Demain le plein emploi ?

Source : France-inflation

Après guerre, on était persuadé que le chômage était la cause le nazisme. Et, donc ?, il y avait plein emploi. 

Puis une autre doctrine s’est imposée : la concurrence est synonyme de performance. Ne gardons que les meilleurs. Le chômage a grimpé. Pas de réaction. Mais pas de performance non plus. Et, paradoxalement, ce sont les révoltés de 68, les jeunes, qui ont fait le plus les frais du changement. 

Et si l’on essayait à nouveau le plein emploi ? Il y a une raison toute bête à cela. Si tout le monde travaille, les entreprises sont à plein régime, et elles paient des impôts. De surcroît on ne rémunère plus de chômage. L’Etat n’a plus de dettes. 

Mais comment l’entreprise trouvera-t-elle de nouvelles ressources  ? Après guerre, il y avait certes de l’emploi, mais c’était un emploi taylorien, de machine. Et il y avait une forte immigration. 

Cela signifie que l’entreprise doit se transformer. La main d’oeuvre devient un paramètre stratégique. Le recrutement se fait au compte-goutte, probablement, comme en Allemagne, par la formation en entreprise de stagiaires. Pour le reste c’est le gain de productivité et l’accroissement de la qualification du personnel qui permet la croissance. Le personnel devient, comme en Allemagne, associé à l’entreprise. Fin de la lutte des classes. Et il l’est d’autant plus qu’un tel modèle d’entreprise est très compliqué à faire évoluer pour une tête seule. Le dirigeant devra mobiliser au mieux « l’intelligence collective » pour cela. (Au niveau de la nation, c’est le modèle dit de la « flexisécurité ».)

Et si la condition nécessaire et suffisante du plein emploi était d’être intelligent ?

La machine et le chômage

On ré industrialise. Cela veut dire de la productivité, donc de la machine. Sans quoi salaires et protection sociale ne nous rendent pas compétitifs. Oui, mais la machine crée le chômage, non ? 

Question est mal posée. Si l’on prend la société dans sa globalité, plus elle a de machines, plus elle dégage du temps à l’homme pour innover et fabriquer des choses nouvelles (ou des services), et donc plus elle produit. Ce qu’elle produit est réparti entre ses membres qui, donc, s’enrichissent. Non seulement la machine ne crée pas le chômage, mais elle conduit à une hausse du niveau de vie. (C’est une des raisons pour lesquelles Michael Porter dit que l’automatisation conduit à une montée en qualification des personnels concernés accompagnée de hausses de salaires.)

Bien sûr, avec l’homme tout peut mal tourner. Il y a, par exemple, le scénario « intelligence artificielle », aussi appelé « oligarque russe ». Quelques personnes placées à des endroits stratégiques s’emparent du bien collectif, qui les rend autonomes. Les autres peuvent crever. (Idéalement, les premiers partent sur Mars, pendant que la Terre explose.)

Et ne va-t-on pas produire n’importe quoi ? Bien utilisée, l’économie est une machine à résoudre des problèmes. Plus on lui en demande, plus elle produit, et plus elle nous enrichit. Seulement, il faut poser correctement le problème. Ce qui n’est pas le cas avec la transition climatique. En effet, certes, la transition est une bonne idée, mais on impose une contrainte impossible à satisfaire : le renouvelable permettant de ne rien changer à nos habitudes. Un problème mieux posé serait : zéro émission, sans perdant. Voilà qui change tout. Mais qui demande, pour être résolu, une coopération de tous avec tous, qui n’est pas (encore ?) compatible avec notre modèle social hyper individualiste. 

L'automobile et l'emploi

« Pays pionnier dans l’automobile, la France a beaucoup souffert dans la compétition mondiale au cours des vingt dernières années. L’automobile est à l’origine de près de la moitié de la dégradation du solde des produits manufacturés depuis 2000, et explique une large part de la désindustrialisation qu’a connue le pays. » dit une étude de France Stratégie

En fait, le fabricant français va bien, mais les conditions de production sur le territoire national ne sont pas favorables. Donc il ne produit pas en France. Une question de coût du travail et de fiscalité. Y compris, en comparaison de l’Allemagne, du Japon et des USA ! Là, explique le rapport, le désavantage coût est compensé par l’avantage volume ! 

Et si le Japon et l’Allemagne, tout simplement, avaient voulu faire travailler leurs citoyens « quoi qu’il en coûte » ? Alors ils auraient cherché à compenser leurs différents handicaps par l’innovation, permettant des gains de productivité, des programmes de qualification de leurs employés, corrélatifs, et des méthodes de type « mode projet » qui permettent une grosse créativité et réactivité, et une réduction de temps de cycle, à condition de travailler avec des partenaires proches.

L'emploi sous la présidence Macron

Croissance de l’emploi, sous le gouvernement Macron. (Xerfi.)

Certes cela peut s’expliquer par la croissance, mais l’auteur cherche un « loup ». Il n’en trouve pas. Les CDD sont plutôt en recul, l’emploi public aussi. Bref, augmentation de l’emploi « saine », sans recours usuel à des expédients. 

Mais, tout de même, il y a généralisation de la précarité, les CDI ne sont plus ce qu’ils étaient, et du déclassement, on travaille au dessous de ses diplômes.  

Contrairement à ce qui est dit, et s’il y avait bien un tour de passe-passe : M.Macron a transformé le CDI en CDD ? 

(C’est exactement l’objectif des « lois Macron ».) 

L'Education nationale accusée

L’Education forme des déclassés, d’après l’INSEE. Ce serait le cas d’un salarié sur cinq. 

Autre phénomène : les entreprises ne parviennent pas à recruter, en dépit d’un chômage particulièrement élevé. Cela tient, en grande partie, à l’inadaptation des formations fournies par notre système scolaire. Si bien que les entreprises cherchent de plus en plus, quand elles en ont les moyens, à proposer leurs propres formations. 

A cela s’ajoute que, certains métiers, comme l’artisanat, qui à la fois furent des richesses du pays, et correspondent à des aspirations de l’individu, sont jugés comme sots, et indignes de l’Education nationale. 

Et il y a aussi la question de l’ascenseur social, qui ne marche plus, on peut se demander ce qui est arrivé à l’Education nationale. Elle semble s’être donné des objectifs qui n’ont rien à voir avec les attentes de la société. 

Serait-il temps d’en reprendre le contrôle ? 

Tous intermittents du spectacle ?

Il y a quelque-chose d’injuste dans une crise. Si ses conséquences étaient réparties sur toute la population, elles n’auraient rien de grave. Or, elles touchent démesurément certaines personnes, notamment les jeunes, les chercheurs d’emplois et les indépendants (une population que l’Etat a fortement encouragé à se développer).

Pourquoi ne pas généraliser le régime des intermittents du spectacle ? Le fait qu’il coûte cher est peut-être sa principale vertu. S’il était étendu à l’ensemble de la population celle-ci aurait une puissante incitation à en réduire le coût en fournissant des emplois à ses bénéficiaires…

(Baby) Boomers : une occasion de vous faire aimer ?

Les jeunes seront une victime collatérale de l’épidémie, dit-on. Les entreprises, par précaution, ne recrutent plus. Les quelques places libres seront réservées, comme d’habitude, à la jeunesse dorée des écoles prestigieuses.

Les mesures de confinement auront servi à sauver les personnes âgées. N’y a-t-il pas là une chance à exploiter, pour elles ? Venir au secours des jeunes ? Se mobiliser pour que l’économie se remette à les employer ? Et, du coup, enterrer « OK Boomer » ?

Licenciements massifs aux USA : mesure culturelle

Il y aurait 33 millions de chômeurs aux USA (cf. bas du billet). Licenciements massifs.

Réaction culturelle américaine. Lors des crises les entrepreneurs américains licencient, toujours, massivement. Un dirigeant américain me disait, il y a déjà bien longtemps, que l’entreprise était son bien, en conséquence de quoi, il pouvait en faire ce qu’il voulait. Ce point de vue est accepté par la société, puisque chaque Américain aspire à être un entrepreneur.

 En fait, il y a une forme de fiction dans ce raisonnement. Car, lorsque l’Etat injecte autant d’argent dans l’économie, l’entrepreneur peut difficilement justifier sa nature de démiurge. Quant au salarié, il est probable que, implicitement, il fait confiance à l’Etat pour relancer l’économie. Il espère que le chômage sera de courte durée. L’homme a besoin de croyances. Celles de l’Américain sont le marché et le self made man. Il est prêt à avaler toutes les balivernes plutôt que d’y renoncer.

Cependant, comme souvent, tout n’est pas bien ou mal. La fin justifie parfois les illusions. L’entreprise américaine utilise les crises pour corriger ses dérives (elle tend à se bureaucratiser) et redevenir efficace. Si la crise ne tourne pas mal (comme en 29), elle en sort renforcée.

Par contraste l’entreprise française, sous respirateur artificiel, n’est pas incitée à évoluer. Par les temps qui courent, c’est préoccupant.

(Financial Times : US jobless claims of 3.2m take pandemic toll beyond 33m 
More than 3m Americans filed for first time unemployment benefits last week, taking the number of applications since the coronavirus lockdowns began seven weeks ago to 33.5m. The number of initial jobless claims fell to almost 3.2m in the week ended May 2, the US labour department said on Thursday, down from 3.85m the previous week. That compared with economists’ expectations for 3m.)

Chirac 67

Jacques Chirac parle de chômage. On est en 1967. Il est secrétaire d’Etat à l’emploi. Il est inquiet. Le chômage a cru de 120.000 à 190.000. Curieusement, son discours est presque en avance sur celui de M.Macron. Lui aussi parle d’un emploi moderne qui exige de l’adaptation, de la formation, et que la flexibilité.

Cela m’a laissé perplexe. Les économistes expliquent qu’un chômage aussi faible bloque le mécanisme du marché du travail (il est quasi impossible d’embaucher).
Comment se fait-il qu’un discours aussi pertinent, l’amorce de la flexisécurité ?, ait donné si peu ? 68 ? Ou n’était-ce que de belles paroles ? Mais aussi : et si le chômage n’était qu’une question de réaction ? Un pays qui le craint comme la peste, sait prendre les mesures nécessaires pour le faire cesser ?…