Qui s’est révolté en Angleterre ?

On a trouvé des gens fort riches parmi les pillards anglais, et beaucoup de membres des classes moyennes.

Explication ? Effet d’entraînement et peut-être désir de ne pas moins profiter de bonnes affaires que ses voisins… (UK riots: Why respectable people turned to looting – New Scientist)

En outre, il semblerait que les villes anglaises soient un mélange de classes vivant côte à côte, notamment parce que certains relativement aisés sont venus s’installer chez les pauvres. Absence de solidarité + tentation = pillage ? (Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique – LeMonde.fr)

Résultat naturel de l’organisation libérale de la société anglaise : des individus isolés les uns des autres, et l’enrichissement comme seul horizon ? (Après tout c’est une hypothèse centrale du modèle de l’économie néoclassique.)

Compléments :
  • Une société libérale est nécessairement un Etat carcéral : il faut bien compenser l’absence de lien social ?
  • Bientôt un retour de balancier ? Du libéralisme à l’ordre moral ? J’entendais David Cameron incriminerle manque de moralité de la société britannique. 

David Cameron

Le scandale de News of the world a révélé que M.Cameron n’était jamais aussi fort qu’en situation difficile. C’est probablement pour cela qu’il manque de prudence. (Wider still and wider)

Pour les Grecs la qualité de l’homme d’État était la prudence. Aujourd’hui nous tendons à élire des indestructibles, imperméables au scandale. 

Idéologie travailliste

Ce que pense le parti travailliste :

Si les gens reçoivent assez d’information, ils trouveront, sans aide, le moyen de demander des améliorations, et de changer les choses pour le mieux. (Little platoons on a slow march)

Oui, une politique peut-être construite avec des idées aussi simplistes.

Mais la résistance des événements, et la realpolitik, fait que le programme ne va jamais à son terme, et que la montagne accouche de souris mal fichues. 

État et libéralisme

Le libéralisme veut qu’il n’y ait rien en dehors de l’individu et que ce qu’il gagne lui soit propre. Dans un tel système, il n’y a pas d’inégalité. Mais il y a quand même une forme d’entraide qui passe par la charité, acte volontaire de l’individu.
Curieusement ce modèle n’élimine pas non plus l’État, puisqu’il semble qu’il y ait besoin de maintenir l’ordre, mais il est subventionné lui aussi par la charité.
Compléments :
  • Subrepticement cette vision du monde a pénétré nos vies : les ONG s’occupent des déshérités et nous indiquent les maladies que notre argent doit aider à soigner, l’économie sociale remplace l’État. (Le projet de Big Society de David Cameron.)
  • Si je comprends bien le modèle de Mancur Olson, une société dans laquelle les riches subventionneraient l’État-bien commun serait une mauvaise affaire pour eux. En effet, l’allocation optimale leur permet de s’offrir une quantité de bien commun moindre que si toute la communauté y avait contribué (par exemple une milice), et, en plus, le reste de la population peut en profiter gratuitement. 

Faire maigrir l’État

Régulièrement, The Economist fait un dossier sur l’État, qu’il trouve trop gros (Taming Leviathan). Résultat des politiques d’une droite sécuritaire et d’une gauche maternaliste.
Je soupçonne qu’une mauvaise gestion de l’État peut nuire à l’Occident. Son évolution démographique peut le conduire à laisser se développer un État ventripotent qui plomberait la performance relative de son modèle social. 
Par contre, je ne crois pas, comme dise les libéraux, que nous ne puissions plus nous offrir les services traditionnels de l’État. Ceux-ci me semblent appartenir à une forme de « droits de l’homme ». D’ailleurs, nous devrions même être beaucoup plus exigeants vis-à-vis de lui.
Tout est une question de gains de productivité. Il faut réinventer l’État pour qu’il produise mieux, avec moins de moyens.
Malheureusement, personne ne part dans cette direction. Notre gouvernement fait des trous dans la coque pour alléger le bateau. D.Cameron compte sur les miracles de l’économie de marché pour sauver son pays. L’extrême droite ou la gauche, qui va probablement prendre le pouvoir en Europe, sont favorables à un État-Maginot.

Quel est notre avenir ?

On demande aux enseignants anglais de détecter les ferments subversifs dans les dissertations de leurs élèves, disait la BBC. Inattendu de la part d’un pays qui vend les tickets des Jeux Olympiques aux plus offrants (la loi de l’offre et de la demande, vous savez).
Depuis ses origines ce blog pense que notre monde oscille entre deux extrêmes. L’un dit que l’individu est tout, l’autre qu’il n’est rien sans la société. L’après guerre a été la victoire du second, l’après 68 celle du premier. L’après 2008 me semble être un nouveau retour de balancier. Je pense même qu’il est bien engagé.
Ce qui m’étonne depuis longtemps est que 68 fut un mouvement de beatniks dénudés, et qu’il a fait triompher le marché, l’argent, et une classe ultra-riche et ultra-matérialiste. Est-ce fatalement cela l’individualisme ?
J’ai fini par ne pas le penser. Il me semble, comme je l’observe dans l’entreprise, que le changement « sourit à l’esprit éclairé ». La dislocation sociale de 68 a profité aux puissances économiques, parce qu’elles étaient fortes, déterminées et concentrées sur un objectif simpliste. De même l’après 45 a été technocratique, parce que la science avait gagné la guerre. Elle a donc imposé sa marque à la réaction « collectiviste » du monde aux affres de l’individualisme post 18.
À quoi ressembleront les 30 prochaines années ? Quelle est la force qui leur imposera sa forme ? Pas évident.
  • Les pays émergents ? Ils ne semblent pas avoir de philosophies propres (sinon se replier sur eux, pour l’Asie ?).
  • Les fondamentalistes ? Les exemples de MM.Ben Laden, Bush, Cameron ou Sarkozy semblent nous dire que le fondamentalisme ne donne au mieux que le Jihad ou le chaos.
  • Il est possible que notre collectivisme, répondant à des excès moindres que ceux d’avant guerre, soit modéré. Il sera probablement inspiré, comme les précédents, par des idées (et des individus) simplistes. Ce sont celles qui passent le mieux. 

Bataille d’Angleterre

Suite de la chronique de la réforme de l’Angleterre par M.Cameron.

Dans cet épisode, il s’emporte contre son administration, qui vide ses réformes de leur sens. D’ailleurs il a décidé de la détruire. Bizarrement, il veut imposer du centre la décentralisation, et l’initiative individuelle, en force.
Son opposition aurait choisi d’attaquer son incompétence, plutôt que de montrer l’effet dévastateur de ses idées.
Compléments :
  • Doit-on voir dans la réaction de l’administration anglaise une illustration des théories de M.Crozier, selon lesquelles les organisations résistent au changement (à leur destruction ?) par une forme de grève du zèle ? (Michel CROZIER, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.)

Guerre civile libyenne ?

Que va-t-il advenir de la Libye ? Pas clair. Ce qui le semble :
  • Kadhafi aurait prévu le cas d’une rébellion et posséderait des troupes efficaces et bien armées. Exit scénario tunisien.
  • Ses opposants paraissent prêts à en découdre : les pertes humaines ne leur font pas peur, ils arrivent à avoir le dessus sur des blindés. Il ne semble pas non plus qu’économiquement ils soient menacés d’un effondrement rapide. Il y aurait une certaine autonomie régionale.
  • C’est moins la révolte d’un peuple homogène, qu’un règlement de compte entre tribus ?
  • L’aide occidentale ne serait pas vue comme une ingérence inacceptable, sans pour autant être désirée unanimement. 
  • Que doit faire l’Occident ? Une idée proposée notamment par M.Cameron (qui ne semble pas réaliser qu’il a démantelé son armée, et sabordé son dernier porte avion) est d’installer une interdiction de survoler la Libye. Mais la mesure n’est pas assurée de réussite, et c’est risqué (il faut détruire l’aviation libyenne) et coûteux, et les Américains ont leur saoul de guerres…
Dans cette affaire ce qui est frappant est le silence occidental. Non seulement l’Occident n’a rien vu venir, mais, surtout, il ne semble plus avoir aucune idéologie fondatrice qui puisse guider son action. Il est perdu ?
Compléments :

Big society (fin ?)

The Economist enjoint D.Cameron d’abandonner ses idées de « Big society ». Leur principe était de remplacer l’État par l’initiative privée, les « charités ». Malheureusement les Anglais croient qu’il cherche à leur faire prendre des vessies pour des lanternes, i.e. faire faire gratuitement un travail qui mérite rémunération.
En outre, j’entendais hier un débat sur le sujet qui semblait dire que Tony Blair avait noyé les dites charities sous les subventions. Or, M.Cameron les leur retire. Comment se dire leur ami dans ces conditions ?
Compléments :
  • Le concept de big society est poussé en France, probablement pour les mêmes raisons qu’en Angleterre, sous le nom « d’entrepreneuriat social »
  • Pourquoi le libéral préfère la charité à la justice : La pensée solidariste.
  • Dans la série des mesures idéalistes sans attache avec la réalité pratique : Playground politics.