Changement

Ce blog a commenté, jadis, une remarquable histoire de la Chine. On y lisait, notamment, que Mao avait, au cours de sa longue marche, rassemblé les forces de l’intérieur du pays et rejeté à la mer l’influence étrangère, qui était la cause de son mal.

J’ai le même sentiment concernant de Gaulle. Il est arrivé au pouvoir avec ses « résistants ». Des gens droits et sans compromission. Ils ont renouvelé la société, par le bas.

Le changement est-il toujours de cette sorte ? Lorsqu’on lit les travaux modernes de Philip Kotter, sur le changement en entreprise, on n’est pas loin de le croire. Le changement serait une question d’incorruptibles ?

Seulement, il existe un curieux phénomène inverse. Les sociétés en paix sont la proie des parasites. Est-ce un phénomène nécessaire et naturel, un genre de destruction créatrice ?

(Une autre idée pourrait être que le mal, c’est la paix. Le parasite ne peut attaquer une société inquiète. En revanche, il est possible qu’une telle société reste stationnaire, comme les sociétés dites « primitives », et qu’elle finisse par être balayée.)

Equilibre ponctué

La peste aurait-elle fait le succès de l’Europe ? La peste, en tuant une grande partie de l’Europe, aurait rompu l’équilibre de la société européenne. Jusque-là stagnante et rurale, celle-ci serait devenue dynamique, commerçante et urbaine. L’Asie, jusque-là dominante et éclairée, aurait fait l’inverse.

Exemple « d’équilibre ponctué ». L’histoire est faite de grands équilibres, soudainement bousculés par des événements violents, qui les brisent. Capitole et Roche tarpéïène ? Leçon d’humilité ?

(Source : BBC : Conflict and coopération, a history of trade.)

Massacre

J’ai découvert qu’un des outils du changement thatchérien fut les Quangos, des institutions qui avaient pour but de disloquer la résistance des forces passéistes par leur détermination farouche à faire réussir un objectif unique.

Je soupçonne que ces Quangos sont à l’origine de nos « agences ». Car les techniques thatchériennes se sont diffusées partout en Europe, à notre insu.

Or, j’ai entendu dire que le gouvernement anglais met en cause ces Quangos, dont il constate l’échec.

Je m’attendais à ce que nous fassions la même chose. Il semblerait que j’aie vu juste. Mais je ne pensais pas avoir si rapidement raison. On me disait que notre président s’en prendrait désormais à ces agences. (Mon interlocuteur craignait qu’il ne fasse pas de détail. Or, dans le lot, il en existerait qui travaillent bien, comme l’ADEME.)

Est-ce rassurant de savoir que nous sommes gouvernés par des modes ?

Dialectique de Trump

La BBC consacre une série d’émissions aux forces qui ont fait Trump. (Invisible Hands.)

Un aviateur de la seconde guerre, qui élève des poulets, est rendu fou par la réglementation de l’époque. Il rencontre Hayek, qui lui conseille de créer un Think tank. Il fait un converti. Un homme politique conservateur à haut potentiel. Mais sa croisade échoue. Mme Thatcher, sa fille spirituelle, s’empare de sa cause et est élue. Elle aurait dû disparaître sans laisser de trace, la guerre des Malouines la sauve. Un fanatique lui propose de vendre les entreprises publiques. Mais où trouver l’argent nécessaire ? Appel au peuple. Coup de génie.

Fin 90, alors que le succès est complet (les travaillistes de Tony Blair sont devenus des militants enthousiastes), se produit un coup de théâtre. James Goldsmith, milliardaire du libéralisme, comprend que ce dernier détruit le pays et son modèle de société. Il vend la corde pour être pendu. L’hémorragie doit cesser. Il faut fermer les frontières. Il fait campagne. Le mouvement qui va aboutir au Brexit a commencé. Trump va suivre.

Cela répond à une question que je me posais : mais pourquoi donc les partis nationalistes, comme le FN, prônent-ils un repli sur le territoire national, alors que leurs ancêtres croyaient au rayonnement de leur culture ? Eh bien, il semblerait que, dans la logique de la dialectique hégélienne, le libéralisme économique ait produit son opposé : l’autarcie.

Notre société est dénuée de raison ?

(On notera aussi que la France est un élève docile des idées de l’étranger. Eternelle question : comment peut-on s’appeler « élite », lorsque l’on est incapable de penser ? Le ridicule ne tue pas ?)

(Curieusement, l’émission est produite par un journaliste de 86 ans, qui parle de ce qu’il a vu, et qui semble aussi alerte intellectuellement qu’à vingt ans. Voilà qui promet à Trump des lendemains qui chantent ?)

La bécasse et le mouton

Ch.Kozar parlait de stratégie comme « vol de la bécasse ». Le chasseur peine à tuer des bécasses, car leur comportement est imprévisible.

Partir dans tous les sens, sans a priori, est la bonne façon d’explorer un monde par nature « complexe ». Petit à petit, l’exploration amène à la compréhension.

Je me demande si l’homme digne de ce nom n’est pas une bécasse. Or, je soupçonne que toute notre éducation consiste à faire de nous des moutons. La perfection étant nommée « élite » ?

(Oui, mais si l’analyse est juste, comment éviter cette malédiction ?)

L’invention de l’ESA

L’agence européenne de l’espace devrait son existence à un physicien italien, Edoardo Amaldi, en 1958.

Il a utilisé une technique qui m’est familière. Il avait un modèle qui était le CERN. Il a rassemblé un petit nombre de scientifiques des puissances européennes majeures et ensemble ils ont écrit une sorte de business plan détaillé, qu’ils ont soumis aux autorités.

Le temps de cette idée était arrivée. Mais le succès n’a pas été immédiat. Les militaires et les scientifiques ont commencé par créer leurs propres agences. Puis elles se sont réunies.

(Witness history, de la BBC.)

Recette du changement ?

Il y a 25 ans, quand j’ai écrit mon premier livre, je me suis demandé ce qui faisait que j’avais réussi à faire « changer » des entreprises. Ma conclusion : dirigeants et consultants voulaient « changer les gens », alors qu’il y avait un « blocage » qui empêchait le changement.

Idem pour un embouteillage : ce n’est pas une question d’automobilistes mais de régulation du trafic.

Mon second livre s’appelait : « transformer les organisations sans bouleverser les hommes ».

Si l’on veut changer une société, il faut chercher le « levier » du changement.

C’est dans le changement qu’on l’aperçoit : la nature de la société se révèle ainsi que les forces (sociales) à utiliser.

J’ai l’impression que peu de monde partage mon opinion.

Lièvre vert

Hier, il était écrit dans la Tribune : « L’Europe donne un coup de frein à ses ambitions climatiques« .

Nos écologistes auraient-ils dû lire le lièvre et la tortue ?

Ou mes livres. Car le changement en force ne passe jamais. (Sauf bombe atomique ou équivalent.) Pour qu’il réussisse, il faut une forme de consensus populaire.

Et, à ce jeu, le « populiste » est beaucoup plus habile que l’intellectuel. Surtout s’il passe après que celui-ci se soit aliéné la population ?

(Kurt Lewin semble avoir vu juste, il y a une « bonne forme » de changement. Un changement « démocratique », qui aboutit à un consensus intelligent, et non « populiste ». C’est ce qu’il nomme le « changement planifié ».)

Défaite de la raison

La France dépense plus qu’elle ne gagne. Elle a des ressources qu’elle n’exploite pas. La créativité de ses pme et de ses territoires. C’est ce qui manque. Il y a tout pour le prouver.

Que faire ? L’idée est évidente. Expliquer aux élus et aux entreprises que leur territoire a un potentiel économique latent. Que l’exploiter résoudra leurs problèmes et par-dessus le marché ceux de la nation. Pour cela il faut une initiative collective d’entreprises locales.

Mais tout cela tombe dans l’oreille de sourds ! Pour l’élu, économie signifie artisan et commerçant pas pme. Pour la pme rentabilité et croissance ne sont pas français. Et les relations entre entreprises ne sont pas amicales. Quand à considérer l’intérêt de la nation ou même le danger qui nous menace…

Irrationalité à l’état brut !

Mais surprise ! Il y a énormément de programmes de coopération entre entreprises. Seulement ce sont des programmes sans but lucratif. Pourquoi ? Je soupçonne que la pme n’est pas intéressée par l’économie, par le capitalisme ; elle a absorbé les préjugés de la société et contrairement aux citoyens elle se passionne pour la transition climatique.

Mais du coup, il y a un espoir ! Car ce faisant elle est en train de vaincre le mal français : l’isolement de l’entreprise ! On peut espérer qu’il y ait ici le terrain favorable à des projets beaucoup plus ambitieux. Surtout si la crise frappe et que le dirigeant prend conscience qu’il ne pourra s’en tirer s’il ne joint pas ses forces à celles d’autres entrepreneurs.

Quand a l’élu ? Il s’enthousiasme pour les beaux projets qui changent l’identité d’un territoire !

Étrangement on peut donc développer l’économie d’un territoire à condition de ne pas parler d’économie.

Une leçon sur la complexité de l’âme humaine, M.Morin ?

(Pour ma part, j’en retire que la raison que l’on m’a enseignée n’est pas compréhensible, en revanche elle me permet de voir loin. Seulement le modèle n’est pas la réalité. La solution du problème théorique ne correspond à rien. Il faut la traduire dans le langage de la société.)

Avenir de nos enfants

Au hasard des titres, on lit :

Czech coal and gas investor Pavel Tykač sees vindication in Trump’s White House return

Prague-based Sev.en is planning to double carbon-intensive investments outside the EU

Financial Times 27 janvier

La défaite du totalitarisme écologique met l’humanité devant la réalité : son avenir, c’est dix milliards d’Occidentaux. Un monde irrespirable, artificialisé à outrance, où chacun se comporte chez les autres en terrain conquis.

L’avenir n’est pas rose.

En tous cas, s’il y a un enseignement à tirer de nos mésaventures, c’est que le changement ne peut se faire que si tout le monde y consent et pas par la manipulation des esprits.