Jacobin désertificateur ?

Une émission parlant de la Corse (France Culture) disait que l’Etat lui avait fait subir de mauvais traitements. Par exemple, en lui réservant quasi exclusivement le retour des Pieds noirs. Cela expliquerait son malaise. 

Cela m’a rappelé des interviews que j’ai faites de Basques et de Bretons. Même discours : dans les années 90, ils ont perçu le risque d’une désertification. L’Etat les transformait en zones touristiques. Ils se sont accrochés, avec succès, à leur économie. 

Au fond, me suis-je dit, la bombe est peut-être un aveu de faiblesse. Si la Corse avait su s’unir pour défendre son économie, elle n’aurait pas été réduite au plastic. 

Ce qui m’a aussi fait me demander s’il n’y avait pas quelque-chose de juste dans la pensée 68 concernant l’Etat jacobin. N’y a-t-il pas, quelque-part dans ses principes, un vice qui l’amène à transformer la campagne en désert, ou, peut-être, en réserve ? 

Corse

Discussion avec un Corse… Pourquoi les nationalistes dirigent-ils l’Ile ? Parce que les autres partis se sont compromis avec des intérêts « mafieux ». Les nationalistes remettent de l’ordre et de la rigueur. Les Corses sont moins nationalistes que pragmatiques.

(Il se passe, en Corse, à la mode locale, ce qui se passe sur le continent.)

Vote

Le Corse vote pour le nationalisme. On entend dire qu’il veut, donc, ce que veut le nationaliste. Est-ce juste ?

Condorcet a fait une théorie très compliquée pour déterminer un système de vote juste. Pour cela il a fait des hypothèses : le votant peut connaître exactement l’avenir, et trouver son idéal parmi les candidats. Dans la réalité, les candidats semblent aussi inquiétants les uns que les autres. Et, que vont-ils faire une fois élus ? D’autant que l’avenir est imprévisible. Alors, l’électeur use de « tactiques ». Je soupçonne qu’en Corse, le nationalisme fait régner l’ordre. Et il n’a pas d’opposant crédible. Les nationalistes corses sont l’équivalent de LREM, au niveau national : le seul parti qui fonctionne. Alors on leur laisse le bénéfice du doute ? D’où phénomène identique dans les deux cas : taux d’abstention élevé ?

Car il y avait un phénomène ignoré par le génial Condorcet. Le groupe humain, sans que l’on sache trop comment, parvient à se coordonner. Cela est vrai pour l’équipe sportive. Mais aussi pour la société. C’est comme cela qu’un système fondamentalement injuste finit par être efficace.

(Et c’est aussi la raison pour laquelle la démocratie n’est pas nécessairement le régime le plus démocratique.)

Le nationalisme a tout de même gagné

Le nationalisme a-t-il perdu les élections ? Quand il est français, oui, mais, pas quand il est corse ! Les nationalistes sont premiers en Corse (35,6%). Le FN, significativement ?, y fait un faible score (9%).
Que penser de cette curieuse nouvelle, qui semble laisser tout le monde indifférent ? Quel est le programme des nationalistes corses ? Article des Echos :
Notre démarche, qui va bien au-delà des nationalistes, est de montrer que ce pays est bien davantage qu’une simple circonscription administrative mais une nation.
Plus précis : 
  • « Renaissance économique. » Cela ressemble fort à de l’autarcie : « maîtriser les transports, donner la priorité à l’agriculture, à la pêche et au tourisme de qualité, tendre vers l’autonomie énergétique et investir dans la recherche et l’innovation« . 
  • « Sur un plan plus dogmatique, ils revendiquent la « corsisation des emplois », la préférence corse aux emplois à compétences égales. »

Est-il significativement moins « diabolique » que celui du FN ?…

(PS. Un chroniqueur de France Culture, le 15 décembre matin, a fait une véritable déclaration d’amour au dirigeant nationaliste : à y perdre son latin ?)