Suprématie atomique

South Korea pushes to export nuclear reactors to Europe

Asian nation seeks to become leading player in market dominated by China and Russia

Financial Times du 29 août

Il est utile de temps à autres de se pencher sur son passé… C’est une source d’enseignements.

Le nucléaire : un « autre » secteur que la Chine a voulu dominer totalement. Pour cela, elle a demandé à l’Occident de lui donner son savoir-faire. Ce qu’il a obligeamment fait.

Mais la France a aussi eu des ambitions pour ce secteur : l’EPR. AREVA était son champion. Vu de loin, il semble avoir sombré dans le ridicule. Retards invraisemblables et AREVA en faillite. Beaucoup de paroles, mais plus de compétences ? Trop d’énarques, pas assez de soudeurs ? Un pays a besoin d’autre chose que d’une « élite » ? Ce que possède la Corée du sud ?

Point curieux : les EPR construits en Chine semblent avoir marché, contrairement à ceux qui ont été installés ailleurs. Les Chinois ne seraient-ils pas que copieurs ?

Prolifération nucléaire

La Corée du sud veut devenir nucléaire. Car, peut-elle compter sur les USA ? M.Trump n’a-t-il pas dit que les USA n’assureraient pas éternellement les frais de la défense de leurs alliés ? (La BBC, ce matin.)

Une des conséquences du « désalignement » sera-t-il la prolifération nucléaire ? Si l’on suit ses intérêts, il faut être aussi capable de se défendre, seuls ?

D’ailleurs, M.Poutine aurait-il envahi un pays « nucléaire » ? Imaginons que la Russie se disloque et se trouve, elle et son arsenal, entre les mains de seigneurs de guerre, que se passera-t-il ?… Que les écologistes le veuillent ou non, notre avenir semble être nucléaire.

Les « communs » sont très à la mode. Peut-être pourrait-on considérer l’arme atomique comme l’un d’entre eux ?

La concurrence n'est plus à la mode ?

Renversement de tendance ? La concurrence ne serait-elle plus à la mode ? Toujours est-il que dans le moteur d’avion, le coût de la RetD conduit à des collaborations étroites entre motoristes, et avec leurs donneurs d’ordres. Quant à l’acacia, il s’allie avec la fourmi, qui lui sert de système immunitaire, grâce à une alliance qu’elle a elle-même conclue avec des bactéries qui sécrètent des antibiotiques. On essaie de lutter contre les crises. Elles viennent de dettes déconnectées de la réalité. « (seulement) 15% des prêts bancaires anglais sont utilisés pour des investissements en capital ». Deux pistes. Réorienter les capitaux qui s’égarent ;  augmenter la résilience du système. Par ailleurs, la crise que nous avons subie tempère l’envie de prendre des risques. D’où une chute marquée de la création d’entreprises et de l’investissement aux USA.

Si c’est une inversion de tendance, elle n’en est qu’à son début. Ailleurs, ça va toujours mal. L’Internet des choses nous menace d’Armageddon. En effet, les dites choses sont équipées d’ordinateurs et de logiciels bas de gamme plus facilement piratables qu’un PC. En en prenant le contrôle on peut aisément déclencher une catastrophe mondiale. Faute d’un minimum d’union, la politique énergétique et environnementale européenne est un désastre. La tactique de M.Assad semble payer. Il a déclenché une guerre civile qui a convaincu l’Ouest qu’il est le seul homme à qui l’on peut parler. En Egypte, les agités des deux bords ont convaincu la population qu’elle avait besoin d’une dictature. La Méditerranée de l’est possède des gisements énergétiques équivalents à ceux d’Irak. Mais, faute d’entente entre ses pays, elle ne pourra pas les exploiter. Ce qui n’a pas empêché leurs politiciens de vendre la peau de l’ours. L’Ukraine est à feu et à sang, sans que l’on voie où cela mène. La Hongrie ressemble à l’Ukraine, dirigeant populiste et imprévisible, oligarques, financements de M.Poutine… mais, elle, est au cœur de l’UE. En Italie, les leaders opposés se réunissent pour imposer au pays une réforme de sa constitution. Mais leurs plans sont d’une complexité invraisemblable. Peut-être, me suis-je demandé, n’ont-ils pas vu la cause réelle du mal : leur comportement même ? La Thaïlandesemble sur le point d’une scission. Mécontentements en Corée du Sud. Variante de la situation française ? Un gouvernement qui saurait si bien ce qui est bon pour son peuple, qu’il ne désire pas l’écouter ? L’économie espagnole irait un peu mieux. Mais une majorité de sa population est dans une situation lamentable. Heureusement que ses anciennes colonies d’Amérique latine ont amorti ses difficultés en achetant ses entreprises et en lui fournissant une terre d’émigration. Aux USA, les dépenses du NSA atteignent 75md$. M. Obama aurait décidé des réformer les apparences. La Chine s’attaque à la corruption des barons du parti. Très mauvaise affaire pour les marques de luxe. Mais la corruption n’est qu’une excuse, il s’agit surtout d’un règlement de comptes. En tout cas le pays se transforme. C’est le tertiaire qui tire désormais l’économie. Et c’est en Chine, où explose une nouvelle forme de consumérisme, qu’il faut chercher les tendances de demain : « La consommation mondiale va prendre un air chinois. Elle sera de plus en plus cosmopolite, tirée par le luxe et les ventes en ligne. » Le paradis de la truffe serait aux USA. En France elle a été tuée par la guerre et la pollution.

Changements et modèles économiques. Les fabricants de cigarettes essaient de réinventer leur modèle économique menacé par la toxicité de leur produit. C’est mal parti. L’Europe tente de trouver un moyen d’imposer les géants d’Internet. L’Etat américain les protège. Mais le mécontentement européen est grand. Un nouveau studio américain apparaît (Lionsgate). Durable ? Ou a-t-il surfé sur une vague ? L’église catholique utilise la canonisation comme arme de marketing et de politique. 

Suicide et Corée du Sud

Qu’est-ce qui cause le suicide ? Au moins en ce qui concerne la Corée, où il est exceptionnellement élevé, il semble que ce soit la société :
« Grande importance de l’apparence – avoir la bonne formation, le bon emploi, ou le bon niveau de réussite sociale perçue », le tout amplifié par les médias qui créent un « mythe du suicide », et peut-être aussi par un succès économique en marche forcée. 

À vendre pays pauvre (suite)

Il y a quelques mois, j’avais écrit une note sur l’achat des terres des pays pauvres. L’affaire a évolué. Ce que dit un chercheur :

  • La tactique initiale, que j’assimile à celle du passage en force, a échoué. Elle consistait en des négociations entre gouvernements, sans se préoccuper des droits des petits propriétaires. Il en a résulté un mécontentement populaire, qui a notamment fait échouer les projets Madagascar / Corée du sud (1,3mha), Philippines / Chine (0,5mha), Indonésie / Arabie Saoudite (1,2mha).
  • Il serait mieux, en quelque sorte, de faire des pays pauvres des pays riches : de leur apporter les techniques qui permettent de développer leurs capacités agricoles. Tout le monde y gagnerait. Leurs ressortissants mangeraient à leur faim ; leurs clients auraient accès à des sources d’approvisionnement beaucoup plus fiables et abondantes que par la méthode précédente, sans risque de révolte.

C’est la loi fondamentale du marché : plus l’autre produit, plus on peut lui vendre. Espérons qu’elle sera comprise.

Innovation et culture

Olivier Ezratty, qui revient d’un voyage en Asie (délégation emmenée par Nathalie Kosciusko-Morizet), observe que la manière d’innover d’un pays est marquée par sa culture (Retour de Corée et Japon – culture et innovations).

  • Japon replié sur lui-même. D’où, notamment, un énorme intérêt pour la robotique. Le robot évitera d’avoir recours à un personnel immigré pour s’occuper des personnes âgées.
  • Quant à la Corée, reconstruite à neuf, elle aime la nouveauté. 

La Chine sort de l’économie de marché

L’offensive mondiale de la Chine pour « sécuriser » ses matières premières :

Production de minerais et d’énergie : la Chine achète tout ce qu’elle peut. L’Australie est en coupe réglée (Rio Tinto, Fortescue Metals, OZ Minerals…), le Brésil presque autant, le pétrole de Sibérie va profiter d’une exploitation chinoise…

Tout cela est rendu nécessaire par une relance qui construit de l’infrastructure. Ou par une volonté de s’extraire du diktat d’une très dangereuse économie de marché (Stratégie de la Chine) ?

Complément :

À vendre, pays pauvre

Article que m’expédie Dominique Delmas. On y dit que les pays riches (Chine, Corée du Sud, Pays du Golfe), qui n’ont pas de les terres pour nourrir leurs populations, achètent celles des pays pauvres, qui n’ont pas plus les moyens de nourrir les leurs.

Nouvelle forme de colonialisme : la Corée achète ainsi la moitié des terres arables de Madagascar ! (J’ai entendu un Malgache dire, sur RFI, que la Corée ne paierait même pas d’impôts !)

Ces terres sont payées. Ce sont les lois du marché, non ? Ce sont celles de l’offre et de la demande.

On ne pouvait pas rêver de démonstration plus claire de ce qu’elles permettent aux riches d’exproprier les pauvres !

D’où une question : voulons-nous subir les lois du marché, suivant la doctrine fondatrice de l’économie moderne (cf. la Main invisible d’Adam Smith), ou mettre le marché au service de l’humanité ?

Plus exactement, ne serait-il pas judicieux que nous cherchions à maîtriser les effets dévastateurs du marché, avant que ceux qui en sont victimes ne nous fassent payer leur mécontentement ?

GROSSACK, Irvin M., Adam Smith : His Times and Work, Business Horizons, Août 1976.

Consensus de Washington

En préparant l’intervention de Dimitri Uzunidis concernant la Russie, j’ai découvert une expression inconnue : Consensus de Washington.

  • Elle viendrait de l’économiste John Williamson. Il a résumé ainsi ce que pensaient alors les cercles dirigeants de la finance américaine (donc mondiale) : on savait désormais comment rendre une économie prospère. Le consensus était une liste de 10 recommandations sensées faire l’unanimité chez les experts. Dans les faits des divergences sérieuses demeuraient. Le seul consensus était probablement que l’économie de marché avait définitivement triomphé et qu’on avait là le moyen de sauver les pays pauvres. Ensuite tout ne serait qu’une question d’ajustements mineurs.
  • Mise en œuvre enthousiaste. Et série de crises majeures : Turquie, Venezuela, Argentine, Mexique, Corée du sud, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Russie et Brésil. À chaque crise, on découvre une faille, a posteriori ridicule, dans le modèle. Et il évolue et se complexifie. À chaque fois on croit possèder la martingale gagnante. Nouveau drame humain.
Réflexions personnelles… Ce que prêchait le Consensus de Washington ressemble étrangement aux idées qui couraient au temps de la Nouvelle économie : on disait, aux USA, que le capitalisme ayant gagné le monde, il n’y aurait plus de crises. Qu’il fallait installer partout la « destruction créatrice » du marché, détruire les grandes entreprises, ou, du moins, remplacer leur fonctionnement interne par un marché. Enron, et les start up Internet donnaient raison à ce modèle. Quand il s’est effondré, le gouvernement américain a réduit les taux d’intérêts pour prévenir une crise. D’où nouvelle bulle spéculative, « les subprimes ». D’où nouvelle réduction de taux. Et le gouvernement va au secours des institutions financières ébranlées par les conséquences de leurs malversations. Il envisage même de les nationaliser (ce qu’a fait l’Angleterre avec la banque Northern Rock)… Je tire de cette observation deux idées :

  1. L’Américain est pragmatique. La fin justifie les moyens est probablement son idéologie fondamentale. S’il doit en venir à la nationalisation et au socialisme pour réussir, il le fera. De même il serait faux de parler d’une théorie économique. Rien n’y est figé.
  2. Le Français, par contre, a besoin de certitudes : toute son éducation lui dit qu’il existe une « seule bonne solution ». Le succès apparent des Américains lui fait croire qu’ils l’ont trouvée. (Il est d’autant plus abusé que les bulles spéculatives peuvent durer plus d’une décennie.) Il adopte quelques idées qui semblent y courir. Mais parce qu’il n’est ni habitué à douter de ce en quoi il croit, ni très soucieux de ce qui se passe à l’extérieur, il ne les voit pas évoluer. Comment arriver à faire que la lenteur française ne soit pas victime de « l’innovation américaine » ? Je suggère un Institut Pasteur du risque financier. Il analyserait en permanence les nouvelles idées américaines et les évaluerait. Son travail serait simplifié par le fait que l’Américain a relativement peu de mémoire : certaines idées font des retours réguliers. Cet Institut pourrait ensuite alimenter en quasi certitudes le reste de la nation.

Pour en savoir plus:

  • L’origine principale de mes informations sur le Consensus de Washington : Moises NAIM, Fads and fashion in economic reforms: Washington Consensus or Washington Confusion?, Third World Quaterly, Vol 21, N°3, 2000.
  • Kevin J. STIROH, Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet – Août 1999.
  • Stephen B. SHEPARD, The New Economy : What It Really Means, Business Week, 17 Novembre 1997.
  • Gary HAMEL, Reinvent your company, Fortune, 12 Juin 2000.