Changement

J’ai fort mal fait la promotion de mes travaux. J’aurais dû marteler quelques idées contre-intuitives et salvatrices. Je ne l’ai même pas fait dans mes cours. Honte.

Un constat fondamental est que nous faisons une erreur fatale. Et on ne la voit pas mieux qu’actuellement.

Elle consiste à constater que nos hommes politiques sont des bras cassés, et à en déduire qu’ils sont la cause de nos maux. Il en résulte qu’ils doivent être punis, ou, au minimum, qu’ils doivent remettre en ordre ce qu’ils ont démoli. Quant à moi ? Far niente. Confortable.

Erreur : ce n’est pas l’homme qui est fautif, c’est le système. Quand la France et l’Allemagne étaient en guerre, l’Allemand était un ennemi. Ensuite, il est devenu un ami.

Idem. On me rebat les oreilles de ce que les jeunes ne veulent pas travailler, ou de ce que, d’une manière générale, le Français est paresseux. Changez le système et le Français changera ! C’est ce que démontrent les Ecoles de production : elles recrutent des « décrocheurs » déprimés et en font des professionnels bien dans leur peau et dans leur société.

Changement en France

En France, le mot « changement » semble produire un malaise. Pourquoi ?

Suite du billet précédent.

A un moment, je demandais à mes étudiants ce qu’ils entendaient par « changement ». Il en ressortait un bruit confus. Je regrette maintenant de ne pas avoir mieux fait mon enquête.

Je m’interroge. Nos contemporains n’entendraient-ils pas « changement » ainsi : le changement est immédiat, c’est un dû. Le changement, c’est maintenant ! Le changement comme « pensée magique » ?

Or, le changement est une question de technique, de besogne. Un travail de poète et de plombier dit James March. Car tout le monde doit y trouver son compte ! L’a priori français ne peut conduire qu’à l’échec, à la déception. A la théorie du complot ?

On peut aussi apercevoir une autre facette du malaise : lorsque l’on sait que l’on est dirigé par des innocents qui ont de tels concepts erronés en tête, on ne peut que craindre d’en être victimes.

De l’importance de bien définir les mots, dirait Confucius ?

Qu’est-ce que le changement ?

Qu’est-ce que le changement ? me demande-t-on.

Je dirais plutôt, qu’entend-on, actuellement, par « changement » ?

Le changement est le propre de la vie. La seconde loi de la thermodynamique, une des lois dont on est le plus sûr, affirme que l’univers est en transformation permanente. D’ailleurs, temps est équivalent à changement.

Donc « changement » doit s’entendre autrement. « Changement » signifie, quand je l’emploie, « conduite du changement » : dans ce changement permanent, comment fais-je pour aller dans une direction qui me convienne ? Pensons au canoë pris dans des rapides.

Et là, on en arrive à un résultat fondamental. La « réalité » n’est pas « informe », elle a une sorte de « structure ». Nous suivons des lois, par exemple. Avec ou sans dieu, tout n’est pas permis. Mais cette structure nous est cachée. Spinoza ou Descartes disent ainsi que nous devons adopter une « méthode » et nous méfier de nos « passions ». Notre récompense, c’est le bonheur. C’est d’arrêter de se taper la tête contre les murs.

Je crois que cette acception de « changement » est arrivée en France au début des années 2000, avec l’avénement de l’ERP. Les cabinets de conseil appelaient sa prise en main par une organisation « conduite du changement ». Aux USA, patrie des dits cabinets, le changement est étudié en école de gestion (où je l’ai découvert dans les années 90).

Un précurseur français de cette définition de changement est Michel Crozier, après guerre. Seulement, en dépit de remarquables succès, il ne semble pas avoir fait école.

Je soupçonne que les travaux scientifiques modernes le concernant remontent à Kurt Lewin durant la guerre. Il voulait éviter un retour du nazisme, qu’il croyait le propre du « changement dirigé » (le changement à la française). Il a étudié tous les thèmes que l’on retrouve aujourd’hui dans un cours de MBA, en particulier celui de « leader » (traduire « Führer »). Lui-même est le fruit de la pensée de langue allemande qui a apporté à la science, jusque-là anglo-saxonne, donc individualiste, atomique, une dimension collective, sociale, systémique.

Bien entendu, on n’a pas attendu Kurt Lewin pour étudier la question du changement. Platon, par exemple, voit le changement comme la victoire du bien sur le mal. Aristote adopte l’approche technique, anglo-saxonne. Toute la pensée classique chinoise est une pensée du changement, en termes de technique. Etc.

Au delà du bien et du mal ?

Avec l’âge, je constate mes torts. Honteux et confus. Mais un peu tard, dirait le corbeau de La Fontaine.

L’un d’entre-eux est d’avoir souvent claqué des portes, pour avoir constaté des illégalités dans le comportement de mon entourage de l’époque. J’avais raison mais qu’est-ce que j’y ai gagné ?

Paradoxalement dans mes missions de conduite du changement, autrement dit lorsque je veux atteindre un objectif qui compte pour moi, j’adopte un point de vue totalement différent. Je pense qu’il faut faire avec les gens, que leur comportement s’explique par quelque logique que je finirai bien par comprendre un jour.Je suspends mon jugement. Et, effectivement, à la fin de la mission, je constate que j’ai eu raison.

Enseignement ? Ne nous arrêtons pas aux apparences ?

(Pour être honnête, j’ai rencontré quelques personnes, rares, qui n’ont « pas de logique » : elles ont un comportement qui correspond à ce que Gregory Bateson a jugé être la cause de la schizophrénie : elles disent une chose et en font une autre, et rien ne peut les remettre d’aplomb.)

Raison et changement

Lorsque l’on considère l’évolution de l’administration, on peut penser qu’elle s’explique par quelque manigance occulte, un « complot ».

Mais il y a peut-être une autre hypothèse possible.

La société évolue, comme la nature, sous la poussée de forces incompréhensibles. Les sociétés vont dans une direction, puis dans une autre. La raison n’y est pour rien. En revanche, elle permet de caractériser le phénomène, de le modéliser. Et si elle le fait assez vite d’agir sur lui. (Mais notre raison est-elle suffisamment rapide pour cela ?)

Stonehenge

Stonhenge peut-il avoir été conçu par quelque-chose d’autre qu’un âge des ténèbres ? me disais-je.

Une fois de plus, j’ai tort. La société de l’époque était pacifiquement agricole, et l’on commerçait à grande échelle : une de ses, énormes, dalles a traversé 800km.

J’écoute de temps en temps Falco, une série de la BBC dont le héros est un détective romain. L’auteur a adopté le même parti-pris qu’Uderzo et Gosciny : en dehors de quelques détails exotiques et piquants, le société de l’époque ressemble à la nôtre.

Et si nous changions beaucoup moins que nous le pensons ?

Point de bascule

Notre pays semble résilient. Il empile les dettes, il subit les crises, des épidémies, il est dissout… Cela justifie peut être le cynisme ambiant ? A quoi cela sert-il de se fatiguer à améliorer l’état de notre pays, finalement rien ne change ?

Apparemment, certains systèmes complexes peuvent donner des signes qu’ils vont se transformer. Cela s’appelle « critical slowing down ».

The signal, a phenomenon called “critical slowing down,” is a lengthening of the time that a system takes to recover from small disturbances (Article)

Y aurait-il de tels signaux visibles chez nous ? Le temps qu’il faut à notre système politique pour se remettre d’une élection ? Mais un système politique ne représente pas une nation et beaucoup de nations ont des systèmes politiques branlants sans que cela annonce de changement ?…

Le mystère est entier. A moins que notre « système » soit d’un autre type, dont il est aussi question dans l’article : celui qui change sans crier gare ?

Fluctuante immigration

Hier, la BBC annonçait que le premier ministre anglais, de gauche, rendait visite à Mme Meloni. Il fait du « benchmarking ». Il compte s’inspirer de la politique qu’elle a adoptée vis-à-vis de l’immigration.

La même émission disait que l’Allemagne n’avait pas pris des mesures de contrôle de l’immigration du fait de la montée de partis extrêmes mais sous la pression populaire. Le fait que des crimes récents aient été commis par des immigrés n’a pas amélioré leur image. Le CDU de Mme Merkel fait de l’immigration le fer de lance de sa reconquête du pouvoir.

Avant-hier, Mme Meloni, descendante directe de Mussolini, était le diable. Et l’immigré un opprimé. Que les discours officiels changent en peu de temps !

Epidémie et changement

we think that some SARS-CoV-2 variants that have also clearly experienced accelerated rates of evolution may have evolved in specific reservoirs within the human population, like immunosuppressed people. And the more such cases there are, the more opportunities there are for unlikely mutations. It seems that very rare events can have a disproportionate weight in pandemics.

Article

L’épidémie comme inverse de la vaccination ? L’agent pathogène se « fait la main » sur un membre particulièrement fragile de la population ?

Ce que les techniques de conduite du changement appellent commencer le changement par un « problème périphérique » ?

Mots et changement

Une expérience m’a marqué. Le hasard m’a amené très tôt à m’occuper de la stratégie d’une « start up » (maintenant dans la CAC40). Eh bien, je me suis immédiatement rendu compte que mes raisonnements imparables ne convainquaient personne. Puis j’ai découvert qu’en modifiant mon vocabulaire, tout changeait. Mais trouver ce « bon » vocabulaire demandait un gros travail, façon mouche contre vitre. Il s’agissait de présenter mes idées et de récolter les objections qu’elles suscitaient. Elles venaient d’une méprise. Mes mots avaient une signification qui n’était pas la mienne. Cette signification était liée à l’expérience de mon interlocuteur. Au bout de la discussion, on découvrait que, au fond, on parlait de la même chose. Et que ma proposition, avec quelques aménagements mineurs, était bonne. Après quelques échanges de ce type, tout le monde était d’accord.

J’ai retrouvé ce phénomène à l’époque où je faisais des études de marché.

Aujourd’hui, je pense que j’ai fait une erreur. Mes livres sur le changement disaient des choses essentielles sur la question. Elles étaient en opposition frontale avec l’enseignement du sujet, en France, et avec une pratique, qui a eu des effets désastreux. Mais je me suis contenté de la satisfaction que doit ressentir l’artiste maudit. Je n’ai pas cherché à trouver les mots qui auraient fait comprendre mes idées.