Qu’est-ce que le changement ? me demande-t-on.
Je dirais plutôt, qu’entend-on, actuellement, par « changement » ?
Le changement est le propre de la vie. La seconde loi de la thermodynamique, une des lois dont on est le plus sûr, affirme que l’univers est en transformation permanente. D’ailleurs, temps est équivalent à changement.
Donc « changement » doit s’entendre autrement. « Changement » signifie, quand je l’emploie, « conduite du changement » : dans ce changement permanent, comment fais-je pour aller dans une direction qui me convienne ? Pensons au canoë pris dans des rapides.
Et là, on en arrive à un résultat fondamental. La « réalité » n’est pas « informe », elle a une sorte de « structure ». Nous suivons des lois, par exemple. Avec ou sans dieu, tout n’est pas permis. Mais cette structure nous est cachée. Spinoza ou Descartes disent ainsi que nous devons adopter une « méthode » et nous méfier de nos « passions ». Notre récompense, c’est le bonheur. C’est d’arrêter de se taper la tête contre les murs.
Je crois que cette acception de « changement » est arrivée en France au début des années 2000, avec l’avénement de l’ERP. Les cabinets de conseil appelaient sa prise en main par une organisation « conduite du changement ». Aux USA, patrie des dits cabinets, le changement est étudié en école de gestion (où je l’ai découvert dans les années 90).
Un précurseur français de cette définition de changement est Michel Crozier, après guerre. Seulement, en dépit de remarquables succès, il ne semble pas avoir fait école.
Je soupçonne que les travaux scientifiques modernes le concernant remontent à Kurt Lewin durant la guerre. Il voulait éviter un retour du nazisme, qu’il croyait le propre du « changement dirigé » (le changement à la française). Il a étudié tous les thèmes que l’on retrouve aujourd’hui dans un cours de MBA, en particulier celui de « leader » (traduire « Führer »). Lui-même est le fruit de la pensée de langue allemande qui a apporté à la science, jusque-là anglo-saxonne, donc individualiste, atomique, une dimension collective, sociale, systémique.
Bien entendu, on n’a pas attendu Kurt Lewin pour étudier la question du changement. Platon, par exemple, voit le changement comme la victoire du bien sur le mal. Aristote adopte l’approche technique, anglo-saxonne. Toute la pensée classique chinoise est une pensée du changement, en termes de technique. Etc.