Cambridge

Election du prochain chancelier de l’université de Cambridge.

10 candidats. Ce qui se fait de mieux : anciens ministres (lords), ancien PDG de BP, activistes, vedette du show biz, etc. Leurs prédécesseurs furent Lord sainsbury (arrière petit fils du fondateur des magasins du même nom) et le mari de la reine.

Dans le lot, il y aurait au moins trois homosexuels, ce qui semble un pourcentage supérieur à la moyenne nationale. Une caractéristique de la haute société ?

Vilain petit canard ? Un professeur, qui n’a même pas sa page dans wikipedia, ne se présente pas comme un porte parole de l’université, mais comme un réformateur. Apparemment, le harcèlement serait le fléau de Cambridge. Il voudrait le faire cesser.

Curieux, il semblerait que la BBC souffre du même mal. Ainsi que beaucoup d’autres universités. Pathologie de la bien pensance ?

Institution durable

Pensée pour jour des morts ?

Lorsque j’observe les institutions d’enseignement par lesquelles je suis passé, deux semblent promises à une fin peu glorieuse : Centrale et l’Insead. Une autre, Cambridge, est indestructible. Et, pourtant, elle est aux prises avec un wokisme qui s’est saisi de tous ses organes de communication.

Qu’est-ce qui rend une organisation durable, ou non ?

Je pense que la France donne l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Centrale et l’Insead sont, comme notre pays, des constructions théoriques avec un pouvoir jacobin. La théorie est rapidement pervertie et tend à donner son contraire, un pouvoir fort offre à l’incompétent la capacité de démolir l’édifice.

Cambridge, par contraste, est résilient. Il n’y a pas de chef, sinon sous une forme de potiche, mais tout un écosystème compliqué de collèges et d’institutions d’enseignement et de recherche, qui cultivent leurs rites exotiques et poursuivent leur petit bonhomme de chemin depuis 800 ans.

Travaillez, prenez de la peine… ?

Vive la science !

Ras le bol. Je reçois les nouvelles de l’université de Cambridge. Depuis quelques années, il n’y est question que de genre, de net zero, de vaccin anti covid. Mais, la science, ce n’est pas la mode ! Et ce n’est pas la parole d’autorité !

Aussi, suis-je heureux d’écouter In our time, émission de la BBC. On y entend des universitaires, les meilleurs anglophones de leur spécialité, souvent de Cambridge, souvent étrangers, parfois français. Et ils parlent d’Ovide, de Thucydide, d’existentialisme, de rayons cosmiques, de neutrinos, de poésie, de parasitisme, d’hindouisme, de fusion nucléaire… Et, l’on doute, et l’on cherche, et c’est clair, brillant et passionnant !

La fabrique de l’intellectuel

High table, low orders est un feuilleton que rediffuse BBC Radio 4 extra. Comédie traitant des haines et ambitions universitaires au sein d’un collège de Cambridge.

Le système d’enseignement anglais est très différent du nôtre. La sélection pour les études supérieures se fait au moment du bac. Le diplôme d’élite est la licence (que l’on nomme maintenant « bachelor » en France). Il n’y a pas de matière particulièrement noble. Ce qui compte est l’épanouissement du talent. Les artistes sont particulièrement appréciés. Légère exception : philosophie, histoire et politique, car c’est formateur de la pensée, et de la parole, ce qui distingue l’élite du commun des mortels. (Voilà pourquoi l’Anglais considère l’élite française comme inculte et arrogante.)

L’étudiant reçoit ses cours de l’Université, mais, comme sous l’ancien régime, il a aussi un « tuteur », et le tuteur appartient au « collège », qui abrite la vie sociale de l’élève. Le tuteur prépare l’étudiant à ses examens. Ceux-ci visent à distinguer les esprits réellement d’élite, auxquels on décerne un « first ». Cependant, contrairement à la sélection par l’échec française, le système cherche à sauver la face de l’étudiant. Il n’y a pas de note dégradante. Les mauvais résultats tiennent souvent, comme pour Boris Johnson, a une vie sociale un peu trop réussie, ou à quelque passion annonciatrice d’un destin exceptionnel.

L’intérêt de l’émission est, outre la question de la haine, à mort, de l’universitaire pour l’universitaire, loi universelle, de montrer comment est éduqué l’intellectuel. On y assiste lors des échanges entre élève et superviseur. L’intellectuel est formé par un jeu de l’esprit. Marx, ce n’est pas le Goulag, c’est une pensée comme une autre, que l’on doit citer. Et d’autant plus volontiers que la marque de l’esprit supérieur est la provocation. Le propre de l’intellectuel est « d’épater le bourgeois ». Ce qui est un exercice de « raison pure ».

Faut-il s’inquiéter de ce que notre société donne le pouvoir à ce danger public ?

Réduire les émissions de CO2 de l'aviation

Alors que l’effet de serre semble condamner le progrès technologique, il pourrait avoir l’effet inverse.

Le laboratoire Whittle de l’Université de Cambridge veut accélérer radicalement l’innovation. Pour cela, il faut comprimer la durée des boucles conception / réalisation. La créativité humaine aurait un temps de cycle d’une semaine. Si l’on passe de l’idée à sa réalisation dans cette durée, on observerait une explosion de créativité.

we’ve been asking ‘can we develop technology faster and cheaper?’ The answer is yes – at least 10 times faster and 10 times cheaper. Our solution is to merge the digital and physical systems involved. (Article.)

Science dévoyée ?

Depuis des années, je reçois les « research news » de l’université de Cambridge. Déçu. Pourquoi ?

Parce qu’elles ne parlent que de questions à la mode, « de société ». Intelligence artificielle ou développement durable, ou encore merveille de la collaboration de l’Université avec un laboratoire pharmaceutique, par exemple.

Or, pour moi, la recherche doit être « fondamentale ». Les modes sont « non rationnelles », comme le montre la science !, parce qu’elles sont l’objet de multiples phénomènes (dont des rapports de force, ou, au contraire, un souci d’éviter le conflit) sans rapport avec l’objet de la science, la recherche de la vérité.

CAM

CAM est le journal de l’Université de Cambridge. Il est élégant. Non seulement par sa présentation, mais surtout par son ton. Il a une façon d’aborder son sujet qui est un exemple de ce que la civilisation britannique a produit de mieux.

Il est très bien écrit, d’abord. Avec ce style inimitable qu’utilise l’intelligentsia anglaise. Car, en Angleterre, les esprits les plus brillants deviennent journalistes. Ensuite, on y parle des élèves et des chercheurs. Mais pas en ventant leurs mérites, grossièrement. Mais, de manière indirecte. En faisant découvrir leurs passions. Cela révèle des êtres humains modestes et subtils. L’humilité de l’homme intelligent face aux complexités du monde ?

(Quelle différence avec les publications des grandes écoles françaises !)

Pourquoi donc la France défend-elle sa langue ?

L’Université de Cambridge enquête. Pourquoi la France est-elle, exception mondiale ?, aussi obsédée par la pureté de sa langue ?

Il est souvent dit que la France fournit le plus extrême exemple d’attitude prescriptive, interventionniste et puriste à l’usage du langage. Même aujourd’hui des commissions ministérielles recommandent la terminologie acceptable dans des domaines aussi différents que les technologies de l’information et l’énergie nucléaire. 

Le plus curieux peut-être est le travail de Vaugelas en 1645, qui explique comment parler correctement français. Ou plus exactement ce qu’est le français. Et ce qu’il n’est pas.

Ce qui me fait penser à un texte d’Hannah Arendt sur l’autorité (La crise de la culture). L’autorité réelle vient d’une « fondation », un moment décisif pour une culture, que l’on reconnaît comme étant la source de son succès, par exemple la fondation de Rome. Les hommes d’autorité (l’Académie française dans notre cas, les sénateurs pour Rome) sont les dépositaires de ces valeurs fondatrices. Si cette théorie est juste, cela voudrait dire que notre langue joue ou a joué un rôle considérable dans notre histoire. Qu’elle soit attaquée aujourd’hui donne peut-être une mesure de la dimension du changement que nous vivons…

Cambridge lève 2md$

L’université de Cambridge a levé 2md$ pour financer ses recherches. Surtout, un quart de ses anciens élèves a fait un don. (Source : CAM, n°65, 2012.)
Je vois mal la même chose arriver en France. Pour deux raisons, au moins. Cambridge est fréquenté par une classe de riches héréditaires, et ouvre la porte des emplois qui leur sont réservés. Par ailleurs, ils ont reçu un excellent enseignement, qui les a marqués.