Bienheureux salariés d'Alstom ?

Alstom veut déplacer une de ses usines, le président de la République et le premier ministre s’occupent eux-mêmes du dossier. 
On annonce une augmentation du chômage de cinquante mille personnes. Tout va bien, dit la ministre concernée.
Et si M.Hollande avait dépensé autant d’énergie pour les chômeurs anonymes que pour les quatre cents personnes de Belfort, aurait-il aujourd’hui à s’inquiéter de sa réélection ?

La société crée le chômage ?

On a tout essayé disait France Culture l’autre jour : les emplois aidés, la baisse des charges, les plates-formes numériques… Le chômage ne bouge pas. Et si le chômage était une caractéristique du système que nous avons construit ? pourrait-on se demander. Nous avons monté une société pour ordinateurs, si bien qu’il n’y a que les hommes d’ordinateur qui peuvent avoir un job. Plus la société repose sur des technologies contre nature, moins il y a d’emplois. 
Ce n’est pas tout. La société ENRON est connue pour avoir classé ses personnels. Chaque année, x% d’entre eux étaient jugés mauvais, et supprimés. La pratique est devenue habituelle. Wikipedia anglais disait qu’elle venait des MBA. Effectivement, les MBA vous classent selon une courbe de Gauss, en quatre notes. Cela peut paraître scientifique, mais ça ne l’est pas du tout. Il suffit d’avoir enseigné un peu pour comprendre que les classes ont un comportement collectif. Il y a des effets d’entraînement. Pr exemple, celui qui a compris explique à celui qui n’a pas compris. En outre, l’enseignant joue un rôle déterminant : le tout ou rien est bien plus fréquent que Gauss. D’où vient l’erreur ? De ce que Gauss marche pour les individus, alors qu’une classe est une société. Gauss est éminemment américain. Il reflète une idéologie pour laquelle il y a des bons et des mauvais. Une idéologie qui crée la pauvreté par nature ?

(Par ailleurs, la mission de la technologie est « le gain de productivité ». Si, ce qui semble se passer, la quantité produite se stabilise, le gain de productivité se transforme en suppression nette d’emplois.)

500000 formations = 500000 chômeurs en moins ?

Plan 500.000 formations. Formations de chômeurs. Et cela tombe l’année des élections. Je retire cinq cent mille personnes des statistiques ? En creusant le déficit. Mais pour une noble cause : conserver le pouvoir. Eh puis, c’est une forme de relance keynésienne. 
Effectivement, cela semble une vieille ficelle, tentée par chaque gouvernement à la veille des élections. Mais, jamais sur cette échelle. Et ça ne serait pas beaucoup plus que cela : former au besoin de l’entreprise est compliqué, et il n’y a pas tant de postes qui puissent être pourvus de cette façon qu’on le dit. Bref, il y aurait sans doute des moyens plus efficaces d’employer l’argent de l’Etat pour créer des emplois. Ce qui n’est peut-être pas ce que cherche un homme politique.

Le régime chômage ne serait pas déficitaire ?

les règles d’indemnisation en vigueur ont en fait permis un excédent de plus de 58 milliards d’euros depuis 1990 pour le régime de droit commun (…) Si la caisse unique qu’est l’Unedic est déficitaire, c’est parce qu’il existe en réalité non pas une seule, mais cinq assurances chômage. (…)  Le droit commun, qui concerne 95 % des salariés affiliés à l’Unedic, doit être distingué du régime spécial des intermittents du spectacle et de celui des entreprises d’intérim. Ces deux régimes engendreraient respectivement un milliard de déficit par an à cause de leurs règles spécifiques.

Il y aurait aussi la question du service public, et d’autres régimes spéciaux, qui cotisent peu. « Une assurance qui n’assure pas les gens sans risque est très coûteuse et risque de faire faillite ».
Indirectement l’article semble dire que les 95% sont les pigeons du gouvernement, et que la dénonciation de la générosité du système chômage n’est là que pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes (quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage ?) ; il pose, surtout, la question de savoir pour qui gouvernent nos hommes politiques.

Des vertus de l'indemnisation du chômage

On travaille plus en Europe (et en France) qu’aux USA, dit La Tribune. Explication : le faible chômage américain est apparent. Ceux qui ne peuvent pas trouver de travail se découragent et disparaissent des statistiques. Le système d’indemnisation du chômage européen maintient le citoyen en recherche d’emploi. 
Comment ceux qui ne sont plus dans le système parviennent-ils à vivre ? Mystère. En tout cas, il doit être difficile, impossible ?, de revenir dans la course. Il y a peut-être d’autres facteurs en jeu, mais on peut se demander si payer le chômage n’est pas un bon investissement. (D’autant que, pour réduire le coût global du dispositif, il peut forcer l’Etat à agir.)

59,3% des américains sont en emploi, contre 68,5% des adultes résidant en zone euro (source Eurostat). En France, ce taux est même supérieur, atteignant 69,7%. En Allemagne, ce sont même 77,9% des adultes ont un emploi.

Faites de la musique… bon conseil ?

A chaque fois que j’entends France Musique parler de jeunes musiciens, ce qui est fréquent, je pense que l’offre doit largement dépasser la demande. Y a-t-il beaucoup de monde qui écoute de la musique classique ? En quoi la culture de l’aristocratie d’il y a quelques siècles devrait-elle encore nous parler ? 

Cela illustre les défaillances du marché. L’homme est un mouton (principe de « validation sociale » de Robert Cialdini). L’influence sociale guide ses choix de carrière. Après vingt ans de déformation par différents conservatoires, il découvre que le marché est saturé. Mais que peut-il faire d’autre que ce qu’il a appris ? 
Comment évitons-nous cela, d’ordinaire ? Le terme à la mode est « nudge » (origine : ce livre). La société nous donne un petit coup de pouce quand il le faut. Si j’en crois ce que j’entends, cela demeure le cas pour les classes supérieures. Les enfants y sont fermement pris en main. Mais, plus bas, les enfants sont laissés aux modes du moment.  

Quelles solutions pour le cadre qui quitte la grande entreprise ?

Un entretien avec Catherine Martin, dirigeante de Créinvestisseurs.
Qu’est-ce que recouvre le concept de créinvestisseur® ?
Un Créinvestisseur est un investisseur créateur de valeur, autrement dit un investisseur qui apporte de l’argent et qui s’investit au sein de l’entreprise. C’est la convergence entre finance et RH, actionnariat et salariat.
C’est passer du salariat de la grande entreprise à l’actionnariat combiné au salariat de la PME ou TPE. Entreprises de 0 à 50m€ de chiffre d’affaires. Et c’est le faire à trois moments clés dans la vie de l’entreprise :
  1. Mise sur le marché du produit (0 à 300k€ de CA) : besoin d’un développeur commercial. 
  2. Changement de dimension ou de nature, par exemple développement international, ou modification de la gouvernance de l’entreprise qui demande un dirigeant professionnel (au-delà de 1 m€ de CA).
  3. Transmission de l’entreprise, l’entreprise n’ayant pas trouvé de solution interne. Aujourd’hui la greffe échoue dans deux tiers des cas. C’est essentiellement un problème de comportement. Le créinvestissement ménage une période de transition durant laquelle le cadre extérieur va prendre, en quelque sorte, le statut d’héritier du fondateur. 

Y a-t-il beaucoup de cadres qui quittent la grande entreprise ? Pourquoi ? Quelles sont les options qui leur sont ouvertes ?

L’entreprise est conçue pour recruter en permanence des diplômés de grandes écoles, mais n’est conçue que pour offrir une carrière à long terme à un petit nombre d’entre-eux. Une partie va donc être remise sur le marché. Plusieurs solutions s’offrent à eux :
  • Retrouver une place dans une grande entreprise. Cela devient difficile lorsque l’on dépasse 45 ans.
  • Devenir consultant, formateur, manager de transition, coach ou autre. L’offre dépassant nettement la demande, les prix son cassés, la situation est précaire.
  • Créer une entreprise. Il y a beaucoup d’échecs. Contrairement à ce que beaucoup de créateurs croient, il n’est pas suffisant d’avoir une idée pour qu’elle soit commercialisable.
  • Reprendre une entreprise. Il y a 5000 reprises d’entreprises de plus de 5 personnes chaque année. La demande dépasse l’offre. Ce qui fait monter les prix au-delà de la capacité de remboursement de la structure. D’où faillite. Une autre cause d’échec est le manque de préparation du cadre.
A qui s’adresse le créinvestissement. Comment un cadre peut-il savoir s’il est fait pour être créinvestisseur ?
80% des créinvestisseurs sont des business developers avec prime à l’international. Puis viennent les directeurs généraux et enfin les DAF.
Il y a deux raisons principales pour lesquelles une personne ne fait pas l’affaire : l’égo et la peur.
L’égo, c’est surestimer sa valeur. C’est être arrogant, notamment vis-à-vis du dirigeant. La peur, c’est ne pas savoir prendre des risques. Il faut se lancer sans avoir résolu toutes ses questions. La combinaison des deux bloque l’écoute des attentes et des freins du dirigeant.

Si c’est le cas. Que doit-il faire ? Quelles sont les erreurs à éviter : commises en phase de recherche, durant les premiers temps de l’arrivée dans l’entreprise… ?
Beaucoup de cadres investissement beaucoup de temps dans des dossiers qui ne sont pas en vente. En effet, il est très fréquent qu’un dirigeant fasse un tour du marché pour voir ce qu’on lui propose, mais sans être décidé à céder.
La seconde erreur, une fois l’affaire conclue, c’est de vouloir tout révolutionner en arrivant. Le gros problème du cadre d’entreprise, c’est qu’il a une expérience très riche et diversifiée et qu’il croit tout savoir. Mais la PME ne demande pas la même palette de compétences. Il doit tout réapprendre. La réalité derrière les mêmes mots est différente.
Le créinvestissement, c’est de la chasse de têtes. Pourquoi les chasseurs de têtes ne savent-ils pas en faire ?
Le créinvestissement est une nouvelle solution à un besoin nouveau qui intègre une dimension d’ingénierie financière. La démarche n’est pas d’aspirer des ressources d’une entreprise pour les placer dans une autre mais de prendre en charge les ressources peu occupées ou disponibles, de les préparer à changer d’écosystème et de les accompagner dans leur migration.
Il s’agit d’un autre métier qui complète ou se substitue à l’outplacement et ne concerne encore qu’une minorité de cadres. 

C’est reparti comme en 29

The Economist pense que nous sommes sur le bord, terrifiant, d’une grande dépression. Phénomène curieux. Ce serait un mal endémique. Mais nous l’avons oublié, parce que les mesures prises après guerre pour le contrer ont provoqué une grande inflation. Du coup, on a crû que c’était cela le problème. Autre paradoxe, ce serait la baisse du prix de l’énergie qui pourrait nous pousser dans le précipice. L’Europe est particulièrement en danger. En effet, la déflation va rendre insoutenable la pile de dettes des pays de sa périphérie.
Que faudrait-il faire ? Relance. Reconstruire les lamentables infrastructures de transport américaines et permettre le déficit à la périphérie européenne. Seulement, les populistes qui sont au pouvoir veulent faire exactement le contraire. (Etrangement « l’armée de chômeurs, forte de 25m de personnes (…) ne semble pas galvaniser les politiciens autant qu’un taux d’intérêt d’obligation d’Etat à 7%. »)
Si la baisse du prix de l’énergie plonge l’Occident dans la dépression, elle devrait être favorable aux pays émergents et particulièrement nuisible aux grands Satans de The Economist : Venezuela, Russie et Iran. L’Arabie Saoudite aurait laissé choir les cours, pour donner une leçon à ses concurrents, dont les coûts de production sont beaucoup plus élevés que les siens.
Quant au cours des actions, il devrait devenir hautement incertain.
Pourquoi les hommes d’affaire haïssent-ils M.Obama ? Pourtant, leurs entreprises et eux n’ont jamais été aussi riches, alors que le peuple, lui, s’est appauvri ? Parce qu’aux USA tout le monde en veut à tout le monde. Les très grandes entreprises pensent qu’ailleurs les conditions sont encore plus favorables qu’aux USA. Et les petites souffrent, notamment à cause des grandes.
« Les députés sont le prolongement des intérêts commerciaux et peuvent être vendus etéchangés ». Le mal de l’Ukraine, c’est la corruption. Si le pays ne parvient pas à la maîtriser, cela pourrait se terminer par un Maidan en armes… Le Japon est atteint du même mal. Deux ministres donnent leur démission. Les Suédois traquent un sous-marin russe. Mais faute de budget militaire, ils n’ont plus les moyens de ce faire. M.Renzi serait extrêmement populaire. Il pourrait vouloir déclencher une élection qui lui donnerait les pouvoirs de réformer l’économie. La France essaie de réformer ses collectivités locales endettées, par exemple Argenteuil. (« Entre 2000 et 2010 le nombre d’employés des mairies a augmenté de 26%.) Cela pourrait conduire à une augmentation des impôts locaux et à une attaque du pouvoir central par les « barons des partis politiques », qui dirigent les villes. Mme Aubry aurait donné le coup d’envoi des hostilités.
« Personne ne sait quand le Nigeria va basculer dans le chaos. Mais ce jour semble de plus en plus proche. » Contrairement à ce que je disais récemment, le Nigeria est à feu et à sang. Son Nord Est est sans Etat. Boko Haram l’a remplacé. La croissance chinoise devrait revenir vers la moyenne. Dans 10 ans son PIB devrait toujours être inférieur à celui des USA.
Les fabricants de téléphones mobiles chinois vont faire un malheur. Ils ont fait leur fortune sur un marché protégé. Et ils se sont préparés aux règles du jeu de l’Occident. Ils ont les meilleurs avocats et la meilleure innovation. (Une leçon de protectionnisme pour débutants ?) Le marché de l’informatique (hors mobiles) est en crise. Les profits des grands reculent. Ils n’ont plus d’idées gagnantes. Ils vont devoir se restructurer. La mode des aliments sans gluten aurait gagné le monde, et serait là pour longtemps.
L’entreprise est pleine de tirs-au-flanc. Tout en haut et tout en bas de l’échelle des salaires. Essentiellement. « Les emplois sont souvent situés la où les gens pauvres n’ont pas les moyens de vivre. » Une partie du chômage s’expliquerait par des raisons géographiques. Les pauvres habiteraient des zones éloignées des emplois, dotées de mauvaises écoles, et minées par la criminalité…
Guillaume IIressemblait bizarrement à Hitler. Difforme et idiot, il avait eu une jeunesse effroyable. Est-ce pour cela qu’il a déclaré la guerre à l’Europe en 14 et qu’il pensait que les Juifs étaient le mal absolu ? Jadis les dirigeants étaient payés un salaire fixe (1m$ en moyenne, pour les 50 plus grosses entreprises américaine). La mode des bonus a produit un enrichissement colossal. « En 1970, le PDG moyen gagnait 25 fois le salaire de l’ouvrier moyen. Aujourd’hui le rapport est passé à plus de 300. » (Tim Cook d’Apple a reçu 378m$ en 2011.)

Le régime des intermittents est-il juste ?

La presse étrangère parle de nos intermittents et de leur grève. Ailleurs, ils font des petits boulots, et ne se révoltent pas contre leur gagne-pain. Que dit-elle de notre système ?
  • Il remonterait à 1936. Le gouvernement de l’époque aurait constaté que l’industrie du cinéma reposait sur l’emploi précaire d’artisans, et que si ceux-ci n’avaient pas certaines garanties, ils iraient travailler ailleurs. En quelque sorte, la France a donné un salaire à ces personnes, qu’elles travaillent ou non. 
  • Le coût de l’affaire, 1md€. 100000 personnes en bénéficieraient. 
  • Le système se prête à l’abus et à la fraude. En fait, ces fonds sont détournés par l’industrie de la culture. Ils subventionnent des gens riches !
Ce système étant par nature déficitaire, il serait, du fait de ses pertes cumulées, responsable d’une grosse partie du déficit de la sécurité sociale. Il n’aurait donc rien d’anecdotique. (Contrairement à ce que je pensais.)
Mais le problème n’est peut-être pas là. C’est l’assurance chômage qui finance les intermittents. C’est donc un détournement du terme « assurance », puisque, en quelque sorte, l’aléa est certain. Surtout, c’est une partie de la population, le salarié du privé, qui supporte seule une mesure d’intérêt général. En particulier, les fonctionnaires ne seraient pas concernés, alors que ce sont de gros consommateurs de culture. Contradiction avec notre acception actuelle de « justice » ? 
Conclusion provisoire :
  • Le système est peut-être justifié, mais exclusivement pour une partie de ceux qui en profitent aujourd’hui. En particulier, beaucoup pourraient avoir un second travail, comme ailleurs dans le monde, sans que cela nuise à qui que ce soit.
  • Le régime devrait être payé, en premier lieu, par ceux qui en profitent. Industrie de la culture ou du tourisme (régions à festivals, par exemple), stars, et clients aisés. 
  • S’il reste de la place pour des subventions, c’est l’Etat, donc l’impôt collectif, et pas un groupe de défavorisés, qui doit les financer. 

(PS. Complément : l’Etat semble parti pour prendre en charge une portion du régime des intermittents.)