Le mal du changement ?

A l’occasion de la guerre ukrainienne, on découvre avec stupeur que l’affreux Poutine a bien plus d’amis que l’Occident. 

Cela tient, peut-être, au « consensus de Washington« . Lorsque le mur de Berlin est tombé, l’élite intellectuelle américaine a compris que le capitalisme avait gagné. Il fallait maintenant réformer le monde. Réformes d’apprentis sorciers qui ont dévasté les pays qui ont cru à la sirène anglo-saxonne. Depuis, ils ne rêvent que de lui faire la peau, à elle et à ses collabos. 

Paradoxalement, le consensus n’en était pas un. Au delà de la victoire du capitalisme, il n’y avait aucun accord entre tous ces grands esprits sur ce que cela signifiait. 

Voilà le propre du mauvais changement : masqué par un discours compliqué, se trouve un acte de foi simpliste, ridicule, et ultra dangereux. Une forme de ce que Nietzsche a appelé « volonté de puissance ». 

Le malheur de notre société ? Elle n’est pas équipée d’un Institut Pasteur capable de détecter l’émergence de tels dangers. 

S’il existait, il aurait probablement trouvé, derrière la French tech, l’Industrie 4.0 et autre 5G, une forme de « jeunisme ». Tout ce qui est nouveau est bien, tout ce qui est traditionnel est à jeter. 

Du marché

En 1989, on a parlé de Nouvelle économie. Les observateurs y ont reconnu une résurgence du millénarisme : le capitalisme s’installait, nous étions partis pour mille ans de croissance à 4%, sans crise. (C’est écrit noir sur blanc dans les magazines de l’époque.)

Il y a eu des crises. On a douté. Peut-être à tort. Le pays des révolutions, le berceau de l’URSS, a élu quelqu’un qui aurait pu travailler pour Goldman Sachs. Au moment où l’on parle de développement durable, on a peut-être trouvé la recette du capitalisme durable. Tout est acceptable par le peuple, d’inégalités grandes à un changement de moeurs radical, à condition qu’il profite d’un minimum de confort.

Terreur, révolutionnaire et consensus de Washington

La Terreur est une des grandes tâches de l’histoire de France. Que s’est-il passé ?

Si je comprends bien l’article en référence ci-dessous, le terme a été inventé après coup. 1793. La République est menacée de toutes parts. Extérieur et intérieur. La Convention ne sait plus à qui se fier. Elle parle de semer la terreur chez l’ennemi. Elle crée une armée pour cela. Mais surtout pas à l’intérieur. C’est la panique qui conduit au bain de sang. Il aurait d’ailleurs pu être évité. En effet, on a pensé un instant « ostraciser » plutôt que décapiter.

Surtout, il semblerait que les révolutionnaires aient été bien mal préparés à gouverner. Un peu comme les hommes du consensus de Washington, c’étaient des intellectuels. Ils avaient vécu très loin du pouvoir. Ils semblent avoir cru que gouverner était appliquer des théories. Dans leur cas quelque-chose qui ressemblait à la vertu stoïcienne. Or, non seulement ces théories n’étaient probablement pas un substitut à l’expérience, mais, surtout, elles étaient impossibles à mettre en oeuvre. Car leurs principes conduisaient à des contradictions. Ce qui était aussi le cas pour le consensus de Washington.

(L’article : Annie Jourdan, « De la vertu en politique », La Vie des idées, 24 avril 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/De-la-vertu-en-politique.html.
Le consensus de Washington.)

La responsabilité de l'Europe dans la crise financière

Les Européens racontent qu’ils sont les innocentes victimes de la crise, alors qu’ils y ont massivement contribué. Voici ce que dit The Economist dans une publication qu’il destine aux étudiants.

Il me semble qu’il y a une façon de réconcilier les deux points de vue. Le « libre échange » qui est, justement, le combat de The Economist. Dans les années 90 on nous a parlé de nouvelle économie et de consensus de Washington. Le marché avait gagné, il fallait tout déréglementer pour lui laisser les mains libres. C’est ce que le monde a fait, l’Europe continentale en tête. La crise est la constatation que ce modèle ne marche pas. Dans ces conditions il y a, comme avec le nazisme, deux types de responsabilités. Celle de ceux qui ont été à l’origine du concept, et celle de ceux qui ont collaboré à sa mise en oeuvre.

Iraq et Russie, même combat ?

Anniversaire de la guerre d’Iraq. Je vois passer pas mal d’articles disant que l’affaire fut un attrape nigauds. Elle a coûté très cher aux USA. Et elle a créé un chaos et non une démocratie.

Ce qui m’a fait penser aux réformes russes, qui ont, elles-aussi, abouti à un désastre. Je me suis demandé si, dans les deux cas, les réformateurs venus des USA n’ont pas détruit les Etats préexistants pour les remplacer par des marchés. Et si l’Etat était un élément nécessaire à la civilisation et à la paix ?

Sans aller jusqu’aux procès de Nuremberg, n’avons nous pas un devoir d’inventaire, comme l’on dit aujourd’hui ?

Chavez et le consensus de Washington

J’entendais dire ce matin que l’élection d’Hugo Chavez avait été l’effet du consensus de Washington. Lorsque le mur de Berlin est tombé, les Américains ont pensé que l’histoire était finie, que le capitalisme avait gagné. Il ne restait plus qu’à l’installer proprement partout. Une série de crises s’en est suivie. La nôtre étant la dernière en date.

En conséquence, les gouvernements libéraux sont tombés les uns derrière les autres. En Amérique du sud, Hugo Chavez n’a fait qu’amorcer le mouvement.

Rejet du capitalisme ? Dans One hundred years of socialism, Donald Sassoon dit que le socialisme a rendu acceptable le capitalisme. Le capitalisme survit grâce à des oscillations gauche – droite ? Le capitalisme, ce sont ces oscillations ? Il en était peut-être de même de M.Chavez. Il était à la fois dictateur et démocrate. Carotte et bâton. Apparente contradiction qui lui a assuré un long pouvoir ?

De la globalisation à la parcellisation ?

Les trente dernières années du monde ont été marquées par ce que l’on peut résumer par le « consensus de Washington ». C’est-à-dire la domination du libre échange et de la démocratie anglo-saxonne. Ce modèle a connu une crise majeure. Or, aucun modèle ne peut survivre à une crise. Les forces qui vont le renverser sont certainement en cours de constitution. Peut-on apercevoir ce qui pourrait les alimenter ? Tentative d’exercice de prospective :

  • La démocratie  a été pervertie pour servir de rouleau-compresseur au libre échange. Elle est vue comme une hypocrisie par les puissances montantes (à commencer par la Chine).
  • Au Moyen-Orient, s’affrontent des forces extrémistes islamistes. Elles remplacent des dictatures dont l’ambition avait été d’occidentaliser leurs pays (Iraq, Syrie, Égypte, Tunisie…). Que mettront-elles à leur place ? L’Islam, avec ses variantes infinies qui se haïssent toutes, est probablement plus explosif que le christianisme des guerres de religion.
  • Le Japon, le meilleur converti à l’occidentalisme, est en dépression quasi suicidaire.
  • La Chine pourrait devenir une grande puissance pauvre. Viserait-elle à atteindre la taille qui lui permettra de tenir l’Occident et son modèle en respect ?
  • L’Inde est un chaos au contact de poudrières, le Pakistan et l’Afghanistan.
  • Quant à l’Occident, il se bat contre lui-même. Les Républicains américains pensent que les démocrates sont le mal. En Europe, le nord veut se séparer du sud. Les pays victimes de la crise se déchirent.
Tout cela semble signifier un repli sur soi généralisé. Qu’il soit instable ou non dépend peut-être de ce que l’Occident arrive ou non à se réconcilier avec lui-même, et à contrôler l’irresponsabilité (revendiquée) de la classe financière anglo-saxonne. En effet, il n’y a pas beaucoup d’autre groupe social désireux d’assurer la concorde internationale

Refonder notre société sur la pensée des Lumières ?

Notre société redécouvrirait-elle la pensée des Lumières ? Le philosophe Dany-Robert Dufour, par exemple, pense que nous devons repartir de ses idéaux, dévoyés par la suite. Curieusement, ce blog, lui aussi, explore cette période de notre histoire.

Au fond, rien que de très normal. Toute crise démontre l’inefficacité des dogmes dominants. En les mettant en cause on revient naturellement à leurs fondations. Or, pour la partie laïque de notre société, ces fondations sont les Lumières, l’affirmation que l’homme ne doit remettre son sort qu’à la seule raison.

La question qui se pose, d’ailleurs, n’est peut-être pas tant : avons-nous correctement exploité ce principe ?, que, qu’entend-on par raison ?

Une tentative de réponse minimale :

  • Ce que désiraient les Lumières est que l’humanité cesse de s’entr’égorger et adopte le principe « universel » selon lequel l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Or, ce qui a justifié, et justifie encore, tous les drames humains, c’est l’idéologie, un principe transcendant auquel l’individu s’abandonne aveuglément. Et cette idéologie peut aussi bien être une religion figée dans ses certitudes que des dogmes tels que le marxisme, la main invisible du marché ou le Consensus de Washington.
  • Quant à la raison, elle me semble avoir une définition modeste. Une définition qui était peut être celle des Grecs. À savoir que lorsqu’un groupe de personnes est en conflit, en discutant avec les uns et les autres, il est possible de trouver une solution qui les satisfait tous. Une solution « raisonnable ». La seule condition nécessaire et suffisante étant qu’ils soient d’accord pour chercher cette solution.
Compléments :
  • De la pensée grecque et de son application, le droit romain : un billet.
  • Une clé de lecture des travaux d’Elminor Ostrom ? 

Les hommes qui voulurent être rois

Je perçois l’élite anglo-saxonne comme les héros de la nouvelle de Kipling, L’homme qui voulait être roi : elle a cru pouvoir dominer le monde comme jadis l’Anglais dominait des peuples inférieurs (son prolétariat et ses colonies).
Le Consensus de Washington, la nouvelle économie, Jeffrey Skilling et Enron… c’était cette élite, fort brave d’ailleurs, à la conquête du monde. Car, contrairement à notre idéologie française qui croit à des principes universels, scientifiques, celle de l’Anglo-saxon lui dit que « qui veut, peut ». Qu’il est un élu dont la fin justifie les moyens. Contrairement à nous il n’est pas victorieux parce que juste, mais juste parce que victorieux. Il doit façonner le monde à l’image de ses rêves, de boutiquier.
Aujourd’hui la désillusion doit être grande. Cette élite doit voir avec inquiétude, comme Hayek après la seconde guerre mondiale, s’approcher de sa belle liberté l’ombre hideuse de la société de médiocres qu’elle n’a pu asservir .
Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.

Le miracle n’en était pas un

Ça se confirme : ce que l’on nous a présenté durant des années comme un renouveau de l’économie n’était que poudre aux yeux :

Pendant la dernière décennie, la croissance de l’emploi aux USA a été inférieure à celle de la population, en très net décalage par rapport aux précédentes périodes de croissance.

Aujourd’hui, le chômage long a atteint un niveau inconnu depuis près de 40 ans (le double du précédent maximum).