Confiance

Autour de l’an 1000, un groupe de marchands juifs s’était installé dans plusieurs pays. Ils communiquaient entre eux, à la vitesse des lettres de l’époque. Mais c’était suffisant. Ils étaient parvenus à faire du commerce à distance, sans avoir à se déplacer. Leur innovation avait été de jouer sur la réputation de leurs agents. Si ceux-ci leur faisaient un mauvais coup, ils étaient discrédités. Ils n’avaient plus de travail.

En écoutant cette histoire, j’ai pris conscience de l’importance de la confiance dans notre société. Certes, je constate que plus personne ne tient parole, mais, tout de même, notre société est un dispositif extraordinairement dépendant de la confiance, qui, au Poutine près, marche tout de même bien.

(L’émission : The trust shift, Rachel Botsman, BBC4.)

Sécurité

Nous, les Occidentaux, avons connu l’illusion de la sécurité. Mais ce n’est plus le cas. Le philosophe Ben Ansell traitait de cette question. (The Reith lectures, la BBC.)

A l’Aristote, il pense que le bon chemin est entre les extrêmes : dictature ou anarchie. Et ce bon chemin est celui de la confiance.

Et, effectivement, l’Occident semble s’être quelque-peu laissé sombrer ce dernier demi-siècle dans « l’anarchie », ce qui a provoqué une réaction dictatoriale.

Mais comment rétablir la confiance ? La « leçon » ne me semble pas contenir de recommandations très pratiques. Une idée : on a confiance en quelqu’un lorsque l’on partage ses valeurs.

Je crois aussi que la confiance est une question d’équipe. Pour qu’une équipe gagne, il lui faut un objectif commun, un objectif fort. Il lui faut aussi des règles internes, que chacun trouve « justes ».

C’est aussi une question de confiance en soi et d’engagement : chaque joueur doit savoir ce qui fait sa force unique, sur quoi il peut s’engager, en étant certain de tenir parole.

Confiance

La devise de la Bourse de Londres est “my word is my bond” – je n’ai qu’une parole. C’est probablement celle du capitalisme : pas d’affaires sans confiance. En France, il est exceptionnel que quelqu’un tienne ses engagements. Par exemple, il est devenu fréquent de ne pas venir à un rendez-vous que l’on a sollicité. Ou de ne plus répondre à un échange de mails. Et cela quel que soit l’âge, le degré d’éducation et le niveau de responsabilités de la personne.  

Fable du lion et du rat ? Ceux qui ont ce comportement comprennent-ils les conséquences qu’il peut avoir ? Car, si nous ne pouvons pas leur faire confiance, ils ne pourront pas, non plus, compter sur nous, et nos réseaux. Et, le jour où l’on nous demandera notre avis sur eux, nous donnerons le conseil de s’en “méfier”.

Il est évident, sans même être la bourse de Londres, que la confiance est le ciment d’une société. Sans elle, c’est le chaos. 

En période de bouleversement social, il est d’usage de citer Thucydide et ses propos sur la manipulation du discours. Aujourd’hui, ce sont des règles bien plus fondamentales que celles concernant le langage qui sont attaquées.

Notre pays fait penser à une entreprise familiale de troisième génération. Entreprise de rentiers qui n’entretiennent pas leur bien ?

Ayons confiance, tout de même ?

Espionnage

Espionnage au moyen-âge, sujet de Concordance des temps de France Culture, il y a quelques-jours. Il se trouvait qu’une émission de la BBC concernant un espion russe passé à l’Ouest m’avait fait m’intéresser au sujet, juste à ce moment.

L’espionnage est quelque-chose de totalement contre-intuitif. En fait, le système de renseignement est un danger en lui-même pour sa propre nation. En effet, l’espion est soumis à la tentation, à peu près irrésistible, de trahir. Or, étant à l’intérieur du système de renseignement, il sait beaucoup plus que le simple citoyen.

Et il trahit pour des raisons, elles-aussi, contre-intuitives. En effet, on trahit, en général, parce que l’on pense que sa nation trahit ses propres valeurs ! Le meilleur représentant de votre nation est probablement le moins bon espion !

Mieux : il faut plus vous méfier de vos amis que de vos ennemis. En effet, vous êtes plus facile à espionner par les premiers que par les seconds, et ceux-ci protégeront ensuite beaucoup moins vos secrets que les leurs.

En bref ? Un réseau d’espionnage est probablement un réseau de confiance, qui se construit et se reconstruit sans cesse. Tous ceux qui lui appartiennent, à commencer par le roi de l’ancien temps, sont des espions.

(Il se trouve que j’ai eu à me renseigner, tout au long de ma carrière, sur la concurrence d’entreprises avec lesquelles je travaillais. J’ai constaté qu’il n’y avait pas besoin d’espionner pour apprendre beaucoup sur elles. Il suffit de s’intéresser à « l’autre »…)

Tiers de confiance

Il y a quelques années, j’ai découvert le mot « tiers de confiance ». J’aurais bien du mal à en donner une définition. Mais j’ai repensé à cette expression à l’occasion d’une émission de la BBC. Il s’agissait d’une enquête policière à l’époque victorienne. A chaque fois que l’on voulait se renseigner sur une personne, on demandait son avis au pasteur de la paroisse à laquelle il appartenait. Il avait un rôle de témoin de moralité.

Qui pourrait jouer ce rôle, aujourd’hui ? Probablement personne ?

Marché et confiance

L’autre jour, j’entendais Steve Wozniak déclarer que le danger de l’Intelligence artificielle n’est pas le chômage, mais la confusion (informations de BBC 4). ChatGPT peut faire passer des vessies pour des lanternes. Avec tout ce que cela signifie en termes d’escroquerie.

Le nom du changement que vit notre humanité est peut-être là.

Nous découvrons que nous sommes dans un monde extraordinairement hostile. Pour être trivial, les Russes et les Chinois veulent notre peau, les Américains, les Turcs, les Indiens et quelques autres, notre chemise. Et pourtant nous ne pouvons que travailler avec eux. Nous en sommes dépendants. Et cette situation se retrouve à toutes les échelles de la société. Les achats de la grande entreprise, par exemple, ne rêvent que d’essorer leurs fournisseurs.

Après le temps du marché mondial, de concurrence parfaite et de vente de corde pour se faire pendre, nous en arrivons à celui de la confiance ? Nous devons construire des réseaux de coopération, qui permettent de combiner à la fois efficacité et sécurité ?

Friendly shoring

Après « off shoring » il y aurait « friend shoring ». 

On ne commercera plus qu’avec les pays qui ne risquent pas de faire défaut. On parle même d’un internet fragmenté… Après la société de la performance et de la « supply chain » du moins disant, on entre dans la société de la confiance ? 

Il serait intéressant d’étudier la question sous son aspect théorie des réseaux. Il est possible que ce qui fait leur résilience tienne aux liens de chaque noeud avec ses voisins immédiats. Ce n’est que lorsque chaque écosystème est solide qu’il peut envisager avec confiance d’établir des contacts un peu plus distants : il sait que ses risques sont limités ? 

Confiance et coopération

Le mal de la France, c’est que le Français considère le Français comme un ennemi. Ailleurs, dès que l’intérêt collectif est en jeu, on se sert les coudes. 

Question qui pourrait être de simple survie, pour notre pays : comment inverser les choses ? 

F.Mauriac, dans ses Mémoires intérieurs, a peut-être une réponse. C’est un croyant convaincu, qui a trouvé la lumière. Et, comme Dieu, il juge tout le monde par rapport à ce critère. Mais il accorde des circonstances atténuantes aux auteurs qui ont du talent, et qui ont du succès. (Sachant, comme il le dit, que le succès est fait par trois mille personnes, en France.)

Et si c’était le parcours du combattant qui faisait l’estime ? La raison du bizutage ? Et si le Français n’estimait pas le Français parce qu’il estimait, lui-même, être un escroc ? Et si la fraternité avait pour cause la confiance en soi ? 

Gendarme et voleur

Quand j’étais petit, je jouais au gendarme et au voleur. Ce qui m’a toujours surpris, c’est que mes camarades préféraient être les voleurs. Il est stimulant de défier l’autorité ?

J’ai l’impression que c’est dans l’air du temps. Que peut faire Boris Johnson, sinon un mauvais coup ? Mais pourquoi s’en priverait-il ? S’il est pris, il devra se conformer à ses engagements. Sinon, il aura gagné. Et voilà pourquoi nous soupçonnons notre gouvernement de nous cacher quelque chose : fors l’honneur, qui ne compte plus, il n’à rien à perdre. 

Mais, au fond, n’est-il pas plus stimulant de jouer le gendarme que le voleur ? Car le gendarme, lui, ne peut jamais gagner définitivement. Et revanche, une seule erreur peut être fatale. Le gendarme vit les mêmes sensations que l’alpiniste à mains nues ? 

Réconcilier la France

Réconcilier la France. C’est le sous-titre du livre d’Emmanuel Macron. S’en souvient-il encore ? 

Non seulement il n’a pas réussi, mais ses décisions jettent de l’huile sur le feu. 

France, cas désespéré ? Illusions de campagne ? Ou faut-il garder le cap, c’est en cherchant que l’on trouve ?

(Phénomène bien connu pour celui qui s’intéresse au changement : il a peut-être mis le doigt sur le problème du pays, mais l’idée initiale qu’il avait pour le résoudre n’était pas la bonne…)