L'Amérique n'est pas la France

Nouvelle affaire des emails de Madame Clinton. Patatras. Coup de théâtre. On disait l’élection pliée. Tout est à refaire. Le Français est atterré. Lui qui croît à la vérité. Mais il n’en est pas de même aux USA. 
Probablement, la vérité n’existe pas, là-bas. Ce qui compte, c’est la capacité du champion à faire face à l’aléa. Tout lui est pardonné, viol, crime, parjure…, pour peu qu’il sache affronter l’adversité avec talent. Bill Clinton en a fait la démonstration. Ce qui a été fatal à Nixon, ce n’est pas le Watergate, mais sa gueule de triste sire. Et si le principe de la culture américaine, au sens de Montesquieu, était « l’optimisme », au sens du psychologue ?
Voilà. Dieu a lancé un nouveau défi à nos deux héros. Lequel d’entre-eux, va le mieux en tirer profit ?

Qui est Madame Clinton ?

Que révèlent les emails volés à Mme Clinton ? Qu’elle fait de la politique. Qu’elle oriente ses déclarations en fonction de ce qui peut lui rapporter le plus. (The Atlantic.)
On en arrive au fond des choses. Les mots ne comptent pas, ce qui compte, c’est la personnalité. Mme Clinton est une politicienne, avec un positionnement (au sens marketing du terme) donné, mais pas de convictions très arrêtées ; M.Trump est un homme d’affaires façon conquête de l’Ouest.

Fragile Hillary

Le plus surprenant dans l’élection américaine n’est pas la force de Trump, mais la faiblesse « d’Hillary ». 
Je me suis rendu compte que celui qui écoute un discours le juge selon deux critères : honnêteté et compétence. Le premier est de loin le plus important. Hillary semble compétente. Probablement, elle est beaucoup plus intelligente que son mari. Mais est-elle honnête ? On parle de ses dissimulations d’emails. Rien de bien sérieux, pour nous, en France. Mais y aurait-il de fumée sans feu ?
En fait, Trump semble avoir flairé un autre point faible. Il a dit que, contrairement à lui, elle a une santé fragile. Or, on vient de se rendre compte que c’était le cas. A tel point que M.Obama a dû la remplacer dans ses meetings de campagne. Elle nous dissimulait donc quelque-chose ? Surtout : voudriez-vous confier la tête de la puissance mondiale à une faible femme, vieille de surcroît ? Hillary n’est ni Merkel, ni Thatcher. Les préjugés servent la com. 
Et cela pose, du coup, la question de son vice-président. Mais, c’est une autre histoire. 

Pourquoi Hillary est-elle haïe ?

Cela va surprendre le Français mais Mme Clinton suscite plus de haine que M.Trump. On se croirait en France.
Quelle en est la raison ? Il semblerait que ce soit sa personnalité qui irrite. Un peu à l’image de ce qui est arrivé à M.Giscard d’Estaing. En ce qui la concerne, on lui reprocherait de ne pas agir comme une femme (comme Mme Obama), mais comme un politicien. Dans notre inconscient, ce qui peut faire réussir une femme de pouvoir est d’être une femme, pas un homme. (Le maternalisme semble, effectivement, la force de Mutti Merkel.) 
Curieusement, et contrairement à M.Giscard d’Estaing, le phénomène ne jouerait, pour Mme Clinton, que lorsqu’elle est candidate. Lorsqu’elle occupe une fonction élective, on se met à l’aimer. Alors, peut-être, devrait-elle parler comme une présidente, pas comme une candidate ? 

Mme Clinton contre M.Poutine

L’autre jour j’entendais dire que Mme Clinton avait été victime d’une fuite d’emails compromettants. Je me disais que, comme dans l’affaire du Brexit, il ne fallait pas enterrer M.Trump trop tôt. 
Puis, a émergé la rumeur selon laquelle ce serait un coup des Soviétiques. Peut-être manœuvre de Mme Clinton : cette manoeuvre pourrait détacher de M.Trump certains électeurs qui n’aiment pas compter M.Poutine dans leurs rangs. Mais elle pourrait aussi être juste. Car M.Poutin Hait Mme Clinton. Car elle veut remplacer les Kadhafi, Assad et autres Poutin par des dirigeants un peu plus proches des usages américains.
Mais il y a une dernière interprétation : M.Poutin  ne se fait pas d’illusions sur les chances de Trump ; il a envoyé un coup de semonce à Mme Clinton. Il veut qu’elle le prenne au sérieux.

Maudite Hillary ?

Hervé Kabla me transmet un article de Christophe Lachnitt sur Hillary Clinton. Hillary Clinton : candidate malgré elle. En le lisant, je me suis souvenu de ce que je disais d’HEC et de son concours : il y a plus de filles que de garçons qui tentent cette école, mais il y a plus de garçons que de femmes qui sont reçus. Si vous êtes un garçon vous avez 50% de chances de plus qu’une fille de réussir. 
Je crois que cela tient aux caractéristiques du mâle : il est stimulé par l’adversité. Il rate les examens, mais réussit les concours. Un effet imprévu de la sélection naturelle ? 
Quant à Hillary, elle me fait l’effet de la très bonne élève, incapable du coup de génie, ou du coup de folie, au bon moment. 

Népotisme et politique

Etre « parent de » en politique. Emission de France Culture samedi dernier. Intéressante comparaison entre la France et les USA. 
En France, être « parent de » est très mal vu. Pas aux USA. On l’oublie en France, mais la politique aux USA ne se réduit pas à la présidence de la fédération. Ce n’est pas que la famille Bush contre la famille Clinton. Certains maires, certains gouverneurs… sont extrêmement puissants. Et il existe des dynasties locales, qui ne sont pas sans rappeler les dictatures bananières. Un maire pouvant passer sa vie au pouvoir, sans opposition crédible. Jusqu’à ce qu’un de ses descendants le remplace. 
Hypocrite démocratie ? Car ce qui est compliqué en politique n’est pas se faire élire, mais parvenir à être candidat à une élection. Or il est infiniment plus facile pour un « parent de » (ou un « ami de« ) d’être candidat que pour vous ou moi. 
Dans ces conditions, pourquoi les Américains tolèrent-ils mieux le népotisme que nous ? Je me demande s’il n’y a pas du culturel là-dedans. Les grandes familles françaises ne tendent-elles pas à être haïssables ? Elles défendent des avantages acquis. Comme celles d’ancien régime, elles croient tenir leur légitimité d’un « droit » inné. Elles ne produisent que des « fruits secs ». Aux USA, ces familles savent que rien n’est définitivement acquis. Donc, elles soignent leur image. Surtout, elles font fructifier le talent de leurs membres les plus brillants. Ce sont leurs représentants. Gestion de marque ? 

Qui est Xi ?

The Economist s’intéresse à la Chine de M.Xi. Après le pouvoir collectif, retour au modèle Mao. L’élite chinoise aurait pensé que seul un homme seul pouvait mener les réformes que demande le pays. Ailleurs dans le monde, le dit pays tente, avec plus ou moins de bonheur, de monter un ensemble d’alliances dans lesquelles l’Amérique (et l’Occident) ne soit pas. « Nouvel ordre mondial. »
La Russie a gagné la guerre d’Ukraine. Mais, des deux côtés, il fallait un armistice. Le danger maintenant est l’incurie endémique du pouvoir Ukrainien. D’une manière générale, les frontières de l’Europe sont en flamme. Elle tente de « repenser sa stratégie de sécurité ». Ce qui n’est pas simple compte-tenu des divergences d’intérêt entre ses membres. Le retour de M.Sarkozy pourrait être une chance pour M.Valls. Enfin un opposant ! M.Renzi semble enlisé. L’Angleterre croît fort, crée des emplois, mais les impôts ne rentrent pas. Trop de pauvres. Trop de dépendance vis-à-vis des salaires de la City. Politiquement, l’anti élitisme a le vent en poupe. Il en est de même en Allemagne. Où, de plus, les minorités musulmanes deviennent anti-sémites. En Suède, les démocrates sociaux arrivent au pouvoir sans pouvoir gouverner. Ce qui pourrait aussi être le cas de Mme Clinton, si elle était élue.
Les USA montent une alliance pour combattre l’Etat Islamique. Vues les différences d’intérêts entre tous les courants qui parcourent le Moyen-Orient, on peut se demander combien elle tiendra. En attendant, cette situation de chaos fait les affaires du nouveau président de l’Egypte, rare îlot de calme dans la région.
Huawei s’en prends à IBM, HP et Cisco, il veut devenir un leader des systèmes d’information. Apparemment, il a les moyens de réussir. Quant à Sony, ça ne marche pas très fort. Il faudrait restructurer, ce que ne semble pas vouloir son PDG. Air France est en grève. Ses pilotes n’ont pas pris conscience des multiples menaces qui planent sur la tête des compagnies traditionnelles. En attendant on empile de plus en plus de pauvres dans les avions, et on donne de plus en plus de place aux hommes d’affaires. L’avion moderne est à l’image du capitalisme. On ne sait pas assez que l’entrepreneur a une vie de chien. Et il est généralement atteint « d’hypomanie, un état psychologique caractérisé par énergie et confiance en soi, mais aussi nervosité et prise de risque ».
Supprimer la monnaie ferait du tort aux criminels, et rentrer beaucoup d’impôts, et cela faciliterait le combat contre la déflation, par la possibilité d’imposer des taux négatifs. Les fonds de pension ne croient plus aux miracles des hedge funds. (Leur modèle économique : vendre de l’illusion ?) Acheter des actions d’Alibaba, qui vient d’entrer à la bourse de New York, serait hautement risqué. (Spéculatif ?)
Pour combattre l’effet de serre, il faut réutiliser l’esprit du protocole de Montréal, « financement généreux et coopération ». Tactique qui a eu la peau du trou d’ozone. Et l’étendre aux hydrofluocarbones. Ce ne serait pas la fin du problème, mais un premier pas vertueux.
Le degré d’altruisme de l’homme varie aléatoirement entre l’hyper altruisme et la psychopathie. Napoléon a nuit à la France, qui de puissance européenne dominante est devenue second couteau. 

L’irresponsabilité favorise-t-elle l’innovation ?

Ceux qui veulent le changement sont incapables d’en appliquer les règles, disait un précédent billet. Et si c’était une règle générale ?

  • Un traité sur la dynamique des systèmes que je résumais il y a peu insiste sur la question de la distance entre celui qui fait, et celui qui subit. Il est clair que l’on innove d’autant plus facilement que l’on ne paie pas pour ses erreurs.
  • Je lis actuellement des ouvrages sur Athènes ancienne. Elle fut, du moins dans le cadre de la pensée, extraordinairement innovante, et sur un laps de temps court. Et si l’individualisme, qui me semble avoir été sa réelle particularité, favorisait l’innovation parce qu’il casse les solidarités sociales et la chaîne causes / conséquences ? Mais le plus fort est la pensée. Nous pouvons avoir les idées les plus farfelues sans en être punis. C’est d’ailleurs ce que Tocqueville reprochait aux intellectuels des Lumières, dont la philosophie avait déclenché la révolution.
  • Tout le capitalisme ne tourne-t-il pas autour de cette question ? Ne s’agit-il pas, quasi explicitement, de pigeonner son prochain, de lui masquer les conséquences de ses actes ? C’est ainsi que Galbraith décritles mécanismes de spéculation. D’ailleurs, est-ce immoral pour un Anglo-saxon ? Ne dirait-il pas que c’est le plus malin qui gagne ? Sélection naturelle. Ezra Suleiman (dans ce livre) montre que l’Amérique n’a pas notre notion d’intérêt général. Seul compte l’affrontement des intérêts particuliers. Cela justifierait-il l’hypocrisie, la soft power de Madame Clinton ? Moyen comme un autre de défendre ses intérêts ? 

L’innovation est-elle incompatible avec la responsabilité ?

    Il y a plus curieux. Robert Trivers expliqueque, pour bien mentir, il faut être convaincu de son mensonge. Je me demande si ce raisonnement ne nous amène pas à reconnaître l’avantage concurrentiel d’une forme de schizophrénie.

    Mais l’avantage est-il durable ? La société (la nature ?), dont dépend l’innovateur !, ne finit-elle pas par avoir le dernier mot ? N’est-ce pas la question même du développement durable ? Ne faudrait-il pas mettre au point une forme d’innovation qui ne procéderait pas par pigeonnage / réaction ? Est-ce ce que j’essaie de faire ?