Colonie irlandaise

A la fin du 18ème siècle, l’Irlande s’est révoltée. La révolution française avait cristallisé les mécontentements.

Je ne savais pas que la France avait envoyé, pour l’appuyer, 40.000 soldats, dirigés par Hoche. Mais ils n’avaient pu accoster. S’ils l’avaient fait, il est possible que l’histoire aurait été toute différente. Un petit corps expéditionnaire est arrivé, plus tard. Mais, après quelques victoires, contre le cours des événements, il a été défait. Son rôle, d’ailleurs, était peut-être surtout de gêner les Anglais, en créant une diversion. (In our time, BBC 4.)

L’Irlande fut une colonie anglaise. Mais, peut-être, la moins bien lotie des colonies. Car, ailleurs, l’Anglais, le colonisateur plus généralement, s’insérait dans la structure sociale du pays. (En lui apportant, une dimension d’exploitation de l’homme par l’homme qui n’était pas nécessairement présente initialement ?) Au Royaume uni, l’Angleterre a probablement imposé sa domination à des nations déjà constituées. D’où révoltes ?

Edward Said

On ne parle pas beaucoup d’Edward Said, en France, et pourtant, il semble avoir eu une influence considérable sur la pensée occidentale. 

Esprit paresseux, je n’ai pas eu le courage d’enquêter. J’ai profité d’une émission de la BBC pour me renseigner. 

C’était un Palestinien venu avec ses parents aux USA. Un Palestinien particulier, apparemment d’un milieu privilégié (aux USA, on ne devient pas professeur d’université prestigieuse sans cela), et d’une communauté ultra minoritaire puisque, si j’ai bien compris, protestant. 

Il a inventé les théories post colonialistes. Son idée est que l’Occident a une vision erronée de l’Orient, et de l’Islam en particulier. La preuve ? Ce que l’on a appelé la peinture « orientaliste » française. L’émission multipliait les exemples de préjugés de la presse et de la société confirmant cette thèse.

Ridicule ? Le préjugé est partout. Y compris entre villages voisins, et au sein d’une même famille. On n’arrête pas, d’ailleurs, de parler de « théorie du complot ». Et pourquoi s’arrêter à l’Occident ? Les sociétés non occidentales semblent bien plus racistes qu’elle. D’ailleurs, elles ont généralement beaucoup de difficultés avec la notion de « droits de l’homme ». Et comment penser que l’Orientalisme représente la pensée occidentale ? L’Orient, pour le peintre du 19ème siècle et l’infime minorité qui s’intéressait à ses tableaux était un fantasme, comme la Guerre des étoiles l’est pour nous. 

L’émission était une illustration du « biais de confirmation ». Elle ne parlait que de ce qui allait dans le sens de sa théorie. 

Pourquoi cette anti pensée scientifique n’a-t-elle pas ruiné la réputation de son auteur ? Pourquoi autant d’impact ? 

Il me semble que, pour le comprendre, il faut examiner un paradoxe. Le plus surprenant est ce que sous-entend cette dénonciation de l’Occident comme un « mal » : la croyance qu’il n’y a aucune raison de le ménager : il est indestructible, et l’ordre occidental est mondial et éternel. 

D’où l’hypothèse d’une population, qui parce que pour la première fois dans l’histoire elle a fait massivement de longues études, est restée en enfance et qui a voulu faire un pied de nez à une société qu’elle confondait avec ses parents.

Vladimir le terrible

Faut-il avoir peur de M.Poutine ? 

Certainement. Son pouvoir de nuisance est sa raison d’être. 

La Russie ressemble à la France de De Gaulle : elle n’a pas fait le deuil de sa gloire et de son empire. M.Poutine veut que le monde considère son pays comme une grande puissance. Le seul moyen d’atteindre son objectif est de faire peur. Pour cela, il a les moyens de se battre, alors que ses anciens ennemis n’en ont plus envie. Pire : ils le prennent pour un clown.  

A cela s’ajoute une vieille tradition russe : « l’impérialisme défensif » (voir ici). L’empire russe s’étend parce qu’il se croit menacé. Il envahit donc ses voisins pour, à chaque fois, en découvrir de nouveaux, encore plus menaçants. (Ce qui explique, peut-être, pourquoi il fut un pionnier de la conquête de l’espace ?) 

Admirables Anglais

Pourquoi la France s’évertue-t-elle à intervenir chez ses anciennes colonies ? Nos intellectuels disent que le colonisateur est haïssable. Et, lien de cause à effet ?, il semble évident que nos ex colonisés trouvent le Français haïssable. Je me demande depuis toujours pourquoi nous ne sommes pas cohérents. 

Paradoxalement, les Anglais, alors qu’on pourrait penser que leur « diviser pour régner » a laissé le monde à feu et à sang, ont beaucoup mieux réussi leur coup. Leurs colonisés les admirent, rêvent de s’installer chez eux, et leur font former leurs élites. (Il faut dire qu’ils ont su conserver des universités dignes de ce nom.) 

Serait-il temps que le Français se regarde dans une glace ? 

Petite France

Dans ma jeunesse, on disait que le français était une des langues les plus parlées dans le monde. Raté.

L’anglais, l’espagnol et le portugais ont gagné. Le français a perdu. La langue victorieuse a implanté sa population dans les terres colonisées. Il est devenu intéressant de la parler, y compris pour d’autres anciennes colonies, qui, elles, n’étaient pas peuplées par l’ethnie colonisatrice (comme l’Inde). En dehors de la France, de la Suisse, de la Belgique et du Québec, le Français est une langue coloniale. 

Alors, oublions complexes de supériorité et laissons nos anciennes colonies vivre leur vie et pratiquer l’anglais, et devenons des Suédois comme les autres ?

(Ce qui ne signifie pas abandonner la culture française. J’assistais à une conférence sur la Turquie, qui disait que le Turc était homme de « réseau », et qu’il existait le réseau des Turcs francophones. De modestes réseaux de diffusion de la culture française, le jour où elle sera remise sur pieds, pourraient avoir du succès. Mais, pour qu’ils réussissent, il faudrait que notre culture retrouve sa séduction d’antan.)

La pensée décoloniale

La pensée « décoloniale », curieux mot. Qu’est-ce ?

le colonialisme et donc le racisme sont une essence occidentale, ils sont consubstantiels à l’Occident et au capitalisme avec lequel il se confond, et ils ne disparaîtront qu’avec eux. (L’obsession identitaire et la question des discriminations)

Autrement dit, il faut liquider l’Occident ?

On entend beaucoup parler nos élites intellectuelles et politiques de « colonialisme », serait-ce ce qu’elles ont en tête ?

Petit traité de manipulation : le bien et le mal

Occident et colonialisme. L’Université de Cambridge m’a fait découvrir un sujet mystérieux. Le bien et le mal y jouent un rôle central.

C’est au nom du bien que l’on colonise. Et que les dernières décennies ont été une nouvelle phase de colonialisme. J’ai rencontré ainsi une universitaire allemande, qui enseignait à Singapour, et qui allait jouer au polo en Thaïlande, dans la propriété d’un ami de ses parents, les week-ends. Elle est à l’image de la jet set occidentale qui dirige le monde, et qui l’asperge de ses bons sentiments.

Le bien est une arme formidable. Je suis le bien, mes adversaires, les autres Occidentaux, sont le mal. Ceux que je veux exploiter, chez qui je veux m’installer sans leur demander leur avis, « les perdants », sont le bien.

Mais n’y a-t-il que des mauvais côtés à l’idéologie occidentale ? J’entendais un cours du collège de France parler du concept de « nature », et dire que, partout, il avait (maintenant) le même sens. La culture occidentale a gagné le monde. Il faut faire avec ? Et, surtout, bien la connaître, de façon à en éviter les pièges ?

Les formes masquées du colonialisme

Il y a des années, un ami a passé un an et demi à faire le tour du monde en « routard ». Il en est revenu révolté contre les ONG. Leurs représentants se comportaient comme des colons, m’a-t-il dit. Leurs 4×4 défonçaient les chemins, et ils vivaient dans un luxe insolent.

S’affirmer comme une force du bien a un avantage : il permet de s’installer auprès des « misérables » et de les dominer ? C’est une forme de colonialisme subtile ?

Faut-il craindre la Chine ?

Entendez-vous l’éco de France Culture consacrait ses émissions à la Chine. Inquiétante ?

La Chine, c’est une pieuvre. Conquête, méthodique, du monde. Les ports qu’elle achète à l’étranger, par exemple, seraient des têtes de pont de son influence. De même, elle instrumentaliserait une diaspora qui compte 125m de personnes. Elle a fait de grands travaux pour des pays en développement, pas toujours à bon escient, ce qui les a couverts de dettes (90% du PIB, pour le Nigeria, si ma mémoire est bonne). Elle s’est fait des amis de tous les despotes africains. (Peut-être, aussi, se reconnaissent-ils dans le régime chinois, qui ressemble au leur ?) Ces pays sont dépendants d’elle. Son souci, les concernant, est de stabiliser ses approvisionnements en matière première. Ses entreprises, qu’elle finance pour biaiser les lois de la concurrence, sont des outils stratégiques de sa politique.

Cela m’a fait penser à un ami, qui a passé une partie de sa vie en Afrique, et qui dit que la Chine a des « pratiques de voyou ». En termes de colonialisme elle est bien pire que l’Occident.

Les libéraux qui ne prônent que la libre concurrence seraient-ils des innocents ? L’émission parlait aussi de l’importance en recul des USA dans les échanges internationaux. Ont-ils eu raison de réagir avant qu’il ne soit trop tard ?

Dernières nouvelles de Sommerset Maugham

Le colonialisme de la fin du début du 20ème siècle diffère-t-il des délocalisations de sa fin ? Question qui se pose à la lecture de ces nouvelles. On y parle principalement du sud est asiatique, de la Malaisie en particulier, et de ceux qui le gouvernait. Peut être les conditions de vie. On mourrait plus facilement jadis. Surtout, les transports étaient plus lents qu’aujourd’hui, si bien que les administrateurs coloniaux revenaient rarement dans leur pays d’origine. Et ils ne le reconnaissaient plus lorsqu’ils y arrivaient, à leur retraite.

Sommerset Maugham semble considéré avec condescendance par l’Anglo-saxon. En tout cas, il a connu un gigantesque succès dans les années trente, et ses nouvelles, les dernières qu’il ait écrites, m’ont fait passer un excellent moment. Comme l’annonce l’introduction, la vie des colonies était tranquille, et besogneuse. Mais, ce qui intéresse le romancier ce sont les faits divers. Ceux-ci semblent avoir une trame commune : la désillusion, qui tue, et le crime, qui soulage. Superficiel, vraiment ?