Le grand jeu

A l’occasion du G20, Christine Ockrent (Affaires étrangères de France Culture de la semaine dernière), s’intéressait, avec les invités de son émission à tectonique des plaques de la géopolitique.

D’un côté, la Chine, qui a mis la main sur les BRICs. De l’autre les USA qui découvrent, petit à petit, qu’ils sont mal aimés de tous, et qu’ils feraient bien d’être un peu plus sympathiques. Chaque camp manoeuvre pour se faire le plus d’amis possibles.

Et au milieu se trouve l’Inde. Géant au pied d’argile, ou peut-être village à la Potemkine ? Car l’Inde c’est immensément peuplé. Mais c’est invraisemblablement fragile. Son armement est russe. Elle est aux côté de la Chine, chez les BRICS, mais en guerre contre elle, qui lui grignote son territoire, et totalement dépendante d’elle, y compris pour son industrie pharmaceutique. Et tous ses ennemis sont à la solde de la Chine. Son « multi alignement », dans ces conditions, paraît un voeu pieux.

La ligue des refoulés

Lorsque Xi Jinping rêvait d’un siècle chinois, pensait-il se retrouver aux côtés de Poutine, Kim Jong-un, un Ayatollah iranien et toute une clique hétéroclite de potentats médiocres ?

Par contraste, cela fait ressortir un des aspects, redoutables ?, de la culture des USA, sa véritable soft power : sa joie de vivre. Cette sorte de pied de nez à tous les grincheux qui séduit tant la jeunesse, et a été fatal à de Gaulle. Un rire à la Bergson, qui révèle les principes contre nature des tristes Tartuffe ?

Péril jaune

(La Chine) contrôle deux tiers des capacités mondiales de traitement du lithium (…) et domine tous les aspects de la production de batteries. L’année dernière elle a produit 10 fois plus de batteries automobiles que l’Allemagne. Elle a un avantage en termes de coût de fabrication de peut-être 20 ou 25%. (Financial Times de mercredi dernier.)

La Chine, dont le marché interne faiblit, est tentée de submerger le marché européen de ses véhicules. Les constructeurs européens vont-ils résister ?

Le Financial Times y voit un coup de semonce. A qui le tour ? Et une leçon : imprévoyance et indécision.

Mais il y a plus intéressant, et plus mystérieux. C’est une forme de suicide de l’Occident. Car certains se sont enrichis en vendant ses secrets de fabrique à la Chine, et d’autres ont fait une promotion de tous les diables à la voiture électrique.

Dans un sens ils ont eu raison ? Quand l’Occident sera au chômage, il pourra crever en toute bonne conscience : il ne nuira plus à la nature ?

Pénurie RH

Curieux. La question du recrutement. On accuse le chômeur, la génération Z, la paresse endémique du Français… Pourquoi ne voit-on pas la nature du problème ?

On ne forme que des intellectuels. Des chefs. Il y a désormais quasiment 100% de bacheliers, et une quantité phénoménale de Bac + 5 (plus d’un quart d’une tranche d’âge). Or ce n’est pas ce dont notre économie a besoin.

D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Elle est vraie un peu partout dans le monde. Y compris en Chine, où le chômage des jeunes est considérable. (Plus de 20%.)

En fait, je me demande si la « pénurie RH » ne pose pas une question plus subtile que celle d’une mauvaise orientation. Tous les jeunes étant des chefs, ils ne supportent pas d’être traités comme des subalternes.

Ce sont, peut-être, simplement les relations sociales qui sont à réinventer… Vivre dans une société d’égaux : qu’est-ce que cela signifierait ?

Victor Segalen

J’ai acheté les oeuvres complètes de Victor Segalen, il y a bien longtemps, mais ne les avais pas regardées. Contre-coup du confinement, je me suis mis à relire les ouvrages de ma bibliothèque. J’en arrive à Victor Segalen.

Victor Segalen était un médecin naval, qui a eu une relativement courte vie, en partie gâchée par la guerre de 14. Il semble avoir été un pionnier de l’étude de l’antiquité chinoise.

C’était par nature, je crois, un anthropologue, qui rêvait de donner aux cultures leur lustre originel. En cela il va bien au delà de Rousseau. Pour lui, le naturel n’est pas naturellement bon. Le propre d’une culture saine c’est une forme d’épanouissement, de joie de vivre. On y vit, et on y meurt, glorieusement. Notre morale, médiocre, est hors sujet. Voilà pourquoi il aimait Gauguin : s’il avait vécu, il aurait rendu son âme à Tahiti.

Victor Segalen a un procédé littéraire qui ressemble à « l’innutrition » des poètes de la Renaissance. Il regarde le monde avec les yeux de la société qui l’intéresse. Il écrit comme elle. Mais sans la singer. En renouvelant sa pensée. Ainsi, dans Le fils du ciel, il se met à la place de l’historiographe (pas très futé) du dernier empereur chinois. De même, ses poèmes reprennent la forme de poèmes chinois, pour traiter des questions universelles.

A recommander aux puritains qui nous gouvernent ?

René Leys

Peu de temps avant la première guerre. Un résident français à Pékin, quelque-peu dilettante, rencontre un jeune Belge, qui a un don prodigieux pour les langues, et parle couramment chinois. Il lui dit être puissance occulte de la cité interdite.

Léger et extrêmement élégant.

(Oeuvres complètes de Victor Segalen, dans la collection Bouquins, de Robert Laffont.)

Repli chinois ?

Je pense depuis longtemps que la Chine pourrait suivre le chemin japonais. A moins que, dans un dernier élan vers la grandeur, elle ne déclenche une guerre mondiale.

D’après la BBC d’hier matin (informations matinales de BBC4), le scénario japonais est toujours vraisemblable. 20% de l’économie chinoise viendrait d’un immobilier spéculatif, et, comme les Japonais, les Chinois auraient décidé d’ignorer la question…

à suivre.

(Au passage, j’ai appris que la Chine souffrait du même problème que le nôtre : elle forme des masses d’intellectuels. Or, l’offre d’emplois intellectuels est limitée. D’où important chômage, structurel, des jeunes.)

Esprit des lois

On racontait, un temps, que la Chine avait un moyen efficace de contrôler sa population : des lois qu’elle ne fait pas respecter. Le jour où elle veut se débarrasser de quelqu’un, elle n’a plus qu’à faire la liste de ses infractions.

Tocqueville n’est pas loin de dire la même chose de la France d’ancien régime.

En fait, il semble que ce soit le cas partout. Il n’y a pas que M.Trump, à qui on rappelle ses malversations. J’entends que, en Angleterre, les hommes de loi qui suggèrent aux migrants de dire qu’ils ont été torturés, vont être poursuivis. Mais depuis quand les avocats encouragent-ils leurs clients à dire la vérité ? Et, l’on bloque les exportations de certains composants vers la Chine, au motif qu’ils sont utilisés par son armée. Mais on le sait depuis longtemps !

Comme dans l’histoire des Templiers, y aurait-il loi et loi ? Loi écrite, et celle, bien plus fondamentale, qui ne l’est pas ? La loi de l’intérêt ?

L’industrie dévisse

La production industrielle est en recul en Allemagne. En cause, en grande partie, l’industrie automobile, victime de la concurrence chinoise. (Informations de la BBC, hier matin.)

Les Allemands ont vendu la corde pour nous pendre ? Ils commencent peut-être à s’en rendre compte ?

Ces mêmes informations disaient que, si l’Europe subventionnait autant ses usines de batteries, cela tenait à ce que, sans elles, elle n’aurait plus de fabricants d’automobiles.

Un premier succès écologiste ?

Longue marche

Emission sur la longue marche. L’histoire est reconstituée a posteriori, semble-t-il.

Car, plutôt que vision géniale de Mao, il s’agit de « bruit et de fureur ». Les communistes chinois avaient une quinzaine de leaders et plusieurs armées, qui avaient choisi des routes différentes. Elles ont été bien plus préoccupées de se combattre les unes les autres que d’affronter leurs « ennemis ». Et on trouve en leur sein tout ce qui fut la Chine de Mao, l’essence même du totalitarisme, si l’on en croit Hannah Arendt : purges, et « révolution culturelle », liquidant (totalement) les intellectuels formés en URSS…

Finalement, ce qui aura fait leur succès aura été l’invasion japonaise.

(Donc les USA ? Qui en Afghanistan comme ailleurs ont l’habitude d’armer les ennemis de leurs ennemis, sans comprendre que les premiers peuvent être plus dangereux que les seconds ?)

(Une émission de In our time, de la BBC.)