenant :

  • Certes Israël profite énormément de ses liens étroits avec les USA, mais ce qui tire son innovation c’est une industrie de l’armement exceptionnellement dynamique, que le pays voit comme son assurance sur la vie dans une situation extrêmement précaire.
  • Etrangement le Danemark et Singapour ne sont peut-être pas dans un état d’esprit très différent de celui d’Israël. L’entrepreneuriat y paraît un moyen de garder sa place (ou de défendre son modèle social – pour le Danemark) dans un contexte de globalisation. L’Etat tente de transformer la culture locale. Il a créé de gros fonds de capital risque publics, des incubateurs énormes, investi massivement dans l’éducation de ses citoyens, acheté à prix d’or à l’étranger les compétences qui lui manquaient, et, plus généralement, favorisé l’établissement de conditions propices à l’entreprise. Mais surtout, il existe une vision nationale des industries dans lesquelles il faut amener les entreprises du pays. Et une mise en œuvre qui me semble quasi militaire.

J’en retire trois idées :

  1. Une possible justification des théories de Galbraith (Société d’abondance) : le marché n’est pas un bon stimulant pour l’innovation.
  2. Dans ces trois exemples l’entrepreneuriat me semble plus poussé par la peur, par le sentiment d’une menace (risque de disparition du pays dans un cas, crainte du pouvoir destructeur du marché global dans l’autre), que par un désir positif d’enrichissement, de bien être, ou, simplement, la curiosité intellectuelle.
  3. Loin d’aller dans le sens des thèses libre-échangistes, les politiques de ces pays illustrent de manière surprenante celles des penseurs initiaux, allemands, du protectionnisme (voir LIST Friedrich, Système national d’économie politique, Gallimard, 1998). Contrairement à ce que l’on croit parfois, le protectionnisme, ce n’est pas le repli sur soi. Le protectionnisme c’est voir l’économie de marché comme une guerre entre nations. Pour la gagner il faut construire des champions nationaux qui, une fois sortis de l’adolescence, pendant laquelle ils sont protégés (d’où le nom), imposeront leurs produits aux autres nations, « à la loyale ».

Idéologie et théorie économique

Réflexion sur l’importance de l’hypothèse dans la théorie économique.

La seule chose que l’économiste ne donne pas, ce sont ses hypothèses, or, elles conditionnent ses résultats.

Le modèle anglo-saxon.

La théorie économique dominante fait l’hypothèse que l’entreprise appartient à l’actionnaire, et que le management doit servir l’actionnaire. Le problème de l’économie devient alors : comment faire que le management ne vole pas le titulaire du droit de propriété ?

Le modèle du droit français.

Pour le droit français, l’entreprise est un être vivant. Par conséquent tout ce qui nuit à ses intérêts est condamné. Ceux qui participent à sa vie ont donc des devoirs avant d’avoir des droits.
Quelle théorie pourrait s’appliquer à ce modèle ? Probablement celui du bien commun. Dans cette théorie, on ne tire du bien commun qu’en fonction de son apport. Et la liberté d’entrée sortie est sévèrement réglementée. C’est un modèle « communiste ».
Bizarrement, il semble que ce modèle soit plus scientifique que le précédent. La sociologie et la théorie de la complexité considèrent que le groupe d’hommes est autre chose que ses composants, qu’il n’est la chose de personne, qu’il est une fin, et non un moyen, selon la terminologie de Kant.

Le modèle danois

Le modèle de la flexisécurité danois fait l’hypothèse implicite que le sort de l’employé n’est pas lié à une entreprise. En cela, il ressemble à l’investisseur, qui investit où bon lui semble. Tous les deux servent l’économie. C’est le modèle précédent, mais étendu à l’économie nationale.

Comment choisir le bon modèle ?

Pour choisir le « bon modèle » (en imaginant qu’il y en ait un) l’argument scientifique n’est pas adapté. D’ailleurs, je soupçonne que dans le cas anglo-saxon, le rôle de la théorie économique est moins d’atteindre la vérité scientifique que de d’affirmer qu’elle est respectée afin d’assurer la stabilité de l’édifice social, dont la base est probablement le droit de propriété. La science est l’opium du peuple. Marx n’avait-il pas appelé son socialisme « scientifique » ?

Celui qui gagnera sera le plus fort.

Par contre, les contradictions internes d’une culture peuvent lui être fatales. La tendance du modèle anglo-saxon à la « lutte des classes » est incompatible avec ce qu’il semble entendre par « valeurs démocratiques ». De même, il ne peut pas en même temps prêcher la religion de la science et aller contre ses conclusions. La solution trouvée jusque-là a été l’hypocrisie. Elle n’est pas durable.

Complément :

  • On se méprend souvent sur le rôle de la science. Par exemple la classe ouvrière anglaise a voulu montrer à ses gouvernants qu’ils n’étaient pas cohérents avec les principes qu’ils prêchaient. On lui a répondu que c’était sans importance. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966. La particularité de la pensée anglo-saxonne est qu’elle paraît non symétrique : elle ne s’applique pas à celui qui la formule. Et Dieu créa l’Anglo-saxon.
  • La théorie économique dominante semble cohérente avec un modèle d’organisation en classes sociales. Grande illusion. Les sociétés américaines et françaises tendent à s’organiser suivant ce modèle. Parallélisme France USA. Le jeune de la classe supérieure occupe une position élevée dans l’entreprise (cf. l’Ancien régime). De ce fait il n’en connaît pas le métier. Il ne peut donc pas la développer. Il enrichit son actionnaire, et lui-même, par d’autres moyens (Le gouvernement promeut le tutorat) : réduction salariale, bulles spéculatives qui le déconnectent un instant de la réalité (Crash de 29 : mécanisme).
  • Dans le modèle du bien commun, tous ceux qui contribuent à son entretien en sont propriétaires. Governing the commons
  • Sur les fondements du modèle anglo-saxon (et notamment l’importance du droit de propriété) : Droit naturel et histoire.
  • La nature que le droit français prête à l’entreprise surprend toujours l’entrepreneur qui ne comprend pas pourquoi on lui reproche de taper dans la caisse de l’entreprise qu’il a créée. MIELLET, Dominique, RICHARD, Bertrand, Dirigeant de société : un métier à risques, Editions d’Organisation, 1995.
  • Flexisécurité : Contre la participation de Laurence Parisot.

Énergies renouvelables anglaises

Mode du développement durable (Les énergies renouvelables à la rescousse ?) : l’Angleterre pense que l’industrie de l’énergie renouvelable va créer 160.000 emplois dans les prochaines années.

Observations de The Economist (Green pound) :

  • Le gouvernement anglais comptait créer une industrie maison de l’éolienne. Pas de chance, Allemagne, Espagne et Danemark ont pris une grosse avance (et auraient créé 133000 emplois).
  • Par contre avantage décisif anglais : toute une gamme de produits financiers autour des énergies renouvelables et des droits à polluer.

Chaque pays a ses compétences propres : l’Angleterre, c’est la finance et le laisser faire, l’Allemagne, l’ingénierie et le dirigisme intelligent.
Conséquence : d’un côté quelques financiers extrêmement fortunés, et des petits boulots qui assurent les services dont ont besoin ces élus ; de l’autre des ingénieurs et des employés ?

Sur la notion de compétence clé (pour l’entreprise) : HAMEL Gary, PRAHALAD C. K., Competing for the Future. Harvard Business School Press, Édition,1996.

Flexisécurité portugaise

Réforme du code du travail au Portugal. Esprit : flexisécurité. J’ai dit plus bas que son principe est de dégager l’employé du risque de l’actionnaire. Ça marche très bien au Danemark. Pas l’air terrible au Portugal.

  • Difficile de mettre en œuvre de telles mesures en claquant des doigts. Elles supposent une organisation qui remet le salarié licencié en selle extrêmement vite. En effet, il y a alors tentation de licenciements massifs et le chômage étant payé quasiment au prix du salaire, l’assurance chômage peut vite se retrouver à genoux.
  • Ce qui signifie 1) un système d’incitation à la recherche d’emploi très stimulant 2) des méthodes de requalification (formation du chômeur) particulièrement efficaces, c’est-à-dire proches des besoins des entreprises qui ont le vent en poupe.
  • Je pense que la France n’a ni l’un ni l’autre.

Compléments :