Civilisation

France Culture s’intéresse à la question de la civilisation. En particulier à sa naissance.

Je ne suis pas sûr d’avoir entendu la réponse à cette question. D’ailleurs, les émissions datent des années 50 : nos idées n’ont-elles pas évolué depuis ? C’était, d’ailleurs, ce que disait Jacques Soustelle : les théories sont des rationalisations des observations du moment.

Je retiens la distinction entre culture et civilisation.

Comme le répète ce blog, qui dit groupe humain dit culture (au sens anthropologique du terme). C’est à dire code de lois commun, essentiellement inconscient. L’artefact, la maison et le ministère de la culture ne sont que la partie émergée de la culture.

Il semble que, arrivé à un certain point d’ébullition, il y ait changement de phase. La culture se répand autour d’elle. Elle devient civilisation. Cela ne tiendrait-il pas à des conditions démographiques, et à une forme de division des tâches ?

Et aujourd’hui ? La culture ne peut plus s’étendre ? Et l’originalité, qui demandait l’isolement, n’est plus possible, en dépit des efforts des Xi, Poutine et autres Trump ? Civilisation mondiale ?

Les humains parlent aux humains

Ce blog rejoint Les humains parlent aux humains, un agrégateur de blogs créé en un claquement de doigts par le génie technique d’Hervé Kabla.

Les humains parlent aux humains a quelque chose du film Mad Max. Un lambeau d’humanité encerclée par les forces du chaos.

Corsaires berbères

L’empire Ottoman avait laissé s’installer au Maghreb des corsaires, qui écumaient la Méditerranée. Ils isolaient efficacement les Ottomans de la nuisance occidentale. Ceux sur qui ils mettaient la main étaient réduits en esclavage ou revendus contre rançon. Il s’y retrouvait les aventuriers de toute l’Europe. D’ailleurs, par certains côtés, c’était une société tolérante, où chacun pouvait pratiquer sa religion, et où l’esclave ayant quelque talent pouvait s’élever dans la société, parfois très haut.

Comme dans les romans des Lumières c’était peut-être un monde qui aurait pu donner quelques leçons à l’Occident, qui garde un fond de barbarie. En tous cas, dès que l’Occident a eu une flotte assez puissante il a rasé les villes corsaires, ce qui a ouvert la voie à la colonisation française.

C’est, du moins, ce que j’ai retenu de In our time, de la BBC.

Occident barbare ?

Pourquoi le Moyen-âge ? Le monde entier était civilisé et raffiné, y compris la partie est de l’empire romain, qui a survécu un millénaire à la chute de Rome. L’Europe de l’ouest, sauvage. C’est ce qui ressort de toutes les émissions d’histoire que j’entends. C’est l’envers de ce que l’on m’a enseigné.

La Chine et l’Inde se sont fait conquérir à plusieurs reprises. Mais, à chaque fois, les conquérants s’installaient à la tête de la civilisation qu’ils avaient trouvée. En Occident, il semble que les barbares ont été trop violents, trop nombreux, et la civilisation trop faible. Les barbares ont bien essayé de récupérer ce qu’ils pouvaient, en particulier, ils se sont convertis, mais il y avait peu.

Cette destruction fut-elle créative ? L’Occident a pris un nouveau départ, et il a trouvé une nouvelle voie. Peut-être celle, un rien barbare ?, de la raison nue, par opposition au raffinement de la coutume. Il a changé les règles du jeu ?

Pensée sauvage

Le flagellant de Séville amène à s’interroger sur l’Occident. La Reconquista n’a-t-elle pas été le monde à l’envers ? La victoire des ténèbres sur la civilisation ?

L’histoire de l’Occident n’est-elle pas celle d’un Moyen-âge de l’humanité, toujours en cours ? Sous le signe de la religion chrétienne, qui a inventé la morale, le bien et du mal, et l’absolu. La « pensée simplifiante » à l’opposé de la complexité du monde ? L’être fruste qui en est résulté, poussé par la foi du charbonnier, a inventé la science et la technique, et a conquis un monde englué dans le confort du raffinement ?

Vive la décadence ?

Régis Debray a écrit que nous allons vivre une décadence heureuse (un billet précédent). Cela semble mal parti. Nous subissons crise sur crise. A tel point que, en Europe, un peuple peut élire n’importe quel parti, sans que cela fasse broncher qui que ce soit.

Il nous compare à Vienne, patrie des arts, des sciences humaines et de la « science » économique, mère d’Hollywood… mais qu’avons nous à transmettre ? Le crépuscule de la France est passé. La décadence est derrière nous.

Quant à l’Amérique, c’est plutôt une anti-civilisation qu’une civilisation. Pour s’implanter elle semble exploiter les vices d’une nation. Et elle ne lui laisse que les yeux pour pleurer. L’Amérique, c’est l’absurde : l’épreuve existentialiste par nature ?

Pour autant, faut-il baisser les bras ? Pourquoi regretter une « civilisation » qui avait des failles ? Pourquoi ne pas en reconstruire une nouvelle, qui a les qualités de l’ancienne, sans ses défauts ?

Il n’y a pas de fatalité. Comme dit Hegel : « en soi, pour soi, en soi et pour soi ». Quand on a compris ce qui se passait, il est possible d’agir intelligemment.

Qu'est-ce qu'une civilisation ?

De temps en temps, des mots oubliés remontent à la surface. C’est le cas de « civilisation ». 

Ma génération lisait l’histoire des civilisations. Elle était liée au progrès. Nous étions les héritiers des Mésopotamiens, des Egyptiens, des Perses, des Chinois, des Grecs, des Romains… Tout cela a été oublié. 

La crise russe a eu l’effet dont parle les existentialistes. Face à l’absurde, l’homme prend conscience qu’il tient à certaines valeurs. M.Poutine nous a présenté son projet de société et ses missiles nucléaires et nous lui avons répondu : plutôt mort que rouge.

Et si nous n’étions pas les seuls dans ce cas ? Et si le monde de paix et de confort auquel aspire l’Occident, était, quand il n’est pas instrumentalisé par l’individualisme, un désir quasi universel ? 

Est-ce cela la civilisation ? L’humanité concevant, petit-à-petit, ce qu’elle désire être ?

La fin des civilisations

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles« , écrit Paul Valéry en 1919. Nous pourrions peut-être dire la même chose aujourd’hui. La crise ukrainienne a été un avertissement pour l’Occident. Il était à deux doigts de l’impuissance et de la décadence. 

Il y a quelque chose de curieux dans l’évolution de l’humanité. Il y a des moments où des cultures deviennent dominantes et semblent indestructibles. Puis, soudainement, elles disparaissent. 

Le sort d’un pays se joue souvent à pile ou face. Un attentat, une réaction stupide… et c’est le chaos. Et il y a la perte de mémoire. Chaque génération, qui n’a rien appris des précédentes, prend les commandes du monde, pleine de certitudes. Certitudes issues de rationalisation de ses intérêts. L’humanité n’est que crises d’adolescences. 

Une société a-t-elle des moyens de résilience ? Dans un de mes livres, je dis que j’ai observé que les gens qui réussissaient le changement étaient « in quiets ». Je me demande si ce n’est pas, en définitive, la principale garantie de longue vie.