Changer de culture

Si le Roi m’avait donné
Paris sa grand’ville,
Et qu’il me fallût quitter
L’amour de ma mie ;
Je dirais au roi Henri
« Reprenez votre Paris,
J’aime mieux ma mie, au gué,
J’aime mieux ma mie.

Alceste, dans Le misanthrope, de Molière.

Je me demande si l’on n’en est pas revenu au temps de Molière. Notre parole ne reflète pas ce que nous pensons. Elle est artificielle, elle est un jeu avec les conventions sociales.

Idem pour la cuisine ? Le hasard m’a fait déjeuner dans des trois étoiles. J’ai regretté la cuisine simple de jadis, que l’on trouve encore à l’étranger. On semble confondre le génie avec la complication. Il en est probablement de même de tout.

Et si le changement dont nous avons besoin consistait à prendre un nouveau départ ?

Cuisine

Je n’aime plus manger hors de chez moi. Pourtant, c’est moi qui fait la cuisine, et depuis longtemps.

J’ai l’impression, à tort ou à raison, que le monde de la cuisine est divisé en deux :

  • La cuisine du pauvre : tout est dans l’esthétique, ça brille, mais le contenu est une application des traités « d’analyse de la valeur » : il s’agit d’en foutre plein la vue, pour pas un rond. Quitte à utiliser, pour cela, des dérivés du pétrole.
  • La cuisine du riche. On utilise des ingrédients, crème, vieux alcools, qui donnent, par eux-mêmes, du goût. Mais il n’y a aucun talent. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas raffiné. Et le cuisinier se croit intellectuel, il se répand en propos complaisants sur l’étendue de son génie.

Le génie s’est perdu. Et il se trouvait dans une simple omelette.

Je crois qu’il tenait à l’amour. Pour prendre le cas du riche, son personnel l’aimait, et se faisait un point d’honneur à concocter des plats qu’il aimait. Quitte à se suicider, comme Vatel, si un contre-temps mettait en péril son honneur de cuisinier.

Shortbread

J’ai tenté de déduire la recette du « shortbread » de ce qui est écrit sur un paquet de ces gâteaux. Je n’ai rien compris. Une recherche chez Internet donne : 1, 2, 3 : proportions de sucre, beurre et farine. Et le résultat est meilleur que ce qu’il y avait dans la boîte.

Qu’est-ce qui explique qu’il y ait une telle différence entre l’industrie et la cuisine ? Question de conservation ? Ou « analyse de la valeur » : recherche de ce qui donnera à peu près le même goût mais coûtera bien moins ? Une autre idée ?

Fondant au chocolat

Ce blog est un redresseur de mes idées fausses. Une de plus : le fondant au chocolat.

Je soupçonnais que les fondants au chocolat du restaurant étaient une entourloupe. Combiné à la chaleur, un additif devait rendre liquide le cœur du gâteau.
En fait, je viens de constater qu’il est très facile à fabriquer, et que le centre reste mou à température ambiante.

Comment expliquer le phénomène ? Le chocolat est fondu avec du beurre, et il semble que c’est cette matière grasse chocolatée qui se concentre au centre du gâteau, et est naturellement molle. Le pourtour se durcit à la chaleur.
Le fondant au chocolat est-il sorti des équations d’un chimiste, d’une expérimentation par essais / erreurs, d’un heureux hasard… ?