Le talentueux M.Obama

Une idée me vient en lisant The Impotent President : quand on possède les dons de Barak Obama, la politique est bien plus efficace que les affaires pour faire une rapide fortune. De là à penser que Barak Obama n’est pas plus profondément intéressé par l’amélioration du sort de son peuple que l’est, par la santé de son entreprise, le manager qui veut la présidence promise à son génie…

Le simple fait d’être président des USA assurera à B.Obama beaucoup d’argent. Si mes souvenirs sont bons la famille Clinton aurait amassé 100m$ en 10 ans.

L’article semble penser que c’est parce que ces futurs revenus dépendent d’intérêts qui n’ont pas intérêt au changement (notamment l’industrie de l’armement) qu’il n’a rien changé à la politique de George Bush et que les guerres étrangères ne sont pas prêtes de cesser (elles gagnent maintenant le Pakistan). Le budget de la défense américaine est 10 fois celui de la Chine…

Dans le même ordre d’idées, la quantité d’argent que versent les banques pour soutenir les campagnes des représentants du peuple est remarquable. Cela expliquerait que les tentatives de soulager le dit peuple d’une partie de ses dettes aient moins de succès que celles qui visent à faire la même chose avec les banques.

Décidément, le marché ne paraît pas faire bon ménage avec la démocratie (cf. dernier billet).

Obama – Dorian Gray

Par touches, Counterpunch peint une bien étrange image d’Obama : celle d’un illusionniste.

Dans cet épisode, il s’agit d’Irak. La politique de George Bush n’aurait pas été annulée, mais remarketée. Les engagements de retrait pris par Barak Obama son discrètement réécrits. Si je comprends bien, les troupes devaient se retirer des villes, pour cela, on serait en train de modifier leurs frontières pour en exclure les zones d’occupation…

Nouvelle illustration de l’innovation selon Robert K. Merton ?

Changement : apprendre avec Obama

Depuis quelques semaines je commente des sources d’informations américaines, qui paraissent inquiètes quant à l’avenir des USA. J’étais curieux de savoir ce qu’en pensait The Economist.

Il y a accord. Oui, le gouvernement américain imprime de l’argent, oui les récents résultats « exceptionnels » des grandes banques sont conjoncturels et non récurrents ; oui, elles sont shootées au bonus et veulent rembourser l’aide de l’état pour pouvoir les toucher à nouveau ; Non, ce serait une mauvaise idée de le faire : elles ne sont pas guéries, et croire en leur bonne santé pousserait dans la tombe leur concurrentes. Mais on n’en tire aucune conséquence, seulement que la reprise sera longue et douloureuse.

À quelque chose malheur est bon. Je dis souvent qu’apprendre la conduite du changement c’est principalement apprendre à connaître les erreurs qui tuent le changement. Le gouvernement Obama nous donne une leçon :

La réforme des banques : l’exemple type du changement

Le problème qui se pose aujourd’hui au gouvernement américain (et au monde), c’est que l’économie des USA est aux mains de grandes banques qui sont en faillite inavouée, qui ont un comportement extrêmement dangereux (il est à l’origine de la crise), et qui ne cessent de grossir, rendant leur faillite inacceptable.

Le gouvernement doit donc réformer cette culture. Il pouvait le faire par la force, par nationalisation, et en remplaçant leur personnel (« nettoyage ethnique »), ou en les aidant à trouver un nouveau comportement qui ne compromette pas l’avenir de la planète. Ce comportement, évidemment, ne peut être imposé. C’est cela que l’on appelle un « changement ».

Bush et Paulson : l’erreur du débutant

Devant l’ampleur des dégâts qui s’annoncent, le précédent gouvernement décide de sauver son système financier. Avant qu’il le lui demande. Erreur : sauver quelqu’un contre son gré fait de lui un ennemi mortel. Leçon que la vie nous apprend.

Mais l’erreur est plus grave. Il a raté la possibilité de changer les banques. Une culture ne peut changer que si elle est soumise à une « anxiété de survie », et si on l’aide à combattre son « anxiété d’apprentissage ». Autrement dit sans crise, il n’y a pas de changement, c’est une leçon essentielle. Dès que la culture à réformer perçoit une crise, elle est ouverte à l’aide extérieure et prête à suivre ses recommandations pour peu qu’elles sachent le faire, et qu’elles ne lui soient pas inacceptables.

Obama et Geithner : on persévère

Le gouvernement Obama hérite de banques dangereusement fragiles, mais sur lesquelles il n’a plus aucun pouvoir. Nouvelle erreur de débutant : le passage en force. Pour satisfaire l’opinion, il s’en prend aux bonus des banquiers. Or, le bonus est, comme le rappelle The Economist, le principe même sur lequel une société comme Goldman Sachs s’est construite. C’est comme si on privait l’homme d’air. Et alors se passe ce qu’il se passe toujours dans ce cas : Goldman fait dire à la loi l’exact opposé de son esprit.

Quand on est face à plus fort que soi, on n’a qu’une solution : le judo. Entrer dans sa logique (celle du bonus), pour l’amener à réaliser le bien collectif. Ce qui n’est pas facile, je le concède.

Obama, Geithner et Bernanke : on s’enfonce

Que faire lorsque l’on n’a pas ce talent ? « Innover » selon la définition de Robert K.Merton. Tricher avec ce en quoi on croît le plus. Dans ce cas la victime est la démocratie. Sachant que sauver les banques est impopulaire, le patron de la Réserve fédérale et le ministre des finances font appel aux ressources de leur génie pour trouver de l’argent qui ne demande pas l’approbation du congrès.

Cela peut bien signifier violer quelques principes économiques. Généralement les économistes préfèrent les subventions publiques aux subventions cachées. M. Swagel dit que le Trésor en est venu à réaliser que sous-évaluer l’assurance des actifs bancaires soulevait moins d’opposition politique que surpayer ces actifs, justement parce que l’assurance est moins transparente. Le trésor se repose aussi sur la Réserve fédérale pour financer les actifs non liquides en imprimant de l’argent, parce que cela ne demande pas l’approbation du congrès (même si cela compromet l’indépendance de la Réserve fédérale).

Ils font ce que l’on reproche aux banques et à Enron : ils détournent l’esprit des règles de la démocratie pour faire ce qu’ils croient bon. Plus exactement, ils ne savent pas si c’est bon, mais ils ne voient pas comment faire autrement. C’est exactement pour cela qu’il n’est pas intelligent d’avoir débranché les mécanismes démocratiques : l’homme seul est idiot, le groupe est intelligent.

En tout cas, je me perds en conjectures quant à la probité intellectuelle d’un Obama, qui n’a que « démocratie » à la bouche et qui la trompe à la première occasion.

Et nous là dedans ?

Jean-Noël Cassan avait exhumé les travaux d’un « think tank » qui estimait que l’on allait vers des émeutes armées (ce qui avait été repris par le Monde). J’en doutais. Une fois de plus il est possible que j’aie eu tort. Dominique Moïsi, de Harvard, fait un parallèle entre la France de 89, et les USA d’aujourd’hui. La situation n’est peut-être pas aussi explosive, mais les paysans français n’étaient pas équipés de fusils d’assaut…

Si je suis cohérent avec moi-même, je crois que la seule option que nous ayons est de laisser l’Amérique apprendre de ses erreurs. Le jour où elle y sera disposée nous pourrons peut-être lui donner quelques conseils. En attendant, il faut les chercher, et, surtout, réfléchir à comment ne pas être entraîné par elle. (à suivre)

Compléments :

AIG

Étonnant : dès 2002, les faiblesses qui allaient entraîner la chute d’AIG étaient expliquées clairement par le plus grand quotidien mondial d’économie : The writing on the wall.

Pourquoi cela n’a-t-il eu aucune suite ? Sommes-nous naturellement inertes, est-il impossible d’aller contre la volonté commune (Moutons de Panurge) ? Culpabilité du gouvernement Bush qui voulait laisser le marché s’auto réguler (Dr Doom) ? Manque de mécanismes qui transforment un signal inquiétant en enquête ?

Propagande américaine

L’ami d’un ami me parle d’un point de vue anti-impôts, anti-Obama qui a un grand écho aux USA. Un mail que l’on s’échange :
A letter from the Boss:
To All My Valued Employees,
There have been some rumblings around the office about the future of this company, and more specifically, your job. As you know, the economy has changed for the worse and presents many challenges. However, the good news is this: The economy doesn’t pose a threat to your job. What does threaten your job however, is the changing political landscape in this country.
However, let me tell you some little tidbits of fact which might help you decide what is in your best interests. First, while it is easy to spew rhetoric that casts employers against employees, you have to understand that for every business owner there is a Back Story. This back story is often neglected and overshadowed by what you see and hear. Sure, you see me park my Mercedes outside. You’ve seen my big home at last years Christmas party. I’m sure; all these flashy icons of luxury conjure up some idealized thoughts about my life. However, what you don’t see is the BACK STORY : I started this company 28 years ago. At that time, I lived in a 300 square foot studio apartment for 3 years. My entire living apartment was converted into an office so I could put forth 100%effort into building a company, which by the way, would eventually employ you. My diet consisted of Ramen Pride noodles because every dollar I spent went back into this company. I drove a rusty Toyota Corolla with a defective transmission. I didn’t have time to date. Often times, I stayed home on weekends, while my friends went out drinking and partying. In fact, I was married to my business — hard work, discipline, and sacrifice. Meanwhile, my friends got jobs. They worked 40 hours a week and made a modest $50K a year and spent every dime they earned. They drove flashy cars and lived in expensive homes and wore fancy designer clothes. Instead of hitting the Nordstrom’s for the lat est hot fashion item, I was trolling through the discount store extracting any clothing item that didn’t look like it was birthed in the 70’s. My friends refinanced their mortgages and lived a life of luxury. I, however, did not. I put my time, my money, and my life into a business with a vision that eventually, someday, I too, will be able to afford these luxuries my friends supposedly had. So, while you physically arrive at the office at 9am, mentally check in at about noon, and then leave at 5pm, I don’t. There is no « off » button for me. When you leave the office, you are done and you have a weekend all to yourself. I unfortunately do not have the freedom. I eat, and breathe this company every minute of the day. There is no rest. There is no weekend. There is no happy hour. Every day this business is attached to my hip like a 1 year old special-needs child. You, of course, only see the fruits of that garden — the nice house, the Mercedes, the vacations… you never realize the Back Story and the sacrifices I’ve made. Now, the economy is falling apart and I, the guy that made all the right decisions and saved his money, have to bailout all the people who didn’t. The people that overspent their paychecks suddenly feel entitled to the same luxuries that I earned and sacrificed a decade of my life for. Yes, business ownership has it’s benefits but the price I’ve paid is steep and not without wounds. Unfortunately, the cost of running this business, and employing you, is starting to eclipse the threshold of marginal benefit and let me tell you why: I am being taxed to death and the government thinks I don’t pay enough. I have state taxes. Federal taxes. Property taxes. Sales and use taxes. Payroll taxes. Workers compensation taxes. Unemployment taxes. Taxes on taxes. I have to hire a tax man to manage all these taxes and then guess what? I have to pay taxes for employing him. Government mandates and regulations and all the accounting that goes with it, now occupy most of my time. On Oct 15th, I wrote a check to the US Treasury for $288,000 for quarterly taxes. You know what my « stimulus » check was? Zero. Nada. Zilch.
The question I have is this: Who is stimulating the economy? Me, the guy who has provided 14 people good paying jobs and serves over 2,200,000 people per year with a flourishing business? Or, the single mother sitting at home pregnant with her fourth child waiting for her next welfare check? Obviously, government feels the latter is the economic stimulus of this country. The fact is, if I deducted (Read: Stole) 50% of your paycheck you’d quit and you wouldn’t work here. I mean, why should you? That’s nuts. Who wants to get rewarded only 50% of their hard work? Well, I agree which is why your job is in jeopardy. Here is what many of you don’t understand … to stimulate the economy you need to stimulate what runs the economy. Had suddenly government mandated to me that I didn’t need to pay taxes, guess what? Instead of depositing that $288,000 into the Washington black-hole, I would have spent it, hired more employees, and generated substantial economic growth. My employees would have enjoyed the wealth of that tax cut in the form of promotions and better salaries. But you can forget it now. When you have a comatose man on the verge of death, you don’t defibrillate and shock his thumb thinking that will bring him back to life, do you? Or, do you defibrillate his heart? Business is at the heart of America and always has been. To restart it, you must stimulate it, not kill it.
Suddenly, the power brokers in Washington believe the poor of America are the essential drivers of the American economic engine. Nothing could be further from the truth and this is the type of change you can keep. So where am I going with all this? It’s quite simple. If any new taxes are levied on me, or my company, my reaction will be swift and simple. I’ll fire you and your coworkers. You can then plead with the government to pay for your mortgage, your SUV, and your child’s future. Frankly, it isn’t my problem any more. Then, I will close this company down, move to another country, and retire.
You see, I’m done. I’m done with a country that penalizes the productive and gives to the unproductive. My motivation to work and to provide jobs will be destroyed, and with it, will be my citizenship. So, if you lose your job, it won’t be at the hands of the economy; it will be at the hands of a political hurricane that swept through this country, steamrolled the constitution, and will have changed its landscape forever. If that happens, you can find me sitting on a beach, retired, and with no employees to worry about….
Signed, THE BOSS
« The problem with socialism is that you eventually run out of other people’s money. » Margaret Thatcher
J’ai envie d’y croire. Et pourtant :
  1. L’entrepreneur en question ne comprend pas qu’il n’a pas tout créé seul, que sans la société il n’est rien. Ses études, les gens qu’il a rencontrés, les routes qui transportent ses biens, la police qui le protège, les écoles qui forment son personnel… lui ont permis de faire fortune. Il est donc redevable à la société. C’est d’ailleurs pour cela que le vrai entrepreneur (Carnegie, Warren Buffett…) reverse à la société sa fortune à sa mort.
  2. Il ne comprend pas qu’indirectement il a profité de la bulle spéculative, qu’il en est un peu coupable : en favorisant le crédit, elle a à la fois favorisé la consommation, donc ses affaires, mais aussi ses propres investissements (beaucoup d’entreprises sont surendettées).
  3. Il est normal qu’il paie pour les crimes des autres, de même qu’il paie par ses impôts la police et les prisons. Plus précisément, ce qu’il paie aujourd’hui, ce sont les insuffisances de contrôle d’hier, c’est de ne pas avoir payé assez d’impôts. Puisque la politique de George Bush (pas d’impôts, pas de contrôle…) a amené l’économie dans ce cauchemar, il y a des chances que faire exactement l’inverse rétablisse la situation.
  4. L’entrepreneur indépendant ne représente quasiment rien pour l’économie moderne qui est dominée par des oligopoles. Par conséquent mettre en avant le petit entrepreneur pour attaquer une politique de taxation qui, en fait, va servir à remettre sur pied un service public qui profite à tous, et en premier lieu au petit, est au mieux un sophisme. Notre entrepreneur est l’otage de gens beaucoup plus riches et moins entreprenants que lui, qui ne veulent pas payer d’impôts ?
  5. Opposer l’entrepreneur qui prend des risques au salarié qui n’en prend pas est stupide. Le salarié prend le risque de se faire licencier, en échange d’un salaire fixe de durée limitée. Quand il y a risque, il doit y avoir assurance. L’entrepreneur, en construisant son entreprise, s’est fait une assurance. S’il n’y a pas de sécurité sociale, le salarié, lui, n’en a pas.
  6. L’entrepreneur (j’en suis un) est généralement un asocial, qui a construit un monde à son image : il ne pouvait pas être salarié. L’entrepreneur qui reproche au salarié son mode de vie ressemble à l’oiseau qui reproche au poisson de ne pas voler.
  7. Est-ce que payer des impôts va mettre l’entrepreneur au chômage ? Il peut réduire ses coûts en réduisant le salaire de ses personnels ou en utilisant mieux ses ressources productives qu’il ne le fait aujourd’hui, il peut repositionner ses produits (innover) de manière à tirer parti de la crise qui suscite des besoins nouveaux (destruction créatrice). C’est cela mon métier : adapter le modèle économique d’une entreprise à son environnement, ça s’appelle « la conduite du changement ». Et c’est sa capaciété à réussir cet exercice qui juustifie que le patron puisse être patron, suivant les économistes libéraux les plus orthodoxes.
  8. Quand on lit le parcours de notre homme on comprend que ce n’est pas une petite crise et quelques impôts qui vont l’abattre. La crise est favorable à ce type d’entrepreneur : parce qu’elle rend les conditions d’existence difficiles, elle ouvre une opportunité aux plus méritants (c’est la thèse du Darwinisme social). N’oublions pas qu’IBM s’est construite pendant la crise des années 30.
  9. Finalement, on retrouve là une tactique de Nixon employée par McCain récemment. Elle vise à jeter l’Amérique d’en bas (le petit entrepreneur) à la gorge de celle d’en haut (le riche intello démocrate). C’est verser de l’huile sur le feu.
Défaut de nos démocraties américaine ou française : faute de débat, on n’y a beaucoup de mal à penser, et ce sont les idées les plus idiotes, celles des manipulateurs, qui gagnent.
Compléments :

Sarkozy imite Bush ?

On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel.

Nicolas Sarkozy aurait-il emprunté la piste de George Bush ?

L’histoire américaine de ces dernières années semble assez mal connue en France. Il y eut d’abord la Nouvelle économie, dans les années 90, sorte de millénarisme : l’économie de marché avait gagné le monde, plus de crise, une croissance comme on n’en a jamais vu. Enron en prophète : il faut installer le marché au sein même des entreprises. D’ailleurs, grâce à Internet, elles sont devenues inutiles, elles vont disparaître. Il n’y aura plus qu’un marché et qu’une offre atomisés. Et une petite élite pour en tirer les ficelles. Éclatement de la bulle Internet. Violente réaction de la population : mort aux escrocs ! Les dirigeants d’Enron et de Worldcom sont condamnés à un quart de siècle de prison. George Bush, candidat de la morale, est réélu triomphalement. Triste diagnostic : George Bush est le pyromane en chef ! Pour éviter une crise, l’État américain regonfle la bulle et les Neocon triomphants redonnent un lustre nouveau à l’idéologie de la nouvelle économie. C’est notre crise, « the big one ». Cette fois-ci l’élite économique anglo-saxonne doute.

Je n’ai pas une grande connaissance de Nicolas Sarkozy, mais ce que l’on en dit fait apparaître un possible scénario d’interprétation de sa logique. Je vais donc lui faire un procès d’intentions.

Je suis frappé par le flou de son programme. Il est possible qu’il ne soit pas flou à dessein, mais que son moteur soit « travailler plus pour gagner plus », qu’il cherche à installer une sorte d’économie de marché basée sur la concurrence, qui amène miraculeusement, sans avoir rien à faire, au bonheur éternel. C’est ce que  pensait Adam Smith (« main invisible »), ce que croit toujours la plupart des économistes et des scientifiques du management (tous enfants de Smith), et les néoconservateurs.

Si c’est le cas il y a peu de chances qu’il ait renoncé à cette idée : elle est peut-être sienne depuis ses origines ; il est difficile de changer, quand on n’a pas d’idée de rechange (« anxiété d’apprentissage ») ; et contrairement aux Anglo-saxons il n’a pas été frappé en pleine face par l’échec de ses convictions. Au contraire, le modèle français semble réussir (La France comme modèle ?). 

Le danger n’est pas là. Il est dans le déficit de l’économie française. Un article du Monde disait que les dernières mesures annoncées étaient une « concession sociale à la dureté des temps ». C’est exactement cela dont nous n’avons pas besoin : de concessions. Le consensus mondial veut une relance massive. Or, la France n’a pas besoin d’être encouragée au manque de rigueur. Or, entre deux mesures d’effets équivalents, il peut avoir des conséquences à long terme extrêmement divergentes. Le micro crédit de Mohamed Yunus fait des miracles, alors que les énormes fonds de la Guerre à la pauvreté des gouvernements américains d’après guerre se sont perdus dans les sables. S’il faut une relance, ses effets doivent être étudiés avec soin, et sa mise en oeuvre contrôlée. Pas un chèque en blanc.

Parce que George Bush croyait proche une ère de béatitude, il a accumulé sans inquiétude d’énormes déficits. Des déchets radioactifs dont il n’est pas certain qu’ils n’ont pas définitivement hypothéqué l’avenir du pays. C’est ça l’idéologie : la foi remplace la pensée. Pour nous ses conséquences seraient d’autant plus graves qu’il y a peu de chances qu’un Obama succède à un Bush : en France un idéologue en cache un autre. Martine Aubry semble en être restée aux luttes sociales du début du siècle, son credo ? Avancée sociale = réduction du temps de travail.

Compléments :

Cheney, le surhomme

Mon dernier billet est injuste avec la Halde : nous rêvons tous d’imposer nos idées à notre prochain. Le cas Cheney.

Matthew Yglesias le cite.

On Fox News Sunday today, host Chris Wallace asked Vice President Cheney, “if the President, during war, decides to do something to protect the country, is it legal?” “I think as a general proposition, I’d say yes,” replied Cheney.

Matthew Yglesias trouve cela dangereux. Nous sommes tous convaincus d’avoir raison, et que nos opposants menacent le pays, qu’arriverait-il si nous pouvions décider seuls ? Durant la guerre froide, la démocratie nous a évité quelques désagréables déboires.

J’ai deux autres idées sur cette question :

  1. Est-ce pourquoi le gouvernement Bush a déclaré la « guerre au terrorisme » ? Il pouvait ainsi se passer de la démocratie ? Les Néoconservateurs (Neocon) étaient convaincus de savoir ce qui était bon pour le monde, pourquoi s’embarrasser d’obstacles inutiles ?
  2. En temps de guerre, réelle, ne faut-il pas suspendre la démocratie ? (Quasi) Certitude : l’homme seul fait systématiquement des erreurs. Il n’y a pas de surhomme. Donc s’il y a « commandant en chef », il doit être avant tout quelqu’un qui sait organiser la réflexion d’un groupe, et celui-ci doit représenter un échantillon représentatif des différents points de vue sur le problème. De la démocratie.

Compléments :

  • Le mythe du surhomme est probablement de création récente. Les rois, par exemple, écoutaient leurs conseillers avant de prendre une décision. (Voir comment le Roi de France prend la très difficile décision de s’engager dans la bataille de Bouvine : DUBY, Georges, Le Dimanche de Bouvines, 27 juillet 1214, Gallimard 1985.)
  • Les biais systématique de la décision humaine ont été étudiés tout aussi systématiquement : MYERS, David G., Intuition: Its Powers and Perils, Yale University Press, 2004.

Le syndicat, mal américain

The Economist (Obama and organised labour) s’inquiète de voir les syndicats prendre du poids. Obama va les remercier de leur soutien à sa candidature. Et le syndicat, ce n’est pas loin d’être le mal absolu :

With American carmakers nearing extinction the argument that unions are bad for business carries more heft than usual. While it may not be fair to judge all of organised labour by one industry, one has to wonder about the role unions are playing in the car industry’s current impasse.
GM now has a market capitalisation less than its cash on hand, so it seems odd that we haven’t heard buyout rumours. A plausible explanation would be that potential buyers fear that the labour obligations that come with the company make profitability impossible. If unionised jobs begin to vanish, even Mr Obama will have a hard time explaining union certification as a working man’s issue.

Curiosités :

  • Pourquoi faire tant de cas des syndicats en ce qui concerne GM ? L’entreprise n’a pas attendu la crise pour être dans son état actuel. Jadis la plus puissante entreprise du monde, depuis deux décennies elle titube. Son mal ? De mauvais produits. Pensez-vous que ses employés soient les seuls responsables d’un tel cataclysme ?
  • George Bush veut laisser s’effondrer GM. Beaucoup pensent qu’elle ne pourra pas se relever de la faillite. Barak Obama semble prêt à lui accorder 25md$ de prêts, pour éviter un choc que l’économie ne pourrait pas supporter. Ne pourrait-on pas lui en être reconnaissant ? Comme le banquier, le manager de GM va-t-il être sauvé par les personnels pour qui il a tant de haine ? Insupportable ? (C’est dur d’être sauvé par des cons ou la finance internationale relève la tête.)
  • Bizarres relations sociales : il semble que l’Amérique des entreprises ne connaisse que le rapport de force. J’ai rencontré de très performantes entreprises qui avaient de très puissants syndicats. Mais il y avait accord entre les deux : par exemple, gains de productivité oui, licenciements non. Comment se fait il que la très bien payée élite du management qui dirige GM ne soit pas capable d’obtenir de tels accords ?

Ce qui coule GM serait-il ici : le rapport de force ? Sous-traitance maximale puis appels d’offres. Que le meilleur gagne. Mais construire une voiture demande le génie de tous, un travail d’équipe. Et surtout une amélioration continue d’un modèle sur l’autre, donc une relation de confiance à long terme. Pas étonnant que GM ne sache faire que de grosses voitures peu optimisées.

Pas étonnant que ses employés aient besoin de syndicats forts : comment travailler correctement, si vous devez en permanence vous préoccuper de vos intérêts ? Le management à l’américaine a les syndicats qu’il mérite.

Plus ils seront puissants, meilleur ce sera pour lui : il finira par comprendre qu’il n’est pas de taille à passer en force, et qu’il doit désormais faire usage de son intellect. Douloureux changement, toutefois.

Le talent de GM : la communication, Cinquante milliards pour GM, Ford et Chrysler, GM et Chrysler : la fin ?

George Bush en bouc émissaire ?

Quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir, les dirigeants iraniens de l’époque, qui détenaient des otages américains, ont décidé qu’il était un homme sympathique avec qui l’on pouvait discuter. Il est possible que la même chose arrive à Barak Obama : tout ceux qui en veulent aux USA, mais ne peuvent se passer d’eux, lui trouvent déjà beaucoup de qualités.

Mettre tous les malheurs passés sur le dos de George Bush est peut-être un moyen de faciliter le sauvetage des valeurs démocratiques : elles n’étaient pas en cause, c’est lui qui les a trahies. C’était l’axe du mal. C’est une technique de changement que je n’avais jamais envisagée.

Je dis régulièrement que ce qui menace le changement est le « déchet toxique », les fautes que nous avons commises et que nous craignons que le changement révèle. Pour sauver notre honneur nous sommes prêts à tuer. Or, il y a beaucoup de coupables, très haut placés, de la crise actuelle. Pas possible de réformer le pays sans eux. Désigner un bouc émissaire est un moyen peu coûteux de les amnistier.

Soutenons George Bush

Ce que montre la crise actuelle c’est le discrédit du processus démocratique.

Pourquoi étais-je aussi enthousiaste pour la démocratie américaine (De la démocratie en Amérique) ?
11 septembre et unanimité qui avait suivi. On allait la voir se refaire. Ne disait-on pas que ce que voulait ben Laden n’était pas l’effondrement des tours mais celui du capitalisme ? De l’Occident ? N’est-ce pas justement ce qui menace ?
Or me voilà parlant de conduite du changement. Mais il ne devrait pas y avoir de conduite du changement ! Le peuple américain devrait suivre son président comme il l’a toujours fait dans les moments difficiles. Pourquoi ça ne marche pas aujourd’hui ?

Peut-être parce que George Bush a perdu toute crédibilité. Le critiquer n’est-il pas le fonds de commerce de John McCain, pourtant républicain. Les démocrates ne le maudissent-ils pas ? Le monde entier ne vote-t-il pas Obama, en réaction à sa politique ?

Le succès de ces assauts a discrédité la fonction présidentielle. Un nouveau président n’y changera rien : c’est l’élite américaine, quel que soit son bord, qui n’est plus crédible. Elle avait oublié que, vue de loin, il est impossible de faire la différence entre bons et mauvais. De même que l’étranger ne fait pas de différences entre les confessions libanaises.
Or, dans les moments difficiles, ce qui compte n’est pas la seule bonne direction, mais une décision. L’anarchie c’est la mort.

George Bush est coupable ? Au milieu de cette crise, il reste le seul droit dans ses bottes. Il coule avec le bateau. L’erreur irakienne ? C’est la politique américaine de toujours. Celle qui n’a jamais supporté les pays fermés sur eux-mêmes, et qui a expédié le commodore Perry ouvrir le Japon à coups de canons. D’ailleurs, Kennedy est infiniment plus coupable que Bush : non seulement, il a engagé l’Amérique dans la guerre du Vietnam (argument : la théorie des dominos), mais il a poussé le monde dans l’escalade de l’armement. Et ce alors que les Américains savaient que c’était inutile, et que son prédécesseur, Eisenhower, avait tout fait pour l’éviter.

C’est une faute de frères ennemis. Une guerre fratricide entre intellectuels américains, mais aussi une guerre entre démocraties : les élites françaises, anglaises… ont couvert George Bush d’insultes. Résultat : la démocratie s’est totalement discréditée. Pour le reste du monde, l’axe du mal, c’est elle.

Si ce changement doit nous apprendre quelque chose, c’est la modération du propos. Nous ne sommes pas seuls dans le monde. On nous regarde et on nous écoute.

Compléments :