Fin des 35h

Nos politiques veulent allonger la journée de travail, après négociation avec les « partenaires sociaux ». (Pour Copé, « la sortie des 35 heures est inéluctable »)

Bizarre. À court terme cela ne voudrait-il pas dire moins d’emplois ? D’ailleurs l’Allemagne, que nous admirons tant, travaille 35h…

Et que se passerait-il dans une négociation avec des partenaires sociaux, inexistants en France ? Les entreprises, qui font actuellement tout pour réduire leurs coûts, n’utiliseraient-elles pas leur pouvoir pour diminuer leur masse salariale ? Spirale déflationniste ?

Le gouvernement essaie-t-il de soigner notre mal, la déflation, par la déflation ? Ou serait-ce une manœuvre électoraliste subtile ?

Adapter la société à l’innovation ?

La machine (technologie de l’information) semble créer le chômage. J’ai déjà cité le livre qui dit cela. Mais voici une nouvelle façon de voir la question, qui utilise des termes qui me sont familiers :

Nous sommes en face d’un changement. Il faut modifier l’organisation de la société, son « modèle économique », de façon à ce qu’elle tire parti de l’innovation. (Technological unemployment: Race against the machine | The Economist)
Compléments :
  • Curieusement, les années 30 auraient aussi été des années fastes pour l’innovation, accompagnées d’un gros chômage. Il est tentant de se demander s’il n’y a pas des moments où la société utilise les machines contre elle-même et d’autres pour son bénéfice collectif. 

Créer des emplois

Le Texas a pour principe de piquer des emplois à ses voisins ; l’Angleterre met 500.000 fonctionnaires au chômage, alors que son économie vacille… Pourquoi personne ne s’intéresse-t-il à la création d’emplois ? Et ne dit-il que s’il y a chômage, c’est parce qu’une partie de la population ne sait rien faire d’utile ? (Can Politicians Really Create Jobs? – NYTimes.com)

On a cru qu’il suffisait de créer des conditions favorables, le marché, pour que, par miracle, nous soyons prospères ?

L’informatique détruit l’emploi ?

Deux universitaires, a priori éminents, concluent que les technologies de l’information détruiraient l’emploi. Au moins aux USA. Elles auraient donné un effet de levier majeur sur le reste de la population à quelques « stars », les enrichissant massivement. (How IT Costs More Jobs than It Creates – Technology Review)
La preuve principale serait la courbe de l’emploi qui, pour la première fois depuis la dernière guerre, n’aurait pas progressé en une décennie. (Alors que la population du pays a cru de 9,7%.)

Chômage des jeunes

Le chômage des jeunes est une maladie du moment aux effets inquiétants :
Émigration, crime, chômage endémique, carrière de deuxième classe, perte de confiance en soi, réduction de l’espérance de vie… (Left behind)
Génération perdue ? Destruction qui réduit le potentiel d’une nation ?
Et promesse d’un avenir plus solidaire ? Le plein emploi des trente glorieuses n’a-t-il pas contribué à l’individualisme et l’égoïsme ambiants ? 

Éviter une crise (majeure)

Comment combattre le chômage, ce qui exige des investissements, tout en rassurant les marchés, qui veulent la rigueur ?

Il suffit pour cela de relancer à court terme, tout en se montrant déterminé à réduire son déficit sur le long terme. Tout le monde y trouvera son compte.

Parmi les pistes : construire des infrastructures, subventionner les horaires de travail réduits pour conserver l’emploi (et éviter que les employés perdent en compétence, donc en capacité à trouver un emploi), alléger le coût du travail, développer l’offre de formation de façon à combler le fossé entre l’emploi offert, de plus en plus qualifié, et la main d’œuvre, qui l’est de moins en moins. (The quest for jobs)

Martine Aubry avait-elle raison ?

Il y a corrélation inverse entre durée légale du travail et chômage. Le sud de l’Europe a de longues journées de travail, et beaucoup de chômage, c’est l’inverse au nord.
Un économiste éminent aurait trouvé une explication liée à la législation du travail. Elle rend embauche et licenciement difficiles au sud, plus faciles au nord. Au sud, quand la charge de travail augmente, on augmente les heures, au nord, on ajoute du monde. (Labour markets: Less work, more workers? | The Economist)
L’argument pourrait aller au-delà d’un simple partage du temps travaillé. Il y aurait peut-être une question de spécialisation, comme chez Adam Smith : au sud on fait mal un peu de tout, et cette économie peu productive crée peu d’emplois ; au nord, on serait plus spécialisé, donc globalement plus productif.
Si effectivement ce raisonnement tient, la mise en œuvre de la loi des 35h aurait été encore plus ratée que je ne le dis ordinairement…

Déséquilibre social et crise de l’Occident

La crise viendrait-elle des divisions de la société ? Entre ceux qui s’accrochent à leur travail, et ceux qui n’en ont pas ; entre les syndicats et le reste du monde ; entre les vieux et les jeunes ? (Turning Japanese)

Faut-il aussi ajouter à cette liste ceux qui se sont massivement enrichis, comme certaines classes de la population, certains pays, et certains secteurs économiques (les banques, la santé…) ? Cela peut-il expliquer pourquoi les gouvernants mondiaux ont tant de mal à remettre l’économie en marche ?

Relations et emploi

Connaître des gens qui ont un travail facilite grandement la probabilité d’en trouver un… Le réseau relationnel joue un rôle décisif dans la recherche d’un emploi. (« Aux Etats-Unis, 50% des emplois existants auraient été trouvés par des relations sociales ».)

Question d’information. Celle qu’apportent les organismes officiels est insuffisante. (I get a job with a little help from my friends | vox)

Effet pervers : plus le chômage augmente, plus l’information est réduite, et plus il est difficile de trouver un emploi, ou de recruter…