Enfer vert

Je découvre le sort de notre industrie. Il est inquiétant. La Chimie serait coulée par le prix de l’énergie, et l’automobile par les normes environnementales. Les PMI se retrouvent sans marché ! Seulement, elles sont des sous-traitantes par nature, donc incapables de « pivoter ». Situation sans précédent. Que signifierait, pour notre pays, et pour nous, simples citoyens, de perdre toute son industrie ? Or, pour notre Etat cigale, la bise est venue.

A moins qu’il ne réoriente ses investissements de la licorne vers l’économie réelle ?

Ce qui pose, en tous cas, une question : nos intentions ne se voient-elles pas dans le résultat de nos actes ? (Le fameux « acte manqué ».) La politique écologique de l’Europe a abattu son industrie et a fait le lit de la Chine, et même d’Elon Musk, qui profite de ses subventions.

The big one ?

Nous sommes entrés dans une période de crises. Covid, Ukraine, Inflation, Moyen-Orient… La prochaine sera-t-elle la bonne ?

Quelle pourrait-elle être ?

La France ressemble à bien des multinationales modernes. En période faste, elle dépense sans compter. Puis elle a recours aux plans sociaux. France Télécom fut comme cela : 70md de dettes dues à une folie d’acquisitions grossièrement surévaluées, puis entrée en piste des « cost cutters », qui firent payer ceux qui n’avaient rien à voir avec la crise, et suicides.

Notre président a dépensé, maintenant les fous de l’impôt ont « a licence to kill », dirait James Bond ? Et il va falloir compter avec Trump, qui veut bâtir un mur protectionniste et laisser choir l’Ukraine ? Le choc qui produit un cercle vicieux ? Le scénario grec ?

Au secours Winston ?

How will the UK government pay for much-needed infrastructure upgrades?
High energy bills and a troubled water sector trigger debate about which private finance schemes provide value for taxpayers

Financial Times du 13 octobre

L’Angleterre est dans le même état que la France. Elle se réveille avec la gueule de bois d’années de gloire. Plus rien n’y fonctionne et pourtant elle est criblée de dettes. Elle n’a pas les moyens des réparations dont a besoin en urgence le pays.

Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Pourtant la rhétorique de ses dirigeants fut magnifique. Comment, avec d’aussi indiscutables raisonnements, en arriver à une si pitoyable situation ?

Et si l’on se penchait sur notre passé ? Un peuple qui ignore son passé se condamne à le revivre, nous répète-t-on ces derniers temps. Décidément Winston Churchill avait le sens de la formule ! Faisons ce que nous disons ?

(Citation en VO : “Those that fail to learn from history are doomed to repeat it.” Winston Churchill.)

Crise ?

Inquiétude, depuis quelque temps. L’économie américaine n’irait pas si bien qu’on le disait jusque-là. Serions-nous à la veille d’une crise, qui pourrait toucher le monde ? Les bourses mondiales font du yoyo. Ce qui est le propre des temps de crise.

Curieusement, pour quelqu’un qui a toujours tort, j’ai prévu les deux précédentes crises, la bulle Internet et les supbrimes. Dans les deux cas, il y avait clairement en marche des phénomènes spéculatifs redoutables. Pour la bulle Internet, si mes souvenirs sont bons, on en était arrivé à estimer qu’une personne qui fréquentait un site web valait 40000F (6000€). Un blog (qui n’existait pas encore) avec 100.000 visiteurs aurait valu, dans ces conditions, 600m€ ! Pour les suprimes, l’idée était de prêter à des gens qui ne pouvaient pas payer, en transférant le risque.

Ce blog parle de l’intelligence artificielle comme bulle spéculative. En fait, la spéculation concernant les valeurs technologiques n’a pas cessé depuis la bulle Internet. Seulement, je ne reconnais pas les mécanismes diaboliques qui avaient cours alors. Il me semble surtout qu’il nous reste des ressources de croissance (ou de spéculation ?). L’économie mondiale a suivi des modes et les nations n’ont pas développé leur potentiel propre. En particulier la politique écologique a été particulièrement malencontreuse : au lieu de choisir la voie de la « bioéconomie », tout le monde s’est mis à construire des éoliennes, des batteries et des panneaux solaires…

Peut-être ne suis-je plus au milieu de la mêlée comme alors ? Ou le monde, comme le dit aussi ce blog, est devenu cassant, et il en faut moins que par le passé pour le rompre ? Toujours est-il, je ne sens pas venir une crise… Mais j’ai toujours tort !

Nouvelle ère ?

Private equity has become hazardous terrain for investors
The tailwind of freakishly loose monetary policy is now over

Financial Times, 15 juillet

La fin d’un phénomène qu’a étudié ce blog ? La banque centrale des USA a financé bulle spéculative après bulle spéculative. Il en est résulté le phénomène start up. Et des richesses fantastiques, généralement acquises pour avoir été là au bon endroit, au bon moment.

(La France, par mimétisme, a inventé la French Tech, et son Etat a financé massivement l’amorçage de start-up, sans beaucoup se préoccuper de leur viabilité ?)

Que va-t-il survenir ? Le « risque et l’opportunité », dans le changement, sont au moment de bascule. Depuis toujours une des caractéristiques des USA est la crise spéculative. On le dit peu, mais elle terrorisait les « robber barons » au début du siècle dernier, ce qui les a amenés à créer des monopoles. Plus tard ses crises se sont étendues au monde, et ont produit des guerres. Pourra-t-on en éviter une nouvelle, sans utiliser les fonds de la banque centrale ?

En tous cas, il y a une tentative de retour à la vertu. L’investisseur tenterait de résister à la tentation d’endetter ses participations afin de se verser des dividendes…

Private equity firms slash use of risky debt tactic to fund payouts
Use of fund-level net asset value loans to pay dividends falls 90% after institutional investors raise concerns

La fabrique de la crise

Dans ma jeunesse, on parlait sans cesse de crise. J’ai vécu dans la crise. Curieusement, nous traversons une crise, mais nous n’en parlons pas.

Jadis on disait, aussi, que la crise était financière. C’était le sujet d’étude des meilleurs économistes. Le sujet a été oublié.

En examinant notre situation (voir billets sur l’Espagne et Israël), je me demande si la crise est réellement économique. Si le mécanisme à l’oeuvre n’est pas le suivant. La crise rappelle à l’individu qu’il existe autre chose que son intérêt personnel. Qu’il n’est rien sans la société, sans l’autre. C’est un appel à la « vertu », selon le mot de Montesquieu. La société peut réagir de multiples façons à la crise, partir à la conquête du monde, comme l’Allemagne en 40, se déchirer, comme la France avant guerre, trouver une nouvelle raison d’être pacifique, comme le monde, après guerre… Entre crises, les instincts animaux de l’individualisme ont libre cours, jusqu’à ce qu’ils montent les uns contre les autres, et provoquent une crise.

D’un autre côté ces instincts animaux ont certainement une utilité. Quand un pays en manque, il finit par se replier sur lui-même, et disparaître, comme la Chine, de temps à autre.

Allemagne année 0

Je vois passer des nouvelles laissant entendre que l’Allemagne a un coup de blues. Curieusement, les agriculteurs allemands, par exemple, se sont mis à manifester comme des Français, et avant les Français !

Il n’y a qu’à demander pour être exaucé par Christine Ockrent. Son émission, Affaires étrangères, chez France culture, parlait de la question.

Si je comprends bien, l’Allemagne a choisi la rigueur. Plus rien ne va dans son modèle. Il était basé sur les exports en Chine, le gaz russe, le parapluie américain. Tout est remis en cause. Elle aurait les moyens de s’en sortir : l’avenir est à l’industrie, or elle est industrielle et riche. Mais elle est paralysée. Serait-elle atteinte du mal français ? Elle est déprimée par le spectacle d’un gouvernement sans charisme. Elle attend, sans rien faire, les prochaines élections, en espérant que M.Trump, entre-temps, ne règnera pas sur les USA. Elle pense absorber la récession. Seulement, c’est au peuple qu’elle veut en faire payer le prix. Précédent Schroeder. Et cela c’est une rupture du traditionnel pacte social. D’où manifestations, grèves et extrême droite.

L’Allemagne devient un pays normal. La génération imprégnée des leçons de la guerre disparaît. Il faut s’attendre à ce que le pays soit désormais bancal, comme les autres nations européennes.

Mauvaise nouvelle pour l’Europe. Elle ne peut plus compter sur aucun de ses sauveurs historiques, ni sur les USA, ni sur l’Allemagne. C’est l’âge des responsabilités ?

Le changement pour les nuls

Des Pays-Bas à la Roumanie en passant par la Pologne, l’Allemagne ou la France, les exploitants multiplient les actions contre le Green Deal européen et la hausse des taxes sur le gazole… Le tout, sur fond d’inflation et de concurrence des importations ukrainiennes.

Le Monde de samedi

Dans mes livres, je parle de deux types de changement. Il y a le changement planifié et le « tir au journal ».

Le changement planifié part du principe qu’il faut demander leur avis à ceux qui vont devoir appliquer le changement, et concevoir avec eux sa mise en oeuvre. Ce qui paraît simple bon sens. Kurt Lewin appelait ce changement « démocratique », par ailleurs.

Le tir au journal consiste à prendre une décision et à rectifier le « tir » en fonction des réactions qu’elle provoque.

Mais il y a tir au journal et tir au journal. La première version améliore le tir. La seconde conduit à se planquer, une fois que l’on a été pris la main dans le sac. C’est celle qu’adopte la plupart du temps notre gouvernement.

Prospective

Chaque année, je me livre à un exercice de prospective. Cette année, je suis sec.

Nous sommes toujours au milieu du gué. La nouveauté de ces derniers temps est la crise. Les épidémies, les guerres… On se croirait revenu à un Moyen-âge qui hésiterait à déverser ses calamités.

La particularité de ces crises est, à chaque fois, de révéler une nouvelle faille inconnue. Faille immédiatement oubliée dès que l’alerte est passée. Faut-il craindre une nouvelle crise, « the big one », ou, pourrions-nous être victimes d’un « battement d’aile du papillon », par exemple d’une réforme insignifiante du gouvernement, qui fasse s’effondrer le pays ?

On se lamente sur le sort de la France, mais, finalement, tout le monde va aussi mal qu’elle. A croire que la vie d’une nation est un équilibre : lorsque l’on fait bien quelque-chose, c’est une excuse pour faire mal quelque-chose d’autre ? A moins que, comme en 39, nous soyons dans une fin de cycle mondial, tout le monde étant diversement affecté par un même phénomène ? Devons-nous nous réjouir ?

Le temps n’est plus celui des belles théories mais de l’incertitude. L’histoire n’est pas écrite. Elle se joue probablement à des moments comme ceux-ci. Ce qui est préoccupant, si c’est bien le cas, est l’abattement général de la société. Elle « manque de ressort ». La France n’est pas celle de « l’étrange défaite », mais elle n’est pas très vaillante. On peut craindre, pour reprendre un vocabulaire à la mode, qu’elle soit « impactée » plutôt « qu’impactante ».

Prochaine crise

Incertitude de fin d’année.

En Ukraine, M.Poutine semble grignoter du terrain. Peut-être a-t-il eu raison de penser que l’Occident se lasserait des Ukrainiens ? Mais peut-être que la stratégie des Occidentaux est, simplement, de le saigner, de façon à lui retirer son pouvoir de nuisance. L’Ukraine serait-elle son Verdun ?

Et il y a Israël. Bien que le conflit ne se soit pas étendu, pour le moment, il est encore possible de rejouer le scénario de la guerre du Kippour, avec la crise économique qui va avec. D’ailleurs les alliés de l’Iran semblent tâter le terrain. Seulement, à l’époque, l’Occident était riche. Alors, crise de 29 ?

Une nouvelle épidémie ? Une crise innovante ?

Le problème avec les crises est, grand théorème du changement, qu’elles révèlent la nature réelle d’une société (cf. ce que dit Kurt Lewin), et, comme je le répète à qui veut m’entendre, elles font « tomber les cadavres des placards »…

(La BBC annonçait jeudi dernier que le chiffre d’affaires de l’industrie de l’armement avait augmenté de 10% en 2 ans. Ce qui ne paraît pas beaucoup, contrairement à ce qu’elle pensait, et montre probablement que nous vivons sur une poudrière.)