Qualité Intérieure Brute ?

Décroissons ! nous dit-on. Pourrait-ce avoir un effet paradoxal ?

Ces dernières décennies étaient celles du toujours moins cher, de la réduction de coût obsessionnelle.  C’était supposé stimuler la consommation. Et si cela avait eu l’effet inverse ?

Outre le fait qu’en mettant au chômage l’employé, on réduit le marché, on produit du sans valeur. Donc du petit PIB. Le rare à grosse valeur perçue (cf. le luxe : plus c’est cher, plus c’est apprécié) pourrait, qui sait ?, compenser sa rareté par sa valeur ?

Et si l’on redécouvrait l’amour du travail bien fait ?

La décroissance n'a pas le vent en poupe ?

Il n’y aurait que 20% des Français qui seraient en faveur de la décroissance. Les autres chercheraient à concilier notre mode de développement avec l’exigence de la durabilité. (Un débat organisé par France Stratégie.)

« 20 – 80 » ? Ces 20% nous ont convaincus qu’ils étaient majoritaires ?

Mais que veut dire « croissance », ou « décroissance » ? On est tous favorables à une forme de croissance : on veut que les choses aillent mieux, plutôt que moins bien. Seulement, on a le sentiment que le PIB n’est pas un bon guide. La « valeur » qu’il mesure ne correspond pas à nos « valeurs ».

Peut-on agir sur lui pour que sa croissance ne nous emmène pas dans une mauvaise direction ?

Les charmes du territoire

Discussion avec le directeur d’une agence de développement. Il attire mon attention sur un fait curieux. Un « territoire » doit donner de lui une bonne image, pour attirer entreprises, employés, investissements. Et pour connaître l’image d’un territoire, il suffit de taper son nom sur Internet.

Il fait l’exercice avec Sevran, ville où est installé un de mes clients. Voici ce qui sort, en dehors des informations pratiques, en page 1 de Google, puis en page 2 : « Sevran une ville toujours minée par la pauvreté et le communautarisme – Le Figaro ; La ville de Sevran en a «rat-le-bol» – Le Parisien ;  Sevran : abandonné dans un quartier pavillonnaire avec une balle dans la tête – Le Parisien ».

Dans les « recherches associées », en troisième position, on trouve « Sevran crime ».

Imaginez, me dit-il, qu’on propose un emploi à quelqu’un à Sevran. Ses enfants vont se renseigner. Voudront-ils s’y installer ?

En l’écoutant, je me suis demandé si le pouvoir politique n’était pas, trop longtemps, passé à côté de ce type de constatations. Et s’il ne s’était pas trompé de priorités.

Croissance de la beauté

Et si la logique de la croissance était la création de beauté ?

Qu’est-ce que la beauté ? Quelque-chose qui plaît, sans que l’on sache pourquoi. On lui accorde du prix. Mais ce prix n’est pas une mesure de la beauté. Elle est inquantifiable.

La création de beauté est le propre de l’homme ; de la communauté, même si, parfois, un seul exprime  l’âme de son temps. C’est ce que ne sait pas faire la machine, ni la raison. (Peut-être, plus généralement, le propre de la vie.)

Une idée, comme cela.

Mystères de la productivité

Qu’est-ce qui est à l’origine des gains massifs de productivité mondiaux ? Un article de The Economist, de 2001 (The Manufacturing paradox, 1er novembre 2001) répond : ce n’est pas l’automation mais de nouvelles formes d’organisation du travail.

Between 1960 and 1999, both manufacturing’s share in America’s GDP and its share of total employment roughly halved, to around the 15% mark. Yet in the same 40 years manufacturing’s physical output doubled or tripled. () 

What has changed manufacturing, and sharply pushed up productivity, are new concepts. Information and automation are less important than new theories of manufacturing, which are an advance comparable to the arrival of mass production 80 years ago. Indeed, some of these theories, such as Toyota’s “lean manufacturing”, do away with robots, computers and automation. One highly publicised example involved replacing one of Toyota’s automated and computerised paint-drying lines by half a dozen hairdryers bought in a supermarket.

Croissance infinie

Les arbres ne montent pas au ciel. La croissance ne peut pas être infinie. Denis Meadows explique que ce que nous appelons croissance est exponentiel. En conséquence, il est évident que cela ne peut pas avancer éternellement.

N’est-ce pas une erreur de raisonnement ? Je ne sais pas si Schumpeter entendait sa « destruction créatrice » ainsi, mais à la fois la destruction et la création ont pour conséquence la « croissance », au sens de l’économie. La destruction en produit moins à court terme, mais plus à long terme, puisqu’elle laisse la place, rasée, à la création. La guerre illustre ce phénomène.

En conséquence l’arbre ne va pas au ciel, il monte et il descend. C’est la technique de Pénélope.

Transformation numérique et raison d'espérer

De mon temps, on faisait des enquêtes téléphoniques. Qui répond encore à son téléphone ? Il en est de même de la pub. De mon temps, il y avait un tout petit nombre de médias. Vous y faisiez de la pub, vous étiez vu. Et maintenant ? La seule chose qui marche bien, c’est le réseau social. Mais au sens premier du terme : vos relations. Il n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui que l’on ne prête qu’aux riches.

Robert Solow disait déjà qu’il voyait des ordinateurs partout, sauf dans ses chiffres. Le phénomène s’est probablement accéléré. La digitalisation et autre ubérisation ont été une destruction destructrice. Seulement, on a toujours besoin de ce qui a été détruit. C’est peut-être là qu’il y a un espoir pour la croissance. Il va falloir trouver un moyen de reconstruire. C’est la logique d’une société pour qui faire et défaire c’est toujours croitre ?

Croissance

Le philosophe John Dewey donne une définition surprenante de « croissance ». Un nouvel homme ou une nouvelle génération choisissent un projet de vie. La croissance est la réalisation de ce projet.

Dans ces conditions, la croissance n’a jamais aucune raison de s’achever. Le précédent projet a probablement été d’acquérir les merveilles matérielles qui résultaient de l’inventivité d’après guerre. On est arrivé au bout de l’aventure. Maintenant, il faut faire preuve de créativité…

La croissance est-elle un mal ?

On a franchement l’impression que la croissance, c’est fini. Mais si cela tenait à la forme que prend la croissance ? C’est une croissance matérielle. Une croissance « spirituelle » ne rencontrerait pas les mêmes obstacles. 
Comment passer de l’une à l’autre ? Il faut parvenir à faire entrer la création de connaissances dans le circuit financier et marchand. Aujourd’hui, les bonnes idées, comme l’eau, l’air ou la terre, sont gratuites. Il faut aussi trouver un moyen pour les échanger. La connaissance ne doit plus être enjeu de pouvoir, elle doit être vulgarisée. Économie du partage ?

Connaissance en conserve

Dans ma jeunesse, on disait que le service allait se substituer à l’industrie. Mais on n’en donnait aucune justification claire. Je me demande maintenant, si la raison n’en était pas « les limites à la croissance ». Si l’on transforme le matériel en immatériel, alors, il n’y a plus de limite ! Aujourd’hui, on a beaucoup de service, mais plus de croissance. Pourtant, on dit que la connaissance croit en s’échangeant. A moins que, pour que l’immatériel se transmette à un volume compatible avec l’économie de marché, il faut qu’il soit inclus dans du matériel ? 
Le produit industriel contient déjà de la connaissance. Mais, peu. L’avenir serait-il à une enveloppe matérielle de plus en plus fine qui contiendrait de plus en plus de connaissance ? On pourrait mettre aussi la nature à contribution : la biomimétique dit qu’il y a une énorme quantité de connaissance dans le moindre être vivant. Et on pourrait inventer des objets qui créent de la connaissance par échange. C’est le principe de la société, certes. Mais on sait mal l’exploiter. 
Morale. Et si notre croissance s’était faite par destruction ? Et s’il nous restait à apprendre à utiliser le potentiel créateur de la nature ?