OGM qui mal y pense

Les OGM auraient connu une nouvelle mutation : les NGT (New Genomic Technics). La science cqfd.

Je retiens de l’émission que l’on faisait des OGM sans le savoir. Avant les OGM à proprement parler, on soumettait les plantes à des traitements terribles (irradiation, chimie…) en espérant produire des mutations favorables. Avec les OGM on a tapé sur le génome, mais à l’aveugle. Avec les NGT, la frappe est chirurgicale.

Seulement, on ne sait toujours pas ce que cela peut donner à long terme.

En tous cas, les OGM n’auraient pas été un désastre écologique, disait aussi l’émission. Pour ma part, je note que cela ne paraît pas avoir donné un avantage extraordinaire aux agriculteurs qui les utilisaient. Il se pourrait, laissait entendre l’émission, que ce soit surtout la répartition des revenus entre agriculteur et semencier qui ait été modifiée. Pour autant, me dis-je, il ne faut pas nécessairement y voir la main invisible du grand capital : la recherche coûte cher, et elle ne semble pas donner grand chose ; les multinationales se sont peut-être lancées dans une course en avant quelque-peu suicidaire.

Plus intéressant, il serait possible de faire ce que prétendent faire les OGM par d’autres moyens (jouer sur la biodiversité), et sans conséquences imprévues. Seulement, tout le budget de recherche est absorbé par eux.

Sens des affaires

Un dirigeant présente son idéal : la société « cross culturelle ». Elle sert une « cause », elle ne subit pas les modes sociales imposées de l’extérieur, et elle cultive la diversité, parce qu’on ne peut avancer qu’en se confrontant à ce que l’on ne connaît pas.

Un participant s’interroge : mais le but de l’entreprise n’est-il pas de gagner de l’argent ?

Je me souviens d’une discussion avec un entrepreneur américain. Sa motivation était « d’être riche ». Mais, pour cela, il s’était demandé ce qu’étaient ses talents, et comment en tirer le mieux parti.

En fait, il me semble que l’argent est une contrainte, mais pas la raison d’être de l’entreprise. Une société humaine est création continue de « biens collectifs » et l’entreprise est avec l’Etat le moyen de ce faire.

East India Company

La Compagnie des Indes serait la première des multinationales mondiales.

Son modèle économique ? La guerre. On décrit généralement le 17ème siècle européen comme une période de chaos, de guerres incessantes, de malheur. Eh bien, on n’a pas compris que cela avait donné un avantage à l’Europe. Son armement et ses tactiques militaires étaient extraordinairement efficaces. La Compagnie des Indes a « marketé » cette innovation. Elle a compris qu’avec une poignée d’hommes (recrutés sur place !), elle pouvait conquérir des continents, et les réduire en esclavage. A la fin de son histoire, elle employait 250.000 soldats, deux fois plus que l’Angleterre.

Elle a aussi étrenné le « too big to fail ». Elle était devenue tellement importante pour la Grande Bretagne que celle-ci devait la sauver quand elle était en difficulté.

(C’est, en outre, l’ancêtre des réseaux mafieux : elle a transformé la Chine en une nation de drogués. Il est d’ailleurs difficile de faire la distinction entre les valeurs du mafieux et celles du businessman.)

Venu d’une émission de la BBC, au curieux titre : The Anarchy.

Valeur des hommes

Il serait intéressant, peut-être utile, de se demander à qui la société accorde de la « valeur », c’est à dire beaucoup d’argent.

Un précédent article disait qu’un de ceux-ci était le gladiateur. C’est un objet d’amusement.

Mais il y a aussi l’entrepreneur. Au début de sa carrière, il est rarement un capitaliste. Soit il parvient à séduire le capitaliste, qui finance ses projets, soit il parvient à séduire le marché, sans aide du capitaliste.

Que crée-t-il ? Un édifice social. Autrement dit, il est tentant de penser que la société le rémunère pour créer ce qui lui est le plus utile. Y aurait-il une forme de justice sociale dans le capitalisme, que Marx n’aurait pas vue ?

Robber barons

Les USA ont eu leurs « Robber barons ». Vanderbilt, Gould, Rockefeller, Carnegie, et JP Morgan.

Ils ont profité de la gigantesque transformation des USA, basculant de l’agriculture à une super révolution industrielle. Leur fortune vient des transports, du rail en particulier, de l’acier, du pétrole et des fusions-acquisitions.

Pauvres et sans éducation, généralement, et sans scrupules, toujours. IIs étaient des malfrats, organisant des coups d’état, imprimant de fausses actions, corrompant le politique et la justice, livrant des guerres à leurs employés… Puis laissant leur argent à des oeuvres caritatives ! Culture protestante ?

Toujours est-il qu’ils ont construit une société qui est à l’envers de l’esprit que l’on attribue aux USA. En effet, s’ils cherchaient tous à créer des monopoles, c’est qu’ils avaient une peur bleue de la crise, qui ravageait à intervalles réguliers le pays. Ils voulaient stabiliser l’économie. Schumpeter n’a rien d’original. Et ils ont inventé le salariat ! Le Far west, ce n’était pas pour eux !

(The robber barons, une émission de la BBC, de 2016.)

Confiance

La devise de la Bourse de Londres est “my word is my bond” – je n’ai qu’une parole. C’est probablement celle du capitalisme : pas d’affaires sans confiance. En France, il est exceptionnel que quelqu’un tienne ses engagements. Par exemple, il est devenu fréquent de ne pas venir à un rendez-vous que l’on a sollicité. Ou de ne plus répondre à un échange de mails. Et cela quel que soit l’âge, le degré d’éducation et le niveau de responsabilités de la personne.  

Fable du lion et du rat ? Ceux qui ont ce comportement comprennent-ils les conséquences qu’il peut avoir ? Car, si nous ne pouvons pas leur faire confiance, ils ne pourront pas, non plus, compter sur nous, et nos réseaux. Et, le jour où l’on nous demandera notre avis sur eux, nous donnerons le conseil de s’en “méfier”.

Il est évident, sans même être la bourse de Londres, que la confiance est le ciment d’une société. Sans elle, c’est le chaos. 

En période de bouleversement social, il est d’usage de citer Thucydide et ses propos sur la manipulation du discours. Aujourd’hui, ce sont des règles bien plus fondamentales que celles concernant le langage qui sont attaquées.

Notre pays fait penser à une entreprise familiale de troisième génération. Entreprise de rentiers qui n’entretiennent pas leur bien ?

Ayons confiance, tout de même ?

L’essence du capitalisme

L’autre jour, je participais à une conférence. J’ai entendu un agriculteur résumer le sentiment général en disan, en substance : aujourd’hui le prix d’une laitue est de 1€, mais, comme elle vous rend malade, elle coûte 2€ à la collectivité. Pourquoi ne paierions-nous pas 3€ une laitue saine ?

Cela m’a rappelé une question que je me pose depuis longtemps. Et si la nature du capitalisme était, en grande partie, de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Autrement dit, de nous masquer ses « externalités négatives », par une manipulation habile. C’est une forme de conduite du changement.

(Autre exemple : l’épidémie de coronavirus. On sait que les mélanges produisent les épidémies. La « globalisation » devait, à coup sûr en être porteuse. Les épidémies n’ont pas été prises en compte dans les calculs économiques. Leur coût a été payé par la collectivité.

En fait, le phénomène a été prévu par le sociologue Robert Merton, il appelle cela « innovation ».)

Capitalisme woke

Une affaire défraie la chronique en Angleterre : celle de Nigel Farage. Le compte bancaire du champion du Brexit a été supprimé par Natwest, parce que ses opinions ne correspondaient pas aux « valeurs » de la banque. Son PDG a dû démissionner (doit-on dire sa pédégère ?).

Le Financial times observait que Nigel Farage avait su habilement profiter du mouvement anti « capitalisme woke ».

Dans ce cas, ce capitalisme a chu par là où il a pêché. Il s’est mis en tort, en faisant une victime. Or, tout le jeu du capitalisme woke, c’est de se présenter en victime…

Tous des produits

Entreprendre c’est créer sans argent. Calvaire. Le coup de pied de l’âne est que des gens dont les compétences ne montent pas à la cheville des vôtres vous proposent leurs services à des prix délirants, sans comprendre que leurs arguments de vente sont ridicules.

Dans ma jeunesse de grands esprits, généralement universitaires salariés, tombaient en pâmoison dès qu’ils disaient « marché ». C’était l’idéal absolu. Pauvres types !

Le marché fait de nous des produits. Le salarié est un produit. Il se comporte comme tel.

Il fait aussi le capitalisme. Car si l’entrepreneur parvient à faire sortir de terre une entreprise, il se met à prélever une marge sur les produits qu’il vend et qu’il utilise. Ce que l’on appelle, avec Marx, la « plus value ».

Mais alors, comme Martin Eden, il se retrouve seul.

(Dans cette affaire, l’Etat joue un rôle louche. Il a besoin de l’entreprise pour fournir de l’emploi et prélever des ressources fiscales. Donc, il encourage son émergence en la faisant profiter généreusement de fonds publics. Mais sans le dire : avec le milieu, la transaction ne peut qu’être occulte. Personne ne lui en est reconnaissant. Ce qui fait de l’entrepreneur un chasseur de primes, qui se prend pour un capitaliste. Et crée une ambiance délétère : arrogance d’un côté, lutte des classes de l’autre.)

Capitalisme et société

Proudhon et Marx n’auraient-ils pas omis quelque-chose lorsqu’ils ont parlé de l’entreprise ?

C’est le rôle de l’entrepreneur dans la société. L’entrepreneur est un agent principal du changement social. Surtout, ils oublient ce qu’est l’entrepreneuriat : un calvaire. L’entrepreneur fait le bien collectif, en s’opposant à ceux qui vont en profiter. En outre, il doit le faire sans moyens.

Ils ne considèrent l’entrepreneur qu’une fois qu’il a réussi. Alors, il capte la « plus value ». Ce qui aurait dû être réparti entre tous, si tous avaient participé également à la constitution de l’entreprise.

C’est le modèle de la lutte des classes ? La victime n’est pas victime du capitalisme, elle est victime par nature ? Elle s’oppose à l’initiative entrepreneuriale, lors de la création de l’entreprise, et s’oppose à l’entrepreneur, lorsqu’elle est son employé ?