Contrainte et entreprise

Les Anglais appellent cela « red tape », c’est la contrainte bureaucratique sur l’entreprise. Vendredi j’entendais le représentant de la chambre de commerce anglaise en Europe en parler. Il disait que les concessions qu’avait obtenues M.Cameron les aurait réduites. Il était apparemment embarrassé concernant l’avenir des membres de sa chambre après le Brexit. 
Ce qui est surprenant est que l’entrepreneur se bat contre les contraintes alors que sa justification, qui remplit tous les livres de management, est justement ces contraintes. Il est le seul à avoir la détermination de les dépasser. La contrainte est créative. 
Alors, augmentons les contraintes pour relancer l’économie ? Il me semble surtout, qu’il n’y a plus les conditions favorables à la croissance. La principale de ces conditions est un « filon ». Que ce soit le Far West, la reconstruction de l’Europe ou la mise au jour de la Chine. 
On espérait que les technologies de l’information créeraient une nouvelle marée, mais, pour le moment, elles semblent s’en être pris aux moteurs de la croissance. Peut-être, pensée récurrente, a-t-on atteint les limites à la croissance ?

Serions nous les pigeons de la croissance ?

Le Brexit est une question d’immigration. J’entendais un pro Brexit anglais dire que l’Angleterre avait besoin de compétences qu’elle ne parvenait pas à former. Il fallait restreindre l’immigration aux gens qui les possédaient. 
On lui a répondu que vider les nations étrangères de leurs talents posait un problème d’éthique. Je me demande, aussi, si cela n’indique pas une des limites du principe de croissance. La « croissance », telle qu’on l’entend aujourd’hui, nous demande de faire ce que nous sommes incapables de faire. Et si, comme dans les escroqueries, nous étions les pigeons de ce dont nous croyons profiter ?

Le rendement décroissant du progrès

L’homme se vante de ses prouesses technologiques. Pourtant, si l’on compare son efficacité et celle de la nature, on constate un gaspillage colossal, me disait un ami. Par exemple, un oiseau de douze grammes peut faire un voyage de deux mille cinq cent kilomètres, sans escale.

Théorie des rendements décroissants ? Notre mode de développement est-il en fin de vie ? Les limites à la croissance ? L’homme est-il capable de changer ?

Malthus avait-il raison ?

Malthus avait-il raison ? Y a-t-il une limite au nombre d’hommes sur terre ? Un article lu il y a longtemps disait que ceux qui l’ont prétendu se sont trompés. Curieusement, il ne citait pas « les limites à la croissance« . Or, sa thèse n’est pas qu’il y a une limite au nombre d’hommes, mais à notre mode de développement.
Je me demande si ce n’est pas la clé de la question. Quand on regarde l’histoire, il semble que l’espèce humaine croisse en oscillant. A des phases de développement fortes succèdent des guerres, épidémies ou autres catastrophes. Et si ces crises étaient des crises d’adaptation ? Et si ce qui compte n’était pas tant le nombre d’hommes que leur comportement ? 

Mobilisation du capital humain = relance de la croissance ?

Francis Mer dit que la solution à la crise est le capital humain. On peut modéliser le cercle vicieux qu’il cherche à enrayer ainsi. Le contrat social d’après guerre : prospérité contre taylorisme. L’homme comme machine. Puis, après la chute de l’URSS, l’homme devient un coût. On le réduit ou l’élimine. Or, c’est l’homme qui crée. Donc, on a tué la poule aux oeufs d’or. Le capitalisme s’est tiré dans les pieds. Cependant ce raisonnement est qualitatif. 
Je soupçonne que la croissance est liée à une explosion créative. C’est ce qui s’est passé plusieurs fois. C’est aussi le modèle de développement de l’entreprise à succès. Cela demande des conditions particulières. Un capital de connaissances, et une forte stimulation, notamment. (Une guerre, par exemple ?) Or, le modèle de Francis Mer me semble proche de celui de l’Asie. Un modèle qui fonctionne par amélioration continue. Plutôt propre à la répartition qu’au changement ? 
Donc, mobilisation du capital humain moins propice à la croissance, on en a perdu la recette ?, qu’à l’édification d’une société où l’homme est considéré comme un homme ?

Croissance par agression, ou par coopération ?

Une tentative pour clarifier le débat sur la croissance. 
Les limites à la croissance disent que le principe du développement humain est l’agression. Nous attaquons la nature (y compris la nôtre). Ce qu’elle nous rend violemment. Nous créons de plus en plus de souffrance. 
Ses contradicteurs ne nient pas le diagnostic. Mais ils sont convaincus que cette lutte stimule le génie humain. La « destruction est créatrice », parce que la menace de la mort nous stimule. Le mal est le moteur de l’humanité.
Ils ne nient pas non plus ses conséquences. Dans cette lutte, il y a des gagnants et des perdants. Tous méritent leur sort. Le talent est de faire payer par l’autre les conséquences de ses actes, pour en récolter les fruits. Ce n’est pas l’Occident que le capitalisme a dévasté, par exemple. Oui, il y a souffrance. Mais ce n’est pas l’Homme qui souffre, mais la vermine. 
A little more than a decade ago (…) I spoke to Mikhail Khodorkovsky, at that moment the richest man in Russia. “If a man is not an oligarch, something is not right with him,” Khodorkovsky told me. “Everyone had the same starting conditions, everyone could have done it.” (…) Though typically more guarded in their choice of words, many American plutocrats suggest, as Khodorkovsky did, that the trials faced by the working and middle classes are generally their own fault. (L’article.)
La question qui se pose est : est ce acceptable ? Est-ce durable ?
Curieusement, Schumpeter, qui est à l’origine de « destruction créatrice », pensait que non. Car, il n’entendait pas destruction créatrice comme les libéraux modernes. Pour lui, il ne s’agissait pas de détruire. Mais de réagir face aux conséquences naturelles du processus collectif de développement humain. Sa solution était une forme de communisme. Plus de concurrence, elle est inutile. L’humanité doit conjuguer ses forces pour créer et surmonter sans drames ses crises d’adaptation.
De cette réflexion sortent trois options de développement.
  • L’agression se poursuit, sans complexes. (Capitaliste.)
  • On arrête tout et on se replie sur soi. (Altermondialiste.)
  • On reconnaît que l’homme a une fonction dans la nature. Il lui apporte quelque chose qu’elle n’a pas, une sorte de « complexité ». Celle-ci peut-être obtenue sans affrontement, par coopération (sans angélisme). Le changement serait là. 
Dans tous les cas, les limites à la croissance ont probablement raison de penser que l’on doit se préparer à une violente contre-attaque de la nature. (Voir mon dernier billet sur le Libéria.)

Interrogation sur le développement durable

Nous découvrons aujourd’hui que l’homme est un écosystème. Or, la révolution pastorienne a consisté à détruire une partie du dit écosystème. Il n’est pas impossible que cela finisse par nous coûter cher. Mais, d’un autre côté, nous ne pouvions peut-être pas faire autrement, car l’invention de l’agriculture a créé tout un tas d’épidémies qui nous décimaient.

Ce n’est pas que le capitalisme qui fonctionne par destruction créatrice, mais la civilisation elle-même, me semble-t-il. Son principe paraît être « ce qui ne tue pas renforce ». Nous agressons la nature, qui nous le rend (au centuple ?), ce qui nous force à évoluer, dans la douleur. La science de l’ingénieur est une illustration de ce principe. C’est l’art de l’approximation. Quant à ses conséquences, elles seront payées par nos descendants.

Mais ce processus peut-il se poursuivre éternellement ? Et si, au prochain match retour, la revanche de la nature était d’une brutalité dont notre espèce n’arrive pas à se relever ? Ne serait-il pas temps de réfléchir à un mode de développement qui remplace l’agression aveugle par une forme de coopération ? Est-ce cela le développement durable ?

(Sur ce thème, voir les travaux de Spencer Wells. Prolongement de mon billet sur croissance et résilience.)

Croissance et résilience.

Qu’est-ce que la croissance ? Ce blog s’interroge régulièrement sur cette question. Dernière livraison :
La société est faite par une bataille entre idées. L’idée qui donne un avantage à un groupe humain gagne. Soit elle permet au dit groupe humain de dominer les autres, soit elle est adoptée par les dits autres. Jusque-là, rien de nouveau, c’est la théorie de memes de Richard Dawkins. (L’exemple de l’Arabie Saoudite.)
Cet avantage c’est la résilience. C’est à dire la capacité à utiliser l’aléa, le choc, pour se développer. Croissance. Cette idée de résilience résout de manière inattendue un problème apparemment insoluble. La cohabitation de la sélection naturelle, à court terme, avec un nécessaire souci du long terme. Adam Smith parle de « main invisible » du marché. La résilience n’en a pas besoin. La résilience fait que l’avantage à court terme est aussi un avantage à long terme !
Qu’est-ce que la résilience ? C’est une sorte de capital de transformation, une accumulation de savoir faire, d’expérience. (Je serais bien incapable de le mesurer, malheureusement.)
Autrement dit, la croissance, la vraie, serait l’augmentation de la résilience de l’espèce humaine. Plus nous croissons, plus nous devenons indestructibles. Puisque les chocs nous renforcent.
Application. L’individualisme occidental aurait pris l’avantage sur les autres cultures par le capitalisme qui est justement une accumulation. Comme le dit un précédent billet, il est possible qu’il ait permis une croissance de capacité de production. En effet, la machine, en particulier, permet d’emmagasiner du savoir-faire. Mais aussi (transport, Internet) de relier les hommes partout dans le monde, et de les faire profiter de leur savoir collectif. Et la médecine et le bien être, parce qu’ils augmentent le nombre d’individus et leur durée de vie, font croître la base installée de connaissances et de production de connaissances.
Cependant le problème de l’individualisme est que lorsqu’il manque d’opportunités externes, ou de génie, comme aujourd’hui, il se retourne contre la société et la détruit.
(D’une certaine façon, le PIB, et le mécanisme d’échange qu’est le marché sont des approximations de ce phénomène.)

Sauvons la démocratie

Démocratie en recul partout. Après des années fastes, elle a connu des déconvenues. Crise russe, invasion d’Irak, printemps arabes, Afrique du sud, Turquie, Inde dysfonctionnelle… Et ses champions, USA et UE donnent un piètre spectacle. Les nations sont attaquées du dessus, par la globalisation, et du dessous, par une multitude d’intérêts spéciaux dont le pouvoir est décuplé par Internet. Les gouvernements démocratiques réagissent par l’artifice, la dette et la démagogie. Bien triste spectacle, en comparaison d’une Chine triomphante ! Comment redonner du lustre à la démocratie ? Plutôt que de les refuser, les gouvernements doivent mettre à profit les forces qui l’ont déstabilisée. Paradoxalement, en réduisant leur pouvoir, donc l’Etat. Ils doivent réapprendre à déléguer. Vers le haut à ceux qui savent, la technocratie. Vers le bas, à ceux qui sont légitimes : démocratie directe. En maintenant un savant équilibre entre les deux.

Où va l’Ukraine ?A court terme, son problème semble la Crimée. C’est une partie de la Russie qui lui a été transférée en 1954. (C’est aussi une base russe.) M.Poutine peut-il la perdre ? Que doit faire l’UE ? Commencer par adopter une ligne commune. Aujourd’hui, elle est divisée entre pro (Chypre, Italie, Hongrie) et anti Russes (Pays Baltes et Suède). M. Erdoggan continue son rodéo avec la justice. En Italie, il semble se confirmer que M.Renzi n’a pas de programme. L’Angleterre et l’Ecosse se disputent le pétrole de la mer du nord. Contrairement à la Norvège qui possède un fonds souverain de 840md€, l’Angleterre ne semble pas avoir économisé un kopek. Les Indiens veulent se débarrasser de leur gouvernement actuel à tout prix. Le Pakistan de ses Talibans. Les Japonais vénèrent leurs Kamikazes.
Wikipediarenouvèle son management. Il doit surtout renouveler (leur nombre se contracte) et diversifier ses contributeurs. Et s’adapter à l’évolution technologique. Au Mexique, Carlos Slim illustre les caractéristiques du monopoliste. La loi semble incapable de restaurer un rien de concurrence. Tesla vend 22000 voitures par an et vaut déjà 30md$. Prochaine étape : marché de masse, voiture sans conducteur, alliance avec Apple ? Un activiste cherche à séparer Pepsi de ses chips. Les multinationales cherchent à garder le contact avec leurs anciens employés : « ambassadeurs de la marque, recruteurs et vendeurs ». L’industrie européenne des énergies renouvelables boit la tasse. Seules les éoliennes ont encore un peu de jus. Ce marché est désormais dominé par Siemens et GE. Mais toujours pas rentable. Siemens demande des subventions à l’UE. Appui à mes théories : l’avenir est à la réduction de consommation d’énergie. (Gros marché pour les entreprises de service.) Et une réglementation contraignante est un stimulant efficace. L’Internet coréen du sud est dominé par Naver, un géant, qui a mis KO ses équivalents américains. Il voudrait sortir de son marché.  (Mais il semble avoir des réflexes très coréens…) Comment éviter la fraude ? En ne cherchant pas à la dissimuler. Et en encourageant la délation. Internet essaie de mettre en relation prêteurs et emprunteurs. Cela semble fragile. Et, à mesure que l’on découvre le métier et ses risques (besoin d’assurances, de garantie…), le modèle perd ses avantages… L’avenir du container, dernière des révolutions industrielles, est aux composites, aux capteurs piezzo électriques et au suivi informatisé.
Les dettes d’un Etat sont-elles mauvaises pour la croissance ? Pas nécessairement. Principalement quand elles grimpent (comme en Chine, mais pas en Europe.) Plus de redistribution pour plus de croissance ? Apparemment oui. L’Etat sait parfois trouver un emploi plus efficace à l’argent du particulier que ce dernier (notamment lorsqu’il investit dans des subprimes)… Les Anglais veulent s’assurer que les banques étrangères sont représentées par des filiales. Et les Chinois veulent laisser flotter leur monnaie, pour favoriser l’investissement et combattre la spéculation.

Les cerveaux des hommes et des femmes ne seraient pas câblés de la même façon. D’où une différence de sensibilité à l’autisme. Une fois qu’ils ont perdu leur fourrure, les hommes ont pu éviter le cancer de la peau en devenant noirs. 

Qu'est que la croissance ?

Les limites à la croissance disent que la croissance est le mal de l’humanité. Mais ils n’expliquent pas ce que c’est que la croissance. Sinon que ce serait une sorte de tendance à la spéculation. C’est à dire à la négation des limites physiques de la nature. Ce n’est pas très satisfaisant. Une idée de modélisation m’est venue :

  • Chaque année nous produisons des produits consommables + une capacité à produire (des machines, mais aussi des connaissances nouvelles). J’appelle dans la suite les uns P, l’autre C.
  • Cette capacité à produire, l’année suivante va, de nouveau produire des produits et de la capacité à produire. 
  • Cependant une grosse partie de la capacité à produire se maintient d’une année sur l’autre (machines). Il est donc logique de penser qu’elle croit. On passe de C à C + dC, d > 0. Et la production passe de P à P + dP. Si d tend à avoir une valeur constante. On a une croissance exponentielle. 

Ceci ne résout rien, mais pose de curieuses questions :

  • La croissance pourrait avoir quelque-chose de naturel et de sain. C’est la croissance de nos connaissances. C’est le fait que nous en laissons plus à nos enfants que ce que nous avons trouvé. Ce peut-être aussi la croissance de la « résilience » de l’espèce : nous accumulons une sorte d’expérience qui nous permet de résister de mieux en mieux aux chocs, d’être de plus en plus durables. 
  • La croissance que craint Les limites à la croissance serait une croissance malsaine, peut-être parce que sa production P n’est, paradoxalement, pas consommable. Elle donne quelque-chose que la nature ne parvient pas à retraiter (thèse du berceau au berceau). 
  • Y a-t-il eu toujours croissance ou n’a-t-elle démarré que récemment ? Il n’est pas impossible que nous ayons trouvé de nouveaux moyens de stocker notre savoir (notamment les machines), qui font qu’il se perd moins que par le passé.

Ce qui m’amène à une idée encore plus étrange. Et si notre croissance actuelle était liée au matérialisme ? Il aurait fait notre fortune en nous permettant de rendre durables nos acquis. Mais il menacerait maintenant notre survie, en produisant du déchet non réutilisable. Cela signifierait alors que, si l’on veut un développement un peu plus durable, il faut réserver le non dégradable à la production de connaissances, et en faire un usage parcimonieux, et, pour le reste, s’assurer qu’il va se dissoudre dans la nature, qu’il est, effectivement, consommé. Pour une vraie société de consommation ?

Idiot ?