Gallimard

Gaston Gallimard, gosse de riche, bon à rien et qui ne veut rien faire. Voilà ce qui ressort d’une interview surprenante.

Il illustre une de mes théories. Il était là au bon moment. Il se trouvait au milieu du milieu littéraire de l’époque. Ses amis ne parvenaient pas à publier leurs ouvrages. Alors il a créé la NRF. Ensuite, il a édité les livres qu’il avait envie de lire. S’il a fait de bons choix, c’est que, sans le savoir, il avait une bonne éducation – comme les auteurs qu’il publiait.

Mystère de la vie. En notre temps d’élite et de diplômes notre art est misérable, il était glorieux à l’époque du dilettante fortuné.

Chaman

Devrions-nous suggérer à nos écologistes de devenir chamans ? Car, grâce au chaman, sa communauté peut tuer des animaux en toute bonne conscience.

Le chaman parle à l’esprit de la nature, qui, en échange, lui accorde son corps, les animaux. Ce n’est pas l’adresse qui fait le chasseur, mais l’amitié que la nature a pour lui : elle met le gibier sur le chemin de ses flèches. L’homme fait d’ailleurs partie de cette nature. Et, en échange, lui aussi donne son corps, comme tout le monde peut le constater : nos forces faiblissent avec l’âge.

Quant aux pratiques du chaman, elles s’adaptent aux conditions extérieures.

(Une série d’émissions consacrée à Roberte Hamayon, découverte à cette occasion.)

Corsaire de bonne compagnie

Un certain Corbière, père du poète, s’était fait une spécialité du livre de corsaire. Il avait été lui-même corsaire pendant les guerres napoléoniennes. Il m’a rappelé un autre corsaire écrivain, de la même époque, cette fois anglais : Trelawny.

Ce que je trouve curieux dans ces deux cas est que les corsaires étaient des brutes, sans foi ni loi. En revanche, dès qu’ils se mettaient à écrire leurs aventures, les bons sentiments y coulent à flots. Ce qui me rend leur oeuvre illisible.

De la pression sociale ? De la dictature de la respectabilité ? Le libre arbitre serait-il une illusion ?

Réseaux nationaux

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Financial Times du 13 novembre

Aux temps glorieux du « world wide web », les auteurs américains pensaient que ce serait un moyen de diffuser leur culture, et leur type de démocratie.

Cette idée gagnerait-elle du terrain ? Les cultures puissantes vont-elles toutes développer leurs propres réseaux sociaux ? Conséquences ?

Top officials promote domestic messaging platform as Narendra Modi pushes self-reliance in face of US tariffs

Messianismes

Un précédent billet parlait du « slavisme » des Russes. Il semble qu’il y ait des cultures qui aient une vocation messianique.

Les USA, en particulier, ont été fondés par des fanatiques religieux. Ils demeurent une nation de croyants, préférant instinctivement le Djihadiste à la raison des Lumières (jusqu’à ce que le Djihadiste leur lance des bombes). Ces croyances semblent faire bon ménage avec les affaires. Les unes et les autres seraient peut-être étroitement liées.

Quant à la France, c’est la patrie des droits de l’homme et de la raison. Elle aussi a voulu convertir le monde.

Tout cela s’affronte et se contient, probablement, réciproquement. L’action provoque la réaction. On a besoin les uns des autres ?

En fait, les nations sont beaucoup plus complexes que ne le dit cette analyse. Par exemple, actuellement, la France des droits de l’homme et de la raison a disparu. De même, les USA n’étaient pas les mêmes avant et après Trump. Et la Russie a vécu, à la fin du siècle dernier, une histoire d’amour avec l’Occident.

Comme les êtres vivants, les nations sont prises entre des pulsions contradictoires et elles sont influençables ? Si elles ont une « nature », ce n’est que lors des crises qu’elle se révèle ? Ou, si elle ne le fait pas, elles disparaissent ?

Guerres de religions

De Gaulle pensait que le monde était un affrontement de cultures. Les Soviétiques, en particulier, poursuivaient la politique des Tsars.

L’émission de Christine Ockrent expliquait que M.Poutine n’arrêterait pas sa guerre avant une capitulation sans conditions de l’Ukraine, et, probablement, un démantèlement de l’Union Européenne. Et qu’il exerçait une curieuse fascination sur M.Trump, qui n’était qu’un jouet entre ses mains.

Faut-il en venir à de Gaulle ? La Russie s’est toujours vue comme le supplément d’âme d’une Europe portée à la folie. C’était le Slavisme. « Communiquer au monde une âme vivante, donner la vie à l’humanité meurtrie et déchirée, en la réunissant à l’éternel principe divin. »

M.Poutine mènerait-il une croisade contre la perversion qui s’est emparée de l’Ouest, verrait-il l’Europe comme l’axe du mal, un foyer de « wokisme », serait-ce en cela qu’il partagerait les idées de M.Trump ?

(D’ailleurs ne lisait-on pas que Mme Clinton, au temps où elle était Ministre des affaires étrangères, a tenté de renverser M.Poutine ? M.Obama enjoignant l’Europe d’absorber la Turquie, afin qu’elle rejoigne son camp ?)

Yankeecène

L’ère de Roosevelt a été celle de la « soft power » américaine. En particulier, il a imposé, par contrat, aux vaincus de la guerre, l’Europe de l’Ouest et le Japon, le film américain, véhicule de son impérialisme culturel.

Notre crise actuelle serait-elle celle de cette culture, qui n’est pas la nôtre ?

D’ailleurs quelle est-elle ? Avant guerre, les USA n’étaient que bulles spéculatives et crises économiques effroyables. A tel point que Schumpeter et les Robber barons s’étaient mis d’accord : seul le monopole pouvait contenir ces crises. C’est la guerre qui a fait la fortune des USA. Ils ont absorbé, en particulier grâce aux Juifs et aux Nazis, toute la science occidentale. Ils sont devenus une bureaucratie à la Max Weber. L’aboutissement des Lumières, selon Hegel.

Depuis la chute de l’URSS, il semble que l’on en revienne aux origines, à l »‘esprit » de la société américaine, pour parler comme Montesquieu. L’héritage de Roosevelt est oublié. C’est que l’on a appelé « la nouvelle économie ».

Et cet esprit est l’individualisme. L’individu est, comme Trump, mû par des « sentiments animaux ». Greed and fear, dit-on. Il profite de la faiblesse, en particulier l’amitié, mais respecte la force.

Peut-on mettre le fauve en cage ? Le dompter ?…

Folklore américain

Trump n’aurait rien d’extraordinaire. Son action s’inscrirait dans un désir de repli sur soi des USA, propre à leur culture et à leur histoire, et qui s’est amorcé il y a déjà quelque temps. Voilà ce que j’ai entendu dans l’émission de Christine Ockrent (France Culture), il y a une semaine.

Ce qui n’est pas loin d’être ce que je pense.

Même le fait de trahir ses alliés pourrait avoir des fondations culturelles. Ce blog explique comment certains entrepreneurs américains ont fait de belles affaires en considérant que l’engagement de payer une retraite n’était qu’une dette comme une autre. Il suffisait de mettre l’entreprise en faillite pour ne plus avoir à l’acquitter.

Le patrimoine génétique de l’Américain aurait-il été codé pour transformer celui qui lui fait confiance en dindon bon à plumer ?

Protéger les primitifs

La grande différence entre Anglo-saxons et Français est que les uns mettent les peuples vaincus dans des réserves, et les autres les assimilent.

Le Lévi-Strauss de Triste Tropique semble se ranger dans le premier camp. Il est vrai que toute culture est mémoire et immense richesse. Sa disparition est une perte pour l’humanité. Mais a-t-elle encore un sens lorsqu’elle ne se croit plus dominante et qu’elle ne tient que par « l’aide des pays riches » ? Triste société ?

Tabou

De temps à autre, les explorateurs du Pacifique se sont fait massacrer par les « naturels ». Explication : sans le savoir ils auraient enfreint des tabous. (En outre, lesdits naturels jugeaient que lesdits explorateurs avaient de tels pouvoirs qu’ils faisaient tout pour les conserver chez eux.)

Voilà ce que n’aurait pas pu imaginer Rousseau. A partir d’un élément apparemment simple, l’homme, la société fait un édifice complexe, inaccessible à la raison simplifiante du philosophe ?