Le temps des crises

Un changement s’est produit il y a quelque temps : nous sommes entrés dans une période de crises. Gilets jaunes, Covid, Ukraine, inflation ?, dissolution, Trump. Quelle sera la prochaine ? Taïwan ?

Au fond, nous vivons la globalisation poussée à son absurde : l’Occident a vendu la corde pour se faire pendre. Sa logique est retournée contre elle.

Quelle en sera la conséquence ? Certains annoncent la guerre, façon Ukraine. Une crise économique ne serait-elle pas plus vraisemblable ? Les faibles, les perdants de la globalisation, se retrouveraient dans une poubelle ? On en avait perdu l’habitude.

Planification

Pierre Mendès-France parle de planification. On a oublié la raison de celle-ci. C’était les crises économiques qui ravageaient le monde, et qui ont suscité la dernière guerre.

Plusieurs solutions semblent avoir été envisagées. Schumpeter et les barons de l’industrie américains pensaient que seuls les monopoles pouvaient encaisser les chocs, d’autres estimaient que le capitalisme devait être encadré, par le plan. Comme le disait un précédent billet, en France, celui-ci impliquait la consultation d’un grand nombre de personnes, du syndicat au patronat. Il n’était pas dictatorial.

L’ère des crises semble de retour. Il n’est pas impossible que le plan doive-t-être à nouveau envisagé. (En particulier, il pourrait nous éviter le mouvement brownien actuel, successions de réformes qui se contredisent et de gestes « populistes ».) Pas un plan imposé d’en haut par des esprits supérieurs, mais un plan qui fasse l’objet d’un travail sérieux de préparation et de consultation. Un plan au sens architectural du terme, de réalisation d’un projet commun.

Rien ne va plus

« France on the brink » titrait politico.eu, hier matin.

Or, que se passe-t-il au sommet de l’Etat ? On se dispute pour trouver comment financer un système que l’on ne veut pas réformer ? Ce qui ne peut finir que par de nouveaux prélèvements ? Et par une accélération du cercle vicieux ?

Curieux spectacle. Les partis dits de gouvernement veulent profiter de la crise pour faire avaler leur chapeau à leurs adversaires. L’un veut attaquer les 35h, l’autre faire payer les riches. Ce qui ne peut que produire des conflits. Sans compter que chaque parti est ridiculement divisé en chapelles.

Les extrêmes, au moins, sont disciplinés. Apparemment, la côte de popularité du RN ne profiterait pas du chaos. Les politiques sont à la hauteur des attentes de l’opinion ?

Note de conjoncture

Voilà ce que l’on entend :

  • Le ruissellement. La politique des gouvernements occidentaux. Il faut libérer les démiurges créateurs (modèle GAFA), les premiers de cordée, parmi lesquels se retrouve naturellement notre élite gouvernante. C’est le fantasme spéculatif du château en Espagne. Depuis 40 ans, au moins, bulle spéculative après bulle spéculative, les démiurges ne créent que du rêve et aspirent les fonds destinés au progrès de la société. Cela va à l’encontre de toutes les observations (on n’ose plus parler de science, vu ce qu’on lui a fait dire !) : c’est la société, dans son ensemble, qui est créatrice, pas l’individu. Résultat : cercle vicieux et prédiction auto-réalisatrice. Déclassement de la classe moyenne, des PME, des territoires, des banlieues, et crises sociales, appauvrissement du pays, qui n’a plus les moyens d’assurer sa sécurité…
  • La transition climatique. Parent pauvre des travaux sur les limites à la croissance, elle produit deux courants. Certains disent qu’il faut tout lui sacrifier, d’autres nient la menace. En fait, nous avons tous, sauf peut-être les démiurges, maîtres et possesseurs de la nature, une conscience environnementale. Seulement, les mesures réclamées demandent aux victimes de la théorie du ruissellement de faire des sacrifices : ils se révoltent. Résultat : les courants dits « populistes » la nient. Solution de facilité.
  • L’anarchisme (quelqu’un a-t-il un terme plus juste ?). Pour lui, l’économie, le progrès, l’Occident… c’est le mal. Sous les pavés, la plage ! Raisonnement indigent. Notre société n’est qu’effets néfastes. La médecine tue, la justice condamne l’innocent et profite au criminel, la nourriture est malsaine… Faut-il les supprimer ?

Tout ceci n’aurait-il pas quelque-chose en commun ? Idéologie ? Autrement dit, rationalisation d’intérêts ? Conséquence : on n’est pas sortis de l’auberge ?

Impasse ? (A suivre.)

Prospective

Fin d’année, moment de prospective. De quoi pourrait être fait notre avenir ?

Curieusement, Donald Trump a assommé l’opinion. Hier, c’était un clown, maintenant le monde est suspendu à ses lèvres. Plus personne ne semble capable de penser. (Heureusement, les sénateurs de son camp viennent de faire preuve d’un rien d’indépendance, en lui refusant de pouvoir dépenser sans compter ? Une leçon pour le bien pensant ?)

Or, que pourrait nous promettre Donald Trump ? Un retour aux USA des origines ? Et ils étaient le pays des crises ultra violentes. Même les fameux « Robber barons » étaient terrorisés. Roosevelt et les années d’après guerre ne furent qu’une parenthèse contre nature. Rappelons-nous de 29 ?

Donald Trump ou le stress test mondial ?

Enfer vert

What can convince more consumers to buy EVs?
Carmakers and governments have spent billions trying to entice people to switch from petrol to electric, but progress has stalled

Europe’s centre right pushes to reverse 2035 ban on petrol cars
European People’s party says law aimed at boosting electric vehicle production is misfiring

Financial Times, hier

En ces temps de disette financière, on peut s’interroger sur la façon dont nous avons été gouvernés. Quelles qu’en soient les intentions.

Scénario grec

L’autre jour, la BBC disait que Mme Le Pen aurait peut-être intérêt à faire tomber le gouvernement avant que le procès dans lequel elle se trouve ne la rende inéligible.

Entre-temps, je me suis renseigné sur le scénario grec. J’avais oublié que cela avait été une crise financière. Des banques en difficultés, plus d’argent, des salaires de fonctionnaires et des retraites qui n’étaient plus payés…

D’après wikipedia les conséquences ont été effrayantes.

Selon une étude britannique, on constate depuis le début de la crise « des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus HIV et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu’ils ne peuvent plus consulter de médecins même s’ils devraient le faire ». Faute de moyens de subsistance, le recours à la prostitution est également en augmentation. Selon les chiffres compilés par le site Okeanews, de 2008 à 2014, la mortalité infantile a augmenté de 42,8 %, les suicides de 44 % et les dépressions de 272,7 %.

Les « plus modestes » auraient subi le gros du choc.

Selon un rapport de l’institut Hans Böckler, depuis le début de la crise les impôts ont augmenté de 337 % pour les plus pauvres contre seulement 9 % pour les plus riches, et les 10 % les plus pauvres ont perdu en moyenne 86 % de leurs revenus, contre 17 à 20 % pour les 30 % les plus riches.

Scénario grec ?

DRIVING THE DAY: LE PEN AND YOUR POCKETBOOK

EUROZONE CRISIS FOR CHRISTMAS? National Rally leader Marine Le Pen could have the fate of the European economy in her hands. She and her far-right party are weighing whether to vote against French Prime Minister Michel Barnier’s budget. That would not only pull the plug on his fragile coalition government, but also terrify financial markets and send shockwaves around Europe.

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You thought Greece was bad? A decade ago, huge public debt in Greece almost toppled the single-currency eurozone. It exposed how crises couldn’t be contained in one country as the economies of Portugal, Ireland and Spain teetered, and big beasts like France and Italy felt the heat, too. This time, France is the one with the debt crisis, and Germany — once the stabilizing force — is facing its own political and economic turmoil.

Politico.eu hier

Cet article s’intéresse à l’Europe, mais pas à la France. Ce qui est bien. Mais, lorsque l’on est Français, on peut s’interroger sur ce que signifie avoir été Grec il y a 15 ans.

En tous cas, les paroles de notre président peuvent laisser songeur :

Le président élu Emmanuel Macron, pour qui « la France l’a emporté » avec sa victoire à l’élection présidentielle face à la candidate du Front National Marine Le Pen, a promis dimanche soir qu’il « ferait tout » dans son quinquennat pour qu’il n’y ait « plus aucune raison de voter pour les extrêmes »

Article de 2017

Escalade

3ème guerre mondiale ? La question de la semaine. Dans la guerre ukrainienne, chaque camp essaie de prendre l’avantage. Mais comment ne pas aller trop loin ?

Le premier qui « cligne des yeux » a perdu, dit-on en anglais. C’est un classique.

Au fond, ce qui se joue est un affrontement éternel. Sparte contre Athènes. D’un côté un régime dirigiste, déterminé mais pauvre, de l’autre, la démocratie, riche, pleine de vie, mais lâche et prédisposée à la lutte aveugle des intérêts. L’un cherche Munich, l’autre le « containment ». Car elle sait qu’elle n’a pas intérêt à perdre M.Poutine.

Ce qui est à la fois un atout pour lui et hautement insultant.

(Si l’on en croit la rumeur, on se prépare à des négociations de paix, et chacun essaie d’être en position avantageuse.)

Moment Trump ?

Si l’on n’a pas de « moment Schröder », pourrait-on avoir un « moment Trump » ?

Comme il semblait déjà clair lors de son premier mandat, derrière ses provocations, se cache un raisonnement tout à fait logique : puisque ce que l’on a fait jusque là ne marche pas, il faut aller à l’opposé.

Ainsi, par exemple, lorsque l’on dit qu’il nie la science, ce n’est pas tout à fait juste. Car la science a été instrumentalisée ces derniers temps, pour faire passer en force des opinions non scientifiques, puisque la science n’affirme pas.

En tous cas, Aristote à probablement raison de dire que le contraire d’un mal est un autre mal. Seulement, au troisième coup, si l’on en croit Hegel, on peut taper juste. Trump, réincarnation de Marx ?

Pouvons-nous avoir un Trump français ? On n’en voit pas. Mais on pourrait ressentir un contre-coup de Trump. Cela peut nous tuer. Mais, il n’y a probablement qu’une menace extérieure qui puisse nous unir. A condition de ne pas repartir comme en 40.

De l’oligarchie à liberté, égalité, fraternité ? Il faudrait probablement que vienne « du terrain » une classe de gens d’action, qui remplace l’élite actuelle, perdue dans les nuages, et que la nation en revienne à un type de modèle d’intégration de tous ses citoyens, immigrés inclus, qui ressemble à celui de la 3ème République. (Modèle qui a eu cours jusqu’à récemment.)