70 et 68

La biographie de George Sand rappelle une vérité que l’on a peut-être oublié : en ces temps là, l’existence de l’ouvrier était abjecte. L’enfant travaillait dès qu’il le pouvait, dans des conditions déplorables, ce qui nuisait gravement à sa santé, à sa croissance, et à sa vie. Ce qu’a montré 70 et la Commune, c’est qu’il n’y avait pas que cette France là, qui était essentiellement parisienne. La France de l’époque était rurale, et pas fondamentalement mécontente de son sort. 
Problème de changement, qui s’est produit à répétition depuis, notamment en 68 ? Pour qu’il réussisse, il ne doit pas considérer uniquement certaines parties de la population, mais son intégralité.

Qu'est-ce que le communisme ?

Toutes les théories compliquées concernant les transformations sociales peuvent peut-être s’exprimer simplement… Appelons « superstructure », ou chose publique, tout ce qui permet à l’individu de vivre en société. Exemples : le code de la route, ou la politesse. Alors, cette superstructure peut être soit contrôlée par en bas, comme c’est le cas de Wikipédia, soit par en haut, comme pour beaucoup d’entreprises. Dans le premier cas, il s’agit du « communisme », au sens réel du terme (non soviétique), dans le second, c’est « l’oligarchie ». 
En fait, ce qui est en jeu est la définition « d’homme ». Dans le premier cas tous les hommes sont des êtres humains (droits de l’homme), dans le second il y a deux races d’hommes. Le communisme est l’état naturel d’une société, mais il ne se fait qu’entre égaux. Liberté, égalité, fraternité…

Marx : mauvais génie du communisme ?

Le libéralisme actuel repose sur un argument ultime. Sans marché pas de liberté. C’est une idée de nos philosophes des Lumières (les physiocrates et Condorcet). Le raisonnement est le suivant, l’Etat est l’ennemi de la liberté. L’économie fournit des lois « naturelles », qui permettent de s’en dispenser. « Laisser faire ». (Voir ROSANVALLON, Pierre, Le modèle politique français, Seuil, 2004.) 
Aujourd’hui, le laisser-faire s’appelle monétarisme. Friedman, qui disait que ses hypothèses pouvaient être fausses, ses théories étaient justes, nous a convaincus qu’il suffisait de jouer sur la création de monnaie pour éviter le bain de sang révolutionnaire. Voilà pourquoi les banques centrales sont les Maîtresses de l’Univers.
Parce qu’elle prétend libérer l’homme sans marché, la politique est l’ennemie de cette forme de libéralisme. La politique, au sens grec, c’est le citoyen qui décide du sort de la cité. Et qui produit des lois. Et ces lois, si elles sont bien conçues, fonctionnent par autocontrôle. C’est ainsi que l’on conduit à droite, de crainte d’un accident. En fait, grecques ou pas, il se trouve que, depuis toujours, les communautés humaines ont géré leurs « biens communs » (ou « républiques ») par autocontrôle (Voir, OSTROM, Elinor, Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge UniversityPress, 1990.)

On en arrive donc au communisme. Pourquoi associons-nous à ce mot l’image terrifiante du totalitarisme ? La Faute de Marx, probablement. Il a été l’idiot utile du capitalisme. (Peut-être pas aussi idiot que cela : il a connu une célébrité de rock star.) En disant aux exploités qu’ils prendraient l’argent des riches il leur a permis de vivre d’utopies, de se bercer d’illusions et de ne rien faire d’intelligent pour réformer un système qui leur était défavorable. En dévastant l’Europe de l’Est, sa théorie a créé pour l’Ouest un ennemi effrayant. Ce qui a amené ses populations à protéger le statu quo
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5ème colonne ?

Qu’est-ce que notre changement a de nouveau ?

Petit à petit, je me suis intéressé à ce que nos ancêtres pensaient du changement. Le concept est présent partout. Et les ethnologues disent que le propre des sociétés humaines est de changer, et même de changer étonnamment vite.

Mais je crois qu’il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce domaine. Le changement étudié jadis était celui de la nature, des saisons, des cycles économiques. Il était subi par l’homme. Depuis la Renaissance, il me semble que l’homme cherche, explicitement, à changer le monde. Dans un premier temps, il a conçu des utopies (cf. Thomas More), puis il a essayé de les réaliser par une sorte de tour de passe-passe (despotisme éclairé et bureaucratie, Révolution de 89, Nazisme, Communisme soviétique, Thatchérisme). Maintenant, on commence à se dire qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il existe des techniques pour faire bouger les sociétés…

Du licenciement boursier

Hier, j’entendais un avocat communiste parler (France Culture). Apparemment, il combat les licenciements pour raison économique. Faire respecter le droit me semble une bonne idée. Mais je doute que ce soit efficace pour éviter les licenciements. Leur cause est généralement la mauvaise gestion de l’entreprise combinée à un environnement difficile. Et, lorsqu’ils surviennent, il est trop tard.

Dans une entreprise, l’employé joue beaucoup plus gros que l’actionnaire. Il risque sa vie, au moins qu’une partie soit bousillée. Le meilleur service que pourraient lui rendre les syndicats serait probablement d’aider le dirigeant d’entreprise à ne pas faire d’erreurs. A mon avis.

Un livre sur ce que sont devenus les syndicats.

A qui appartient l’entreprise ?

Une théorie qui a eu beaucoup de succès dit que l’entreprise appartient à quelqu’un. Les communistes pensaient qu’elle appartenait aux travailleurs, les néoconservateurs aux propriétaires. Même démonstration dans les deux cas : si je pars, la société coule.

Ce qui ne prouve rien, sinon que tout le monde est utile.
Mais, si l’on veut à tout prix un critère de propriété, pourquoi ne pas adopter celui de Salomon, dans le jugement du même nom : l’entreprise appartient à celui qui se sacrifie pour elle ? Pas à celui qui menace de la quitter.

Capitalisme et destruction créatrice

Heureusement que ni notre peuple, ni nos journalistes ne lisent la presse anglo-saxonne. Ils seraient effrayés, et, vraisemblablement, planteraient les têtes du patronat et des économistes sur leurs piques.

En effet, pour cette presse, le bien, le moteur de l’économie, c’est la « destruction créatrice ». Autrement dit les transformations qui renouvellent le capitalisme, par l’innovation. Mais si elles profitent à une poignée d’entrepreneurs et aux élites qui s’allient avec eux, elles forcent le reste de la population à des transformations féroces. L’individu ordinaire doit être capable de se muer, après un licenciement sauvage, de terrassier en biologiste, s’il ne veut pas finir dans une poubelle.

J’ai constaté que ce type de changement est comme la médecine : dangereux. Il est préférable de ne l’utiliser qu’en dernière extrémité. D’où ma question : peut-on construire l’avenir de notre espèce sur une succession accélérée de transformations, dont chacune peut mal finir ?

Curieusement, on oublie que Schumpeter, à qui l’on doit la fameuse destruction créatrice, pensait que l’humanité la trouverait inacceptable, et qu’elle finirait par mettre au point une forme de communisme.

Compléments :

Le port de la drogue

Film de Samuel Fuller, 1953.

Jean Peters arpente les taudis de New York en fourreau blanc, et sert de punching ball aux hommes du coin.
L’amour et la lutte contre le communisme sauvent un petit escroc, sur le point de prendre perpète.
Mais pourquoi ce titre ? D’après Jean Tulard (Guide des films), la VF du film parlait de drogue, et pas de communistes. Diaboliser le rouge ne devait pas faire recette en France, alors. 

L’OTAN désespère l’Américain

Les Américains se désespèrent de l’irresponsabilité européenne : pourquoi l’Europe ne veut-elle pas payer sa propre défense (i.e. l’OTAN) ? (BBC News – Robert Gates on Nato’s dim future)
Cela ne viendrait-il pas de ce que la dite défense a été voulue, ainsi que l’UE d’ailleurs, comme une barrière contre la montée du communisme ? Un moyen de nous éviter de devenir un domino rouge ?
Comme ils nous ont traités comme des assistés, nous-nous comportons comme tels ? 

ISO 26000 : mise en œuvre

Problème : une profession voit son salut dans le développement durable. ISO 26000 a été conçu pour guider ce changement. Premières réflexions sur sa mise en œuvre.

  • ISO 26000 est une méthode lourde et exhaustive, qui ne colle pas au peu de temps dont nous disposons mes interlocuteurs et moi. Du coup, j’ai décidé d’utiliser ISO 26000 pour guider l’amélioration continue du comportement de l’organisation. (Idée 0.) En attendant, il faut franchir, vite, une première étape marquante, qui donne très envie de poursuivre, en montrant où l’on va. Comment faire ?
  • Première idée. Décrire son rôle. La question fondamentale de la RSE (développement durable appliqué à l’entreprise) est : quelle est ma responsabilité (par rapport à la société et à la nature) ? Comment dois-je modifier mon comportement pour l’assumer ? Eh bien, notre première responsabilité est de tenir notre rang dans la société !
  • Seconde idée. Quelles sont les forces qui transforment le monde ? Quelles sont les impacts qu’elles peuvent avoir sur mes « parties prenantes », sur la nature et la société ? Quelle peut être mon influence sur leur sort ? Dans quel sens pensé-je qu’il est bien, moral, que je l’exerce ? Cette simple question permet d’obtenir un résultat rapide, sans appliquer l’usine à gaz 26000. (Mais c’est l’esprit d’ISO 26000.)
  • Troisième idée. Comment dois-je faire évoluer ma « gouvernance », avec les moyens du bord, pour mettre en œuvre les actions envisagées ?

Tout cela a une conséquence imprévue. En travaillant à long terme, on voit apparaître d’inattendues opportunités économiques. On en tire une stratégie, qui conduit fermement la décision quotidienne. Du coup, plus de tentation de décision aveugle et suicidaire imposée par « le marché ».

Compléments :
  • Remarque. L’esprit de cette démarche s’oppose à celle des deux idéologies qui ont fait notre histoire récente. Le communisme voulait recréer la société. L’idéologie occidentale du progrès donnait la nature à l’homme pour qu’il la façonne. Ici on observe dans quel sens va l’histoire. Puis on cherche à lui faire emprunter l’embranchement qui nous convient le mieux. Pour cela on utilise les outils et techniques apportés par le « progrès ». Il n’aura pas été vain ?