La machine crée le chômage

Depuis quelques temps, d’éminents universitaires anglo-saxons estiment que la technologie va mettre l’homme au chômage. Un gourou du MIT parle. Deux choses me frappent dans ce discours :

  • Internet a créé énormément de « valeur », puisque nous lui consacrons un temps énorme. Nous avons « voté avec notre temps ».
  • Il y a décrochage entre croissance et emploi, depuis 15 ans. Ce qui prouve qu’un nouveau type de progrès est en marche.
Je ne suis pas diplômé du MIT. C’est peut-être pourquoi il me semble qu’il y a quelque chose d’idiot ici.
  • Un demi-siècle de transformation sociale m’a montré ma famille étendue se transformer d’un groupe soudé et joyeux en étrangers isolés, égoïstes et méchants. Et si le « progrès » avait « créé de la valeur » en détruisant du bonheur ? Le plus amusant dans cette affaire est que la ferme d’un de mes arrières grands parents, qui vivait dans une « abjecte pauvreté » selon l’expression favorite de The Economist, a été achetée par un Anglais. Il gère de là, au milieu des champs et de l’air pur, ses affaires.
  • Quant au décrochage, il me semble avoir une autre explication possible. L’obsession de l’entreprise est de réduire ses coûts de personnel. Dans ces conditions, il n’est pas totalement surprenant qu’elle ait investi dans des technologies qui liquident l’homme. 

Clowns italiens et autres histoires

The Economist traite MM.Grillo et Berlusconi de « clowns ». Sans pour autant se montrer inquiet outre mesure, me semble-t-il. La BCE peut maintenir l’Europe à flots. Et M.Grillo n’est pas sans intérêts. Justement ceux qui l’ont fait élire. Il a capté un besoin de la nation (de toutes les nations ?). Un ras le bol des politiciens de carrière, qui ne suivent que leur intérêt. Ses députés devraient voter les lois au coup par coup, et non selon une stratégie prédéfinie. Il faut surtout relâcher l’austérité, pense The Economist. Reste à convaincre l’Allemagne.

L’Angleterre est dans la mélasse. Elle ne sait qu’importer. Sa devise n’a pas fini de sombrer. Le prix de sa dette va-t-il augmenter ? Non, ça va mal partout. En tout cas, peut-être son gouvernement devrait-il faire quelques investissements en infrastructures pour relancer ses affaires ? Dans la série « l’Angleterre aime l’Europe », The Economist est allé à la rencontre des fermiers anglais. Celui qui est interviewé révèle que sans la PAC, « il aurait gagné sa vie seulement durant 5 de ses 21 années de ferme ». On tolère que la France laisse aller son déficit un peu plus longtemps.

Aux USA l’impact du séquestre n’est pas encore clair. The Economist encourage le pays à exporter du gaz, pour se faire de l’argent. Mesure que bloquent les industriels, qui ont peur d’une augmentation des prix de l’énergie, et les écologistes anti-gaz de schiste.

Décidément, The Economist aime l’Afrique. Tout y va beaucoup mieux. Mais sa fortune est essentiellement une question de ressources naturelles. Elle sera durable si elle réussit un changement. Elle doit mettre à profit l’exode rural et une démographie galopante, et éviter qu’ils ne se transforment en une pauvreté explosive. The Economist encourage le continent à créer un marché commun.

La situation iraquienne est extrêmement confuse. Tensions dans tous les sens. Mais le pays semble résister. Quant au Hezbollah, la guerre civile syrienne le met dans une situation délicate. Comment soutenir son dictateur d’allié sans perdre sa légitimité de défenseur du faible ? Que va devenir l’Asie centrale après le départ américain ? Outre l’Afghanistan et le Pakistan, 5 ex républiques soviétiques sont fragiles. « La guerre, elle-même, est une partie du problème, la violence, l’extrémisme religieux et le trafic de drogue conduit par des seigneurs de guerre qui en ont résulté ne respectent pas les frontières ». La Chine pourrait être amenée à calmer une instabilité qui menace ses intérêts économiques.
Entreprises. Hypocrites ? Yahoo veut rapatrier ses employés à distance. Les réseaux sociaux, c’est très bien pour les autres ? En tout cas, il paraît que des études montrent que travailler à la maison améliore la productivité de l’entreprise. Les fonds d’investissement sont partis pour une bulle spéculative. Ils ont 1000 milliards à placer. Et, en plus, à un moment où les entreprises sont chères. L’industrie de la défense européenne devrait fusionner. Cela ferait énormément baisser le coût de sa production. D’autant que le budget européen est réduit de 200 à 170md. Mais, politiquement, c’est compliqué. Les projets communs vont donc se multiplier.
Comment faire qu’une entreprise soit gérée dans son intérêt ?Un actionnariat dilué n’est pas bon pour sa santé. L’actionnaire se vendant au plus offrant. Il n’y aurait peut-être pas de panacée, de structure éternelle. « Différentes sortes d’entreprises sont bonnes pour différentes choses. Les entreprises anglo-saxonnes sont bonnes pour prendre des décisions difficiles. Les entreprises continentales pour faire des investissements à long terme. Les partenariats sont bons pour susciter la loyauté (…) Il serait mieux que (les politiciens) encouragent la diversité, puisque des écosystèmes divers sont bien plus robustes. »
Éternelle question. La machine va-t-elle mettre l’homme au chômage ? On en parle beaucoup aux USA. Apparemment, la question serait mal posée. Un des principaux moteurs de la modification de l’emploi occidental, l’élimination des qualifications intermédiaires, était dû aux délocalisations. La main d’œuvre émergente ayant perdu ses bas salaires, les entreprises occidentales vont recommencer à employer leurs concitoyens et à investir pour les faire gagner en productivité.

Pourquoi les Américains ont-ils défait les Allemands. Ces derniers étaient supérieurs dans leur art de la guerre, en particulier dans leur « capacité de se relever d’un revers et de contre-attaquer ». C’est le complexe militaro industriel américain qui a gagné, et en particulier ses ingénieurs du BTP de marine. Ils ont bétonné sa marche vers la victoire. 

Du licenciement boursier

Hier, j’entendais un avocat communiste parler (France Culture). Apparemment, il combat les licenciements pour raison économique. Faire respecter le droit me semble une bonne idée. Mais je doute que ce soit efficace pour éviter les licenciements. Leur cause est généralement la mauvaise gestion de l’entreprise combinée à un environnement difficile. Et, lorsqu’ils surviennent, il est trop tard.

Dans une entreprise, l’employé joue beaucoup plus gros que l’actionnaire. Il risque sa vie, au moins qu’une partie soit bousillée. Le meilleur service que pourraient lui rendre les syndicats serait probablement d’aider le dirigeant d’entreprise à ne pas faire d’erreurs. A mon avis.

Un livre sur ce que sont devenus les syndicats.

Bonne nouvelle : la France plonge dans la récession ?

Il semblerait que la France suive le cercle vicieux prévu. Pour réduire ses dettes, elle va devoir réduire ses dépenses, ce qui va freiner son activité économique, stimuler le chômage, etc.

Cela est dramatique. Mais est-il possible de faire autrement ? La solution à la crise n’est-elle pas globale ? On crèvera ensemble ou on s’en tirera ensemble ? Pas question de faire différemment des autres ?

Que le gouvernement socialiste s’en soit rendu compte n’est-il pas le signe qu’il n’est pas dogmatique, comme on aurait pu le craindre ? Bonne nouvelle ?

Mais, quid de Madame Merkel ? Nouvelle dame de fer ?

Compléments :

The Economist excommunie François Hollande

The Economist n’a pas de mots assez durs pour condamner les intentions de M.Hollande. En particulier celles qui taxent les grandes fortunes et condamnent les licenciements. Il prédit une fuite des « créateurs de valeur », et un chômage de masse.

Mais peut-on croire l’opinion de The Economist ? Il a été créé en 1843 explicitement pour promouvoir le libre échange (et accessoirement les valeurs de l’élite anglaise). The Economist est un type de journal que nous n’avons plus en France depuis la disparition de l’Humanité des temps héroïques. Or, M.Hollande est porteur de tout ce que The Economist exècre. Son succès serait l’hiver atomique d’une croisade de 170 ans pour la domination de la planète.


Je me permets donc d’émettre d’autres idées que les siennes. En voici deux :
  • Qui ne tente rien n’a rien. Curieusement, le combat de M.Hollande et celui du général de Gaulle sont à la fois donquichotesques et très américains : c’est l’homme porté par ses convictions contre le monde. Or Hollywood nous dit que l’homme décidé gagne souvent et de Gaulle a défait les projets de Roosevelt.
  • Le danger est le dogmatisme. Si M.Hollande nie l’adversaire, il perdra à tous les coups. Il faut « changer pour ne pas changer » : il faut s’adapter pour faire réussir ce à quoi l’on croit vraiment.
Plus concrètement ? L’Allemagne nous prouve que l’on peut être habilement protectionniste et dirigiste. (Et admiré par The Economist.) Il faut jouer allemand. 
  1. Les règles qui gouvernent le monde sont celles de la concurrence et de l’affrontement (« la France n’est pas compétitive »). Il faut passer à l’entraide. Mais pour modifier le jeu mondial, il faut une coalition. Dans ces conditions, le rôle de la France, Rantanplan arrogant et ridicule, est extrêmement difficile. Celui de l’Angleterre, diviser pour régner, beaucoup plus simple.
  2. M.Hollande a des atouts. Comme le note d’ailleurs The Economist. Les grands patrons français doivent leur carrière à l’administration, il leur est difficile de défendre leur salaire face à un État auquel ils doivent tout. En outre, l’Etat français est puissant, nos multinationales en sont dépendantes, il ne serait pas intelligent de le mécontenter.
  3. Quant au blocage des licenciements, il peut se faire habilement, comme en Allemagne. Il faut éviter une provocation gratuite des puissances capitalistes. Mais quel homme politique français peut résister à la tentation d’apparaître en Robin des Bois ?
Compléments :

Founded in 1843 to support the cause of free trade, The Economist is and always has been a publication of sometimes radical opinion with a reverence for facts. It is firmly established as one of the world’s most authoritative and influential publications. (Editorial philosophy | Economist Group)

Interdire les licenciements

Apparemment, le gouvernement voudrait décourager les entreprises de licencier.

Étrange. Mesure d’un autre temps ? Croit-il encore que la France est seule au monde et qu’elle le commande de ses lois ? Est-ce malin de considérer les entreprises comme présumées coupables ? Gouvernement, déjà aux abois, qui vit d’expédients ?

Il aurait pris cette mesure pour faire plaisir aux syndicats. Encore plus étrange : les syndicats ne semblent plus avoir aucun pouvoir sur l’économie ou sur l’électorat, mais ils en auraient un, énorme, sur le PS ? La bourgeoisie qui dirige ce parti se veut-elle prolétarienne et révolutionnaire ?

Histoire mystérieuse à creuser.

Compléments :

Comment sauver l’Espagne ?

L’Europe secourt les banques espagnoles. Fin des malheurs de l’Espagne ?

L’économie de l’Espagne s’est construite sur une bulle spéculative, celle de l’immobilier. Une partie de l’Espagne travaillait donc pour un rêve. Son économie (son PIB), et le nombre de personnes qu’elle peut employer, ne représente qu’une fraction de ce que l’on pensait jusque-là. Un chômage élevé apparaît d’autant plus structurel, qu’une personne inemployée devient rapidement inemployable.

Comment trouver du travail à l’Espagnol ? Difficile de voir comment l’entreprise, qui souffre, pourrait y parvenir. Y a-t-il une autre solution qu’une relance de l’économie par l’État, qui devra aussi créer des activités pour ceux dont le privé ne voudra pas ? Ne faudrait-il pas favoriser l’émigration à l’intérieur de l’Europe ? Tout ceci peut-il se faire autrement que par une coordination européenne ?
Compléments :

Don Montebourg contre les licenciements ?

J’entendais la radio dire que M.Montebourg volait au secours des entreprises en difficulté. J’entendais aussi des syndicats protester de ce qu’ils n’avaient pas été consultés. Tout ceci m’a plongé dans un abîme de perplexité.

Car tout ce monde a presque moins de culture de l’entreprise que le gouvernement précédent. C’est dramatique ?


Prenons le cas du syndicat. Il a la conviction intime que le patron est un exploiteur. Il faut donc lui extirper le maximum par la force. Tactique ? Être le plus nuisible possible. Malheureusement, quand un patron boit la tasse, ce comportement syndical lui enfonce la tête sous l’eau.

Quant à M.Montebourg, il semble croire que l’entreprise en difficulté a besoin de trouver des financements. Ce à quoi The Economist répondrait certainement qu’elle les aurait trouvés si elle n’avait pas été nase. Lui donner de l’argent en prive l’économie ! Voila pourquoi la France des trente glorieuses a fini par capoter : en protégeant nos canards boiteux, nos hauts fonctionnaires ont asséché le reste de l’économie. D’où chômage de masse. Bis repetita

En fait, ils ont tous raison, mais dans le mauvais ordre. Ce qui fait qu’ils ont tous tort. Car, ce qui plombe une entreprise est un cercle vicieux. Le redresser ne coûte rien, sinon un coup de génie. Une fois qu’on a trouvé ce qui cloche, il est simple d’intéresser l’investisseur, puisque l’on peut expliquer qu’il est en face d’une aubaine. Abstrait ? Quelques exemples qui me viennent en tête :
  • Succession dans une PME. Le fondateur, commercial dans l’âme, est remplacé par son fils, un manager, il « casse les prix » de peur de perdre ses clients. (Un classique !)
  • Fusion de plusieurs unités. Les employés se replient sur eux, et ne font plus les « travaux d’intérêts généraux », autrement dit, ils laissent leurs collègues – et l’entreprise – s’enfoncer.
  • Pour augmenter la rentabilité d’une société, avant une vente, son équipe dirigeante supprime son centre de recherche. Or, il fait le succès et les marges – énormes – de l’entreprise.
Tout ceci peut paraître évident. En fait, il ne l’est pas du tout. Entre la cause et les conséquences il s’est passé des années : on a oublié à quoi l’entreprise ressemblait jadis. D’ailleurs, on se trompait sur ce qui la faisait marcher. Et, surtout, bien souvent celui qui décide maintenant vient d’arriver et n’a pas de contact avec ceux qui connaissent les réalités de l’entreprise, ses employés.

Alors quid de M.Montebourg ? Qui ne tente rien n’a rien. S’il est intelligent, il finira par apprendre de ses erreurs. Ce qui compte est de se jeter à l’eau, avec la volonté de gagner le 100m. Intelligent ? C’est être in quiet.
Compléments :
  • Pour essayer de faire passer les idées de ce billet, j’ai réalisé une série d’émissions pour décideursTV…
  • Globalement toute notre économie est victime d’un cercle vicieux : elle doit apprendre à innover avec les moyens dont elle dispose, pour pouvoir se différencier, augmenter ses marges…
  • Je pense que nommer un « propriétaire » du redressement de l’économie nationale est une excellente initiative. Cela ressortit à un conseil que je donne depuis toujours, ou presque : quand vous pensez que votre organisation doit acquérir une compétence, il faut nommer un responsable de la dite compétence. En multipliant les expériences (initialement désastreuses !) il finira par apprendre ce qu’il faut savoir sur la question. 

La pauvreté comme dépression

Coup sur coup, je tombe sur deux études qui trouvent que la pauvreté s’accompagne d’un état de dépression. (Le coefficient multiplicateur du geste amical, Le riche a-t-il un cœur ?)

Ce que The Economist appelle élégamment « work shy », et à qui il convient de retirer tout secours, serait-il au contraire quelqu’un qui a été abîmé par la vie et qui s’est replié sur lui-même ? On n’est pas pauvre par choix, mais par échec ?
Et s’il suffisait de redonner un peu de confiance en elle à notre société pour qu’elle élimine son déficit, son chômage, son besoin d’antidépresseurs, et, donc, le trou de la sécurité sociale ?