Europe : la campagne de Russie de M.Macron ?

Paradoxe ? M.Macron a fait de l’Europe son cheval de bataille, or, aux élections européennes, il risque fort de se faire battre par le FN. De l’art, subtil, du camouflet.

Détail intéressant : on parle de Daniel Cohn-Bendit pour diriger la liste macronienne. M.Cohn-Bendit a, effectivement, tout ce qui manque à M.Macron.

(En réalité, on retrouve les ordres de grandeur du premier tour des présidentielles, et Mme Le Pen avait fait un score bien supérieur aux précédentes européennes. Une interprétation est que M.Macron a un socle d’électeurs d’une vingtaine de pour-cent. Va-t-il tenir ? Et que le vote protestataire est divisé. Mme Le Pen peut terminer en tête, mais il n’est pas sûr qu’elle se refasse une virginité.
En tout cas, LREM à 10 ou 15% et RN à 30% indiqueraient à notre président qu’il doit envisager sérieusement de demander l’asile politique aux Danois.)

Daniel Cohn-Bendit

Daniel Cohn-Bendit parlait de football et d’immigration à France Culture. Quel homme sain et pragmatique. Le révolutionnaire de 68 est méconnaissable.

Faut-il lui reprocher ses changements ? N’est-ce pas ce qui arrive à bien des gens ? On est tout fou lorsque l’on a vingt ans, puis on murit. Et on peut lui reconnaître du talent. D’abord celui d’avoir été un meneur. Et ensuite, celui d’avoir su le rester. Et, finalement, d’avoir réussi sa vie.

Au fond, comme M.Trump, le révolté nous met en face de nos responsabilités. La société de 68, et d’après, a-t-elle été à la hauteur des siennes ?

Daniel Cohn-Bendit

Daniel Cohn-Bendit parle à France-Culture. Pas grand chose à déclarer sur 68. Au mieux, infortunes d’un élève un peu dissipé. Rien à voir avec « le pouvoir est dans la rue ». Tout de même, on apprend que tous les révoltés n’étaient pas de la même nuance de rouge. Daniel Cohn-Bendit était  « libertaire », c’est à dire Arendt / Proudhon, l’antithèse des Marxistes et des Trotskistes. 
Et, effectivement, c’est un libertaire. Il a fait ce qu’il a voulu, sans être attaché à grand chose. Je ne sais pas s’il est propriétaire de quoi que ce soit, mais il n’aurait pas eu besoin de l’être. Il aurait pu dire « la propriété c’est le vol », et vivre en accord avec ses principes. Ce n’est pas donné à tout le monde. Peut-être est-ce plus sa vie que ses paroles qui méritent d’être un modèle ?

Dangereux Daniel Cohn Bendit ?

J’ai des sentiments contradictoires vis-à-vis de Daniel Cohn Bendit. 
Je pourrais dire, comme Zweig, que je suis du monde d’hier ! Et Daniel Cohn-Bendit en fut le fléau. Ce qui comptait plus que tout pour nous, c’était l’éducation. Le fameux ascenseur social avec ses instituteurs. Or, elle a été vidée de son sens par le gauchisme. J’ai surtout ressenti, dans mon enfance argenteuillaise, que j’étais l’ennemi de classe du gauchiste. Mais qu’avais-je fait pour mériter cette hostilité « moi qui tétait encore ma mère » ? D’autant que j’étais élevé dans une sorte d’admiration béate du progrès et de la raison. Bien plus tard, j’ai découvert que j’étais d’un milieu ouvrier. Et que nous étions pauvres. Mais nous ne voyions pas les choses sous cet angle. Etait-ce ce qui nous rendait haïssables ? 68, c’est aussi le suicide d’un cousin de ma mère. Il était beau, et il était le seul de sa famille à avoir fait des études. Il a cru à soixante-huit, et n’a jamais pu se réadapter à la société d’après. Voir la prospérité de Daniel Cohn Bendit demeure difficile à supporter. 
Mais je l’ai toujours trouvé sympathique. Et Hannah Arendt en dit du bien. Et j’ai de l’estime pour Hannah Arendt. Alors ? Ce que j’aime chez lui, c’est ce que je ne trouve pas chez le Français. C’est un « politique » au sens grec du terme. C’est un homme qui « ose penser » et qui passe à l’action. Tout le contraire du pouvoir gaulliste, qui croyait administrer un troupeau. Mais pourquoi la rue ? Les gauchistes n’ont-ils pas envahi l’Éducation nationale, les palais de la République et l’Académie française, en empruntant des voix légales ? Morale : prenons garde de ne pas confondre action politique et coup de tête ?

M.Mélenchon, créature de rêve ?

Chaque élection donne à un ou deux hommes politiques un succès inattendu, mais sans lendemain. Il y a eu M.Le Pen et M.Chevènement en 2002, M.Bayrou en 2007, M.Cohn-Bendit en 2009. M.Mélenchon aujourd’hui ?

Pourquoi cette inconstance ? Avons-nous besoin de croire en un candidat providentiel, nouveau par définition ? Avons-nous besoin de rêver, d’illusions ? Ou nous permettent-ils d’exprimer notre nature frondeuse ? 

Deutschland über alles ?

Un billet précédent m’a remis en mémoire un article d’Ulrich Beck (Non à l’Allemagne du repli), que je n’avais pas compris.
Il opposait l’attitude de Mme Merkel, utilisant la crise grecque pour imposer le modèle allemand à l’Europe, au « multilatéralisme » de ses prédécesseurs « prêchant l’interdépendance tous azimuts, partout en quête d’amis ».
En crise, l’Allemagne devient nationaliste ? Son ouverture à l’autre d’après guerre était-elle l’antidote de ce nationalisme ? Peut-être que l’Allemagne n’a plus besoin d’amis ? Peut-être qu’elle ne sait plus profiter de l’amitié ? La réunification a asséché son cœur est ses coffres ?…
Retour des divisions d’avant-guerre ?

Compléments :

  • Daniel Cohn-Bendit, semble penser, effectivement, qu’il y a un oubli des leçons de la guerre ; que l’Allemagne se replie sur elle-même ; et que la baisse de l’euro, dont profitent ses exportations, était la véritable raison de ses hésitations.

Nicolas le vert

Notre président est le Lucky Luke de la politique. Étonnant contraste avec la gauche. Elle est autiste. Lui réagit au quart de tour à ce qu’il perçoit des tendances de l’électorat. On aurait pu croire qu’il s’endormirait sur les lauriers du succès de l’UMP. Pas du tout, avec l’enthousiasme de celui qui est touché par la Grâce, il produit un inattendu projet de société ultra-vert. À croire qu’il a voté Cohn-Bendit aux européennes.

En termes de conduite du changement, beaucoup de ce qu’il fait mérite l’admiration.

  • Il y a une sorte de souffle épique dans ses propos. Quelque chose qui peut transporter les foules. C’est l’art du « stretch goal » à son meilleur. Une combinaison d’avenir enthousiasmant et d’épreuves à traverser.

« Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires », a-t-il dit. « On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l’éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n’existe pas ».

(…) « On vous garantit des prix, mais on veut des créations d’emplois », a mis en garde le chef de l’État, alors que l’éolien emploie 90 000 personnes en Allemagne, 45 000 en Espagne et seulement 7 000 en France, selon lui.

  • Il sait aussi fixer les grands axes qui devront guider le changement. Exemple : parité nucléaire / énergies renouvelables. On peut en contester la validité, mais non le génie technique (en termes de conduite du changement).
  • Finalement, il n’a pas son pareil dans le contre-pied inattendu, le talent d’utiliser l’adversité à son avantage. Et c’est comme cela qu’il félicite le service public, dont il semblait l’ennemi mortel, pour la diffusion du film d’Yann Artus-Bertrand, dont on dit qu’il aurait fait la victoire verte.

Malheureusement l’admiration s’arrête ici. Car nous aurons droit à une mise en œuvre à la Française. Aucune préparation, pas de moyens, d’autres idées qui contrarieront celles-ci. Claude Allègre l’illustre déjà : la rumeur le voyait ministre, il serait au fond d’un lac d’Auvergne, du béton aux pieds.

La première chose que doit faire un dirigeant est de s’assurer qu’il possède une organisation qui sait mettre en œuvre ses idées, l’« ordinateur social » de mes livres. Celui-ci doit transformer les orientations du président, son enthousiasme, en des mesures bien conçues et durables.