Gouvernement et économie sociale

Un dirigeant d’association se demandait d’où venait l’intérêt du gouvernement pour l’économie sociale. Quel mauvais coup est-il en train de préparer ?
La réponse pourrait être simple : « Big society » de David Cameron.
Réduire l’État à presque rien et charger du service public une économie sociale dynamisée par l’arrivée « d’entrepreneurs ».  Explication de la vogue de l’Entrepreneuriat social ?

Coup de Trafalgar pour Nelson

La BBC commentait ce matin la fusion entre armées française et anglaise. Elle citait Nelson : « we should hate the French as the Devil ». Nelson torpillé par les siens ?
Les mêmes informations parlaient d’une étude, qui porte  l’augmentation du chômage anglais, pour cause de rigueur, à 1,5m de personnes. Et si M.Cameron voulait réaliser la société de loisirs dont rêve Mme Aubry ? 

Réformes anglaises

Mon métier me fait dire que tout le succès du changement est dans sa mise en œuvre. Or on ne sait rien de clair de la mise en œuvre des brutales réformes anglaises. Ce matin j’entendais un interviewé de la BBC dire qu’elles allaient relancer le pays parce qu’avec un État moins coûteux, il y aurait moins d’impôts, et des entreprises plus compétitives. Ça semble court.

  • Les 500.000 licenciés du secteur public vont devoir trouver un emploi. Le temps qu’ils cherchent, ils seront au chômage (payés par l’État). En outre, ils risquent de moins consommer.
  • Le privé est un gros fournisseur de l’État, comme en France. Beaucoup d’entreprises ne vont-elles pas capoter ? (PWC estime les pertes à 500.000 personnes supplémentaires.)
  • Une des idées de D.Cameron est que le privé va prendre le relais du public. Il va s’occuper des pauvres, des écoliers… Oui, mais s’il le fait cela va mobiliser des ressources, qui n’iront pas à l’économie… Même si elles sont plus efficaces que le public (l’idée n’est pas neuve, a-t-elle fonctionné un jour ?), le gain n’est que marginal. Et l’on peut se demander si le talent nécessaire ne serait pas mieux utilisé ailleurs.
  • Ce chômage devrait peser sur les salaires (concurrence), et augmenter la rentabilité des entreprises qui gagneront donc sur deux tableaux. Mais, où est l’explosion créatrice ? Où sont les innovateurs qui n’attendent qu’une baisse de leurs impôts pour créer des produits enthousiasmants que l’on s’arrache ? D’ailleurs, qui aura envie de leur acheter leur production, si le chômage augmente ?
  • Ne risque-t-on pas d’éliminer ou de dégrader des services de l’État qui avaient une importance pour l’économie que l’on ne soupçonne pas ?

Ultralibéralisme touchant de naïveté ?

Angleterre et Turquie

David Cameron fait une déclaration d’amour enflammée à la Turquie : il veut, comme les Américains, qu’elle soit européenne. Problème : elle a peu de chances de l’être, et il n’est même pas sûr qu’elle le veuille vraiment.
Puis il dénonce le Pakistan en Inde, ce qui ne risque pas de plaire au Pakistan.
Il semble avoir décidé de changer les alliances du pays. Pourquoi ? Pour des raisons économiques ? L’élite anglaise n’aurait qu’une unique obsession, l’économie, et, qu’un unique horizon : le court terme ?
Compléments :

BP : too big to fail ?

M.Cameron part implorer la clémence américaine pour BP : de son sort dépend ceux de l’économie et des retraités anglais. (Cameron to fight BP’s corner in US.)
BP fut le héro d’un laisser faire guidé par la main invisible du marché, qui ferait le bonheur du monde. Plus d’État, plus de contrôle, des retraites par capitalisation, la « destruction créatrice », la « guerre des talents »… Et maintenant, on découvre que BP est au dessus des lois du marché qui veulent que les canards boiteux crèvent par sélection naturelle.
Le discours libéral était-il pour la consommation du peuple et des étrangers ? Les intérêts des classes supérieures anglo-saxonnes sont-ils protégés quoi qu’il arrive ? En tout cas, il serait intéressant de reconsidérer les décisions que l’influence de cette propagande nous a fait prendre. 

Nick Clegg

Soudain intérêt de l’électeur anglais pour Nick Clegg, leader des Lib-dem. Est-ce étonnant : le Britannique semble fatigué par Gordon Brown et déçu par David Cameron ?
L’élection pourrait donner de bizarres résultats. D’une part peu de rapport entre voix et sièges (les Travaillistes auront probablement le plus de députés, mais le moins d’électeurs). D’autre part, compte-tenu du manque de pratique locale et du peu d’atomes crochus entre les programmes, un parlement de coalition a peu de chances de survivre. Il devrait donc y avoir rapidement d’autres élections, qui pourraient donner une nette majorité à l’un des deux grands partis.
Compléments :
  • The granola-eaters’ revengeGetting a Clegg up, The western front
  • L’autre jour, j’ai entendu un bout de débat entre les trois candidats premier ministre et j’ai été frappé par les similitudes entre Nick Klegg et David Cameron. Tous les deux semblent venir du même monde. 
  • D’après ce que disait samedi La rumeur du Monde de France Culture, Nick Klegg a été choisi pour sa ressemblance avec Tony Blair. Décidément, Tony Blair est le modèle de l’homme politique anglais. Je crois bien que David Cameron est aussi du genre Tony Blair.

Gordon Brown et David Cameron

Les Anglais semblent vouloir éconduire M.Brown tout en préférant sa politique à celle de son rival principal.
Est-ce judicieux ? On en voudrait à M.Brown pour ses erreurs passées, et peut être aussi pour son caractère. Mais, s’il est un meilleur dirigeant que M.Cameron, dont l’inexpérience inquiète, ne faudrait-il pas mettre ses errements au compte de l’apprentissage ? Naît-on dirigeant, ou le devient-on ?  
Je connais trop mal l’Angleterre pour que mon jugement soit autre chose que théorique. 

M.Lellouche guerroie en Angleterre

M.Lellouche semble avoir violemment critiqué le projet de politique européenne de M.Cameron, prochain premier ministre anglais. Why have the French gone nuclear with the Tories? se demande pourquoi.

Le problème est franchement compliqué.

La position des conservateurs est jugée modérée par les Anglais, parce que s’ils se plaignent bruyamment de l’UE, ils ne font rien pour la quitter. Mieux, ils ont déjà ce qu’ils demandent. Épisode de grand art politique, qui laisse pantois :

Ils exigent des dérogations par rapport aux lois sociales européennes concernant notamment certains « services publics vitaux » (comme les pompiers). Or les lois européennes prévoient de telles dérogations, mais la Grande Bretagne a choisi de ne pas les appliquer (pour satisfaire ses syndicats) ! Encore plus fort : l’Europe a décidé de ne pas dévoiler le pot aux roses pour ne pas paraître encourager les états à la dérogation !

Qu’est-ce qui explique l’offensive française, alors ? Hypothèse du billet : les Français ont compris qu’ils ne pouvaient travailler avec les conservateurs ; en les attaquant, ils provoquent les anti-européens britanniques qui vont forcer les conservateurs à se radicaliser, les rendant infréquentables par Mme Merkel, qui n’aura plus d’autre allié possible que la France.

Que nos hommes politiques français soient capables d’une manœuvre aussi perverse, brillante et sophistiquée me confond d’admiration.

Compléments :