Spéculation quantique

Les hasards d’Internet me font trouver un chercheur qui doute que l’on puisse mettre un jour au point un ordinateur quantique. Ce serait du fait d’une question de « bruit ». L’article étant ancien, j’ai cherché si son point de vue n’avait pas changé. Apparemment non.

Il cite d’ailleurs un autre article qui se conclut par le constat qu’à chaque fois qu’un ordinateur quantique semble réussir un exploit, un ordinateur classique fait de même.

a common misconception is that the many-body dynamics of a quantum computer is necessarily exponentially difficult to calculate on classical hardware. In reality, it is at most exponentially hard. There are almost always hidden structures that scientists learn to exploit to speed up the calculations. The number of problems that were apparently exponentially difficult and that were solved in polynomial time with numerical techniques is quickly growing.

Mais, curieusement, il ne le fait pas n’importe comment. Il a trouvé le moyen de rendre classiques les techniques quantiques. Les techniques de l’ordinateur quantique sont retournées contre lui !

Ce type d’argument passe largement au dessus de la tête de l’investisseur (et de la mienne). Il croit, à tort, que, ce type de recherche fondamentale obéit aux règles du capital risque ordinaire.

Ce que j’observe de l’histoire des grandes innovations, c’est qu’elles demandent généralement plusieurs générations pour être mises au point. Les entrepreneurs qui les attaquent en premier finissent souvent sur la paille. C’est pour cela que la recherche fondamentale est généralement publique. Il semble que cette vérité ait été oubliée.

Tout ceci pose une question. Le « défi » lancé par l’ordinateur quantique, comme tout défi du même ordre, est extrêmement stimulant pour le génie humain, seulement, les moyens qui y sont investis n’auraient-ils pas plus d’effets ailleurs ?

Sans textile

Une de mes tantes appelait les naturistes des « sans textile ». La France est-elle devenue naturiste ?

L’autre jours, je discutais de la question du textile en France. Un sujet dont on ne parle pas beaucoup est celui des fonds d’investissement. Ils ont eu la brillante idée d’acheter des marques connues et d’étendre leur marché en baissant leur prix, grâce à la délocalisation de la production. Résultat : le client ne s’y est pas retrouvé et la marque a disparu.

Une amie, une sorte de « trésor vivant » de la haute couture, a vécu une aventure de ce type. Seulement, je n’avais pas pris conscience qu’il s’était agi d’une stratégie systématique.

Quelle est l’étendue des dommages ? L’erreur est humaine, nous dit-on. Pourquoi ne cherche-t-on pas à en tirer parti, en examinant notre passé ?

(Curieusement, on assisterait à la création d’un grand nombre de « jeunes marques ». Mais sans avenir : à leur origine seraient des Bobos, une expérience personnelle leur aurait fait croire à un manque ; ils créeraient leur marque pour y remédier, sans rien connaître au métier ou à la gestion d’entreprise.)

BI

Quiconque s’est intéressé à la start-up et à son business plan, sait que l’art de la levée de fonds consiste à mettre quelques termes « à la mode » dans son texte. Actuellement il s’agit « d’intelligence artificielle ». En revanche, je ne suis pas certain que le discours portant sur la « transition climatique » ait toujours le vent en poupe.

Petit à petit, je constate que ce procédé se retrouve partout, dans la presse, dans la parole politique, dans le rapport annuel de la multinationale…

Dans l’esprit de la « hype curve » du Gartner, je me disais qu’il serait intéressant de créer un indicateur mesurant l’utilisation de ces « stéréotypes spéculatifs » par un discours. Le « bullshit indicator », pour utiliser un vocabulaire technique ? Un travail pour chatgpt ?

Le délicat art de la levée de fonds

Depuis fort longtemps, je suis concerné par des entreprises qui cherchent de l’argent. Et c’est de plus en plus le cas.

La levée de fonds est l’art de la complexité.

Le conseil que l’on donne toujours est : ne chercher de l’argent que lorsque l’on n’en a pas besoin !

Le conseil que l’on donne plus rarement est : penser à l’après levée.

Il faut que vous et votre investisseur soyez d’accord sur un plan d’action que vous êtes assez certain de pouvoir réaliser. Il est courant qu’investisseur et « investi » n’aient pas parlé de la même chose au moment du contrat, et que les affaires tournent ensuite au vinaigre, ce qui est difficilement supportable pour l’entrepreneur, qui doit « gérer » son investisseur, et n’a plus de temps pour son entreprise. (Il arrive fréquemment d’ailleurs que, croyant à la belle histoire qu’on lui a racontée, l’investisseur pense que l’entrepreneur n’est pas à la hauteur de la tâche, et le remplace. Ce qui est généralement une solution pire que le mal.)

En revanche, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. L’investisseur, s’il est expérimenté, sait que l’entrepreneuriat est une navigation dans l’incertain. Il s’attend à des aléas et à des « pivots », et même à devoir réinvestir. Il faut trouver le bon équilibre entre pas assez ambitieux, et irréaliste…

Finalement, il faut choisir son investisseur. Se demander ce qu’il doit apporter (par exemple avoir des poches suffisamment profondes, pour pouvoir accompagner la société dans son évolution) et surtout si, imaginons que l’on réussisse, l’on sera heureux alors de l’avoir à côté de soi.

Licornes : attrape nigaud ?

Ah, si nous avions des licornes ! disent nos gouvernants. La France serait une grande puissance économique. 

Le Français est-il incapable de créer des licornes ? Un collègue d’un ami est à l’origine d’une société américaine, qui a connu la plus grosse entrée au NASDAQ de tous les temps. Il ne la dirige pas. Son rôle est « d’industrialiser » une innovation mathématique. 

Et c’est ce qui fait la force du capital risque américain. Aux USA, quand vous avez une bonne idée, les fonds d’investissement sont capables de la reconnaître, tout simplement parce qu’ils ont une expérience que nous n’avons pas. Ensuite ils construisent l’équipe autour de vous. Car, ils savent qu’un innovateur n’est pas un entrepreneur, et où trouver les compétences dont a besoin une société en développement. Nous n’avons pas de professionnels de la vente, de la communication, ou même de la direction générale.

Et, quand nous les avons, ils viennent les chercher chez nous (celui qui a développé Moderna est français).

Voilà pourquoi, lorsque quelqu’un semble avoir une idée qui peut avoir un gros marché, je lui suggère d’aller aux USA. Non par manque de patriotisme, mais parce qu’en France, elle ne donnera rien.

Et voilà pourquoi notre avenir n’est pas une question de licorne, mais de PME. 

Levée de fonds

Que penser des plates-formes de levée de fonds ? (me demande-t-on.) J’observe :
  • Que les investisseurs disent que le facteur premier de choix est l’entrepreneur. Les projets ne se passent jamais comme prévu. Ce qui est décisif est la capacité du dirigeant à changer de cap, au bon moment. 
  • Un associé d’un fonds d’investissement choisit un dossier par an. Ce qui veut dire qu’il en élimine beaucoup, et qu’il passe beaucoup de temps à creuser celui dans lequel il veut mettre de l’argent. 
Comment tout ceci s’applique-t-il aux plates-formes ? Il faut diversifier ses risques en investissant dans beaucoup de projets ? Encore faut-il que, globalement, ce qui passe par les plates-formes ait une chance de croître. Qu’il n’y ait pas un biais systématique. D’autant que, comme un fonds, une plate-forme prélève ce qui lui permet de vivre, et que cela ampute sérieusement le rendement de l’investissement.
Cependant, la plate-forme a un intérêt si elle ne vous propose pas un investissement, mais un pré achat d’un produit nouveau qui vous plaît. Là encore, l’affaire n’est pas tout à fait évidente. En effet, pour porter à votre connaissance l’existence du produit, il aura fallu faire beaucoup de publicité. Ce qui est coûteux. Donc le produit risque d’être cher…

Capital risque

J’entends : j’ai un projet qui va rapporter beaucoup, pourquoi cela n’intéresse-t-il pas le capital risque ? 
Parce que l’objectif du capital risque n’est pas de prendre des risques. Les associés d’un fonds sont des salariés. Ils touchent généralement trois pour cent des fonds qu’ils lèvent. Ce qui leur permet de se verser un salaire, parfois très confortable, sur cinq ans. Après quoi ils cherchent d’autres fonds. En conséquence, ils doivent dire à ceux qui vont leur apporter de l’argent, par exemple les fonds de pension, ce qu’ils ont envie d’entendre. Or, ces fonds ne sont pas dirigés par des entrepreneurs, mais par des salariés. Comme dans toute entreprise, leur opinion est fonction des idées de leurs chefs, et de leur monde. D’ailleurs, vu l’écart entre le jour de l’investissement et sa réalisation (plus de cinq ans), il y a amplement le temps de changer de job, et d’éviter les conséquences de ses actes. 
En outre, les fonds vendent aux fonds. Là aussi il y a une logique : cela évite de se fatiguer à trouver des investissements, et cela permet de ne pas avoir de surplus de fonds, que réclameraient les investisseurs, ce qui serait un handicap dans une prochaine levée. Ce qui peut entretenir une bulle spéculative pendant une quinzaine d’années. 
D’où l’importance des modes telles qu’IA et Big Data, l’ubérisation ou autre. Ce sont elles qui permettent à la profession de s’orienter. Le véritable entrepreneur, dans ce monde, est celui qui parvient à créer ces modes. Alors, c’est le jackpot. 
Et si vous avez un projet qui rapportent beaucoup ? Il faut chercher des gens qui aient de l’argent et qui veulent gagner beaucoup… 
(Il y aurait une autre façon de faire : des entrepreneurs qui ont réussi créent un fonds et demandent des financement supplémentaires. Ils se paient uniquement en variable.)

L'entrepreneur et l'argent

J’entendais un business angel parler de son expérience. Un entrepreneur vient le voir : c’est épuisant de chercher des aides de l’Etat, et les fonds de capital risque veulent récupérer leur mise… Voilà qui est typique du Français. Il ne se sent aucune obligation vis-à-vis de ceux qui ont investi leur argent dans son entreprise. Au contraire. 
L’Américain veut gagner beaucoup. Il a les mêmes intérêts que l’investisseur. Ce qui est suffisant pour faire leur bonheur collectif. 
(Une étude européenne montrerait qu’il n’y a que dans 21% des cas que l’investisseur retrouve au moins sa mise. Dans 50% il récupère moins du quart de son investissement. En France, le taux de rendement du capital risque était de 1,6% il y a quelques années. Soit à peu près l’inflation. Il s’est un peu amélioré récemment.)

Non man’s land européen ?

The Economist s’intéresse aux élections européennes. Les extrêmes arrivent. Pour sa part, il voudrait se débarrasser du parlement européen.

Ukraine. Donetsk serait un cas particulier (car peuplé de Russes), l’Ukraine devrait rester en un morceau. C’est dans l’intérêt de la Russie. Mais, quel degré de chaos ? La France va vendre des Mistral à la Russie, trop d’emplois en jeu. Les pays européens de l’Est sont divisés quant à la politique à tenir vis-à-vis de la Russie. Occasion d’un intéressant tableau de l’Europe de l’est.

L’Europe de l’est a été un succès remarquable, combinant le capital de l’Ouest avec une main d’œuvre bon marché pour devenir une partie intégrante de la machine à exporter allemande.

La Bulgarie, souvent vue comme le cheval de Troie russe en Europe, est presque entièrement dépendante du gaz russe. 

(La position de la Hongrie et de la République Tchèque) pourrait être influencée par un mélange pernicieux d’institutions faibles, de corruption, d’argent russe douteux et de propagande agressive du Kremlin.

Accident minier en Turquie. Son premier ministre n’est toujours pas ébranlé. Perfide Albion. Les pauvres et les malfrats s’éloignent des centres ville pour gagner les périphéries. C’est le résultat d’une meilleure police, d’investissements et de l’immigration de Musulmans, qui ne boivent pas. Quant aux Bulgares et aux Roumains ils se sont installés dans des boulots précaires (auto entrepreneurs). Ils pourraient maintenant avoir accès à de meilleurs emplois. L’Angleterre pense aussi faire des apatrides de ses mauvais citoyens. Un fâcheux précédent, pense The Economist.

Nucléaire iranien. Négociations. Iraniens très flexibles. Américains pas trop. En Afrique du sud, « presque 44% des foyers dépendent de la sécurité sociale pour joindre les deux bouts ». La dite sécurité sociale ayant été créée par l’ANC, il bénéficie du vote populaire, en dépit de sa corruption.
La Chine fait peur au reste de l’Asie. Mais il est incapable de s’unir. Chaque pays ayant sa paralysie propre, elle empêche le tout d’adopter une ligne commune. Le Japon sortirait timidement de son pacifisme ? Quant au prochain premier ministre indien, il a été servi par une très dangereuse extrême droite nationaliste. Mais il n’est plus dans son intérêt de continuer à la fréquenter.

USA toujours aussi surprenants. A la Nouvelle Orléans, une justice corrompue condamne à mort des innocents. Ailleurs, le politicien explique que Dieu a donné le charbon aux Américains. Accessoirement, on envisage d’utiliser des drones pour détruire les missiles ennemis au moment de leur décollage. Coupe du monde au Brésil. Rien ne sera prêt à temps. Va falloir improviser.

L’Europe demande à Google qu’une partie de notre passé puisse ne pas être révélé par son moteur de recherche. Ce qui pourrait « amener l’Internet un peu plus vers la fragmentation ». Quant à McKinsey, il veut passer de la stratégie à l’exécution. Particulièrement celle des fusions. En Asie, explosion du transport aérien bas coût. Il arrive à ses limites. Fusion et acquisition. Entre égaux, ça ne marche presque jamais. Il faut un seul chef, et un plan détaillé. Capital risque en Europe. Faute d’investisseurs privés, c’est la puissance publique qui investit. Ce qui fait fuir le privé. Et est bien peu rentable (2,1% par an, depuis 1990).

A qui obéit notre démocratie ? D’après une étude : « ceux qui ont le plus d’influence sont l’élite économique (définie comme les 10% qui gagnent le plus) et les groupes d’intérêt représentant les entreprises. Par contraste les groupes d’intérêt « de masse » tels que les syndicats ont peu ou pas d’impact ». Attention à une révolte des pauvres. Une autre étude estime que la crise n’a pas été créée par les banques, mais par l’immobilier. Il aurait fallu sauver les pauvres plutôt que les riches. En particulier en partageant les risques entre créditeur et débiteur. Idem en Europe. Le coupable n’était pas Grec, mais Allemand, et banquier irresponsable (français et allemand).

Parler une autre langue que la sienne forcerait à penser lentement, donc à être rationnel. Grâce aux LED, l’agriculture d’intérieur pourrait devenir rentable. Etre enceinte est un facteurs de risque pour la conductrice. Mais moins que d’être passagère de son mari.