Droits de l’homme

Clémenceau disait que les droits de l’homme étaient l’apport de la France à l’humanité.

Dans un certain sens c’est une réussite sans précédent. A y bien réfléchir, on ne parle que de ça : la lutte, mondiale, qui se joue est celle des droits de l’homme. D’un côté « l’Occident » de l’autre « le reste global », selon la terminologie à la mode.

Ayant compris la faiblesse de l’Occident, le « reste » joue sur cette corde : je peux vous frapper, mais vous n’allez pas tuer mes femmes et mes enfants, qui ne comptent pas pour moi. (Comme c’était le cas, hier, pour vous.)

Au fond, il est mauvais perdant. Il a essayé d’être occidental, mais il n’y est pas parvenu. Car les « droits de l’homme » sont aussi un jeu qui fait de perdants, et qui, si l’on interprète les travaux de Thomas Picketty, a les même effets que le capitalisme des origines.

Et effectivement, qui se fait exécuter aux USA ? Les pauvres. La justice n’est pas juste ? Où en est le rêve égalitariste de la 3ème république, avec sa laïcité, son ascenseur scolaire, son aménagement du territoire… ? à terre. Et quel est notre quotidien ? Réécriture de l’histoire, et les techniques d’influence. Discours un rien schizophrénique d’ailleurs, qui défend les communautés religieuses mais renie les religions… Tout cela produit un sentiment désagréable. Sans qu’il ait compris ce qui lui arrivait, le peuple se retrouve gros Jean comme devant. D’où un mécontentement irrationnel, la recherche d’un bouc émissaire et, partout en Occident, l’émergence de partis dits « populistes » ?

Encore un effort ? Les droits de l’homme seront effectifs le jour où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme ? Bonne idée, M.Clémenceau, mais il reste encore à en trouver le mode d’emploi ?

Parti fantôme

Lorsque M.Macron a pris le pouvoir il y a 7 ans, il avait calculé, dit-on, qu’il manquait un parti en France. C’était bien vu. Seulement, il lui a fait faire la politique des autres partis.

Maintenant, il semble que ce soit le FN qui cherche à occuper le vide.

Mais, quelle est la nature de ce manque ?

Et si c’était la France de la troisième république ? Celle de Clémenceau ? L’héritière de la Révolution, par des voies pacifiques ? Celle à qui de Gaulle a voulu donner de la dignité, sauver du ridicule ?

Gorgias

Dialogue de Platon, qui traite de la rhétorique.

Etrange pouvoir de la parole, répète ce blog. A un moment, j’ai cru que le discours de Nicolas Sarkozy, qui affrontait François Hollande, avait trouvé une sorte de « mode de résonance » du peuple, sa « fréquence propre ». Et, que, par répétition, il allait provoquer une rupture, à l’image de ce qui a pu se passer avec des ponts.

Comment expliquer ce phénomène ?

Le plus curieux est le cas de Clémenceau. Il a probablement été notre meilleur homme politique. Et pourtant, par ses plaidoiries, il n’arrêtait pas de faire tomber des gouvernements. Et des gouvernements que l’on aurait pu croire amis. En fait, c’était probablement un « pur », tellement intransigeant qu’il ne pouvait rien laisser passer qui s’écarte de son idéal. Mais ce n’était qu’un idéal. Irréalisable par nature.

La cause du phénomène ? Tout dossier a besoin d’être instruit, et l’agora, lieu de la décision immédiate, ne s’y prête pas ? Dommage que Platon n’ait pas connu Olaf Scholz ?

(D’ailleurs, le système politique allemand ne serait-il pas le produit même d’une histoire dévastée par les affres de la rhétorique ?)

(Inspiré de In our time de BBC 4.)

Clémenceau

Il est difficile de juger les gens. Clémenceau, par exemple, aurait été une trublion. C’est un médecin qui semble avoir peu pratiqué. C’est un orateur exceptionnel. Son verbe fait tomber les gouvernements. Il arrive tardivement au pouvoir, au ministère de l’intérieur. Une grève. C’est un homme de gauche. Il est du côté des ouvriers. Mais, il trouve qu’ils vont trop loin. Il fait intervenir la troupe. Il se révèle un homme d’ordre. C’est l’histoire de la « fameuse brigade du Tigre », feuilleton de ma jeunesse, dont je n’avais pas compris le titre. Il semble qu’alors régnait l’incurie en France. Clémenceau, homme de progrès, y met un terme en inventant la police moderne, scientifique et équipée du dernier cri de la technologie. Voilà un changement réussi, dont on ne parle pas souvent.

Jaurès est quasiment l’opposé de Clémenceau. Et pourtant leurs idées semblent très proches, notamment en termes d’éducation (qui doit libérer l’homme). Jaurès, c’est le pacifiste, qui meurt en martyr. Il est non marxiste. Et pourtant, il encourage les actions violentes des ouvriers. C’était aussi un grand bourgeois, le rejeton d’une famille d’amiraux…

Clémenceau

On fête Clémenceau…

Ce qui a caractérisé Clémenceau, c’est quelque-chose de quasi unique pour un politique. Un courage extraordinaire. Pendant la Commune, il est entre les Communards et les Versaillais, au milieu des combats. Et il sauve bien des gens de la mort. Dont Bienvenüe, l’homme du métro. Le guerre de 70 amène les Radicaux au pouvoir. Il ne lâche sur rien. C’est un duelliste redouté.  Il fait tomber les gouvernements. Puis, lorsqu’il arrive au ministère de l’intérieur, il devient « le tigre ». Il se révèle homme d’ordre. Il met un frein à la criminalité galopante. Mais, surtout, il arrête les grèves. Ce qui lui vaut la haine des socialistes. Paradoxalement, alors que Jaurès est pacifiste, il encourage la révolte, lorsqu’il s’agit d’usines. En 17, Clémenceau est appelé pour reprendre en main les affaires de la nation. Il met de l’ordre dans un haut commandement pitoyable. On le voit beaucoup dans les tranchées. Pourtant il est déjà bien vieux. Et plutôt que de chercher une victoire par KO, il signe tôt un armistice. Il veut mettre un terme à la boucherie. Finalement, il est victime d’un coup bas politique, qui l’amène, dégoûté, à prendre sa retraite. Alors, il écrit un ouvrage sur les merveilles du progrès, et de la vie.

La fin d’une époque ?
S’il était libertaire, il mettait l’intérêt collectif avant tout. Et, avec lui, ce n’était pas la marge (riche ou pauvre), la minorité, qui comptait. Son idéal c’est le peuple. Homme des Lumières, il veut sa liberté. Et celle-ci est une liberté de pensée. Les chaînes dont il faut la libérer, à l’époque féodale comme aujourd’hui, ce sont celles d’une morale qui condamne l’individu avant même qu’il soit né, pour le mettre au service des pouvoirs héréditaires. Cela s’appelle pêché originel, hier, ou repentance pour cause de colonialisme, aujourd’hui. (Sachant que, à nouveau exceptionnel, il fut anticolonialiste.) Parler de Clémenceau, c’est enterrer 68.

(Biographie.)

Brigades du Tigre

Les Brigades du Tigre étaient un feuilleton de ma jeunesse. J’aimais les voitures, et les costumes d’époque. Mais j’imaginais que les histoires avaient été inventées, pour montrer notre pays mieux qu’il n’avait été. 
Eh bien non. Les Brigades du Tigre sont peut-être bien une illustration dont devraient s’inspirer les pssionarias du numérique. Début XXème, la France est victime d’une vague de criminalité. En 1907, Clémenceau (le Tigre), y réagit non seulement en dotant la police de moyens, mais surtout en lui donnant ce que la science a de meilleur. Cependant, au lieu de le faire à la manière numérique, par nettoyage ethnique de l’espèce humaine, il le met à la disposition des individus. Et il a raison car la technologie moderne ne fonctionne pas encore très bien. Par exemple, les voitures tombent en panne. Si bien qu’on les équipe de porte-vélos, de façon à pouvoir continuer une poursuite, en cas de panne. Puis on invente le mécanicien. Et ce n’est pas que de la technique, on forme aussi le policier à la savate. Aujourd’hui, on parlerait de « performance » : le changement fut massivement efficace. Des dizaines de milliers de criminels sont capturés en peu de temps. La France a peut-être bien été le pionnier mondial de la police moderne
Voilà ce qui fait la force de notre modèle jacobin ? Une idée fixe partagée, un leader visionnaire et pragmatique, honnête et compétent, qui sait « organiser l’autonomie », et alors la motivation du Français et son système D font des miracles. Qu’y a-t-il de jacobin, là dedans ? « Organiser l’autonomie » : un mode efficace de coordination, dirigé d’en haut, mais qui laisse la liberté, et la motivation, au bas. Car, lui aussi, est honnête et compétent. 

Qui suis-je ?

Une des observations de ce blog est qu’aucune idée n’est innocente. Elle est le reflet d’une vision du monde. Et, si elle est acceptée, elle a la capacité de transformer le monde selon cette vision. Cette idée vient de la systémique. Nous sommes des morceaux de systèmes, et partout où nous nous arrêtons, nous tentons d’installer notre système avec nous.
Quel est mon système ? Une piste m’a été donnée par Hannah Arendt. Pourquoi diable quelqu’un qui me ressemble aussi peu semble-t-il réagir comme moi ? Et si j’avais quelque chose en commun avec elle, et avec les gens qu’elle estimait, notamment Clémenceau, Camuset Kant ?
Je soupçonne que le point commun de tout ce monde est qu’il est sorti du peuple, grâce à l’éducation, mais sans couper ses racines (contrairement à Sartre, qu’Hannah Arendt méprisait). Peut-être que cela le place à égale distance du « collectivisme » de l’intellectuel, qui asservit le peuple par l’idée, et de l’individualiste, parasite social. C’est du moins ainsi que Clémenceau semblait se définir.

Si le système est celui de Kant, c’est peut-être un système « scientifique ». Il considère que le monde est incertain. Qu’il faut être sur le qui-vive (doute). Et que l’union fait la force. C’est un système qui reconnaît qu’il a besoin des autres systèmes. Et, même, que leur « conflit » est une dynamique nécessaire. (Cf. la vision qu’a Kant du fédéralisme.)
A suivre. En tout cas étrange exercice. Lire les autres, pour décoder sa propre pensée. 

Manuel Valls démission?

Les lycéens sont dans la rue. Ils veulent la tête de Manuel Valls. C’est ce que disait la radio ce matin.

Il n’y a pas de manifestation sans organisation. Je soupçonne que Manuel Valls représente un courant haï par une partie de la gauche. C’est celui de Clémenceau. En conséquence, ce qui se joue est une tentative d’éviction d’une partie de la gauche, par l’autre.

Je me demande s’il ne serait pas dans l’intérêt de M.Valls de partir. Il a l’opinion pour lui. Et l’exercice du pouvoir est rarement bon pour une popularité.
Qu’en résulterait-il ? Un gouvernement qui redeviendrait le PS des origines – révolutionnaire et collectiviste ? Reconstitution de l’ex mouvement radical : Valls, Bayrou, Borloo ? Retour à la troisième République ? Mais comment éviter, cette fois, que le centre ne se fracture ?

Mais M.Hollande est trop habile pour laisser se faire cette dislocation. Depuis Jaurès, la force des dirigeants socialistes a  été de dominer un mouvement schizophrène.

Pourquoi les Radicaux ne gouvernent-ils pas la France ?

Les valeurs des radicaux sont les valeurs de la France. (En fait, le rédicalisme est la mise en oeuvre des idées de la Révolution.) Pourquoi la France n’est-elle pas gouvernée par les Radicaux comme elle l’a été jusqu’à de Gaulle ? Voilà la question que je me suis posée en découvrant l’histoire du parti radical.
La vie de Clémenceau vient de me faire comprendre la faiblesse du parti radical. C’était un parti d’individus. Une fois que le projet du parti a été mis en oeuvre, ils n’avaient plus rien pour les tenir ensemble.

De Gaulle a occupé leur place par une solution monarchiste. Puis le pouvoir a été saisi par deux machines de masse, gauche et droite. Ce n’est pas très représentatif, mais c’est solide. Et cela a laissé de l’espace libre au FN.

Le paradoxe de l'Education nationale

L’Education nationale fait le contraire de ce pour lequel elle a été créée. La IIIème République de Clemenceau voulait qu’elle forme des hommes libres. C’est à dire capables de penser par eux-mêmes. Or, que produit-elle ? Elle nous distribue des places dans la société ! En termes de liberté de mouvement, c’est réussi. Et elle doit employer des règles plus ou moins aléatoires pour nous sélectionner. Afin d’éviter que les classes sociales ne se reproduisent. Si bien que ce que nous faisons a probablement peu de rapport avec nos talents.

Le contraste avec les USA est saisissant. Là-bas le talent est premier. Et les études sont relativement peu poussées et se font beaucoup en autodidacte. Y compris et surtout au sein des plus prestigieuses institutions. C’est la vie qui enseigne. L’école ne fait qu’y préparer.