Cercle vicieux français

« nos entreprises subventionnent leurs concurrentes étrangères. Les conséquences industrielles sont catastrophiques : sous-investissement, repli vers le milieu et le bas de gamme. Ou tout simplement, pour les entreprises assez puissantes, délocalisation de la production » (Article.)

Cette politique aurait été lancée par le couple Giscard / Chirac, en 74, et poursuivie ensuite. Son idée étant d’acheter l’électeur en essorant l’entreprise. Aurait-elle tué la poule aux oeufs d’or ?

(Mais le mal français viendrait de loin : « faiblesse déjà ancienne des entreprises françaises en matière de fonds propres, leurs médiocres performance en termes d’excédent brut d’exploitation, les choix industriels « faciles » de productions taylorisées sans grande valeur ajoutée, le déficit commercial récurrent et la pratique non moins régulière des dévaluations« .)

Le bilan du président Chirac

La personne qui m’a annoncé le décès du président Chirac pensait qu’il n’avait rien fait. C’est aussi le sentiment que j’ai eu en lisant le billet nécrologique que lui consacre Hervé Kabla.

Peut-être peut on penser qu’il avait dissous le parlement pour avoir les moyens de réformer la France, mais que son échec aux élections l’a convaincu que la France ne voulait pas de réformes. Si c’était le cas, était-ce condamnable ? J’en suis arrivé à me demander si le mal du pays n’était pas les réformes qu’on lui a fait subir et qui, toutes ou presque toutes, ont donné le contraire de ce que l’on en attendait. Et un élu n’est-il pas là pour faire ce que désire le peuple ?

Mais ce n’est pas tout. J’ai découvert, par le plus grand des hasards, qu’il n’avait pas été loin de remettre en ordre la SNCF. Ce qu’il avait fait avait été renversé ensuite, pour des raisons tactiques. Il n’était donc pas impuissant comme on l’a dit. Mais, aussi, peut-être que l’esprit du temps se prêtait à de tels changements.

Qu’en conclure ? L’homme est bien peu de choses, la société, et son humeur du moment, presque tout ?

Jacques Chirac

Décès de Jacques Chirac.

De ce que j’en ai entendu dire, c’était un séducteur, au sens premier du terme, qui se serait mis en quatre pour rendre service, et un homme incapable de décider, qui changeait d’idée avec le dernier qui avait parlé. C’était surtout un « animal politique ». D’une énergie extraordinaire, son mobile était le pouvoir, au sens où il voulait être président. Et, une fois là, y rester. Parce que, pour certains, cette vie de palais, de voyages, de réceptions, d’intrigues… est une drogue.

Comme on le dit souvent, dans de tels cas, c’était peut-être le dernier de son espèce.

L’annonce du Financial Times :
« Jacques Chirac, former French president, has died aged 86. A former mayor of Paris, he was head of state for 12 years from 1995 to 2007, veering between bombastic nationalism, crypto-socialism and wary liberalism.« 

L'art de la politique

Le camp de NKM se divise disait-on hier. Je me demande si Mme Chirac ne lui a pas donné un bon conseil. Elle a vanté les mérites de Xavière Tibéri, qui avait « un mot pour chacun ».

Le mal de NKM est peut-être aussi celui de Barack Obama (à qui l’on a conseillé de s’inspirer de Johnson). Gros QI mais faible QE. Or, la politique est faite par des hommes, à commencer par ceux de son camp. On ne peut pas réussir si on ne connaît par les lois, implicites et mouvantes, qui guident leurs comportements. Pour les découvrir, il faut certainement beaucoup d’humilité. Et pour les utiliser, pas mal de subtilité. Car, comme le rappelle l’exemple de Mme Tibéri, elles sont aux limites de la légalité.

Les caractéristiques émergentes du dirigeant

En 30 ans d’existence professionnelle, il me semble avoir vu apparaître un nouveau type de dirigeant. Et cela dans tous les domaines : entreprise, politique, fonction publique. J’ai même assisté à sa prise de pouvoir. Une tentative de présentation de ses caractéristiques.

Le haut fonctionnaire
Le dirigeant d’antan était un gros diplômé de type haut fonctionnaire. Il avait une caractéristique que les psychologues ont trouvé chez l’homme (trop) rationnel : l’incapacité à décider. Mais peut-être n’était-ce pas son rôle ? Il était supposé appliquer les ordres de l’Etat ? C’était un technocrate.
Émergence du dirigeant nouveau
Un nouveau dirigeant a émergé des profondeurs, poussé en grande partie par une sorte de ressentiment. 
Il a fait des études. Mais le système ne l’a pas jugé digne de rejoindre l’élite. On s’attendait à ce qu’il intériorise le mépris que l’on avait de lui. Il s’est jugé victime d’une injustice. Il s’est même dit qu’il détenait la vérité, qu’il devait l’imposer à une complexité incompréhensible, et donc inutile.
Ne pouvant emprunter les voies ordinaires de l’ascension sociale, il a pris des chemins de traverse. Sa force ? Ses faiblesses ! D’une part l’élite sous-estime son petit CV, et pense pouvoir le manipuler pour nuire à ses ennemis, d’autre part, n’étant pas encombré par la rigueur intellectuelle, il produit des idées trompeusement séduisantes. Il est aussi proche de l’idéal américain : focalisé sur un objectif très étroit, pour lequel il donnerait sa vie, il a une énorme énergie, et une capacité de leadership et de décision remarquable.
Nicolas Sarkozy est une forme d’idéal type de ce nouveau dirigeant.
Un esprit non systémique
On a dit de Nicolas Sarkozy qu’il était un Jacques Chirac en sueur. Il est possible qu’il en soit de même de cette nouvelle race de dirigeants. Elle a foi en son énergie : « qui veut peut ». Elle ne comprend pas que le monde est « complexe ». Elle prend toute résistance pour de la mauvaise volonté. Intuitivement, elle est convaincue de la justesse des hypothèses du modèle libéral anglo-saxon.
Quel sera son avenir ? Va-t-elle s’adapter ? Couler avec nos navires ? Laisser la place à un autre type de dirigeant ?

L’amical Jacques Chirac

Nathalie Kosciusko-Morizet, hier, faisait de la prospective :

La question est de plus en plus claire : voulez-vous, avec François Hollande, la régularisation massive des sans-papiers, le droit de vote des immigrés, des impôts pour tout le monde, subir le sort de la Grèce et l’Espagne, avec 25 % de chômage, des retraites qui baissent, les salaires des fonctionnaires amputés ?

C’est une polytechnicienne, son avis doit être scientifique. Ce qui m’a amené à regarder l’article que lui consacre wikipedia.

En dehors du fait qu’elle descendrait de Lucrèce Borgia, on y apprend que Jacques Chirac (qui vote Hollande et 25% de chômage, d’après ce que l’on dit) a été à l’origine de sa carrière. En 2002, elle est suppléante d’un député qui devient ministre. Ce qui fait d’elle un député. Ça ressemble à ce qui est arrivé à F.Baroin.

Dommage que nous ne soyons pas tous les amis de M.Chirac. Nous serions députés. Il n’y aurait plus de chômage. 

François Baroin

FULDA, Anne, François Baroin, le faux discret, Jean-Claude Lattès, 2012. Après la lecture de ce livre, François Baroin demeure un complet inconnu. Intrigant.

C’est la mort de son père qui fait la carrière de François Baroin. Michel Baroin était un homme qui ne laissait personne indifférent, petit haut fonctionnaire qui avait pantouflé à la GMF et Grand Maître du Grand Orient qui connaissait les hommes politiques de tous bords. À sa mort, François Baroin est tout jeune. On lui demande de défendre le livre posthume de son père chez Bernard Pivot. Jean-Pierre Elkabbach l’y repère et lui offre un poste à Europe 1. Mais c’est surtout Jacques Chirac qui désire assurer l’avenir du fils de son ami. Il lui trouve d’abord une députation (François Baroin a 27 ans). Une carrière de porte parole et de ministre s’ensuit.

Il a les capacités, il travaille, il attrape bien la lumière. Mais moins le son. (…) Le problème de François Baroin c’est que l’on ne sait pas aujourd’hui quelles sont ses idées, ni même s’il en a.

François Baroin est un politique habile, sans arrêt réélu. Ministre consciencieux, il paraît avoir le talent de comprendre ce qu’il faut dire d’un dossier pour ne pas paraître idiot. Talent de porte parole, qu’il a été toute sa vie ? Mais, a-t-il un combat ? Au mieux semble-t-il avoir hérité quelques convictions de son père, très diluées.

Alors, « François Baroin, homme politique contemporain, reflet d’une époque peu épique » ? Certainement, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’ira pas loin, me semble-t-il. Car, contrairement à ses collègues, il mène sa barque sans être empêtré dans des idéologies, des ambitions ou des complexes de supériorité démesurés. Il me paraît modeste et insubmersible. 

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

Sarkozy divise ?

Un universitaire américain juge que M.Sarkozy adopte les thèmes de la droite américaine.

Alors qu’il se donnait une apparence respectable, jusque-là, M.Sarkozy vient, de manière surprenante, de prendre une ligne identique à celle des (maintenant discrédités) néoconservateurs américains. Supériorité de notre civilisation, démontrée par le « bon sens », attaque contre les parasites (chômeurs, immigrés, pauvres…), les plaies de la société, qu’il s’agit de « punir »…

Dans le film La conquête le personnage de Jacques Chirac disait au personnage de Nicolas Sarkozy qu’il ne pourrait pas être élu parce qu’il « divisait ». Notre président en est-il revenu à sa nature ? A-t-il décidé de disparaître dans un feu d’artifice final ?
Compléments :

Pots de vin africains

Un avocat, conseiller de M.Sarkozy, accuse MM.Chirac et Le Pen d’avoir reçu de l’argent africain. Curieuse affaire : les faits sont prescrits, et il n’a pas de preuve à montrer. Et pourquoi maintenant ? (Accusations de Bourgi : le parquet de Paris ouvre une enquête – LeMonde.fr)

Et si cela renforçait le FN, qui ne vit que de publicité ? Et érodait la base gaulliste de M.Sarkozy, offusquée que l’on s’en prenne à un dirigeant historique, apparemment affaibli par la maladie ?