L’individu, victime du formatage social

Dans un précédent billet, j’ai commenté Change, grand classique de psychologie.
Selon lui nos malheurs viennent des solutions que nous donnons à nos problèmes. Je crois, pour ma part, que ces solutions sont majoritairement sociales.
Par exemple, c’est la société (les films américains ou notre président) qui nous dit qu’il est bien de vivre comme un parvenu, un mafioso qui a réussi. Or, ce niveau de revenu n’est accessible qu’à moins d’un millième de la population, et qui avait un avantage décisif dès la naissance. Le reste oublie son échec dans la nourriture rapide.
Le vrai changement, à mon avis, est de savoir repérer ce qui est nocif dans le lavage de cerveau ambiant, sans pour autant nous isoler de la société (par exemple en nous définissant comme la perfection).

Vous ne l’emporterez pas avec vous

Film de Frank Capra, 1938.
Grande dépression. Un affameur du peuple découvre qu’il perd son âme à empiler de l’argent.
Je pensais que la morale anglo-saxonne voulait que l’individu qui avait reçu un don de Dieu (le bonheur en affaires) le pousse à son extrême. Ce film prône-t-il l’anarchie ?
D’ailleurs comment a-t-il pu être produit ? Les magnats d’Hollywood se sentent-ils différents des autres riches ? Ou produisent-ils ce qui plaît au peuple ? 

Pépé le moko

Film de Julien Duvivier, 1936.
Deux pauvres qui ont voulu faire fortune découvrent qu’ils sont passés à côté de l’essentiel.
D’ailleurs les riches sont moches.
Film à la gloire de la stabilité sociale ?
Toujours est-il que l’image de la colonisation n’est pas celle que nous avons aujourd’hui : c’est une symbiose heureuse de toutes les nations. Et celui qui représente la justice, impartiale mais humaine, est un Algérien.

La valse des pantins

Film de Martin Scorsese, 1983.
Renversement étrange, Robert de Niro, initialement pathétique et inquiétant, se révèle, en fait, le plus sain des hommes. Alors qu’il était une caricature vivante, sur scène il devient magnifique. Son comportement qui semblait dément est en fait extraordinairement rationnel. La fin justifiait les moyens.
Critique de la foule, qui trouve drôle tout ce qu’on lui dit être drôle ? Aucun sens critique ? Le succès serait-il sans lien avec le talent, une simple question d’arrivisme ? Critique du show business, de la société ? Pour réussir, il faut être un dénaturé, et tuer père et mère ?
Jerry Lewis me semble aussi remarquable dans la peau d’un homme normal confronté à un fou insistant. 

Cruising

Film de William Friedkin, 1980.
Immersion d’un policier dans le monde des homosexuels newyorkais ascendant sado-maso.
Qu’est-ce que notre société a, qui fait que ses membres sombrent dans des pratiques aussi éloignées de ce qui semble avoir été leur nature primitive ? Ou encore qu’un policier puisse accepter ce type de mission simplement pour obtenir une promotion ?
Fin ambigüe, d’ailleurs, le policier se serait-il transformé en sa proie ?

Macadam à deux voies

Film de Monte Hellman, 1971.
Où l’on voit la place centrale que la voiture occupe dans la civilisation américaine et que la fin des années 60 fut une période existentialiste où l’on a vécu dans l’instant.
Proche d’Easy rider, avec plus d’humour. Bizarre que le réalisateur n’ait pas eu un plus grand destin. 

Un million clé en main

Film de Henry C. Potter, 1948.
Une famille veut s’éloigner des conditions de vie étouffantes de New York. Elle construit une maison à la campagne. Le cauchemar commence. Les pigeons se font escroquer par les natifs, se ruinent, et le père de famille, qui a découvert entre temps qu’il devait se lever à 5h pour prendre le train, perd son emploi. Heureusement, leur bonne noire a le trait de génie qui manquait à ce dernier et qui les sauve in extrémis du naufrage.
Vision à la fois effrayante et curieusement actuelle de l’Amérique, qui s’est ruinée pour s’acheter la maison de ses rêves.