Big Society vs The People

M.Cameron veut faire de l’Angleterre une « Big Society » où l’État serait remplacé par l’initiative individuelle (entreprises et charités).
Action symbolique : il compte privatiser la forêt anglaise.
Curieusement cette initiative rencontre la désapprobation de la « Big Society », elle-même, c’est-à-dire des volontaires des charités qui prennent soin des sous-bois. D’accord pour collaborer avec un organisme d’État, pas d’accord pour servir la passion du lucre. (Lost in the woods.)
M.Cameron serait-il un idéaliste coupé des aspirations de sa nation ?

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :
Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c’est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.
Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).
Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.
Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.
D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.
Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

Néoconservateur Cameron ?

J’entends dire que M.Cameron a déclaré que le multiculuralisme avait échoué et qu’il fallait en revenir à une identité nationale vigoureuse.
Serge Audier aurait-il raison ? L’Europe serait-elle en proie à un néo-conservatisme (une forme de fondamentalisme occidental) galopant ?
Compléments :
  • AUDIER, Serge, La pensée anti 68, La Découverte, 2009. 

Scandale en Angleterre

Depuis pas mal de temps j’entends parler d’un scandale anglais.
Le parti conservateur doit sa récente renaissance à ce qu’il a appris à parler au peuple. L’artisan de cette transformation est le rédacteur en chef de News of the World, Andy Coulson, que D.Cameron a appelé à ses côtés.
Or, News of the World s’était spécialisé dans l’espionnage des téléphones des gens importants. Le soupçon que M.Coulson ait pu être au courant de cette pratique lui a coûté sa carrière de journaliste et, récemment, sa position de conseiller de M.Cameron.
Curieusement, Scotland Yard a été jusqu’ici peu intéressé par la question. On commence à se demander si ce peu de diligence ne viendrait pas de ce que le titre appartient à M.Murdoch, grand magnat de la presse, et ultralibéral. (The old man and the Met.)
En marge de l’aspect crapuleux de l’affaire (un effet secondaire inévitable de la gestion d’un empire économique ?), faut-il en déduire que les idées de M.Murdoch tirent les ficelles du gouvernement et veulent assurer son succès en manipulant les esprits ?

NHS (suite)

L’histoire à venir des réformes anglaises s’annonce passionnante, pour l’observateur :
Le plan de transformation que propose M.Cameron est bien plus radical que celui de Mme Thatcher. Contrairement à elle il n’y a pas préparé le pays (qui attendait un plan de rigueur, mais pas une transformation libérale). En admettant que sur le long terme elle soit bénéfique, comment va-t-il réagir aux mises au point intermédiaires ? En particulier que dira-t-il s’il est privé de soin par la défaillance d’un des groupements de médecins que crée la réforme, ou si un fournisseur de soins décide de les supprimer pour cause de non rentabilité… ? (Where Thatcher feared to tread.)
Comment va tenir le composant libdem de la coalition qui a un électorat à sensibilité travailliste ?
Que fera le chômage, pas très bon en dépit d’un plan de relance et d’une dévaluation forte de la livre, lorsque commenceront les licenciements massifs ? (Voir billet précédent.)

Réforme de la santé anglaise

Bribes d’une émission entendue par hasard hier (You and yours BBC 4). Une des réformes de M.Cameron consiste à supprimer, si j’ai bien compris, certaines unités parapubliques qui s’occupent des services de soin, et de confier leur travail à des groupements de médecins, qui mettraient hôpitaux et autres fournisseurs en concurrence (plus efficace ?).

  • Les médecins estimeraient que leur travail est de soigner, pas d’acheter.
  • La compétence nécessaire à l’achat des services de soin se trouve chez les unités actuelles. Elles pourraient donc se reconstituer, mais sous un autre nom.
  • Sera-ce la qualité ou le prix qui va dominer les décisions ?
  • Chaque zone géographique mettant au point une solution qui lui est propre, ne va-t-on pas avoir une médecine à une infinité de vitesses ? (Le gouvernement, ultralibéral !, répond qu’il va durement réglementer pour éviter les divergences.)
  • Certains groupes de médecins pourraient échouer, qu’arriverait-il alors aux communautés dont ils sont responsables ?…
Le succès est dans l’exécution aurait dit Napoléon…

Inflation en Angleterre

Le prix des vêtements et de la nourriture augmente énormément en Angleterre. 
Si j’en crois la BBC, hier matin, le pays serait touché par un triple (au moins) phénomène : la forte dévaluation de la livre, la croissance de la population mondiale et une offre de nourriture insuffisante, l’augmentation des salaires de Chinois las de se faire exploiter (ils fabriquent les vêtements anglais).
Le chiffre global de l’inflation (un peu plus de trois pourcents) ne refléterait-il pas ce que subit le pauvre (le prix de certaines denrées alimentaires aurait augmenté de 4% en un mois, 20% pour les vêtements sur un an) ?
Combiné aux réformes des services publics de M.Cameron cela signifie-t-il que le dit pauvre est démesurément affecté par la réformes du gouvernement anglais ?

Changement en Angleterre

Le gouvernement anglais renverserait la centralisation de Margaret Thatcher. Il donnerait aux collectivités locales la conduite de la réforme qu’il a entreprise. C’est logique : son projet de « Big society » signifie que c’est au peuple de prendre son sort en main. Et qui est plus près du peuple qu’une collectivité locale ? En tout cas pas l’État.
Mais les raisons de la centralisation (donner des conditions identiques à tous) n’ont pas disparu, et les moyens financiers des collectivités locales seront sérieusement réduits. (Careful what you wish for.)
Vont-elles se trouver en position d’injonction paradoxale : on leur demande d’en faire plus avec moins ? Si elles ne veulent pas sombrer dans une forme de folie, elles doivent définir un plan d’action qu’elles savent réaliser, avec les moyens dont elles disposent ? Et le faire signer à M.Cameron ?
Compléments :
  • Que va faire le gouvernement français, qui semble appliquer le modèle de centralisation Thatchérienne ? 

Humanités et art

J’entendais la BBC dire que son gouvernement, qui réduit sévèrement ses dépenses éducatives, aidera, au mieux, les pauvres faisant des études scientifiques. Rien pour les humanités et l’art.
En Angleterre, j’ai été frappé de voir que l’élite intellectuelle étudiait l’art et les humanités. N’est-ce pas supposé ouvrir l’esprit, aider à penser ? (David Cameron, lui même, aurait été intéressé par l’art avant d’étudier la philosophie, la politique et l’économie à Oxford.)
Chacun à sa place : le pauvre méritant ne sera jamais qu’un sous fifrelin ? 

Wikileaks revu

J’ai tort de comparer Wikileaks au Canard enchaîné et de le trouver décevant, parce qu’il ne dénonce pas de grande malversation.
Car, au fond, il est intéressant de connaître ce que le diplomate bien informé pense des grands. Que David Cameron « manque de profondeur » et que Silvio Berlusconi soit épuisé par sa vie nocturne n’est pas sans intérêt quand on veut comprendre leurs politiques.

Compléments :