Réformer l’Europe

Il faut réviser les traités européens, dit un article.

Si je comprends bien son argument, l’UE est entre les mains d’une bureaucratie. La réforme des traités ressortit à un sain exercice démocratique. Une démocratie dont le citoyen est un Etat.

Mais, l’opinion des dits Etats serait divisée.

Pour ma part, il me semble qu’il faut se méfier des conséquences imprévues du changement. Et constater qu’avec un peu de bonne volonté, on peut faire beaucoup de choses à l’intérieur de n’importe quel dispositif.

Bien sûr, ce n’est pas une mauvaise idée de vouloir un changement. Mais à condition de comprendre que, comme le dit John Kotter, le changement est un processus. Il n’est pas instantané. Il ne résulte pas d’une idée ou d’un traité. En particulier, il doit identifier les questions à résoudre, et s’assurer qu’on sait le faire. D’ailleurs, je constate que la « résistance au changement » est le guide du changement : si ça résiste, c’est que l’on passe à côté de quelque-chose d’important.

L’erreur de De Gaulle ?

Quel enseignement tiré-je des Mémoires du général de Gaulle ?

J’ai un vague souvenir du référendum qui a causé sa perte. L’idée que j’en garde est, qu’au moins pour mon père, le général n’était plus « dans le coup ».

En lisant ses mémoires, je pense, effectivement que c’était le cas. Il avait tiré de sa vie l’idée qu’il fallait profiter des crises, pour apporter des changements structurels à la France. Il a cru que les événements de 68, auxquels il avait survécu, étaient la crise qui lui permettrait de faire la réforme finale. Celle de la « participation ». Ce qu’il entend par là n’est pas très clair. Mais, depuis quasiment toujours, il semble penser que si tous les Français « participent » à la gestion de leur entreprise, ils ne pourront plus se comporter de manière irresponsable, le cancer du pays.

Le Général aurait-il eu une sensibilité de gauche ? Ne s’entendait-il pas bien avec Blum, Mandel et Mandes-France ? Il était peut-être même à leur gauche, car il me semble proche de Proudhon. (En tous cas, ses idées sont très à la mode actuellement, alors que l’on ne parle que de « communs » !)

Comme souvent, ce qui semble ne pas avoir marché n’est pas le « pourquoi », mais le « comment ». Le Général s’est trompé sur la nature de 68. 68 n’avait pas ébranlé la nation comme la guerre d’Algérie. 68 avait été, probablement, un coup de semonce : le pays était las d’être considéré en assisté, et de se voir imposer des lois et des réformes pensées pour lui.

Ensuite, de Gaulle n’avait pas nécessairement raison. Ce n’était pas par des réformes structurelles que l’on pouvait changer la nature du pays. Par exemple, il dit avoir voulu une économie dirigée par l’Etat. C’est pour cela qu’il crée l’ENA. Or, toute son oeuvre, régime présidentiel ou ENA, a été retournée contre ses intentions. Le virus a envahi le système immunitaire. Le libéralisme a vaincu. D’ailleurs, la réforme de l’université de 68, qu’il affirme être un grand succès, me semble un désastre.

Son erreur ? La participation, c’est bien, mais elle doit être une participation au changement ?

Sens des mots

Un phénomène qui me frappe depuis longtemps est que lorsque l’on trouve un mot qui semble résoudre un problème, il est immédiatement mal compris. Mais il n’est pas compris n’importe comment : il est compris exactement à l’envers de sa signification.

Récemment, j’ai entendu parler de « taxonomie », dans le cadre du « green deal », ce mot qui signifie « classification » a été spontanément entendu comme une « taxe ».

Plus récemment, j’ai travaillé sur une question qui nous est propre et qui est au coeur de la contre-performance de l’économie française : la solitude du dirigeant. Eh bien, le dirigeant pense que, pour la rompre, il doit soit fraterniser avec ses employés, soit parler avec ses collègues, ce qui n’est pas possible (ce sont des concurrents). En fait, il faut, plutôt, qu’il constitue autour de lui un cercle de « pairs » auquel il puisse confier ses soucis, y compris, surtout ? personnels. Une solution à laquelle peu de gens pensent.

Enseignement ? L’expression de tout changement doit être travaillée de façon à s’assurer qu’elle conduit au bon comportement.

Marge et changement

Ce qui me frappe dans la pensée scientifique, c’est son déterminisme.

Elle explique l’avenir en disant qu’il découle de phénomènes qu’elle étudie.

Mais ces phénomènes correspondent à des moyennes. Or, ce sont des marges que viennent les changements.

C’est ce que je retiens de mes années d’études de marché. Et même ces marges ne sont pas suffisantes. Elles ne sont que la seconde étape du changement, le moment où il commence à être visible. A son origine est un individu isolé, et des circonstances fortuites.

Je lis actuellement les mémoires du général de Gaulle. Elles illustrent cette idée. De Gaulle n’était rien. Mais il s’agite, il se fait connaître. Il rencontre des hommes politiques. (Il semble particulièrement apprécier les socialistes, en particulier Blum et Mandel.) On lui confie une division blindée, alors qu’il n’est que colonel. Puis il est sous-secrétaire d’Etat. Puis il se retrouve en Angleterre, tout seul. Mais, petit à petit, tout un groupe se constitue autour de lui, jusqu’à des généraux d’armée qui lui font allégeance. Et Churchill décide de le soutenir.

En fait, le changement n’est compréhensible qu’a posteriori ?

Des mérites de la manivelle

Depuis quelques années je suis amené à rencontrer pas mal de monde, un peu partout en France.

Petit à petit, j’en arrive à un constat surprenant. Les forces opérationnelles de notre pays, qu’il s’agisse d’élus locaux, de dirigeants de PME ou même de (très) hauts fonctionnaires au cœur des programmes de relance de l’État, sont « enlisées ».

Cela signifie quelque-chose dont peu de gens ont conscience. Toutes les mesures du gouvernement sont « macroéconomiques ». Il en est de même des revendications des divers lobbys qui donnent actuellement de la voix. Or, quand une société est bloquée, rien ne peut survenir. Pour gagner un match il faut constituer et entraîner l’équipe. Arrêtez de hurler, cela ne sert à rien !

Dans ces conditions, que faire ? Il faut une action « microéconomique » qui fasse sauter les multiples blocages qui paralysent le changement. Il faut « y aller à la manivelle ».

Agences et changement

Pourquoi notre Etat compte-t-il autant d’agences ?

L’idée vient, quasi certainement, de Margaret Thatcher. Elle les a utilisées pour réformer son pays. L’agence a un objectif précis. Elle ne se préoccupe pas de systémique. Résultat : en poursuivant son objectif, elle fait exploser le système. Ce qui était l’objet de Margaret Thatcher.

La technique n’est pas neuve. Aristote en parle déjà.

Et les ONG sont construites sur le même principe.

La RSE est l’exact envers de cette idée. Il s’agit de prendre en compte l’intérêt général, dans toute sa complexité.

L’histoire n’est qu’oscillations ?

Duplicité

Dans un précédent billet, je disais que j’étais double. En fait, je retrouve ce que dit Edgar Schein en ce qui concerne les sociétés.

Lorsque l’on observe un groupe de personnes, on constate qu’il y a des différences frappantes entre ce qu’elles disent et ce qu’elles font. (C’est une technique de base de conduite du changement.)

La raison en est que les deux sont dirigés par des mécanismes différents. Nos actes sont inspirés par des règles inconscientes qui proviennent de notre « culture » (au sens anthropologique). Ce que nous disons obéit à d’autres règles, en quelques-sortes celles, purement formelles, du forum.

C’est ce que l’on voit aujourd’hui. L’écologie a gagné le discours, mais nos vies démentent nos paroles. Et les politiques publiques sont en plein changement d’orientation. (Dernièrement, le parti travailliste anglais a renoncé à ses promesses écologistes : il a probablement compris que le vote du Britannique obéissait à d’autres impératifs culturels.)

Le paradoxe de l’affaire est que tout n’est que logique. Un ami, grand écologiste, passe son existence dans sa voiture. Et son rêve est de remonter l’Amérique latine en moto, avec quelques amis et un véhicule de soutien. La dernière fois qu’il a évalué ses émissions de CO2, il était à bien plus de 5 fois les normes désirées. Sa justification ? Il a consacré sa vie à la cause, et il aime la nature : ce qu’il montre en parcourant les Andes en moto.

Super Trump

Qu’il est grand le pouvoir de Trump ! Qu’il murmure et les élus républicains l’exaucent.

Mais aussi les gouvernants européens. Il leur a dit que s’ils ne dépensaient pas 2% de leur PIB à la préparation de la guerre, il demanderait à son pote Poutine de les envahir. Eh bien, ils s’émeuvent, envisagent sérieusement d’obtempérer, et nomment un chef de guerre commun, polonais de surcroît.

Trump, ceinture noire de changement ?

France uniforme

School uniforms linked to exercise levels
Dr Mairead Ryan (Faculty of Education and the MRC Epidemiology Unit) found that in most countries where uniform-wearing is the norm in schools, fewer children are meeting recommended exercise levels. While fewer girls than boys reach these levels in general, the gap between them also widens in countries where most schools mandate uniforms.

Lettre d’information de l’Université de Cambridge de vendredi

En France, on parle d’uniforme. Curieux. Cela ne semble pas dans notre tradition. Certes, dans mon enfance, on portait « la blouse ». Mais c’était pour ne pas se salir, je crois. je soupçonne que 68 a eu la peau de la blouse pour les raisons qu’évoque l’étude de Cambridge : elle entrave gravement la liberté de mouvement.

Le changement serait-il une histoire de balanciers ? (En tous cas, fort peu de réflexion ?)

Les effets imprévus du changement

Discussion avec un dirigeant de pôle de compétivité. Il constate que la réforme des régions (universellement critiquée !) a produit le chacun pour soi. Chaque région est repliée sur elle-même. Elle voit l’autre comme une ennemie. Or la France est petite, elle a besoin de joindre ses forces !

Il constate aussi que, depuis quelques années, tout est devenu extraordinairement compliqué avec l’administration, qui semble se nourrir de ses dysfonctionnements. Elle n’est plus que paperasses et discussions sans fin.

Inquiétant. Effet imprévu des réformes libérales ? Ont-elles commis l’erreur signalée par Tocqueville : elles ont ouvert la boîte de Pandore de nos vices culturels ? La France éternelle est décrite comme une multitude de petites chapelles tenues ensemble par un pouvoir central fort. Tuer ce pouvoir produit un repli communautaire ?

Quant au comportement de l’administration, je me suis rappelé une histoire racontée par un anthropologue qui avait étudié une usine : elle était si robotisée que ses personnels n’avaient presque rien à faire. Si bien qu’ils prenaient des risques stupides pour prouver leur utilité. Et si le fonctionnaire, qui, lui aussi, n’a rien à faire, voulait justifier son poste ?