Taxe professionnelle

Michel Mercier ce matin sur France Culture : le gouvernement n’improvise pas, il s’est donné un an pour trouver de ressources de remplacement pour les collectivités locales.

Par conséquent, si j’ai bien compris, l’État a ajouté 18md€ à ses dettes…

Je suis de plus en plus en train de me demander si je n’avais pas vu juste quand, il y a longtemps, j’ai comparé N.Sarkozy à G.Bush (Sarkozy imite Bush ?) : n’allons-nous pas finir couverts de dettes ?

Obama prix Nobel

Surprenant. M.Obama est dans une situation très difficile (réforme de la santé, Afghanistan), et il reçoit le prix Nobel.

D’après Barack Obama Prix Nobel de la paix, il aurait été récompensé pour ne pas être George Bush :

En poste depuis moins d’un an, il a déjà fortement infléchi la politique étrangère américaine en optant pour une approche plus consensuelle et multilatérale. « En tant que président, Obama a créé un nouveau climat dans la politique internationale », a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, soulignant sa quête de solutions négociées.

Le Comité Nobel aurait-il tellement peur d’un retour au statu quo ante qu’il a décidé de noter dans la mémoire du monde, avant que l’histoire présidentielle ne tourne mal, qu’elle avait été marquée par des intentions louables, qui doivent impérativement inspirer les successeurs de M.Obama ?

En tout cas, il semblerait équitable qu’il partage le montant de son prix avec son prédécesseur.

Complément postérieur :

  • Le correspondant de la BBC me semble confirmer que ce prix est un encouragement à M.Obama dans son combat pour faire de l’Amérique un pays civilisé. D’ailleurs, il partage entièrement mon point de vue selon lequel c’est un prix anti-Bush.

La France peut elle changer Nicolas Sarkozy ?

Serions-nous en train de changer celui qui devait nous changer ? L’ultralibéral ami de George Bush paraît maintenant le champion du colbertisme. Réelle conversion ? C’est une question que je me pose depuis quelques temps, et qui a ré émergé dans une conversation hier.

J’aperçois deux phénomènes qui pourraient expliquer son comportement :

  1. « Quand on veut on peut ». N.Sarkozy ressemble au « self made man » américain. Il est arrivé au sommet par sa seule détermination. Son succès est celui du bâtisseur d’empire industriel. De cette expérience, il serait normal qu’il ait tiré la vision du monde des conservateurs américains : le riche nourrit la société, la pauvreté comme vice, l’état parasite insatiable de l’entreprise productrice du bien… Cette doctrine explique, selon moi, ses décisions initiales (favoriser ceux qui « travaillent dur », les fonctionnaires réformés par les pratiques privées, etc.).
  2. Le petit père des peuples. J’ai remarqué que le patron français n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il était aimé de ses collaborateurs, seul avec eux, gouvernant sans intermédiaire (il n’y a que celui qui n’est pas sûr de soi qui est entouré de courtisans). Plutôt que son instinct, c’est la ferveur populaire qui le porte, du moins par instant.

Barack Obama paralysé ?

Obama, the Light Touch? Le gouvernement américain tient à bouts de bras le secteur bancaire et possède 60% de GM. Or, il n’intervient ni dans l’un ni dans l’autre. Pire, il se fait insulter par les banquiers. Mais pourquoi ne fait-il pas son travail d’actionnaire majoritaire ? Pourquoi ne défend-il pas les intérêts du contribuable ? Pour ne pas être accusé de socialisme.

Amérique schizophrène ? Autant la politique vis-à-vis des banques que celle vis-à-vis de GM est le fait de George Bush ; les fanatiques qui s’opposent à Obama le disent communiste, sans qu’il n’ait rien fait, ce qui lui coupe toute liberté d’action ; or, ces fanatiques ont été rendus fous par le coût du plan de sauvetage Bush, alors qu’ils empêchent Obama de le contrôler ; ils semblent haïr Bush, mais votent Républicain.

En résumé, cette situation, responsabilité des Républicains, est pour eux une arme quasi absolue pour paralyser le gouvernement (l’accuser de socialisme dès qu’il fait ce qu’il doit), l’empêcher de servir le peuple, et se faire élire.

Des réflexions :

  1. La crise de 29 avait mis 25% des Américains au chômage, des familles entières s’étaient trouvées sans rien (cf. Les raisins de la colère). L’intérêt de l’intervention de l’état leur était devenu évident. En évitant aux Américains les conséquences dramatiques de la crise, le gouvernement lui a enlevé beaucoup de ses aspects (malheureusement) pédagogiques. La crise est la meilleure alliée du changement.
  2. L’Amérique a-t-elle toujours autant eu horreur de l’état ? Je soupçonne qu’à l’époque de l’Industrial state de Galbraith, elle était fière de sa bureaucratie technocratique et planificatrice (NASA, plan Marshall…), de même qu’elle est toujours fière de son armée ; les sentiments anti-état qui paralysent aujourd’hui le gouvernement Obama ne sont-ils pas le résultat de deux ou trois décennies de propagande libérale ? Ne serait-il pas temps d’attaquer cette idéologie en la mettant en regard des valeurs fondamentales de l’Amérique, et en la sapant par une campagne d’explication à long terme ?
  3. En attendant, il est remarquable que B.Obama reste souriant, fair play, maître de soi, et n’insulte pas ses prédécesseurs ou ceux qui veulent bâtir leur succès politique sur les malheurs de la nation. C’est certainement très intelligent : ses opposants attendent qu’il perde son sang froid.

Reluctant crusaders – les USA façonnent le monde

Mes réflexions sur l’Europe (Idée d’Europe) ont produit une question inattendue : et si l’Europe, loin d’être une invention européenne, fruit de siècles de conflits et de pensée commune, était une création des USA ? Et si l’incompréhension de ce créateur pour notre culture expliquait l’état bringuebalant, mal fini de l’Europe, ses logiques contradictoires qui n’aboutissent qu’à des compromis bancals ? La réalité dépasse la fiction. DUECK, Colin, Reluctant Crusaders, Princeton University Press, 2006.

Ce livre veut comprendre comment se forment les stratégies des nations. Son cobaye est l’Amérique.
Certes, les événements (le nécessaire équilibre des forces mondiales) sont déterminants, mais ils ne sont pas suffisants pour tout expliquer. Les stratégies sont « filtrées » par la culture nationale. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’une stratégie doit faire vibrer la nation pour l’entraîner, et qu’il y a très peu de thèmes qui la mettent en mouvement. Après cela, bien sûr, d’autres facteurs entrent en jeu, contexte national du moment, ou personnalité du président, par exemple, mais ils sont secondaires.
Le drame de l’Amérique (et de l’humanité) est que sa culture lui impose des contraintes contradictoires. D’un côté, elle se voit comme le sauveur du monde, elle a une mission : imposer ce qu’elle est à la Planète. De l’autre, elle veut le faire sans moyen. Du coup, notre histoire n’est qu’utopies qui s’effondrent piteusement.
Le bien et le mal expliqués
L’Amérique se voit comme un îlot de civilisation, du bien, appelé à sauver le monde de son incompréhensible stupidité. Ce bien, c’est la démocratie, la liberté des peuples à décider de leur sort, et l’économie de marché (idées de Locke). Par une sorte d’effet domino, le bien gagne le monde et le pacifie. Alors le Paradis est terrestre. C’est ce Paradis terrestre, rien de moins, que l’Amérique a tenté de réaliser ce dernier siècle. À plusieurs reprises, elle a cru y parvenir par un coup de baguette magique. À chaque fois elle s’est engagée dans une aventure dont elle n’avait pas prévu la complexité et le coût.
Une caractéristique concomitante de l’Amérique est sa peur de la contamination. Elle veut garder à distance les influences délétères des autres cultures, les réformer sans les toucher. Un peu à l’image de sa façon de faire la guerre : au moyen de machines. Un débat permanent est donc : faut-il imposer nos idées par la force, ou attendre à ce qu’elles gagnent par elles-mêmes ? Dans les deux cas, on veut réussir avec une extraordinaire économie de moyens, et, surtout, avec le minimum « d’entanglement » de contact avec les indigènes impurs.
Car l’Amérique n’est pas qu’un bon samaritain, c’est aussi une forteresse assiégée. La barbarie (le mal), comme le bien, peut gagner le monde et anéantir l’Amérique, par « effet domino ». La pomme pourrie, le pays refermé sur lui-même (Japon du 19ème siècle, URSS, « états voyous » modernes), qui refuse de commercer, contaminera le tonneau. Face à cette menace, aussi infime soit-elle, il faut adopter des mesures préventives implacables.
Quelques exemples d’application :
Wilson et la Ligue des nations
Grand idéaliste, Wilson veut mettre un terme à toutes les guerres en faisant gérer le monde par les nations, qui auraient abandonné leurs archaïsmes, notamment leurs colonies.
Les européens, favorables à ses idées, lui expliquent toutefois qu’ils ne peuvent vivre sans colonies. Il les leur laisse. Et puis l’Europe, percluse de dettes, lui demande de poursuivre après guerre la coopération économique commencée pendant celle-ci. Mais lier les sorts de l’Amérique et de l’Europe est inacceptable. Alors, pour les renflouer, il n’a qu’une solution : permettre aux alliés de dépecer l’Allemagne. Il a vidé son texte de sa substance, mais l’idée de Ligue des nations est approuvée.
De retour chez lui, une résistance se fait jour. Une ligne plus pragmatique apparaît (qui probablement aurait permis d’éviter la crise économique qui a suivi, et une nouvelle guerre) : un accord, limité, d’entraide avec la France et l’Angleterre.
Aucune de ces idées n’arrivera à trouver la majorité nécessaire au Sénat. La première parce qu’elle lie trop fortement l’Amérique aux affaires du monde. La seconde parce que son pragmatisme rappelle trop les manigances à court terme de la vieille Europe.
Résultat ? L’Amérique se replie sur elle-même. Le Monde est parti pour une nouvelle guerre.
La stratégie de « containment » de l’URSS
Après la seconde guerre mondiale, l’Amérique se demande si elle ne doit pas faire rendre à l’URSS ses conquêtes européennes. Mais cette dernière est trop forte militairement. Alors, s’accorder sur des « sphères d’influence » ? L’URSS serait d’accord. Mais le caractère militant de ses théories promet la contagion. Il faut stopper son avancée, en cherchant, en retour, à la gagner sournoisement aux bienfaits de la démocratie. Ce « containment », cette mise en quarantaine, doit s’étendre au monde entier.
Une fois de plus, l’Amérique ne veut pas s’engager, pas laisser de troupes sur le territoire européen, ou subventionner massivement une reconstruction. Mais ses alliés européens lui font comprendre qu’elle ne peut pas recommencer comme en 14, il leur faut une aide économique et militaire. L’Amérique se trouve contrainte d’obtempérer et de se laisser absorber par les affaires européennes.
Ailleurs, elle veut faire éclore, entre mouvements de libération communistes et colonialismes ou dictatures, une troisième voie démocratique. Son insuccès la force à opter pour la solution non communiste, qu’elle finit par se trouver obligée de porter à bouts de bras (cf. Vietnam).
L’après guerre froide, Clinton et les institutions internationales
Fin de la guerre froide. S’il restait encore quelqu’un qui doutait que l’Amérique n’était pas porteuse de la lumière divine, il est maintenant définitivement convaincu de son erreur.
Bizarrement, les USA ne replient pas le dispositif de la guerre froide. Ils savent qu’ils doivent administrer le monde, avec bienveillance. Il est désormais ouvert à un commerce mondial, la géopolitique est remplacée par la géoéconomie. Mais, le Paradis ne sera terrestre que lorsque la terre sera à l’image des USA : il faut en parachever les réformes libérales.
Certes ce Paradis est peuplé de multiples « serpents venimeux », que l’on découvre avec surprise : « états voyous », terrorisme, armes de destruction massive, grandes puissances hostiles (Chine)… C’est à cette époque que naissent les théories néoconservatrices qui veulent imposer par la force la domination américaine. Mais l’élite gouvernante croit à une contamination naturelle.
Elle pense majoritairement que le monde fait face à des problèmes globaux (environnement, pauvreté, droits de l’homme, développement économique, terrorisme…), qui nous concernent tous, et qui ne se résoudront que par une coordination mondiale pilotée par des institutions internationales, sous le leadership américain (l’impératif de ce leadership est la « leçon centrale de ce siècle »). Retour aux idées de Wilson. Et hasard heureux, ces institutions promeuvent les valeurs et les intérêts américains. Parallèlement, une réforme accélérée de la Chine, de la Russie, et des pays peu ou pas démocratiques (les pays d’Europe de l’est doivent devenir des « démocraties de marché ») les rendra amicaux et civilisés.
Mais, si l’influence de l’Amérique est partout, les moyens matériels (aide, diplomatie) qu’elle met à sa disposition sont remarquablement faibles relativement à sa richesse. Certes le gouvernement Clinton sera entraîné dans plusieurs guerres, mais à son corps défendant, et à chaque fois en y engageant aussi peu d’hommes que possible. Ce qui a conduit à un traitement tardif, et désastreux des problèmes.
Bush et l’après 11 septembre
Initialement Bush semble vouloir mettre un terme aux folies utopiques de son prédécesseur et se replier sur le territoire national. C’est « le retour du professionnalisme ».
Jusqu’au 11 septembre. Alors la vengeance doit être à la hauteur de l’insulte. Il lâche ses conseillers néoconservateurs que jusque-là il n’écoutait pas. Ils vont mettre en œuvre la version « hard » des idées de l’élite. Une fois de plus, sans les moyens qu’il faut. On envahit l’Irak et l’Afghanistan, mais sans penser qu’il va falloir reconstruire complétement ces deux sociétés.
Et Obama ?
Le livre ne traite pas de B.Obama, qui n’existait pas lors de sa publication. Je le prends comme exemple d’application.
  • Le président. Obama semble un idéaliste dans la grande tradition américaine. En même temps, il est un peu plus réaliste que ses prédécesseurs : contrairement à ses engagements de campagne, il a compris que terminer proprement les affaires irakienne et afghane demandera des moyens. Cependant, il ne semble pas prêt à leur accorder le strict nécessaire (= ce qu’il faut pour faire fonctionner des démocraties). Internationalement, bien que convaincu de détenir la vérité, il sait que la suffisance américaine est insupportable au monde. Il joue profil bas.
  • Un paramètre déterminant dans la stratégie américaine est le poids relatif des USA. Important, il les pousse au prosélytisme, faible, ils se replient sur eux-mêmes. La croissance de la puissance Chinoise aura-t-elle pour conséquence un nationalisme étroit, un désengagement des affaires du monde ? Obama semble y tendre (cf. sa demande aux Européens de s’occuper de leur sécurité).
  • Le paramètre culturel. Le triomphe chinois promet d’être celui de la « barbarie ». C’est un régime dirigiste, qui ne semble croire qu’aux rapports de force, et qui plie les lois de l’économie internationale à son bon plaisir. L’Amérique pourra-t-elle ne pas réagir à la dégradation d’un ordre mondial qui lui est nécessaire ? Choisira-t-elle de continuer à se bercer d’illusions ? Mais le modèle culturel de Colin Dueck est-il valable ? L’économie mondiale était le grand œuvre de la pensée américaine, de ses élites intellectuelles et managériales, de ses prix Nobel. La crise a montré la faiblesse de l’édifice. C’est pour cela que le pays a tant de mal à envisager autre chose qu’un replatrage.
Le plus vraisemblable semble donc une fluctuation entre les différentes stratégies culturelles américaines, et surtout une période d’inquiétude et de doute (« dégel » au sens de Lewin). Mais le modèle libéral américain fait l’objet d’un tel consensus, est fiché tellement profondément dans les consciences de tous qu’il paraît impossible à ébranler, à moins de l’équivalent des deux guerres mondiales européennes. Et encore.
Compléments :
  • J’avais remarqué le paradoxe selon lequel un pays replié sur lui-même est une menace mortelle pour l’Amérique : Démocratie américaine.
  • Ce texte explique les certitudes qu’ont les néoconservateurs et sur la nature desquelles je m’interrogeais (Neocon) : fondements du modèle de société américain = bien. C’est ce qu’ils auraient retenu des leçons de Leo Strauss (Droit naturel et histoire / Strauss).
  • L’ère Clinton et ses réformes de l’économie mondiale, et la série de crises qui l’a accompagnée : Consensus de Washington.
  • Une précision sur ce que l’Amérique entend par démocratie, et qui ne correspond pas à la définition que nous en avons. La démocratie américaine est une version ultra light du concept : c’est le strict minimum qui permette au marché de fonctionner. Il semble même que quelques règles explicites bien choisies puissent suffire à encadre l’activité humaine, ce qui évite à l’homme, vu comme un mal absolu, de mettre ses pattes sales dans les rouages de l’univers. (HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.) Application: The Economist : anti-démocratique ?
  • Attention, le talon d’Achille de l’Amérique est le doute : Sarah Palin et Gregory Bateson.

Le bon plaisir de la Royale Ségolène

Les idées d’un rapeur auraient heurté Mme Royal, qui l’aurait fait chasser d’un festival. Étrange transformation de notre société, qu’illustre d’ordinaire M.Sarkozy. Quoi que ce soit touche à un principe sanctifié, ou à l’opinion d’une quelconque minorité agissante, et on impose ce que les bons sentiments du moment ordonnent.

Problème :
  • Si chaque grand prince et petit baron se met à légiférer selon ses bons sentiments et que ceux-ci sont contradictoires (ce qui est le cas entre ceux de M.Sarkozy et de Mme Royal), à quoi ressemblera notre pays. Anarchie ?
  • Mme Royal serait-elle heureuse qu’un maire FN, par exemple, se comporte comme elle ?
Le système Sarkozy / Royal annonce une ère où la raison du plus fort sera toujours la meilleure ?
Et si le rôle de nos élus n’était pas de nous dire la loi, mais de faire fonctionner les institutions de la République ? Elles sont assez intelligentes pour trouver l’intérêt de la nation. Si la citoyenne Royal est offusquée par qui que ce soit, qu’elle convoque la justice ?
Compléments :

Le FMI juge le monde

Les enjeux internationaux de France Culture évoquent l’opinion du FMI sur l’état économique du monde. En gros, les USA vont rapidement se redresser. Mais ça va mal se passer pour l’Europe. Surprenant : n’est-ce pas les USA qui sont à l’origine de la crise ? Les Asiatiques dont les économies ont été dévastées en 97 par la gestion américaine de leur économie ont dû ressentir une frustration équivalente.

Explication du FMI : les économies d’Europe ne sont pas assez libérales, leurs rigidités sociales s’opposeront à une reprise rapide. En outre, leurs banques sont fragiles : contrairement à celles de la vertueuse Amérique, elles masquent leurs actifs toxiques. Or, l’économie européenne est beaucoup plus dépendante des banques que celle des USA. Et là se trouve un curieux cercle vicieux : plus votre économie va mal, plus vous avez d’actifs toxiques !

Derrière ce paradoxe, il se peut qu’il y ait une explication simple. Celle notée par Paul Krugman au sujet de la crise de 97 : c’est le « marché » qui impose sa loi à l’économie en crise. Non seulement il doit être sauvé (la crise doit être circonscrite pour ne pas être « systémique »), mais selon la méthode qui lui semble bonne (la « rigueur », pour les économies asiatiques). Or, ce « marché » est probablement constitué par un tout petit nombre d’entreprises critiques pour le fonctionnement de l’économie, notamment les grandes banques américaines. Quoi qu’il arrive, elles doivent être protégées.

Je me demande si la logique de ce cœur protégé n’est pas le parasitisme. Comme le montre l’affaire Madoff, il est relativement facile, lorsque l’on est bien placé, d’organiser des fuites d’argent à son profit. Depuis quelques années le % le plus riche américain absorbe l’intégralité des augmentations de PIB du pays, le reste de la société s’endettant (l’endettement a représenté, par rapport aux revenus annuels : 55% en 60, 65% au milieu des années 80, 133% en 2007, et il n’est revenu qu’à 128% en dépit de féroces économies). Il en est probablement de même avec le reste du monde.

Ce qui menace le « marché » est qu’il est très dépendant des américains ordinaires qu’il a parasités. Si leur situation se dégrade, l’état des banques américaines aussi. La relance keynésienne tentée par MM. Bush et Obama n’a pas réussi mieux qu’un fragile décollage. Une seconde relance fait peur. L’état américain n’a donc pas d’autres solutions que de nous expédier sa crise, pour sortir son peuple du chômage (le taux réel de chômage américain serait de 18,2%) et de l’épargne forcenée, sans demander d’efforts à ses banques.

La victoire ne sera que de courte durée : aucun système ne peut fonctionner sur le principe du parasitisme. Quant au FMI, son opinion ne fait que refléter des théories qu’il s’agit maintenant de réformer.

Compléments :

  • L’ouvrage cité : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Ce que M.Madoff révèle du fonctionnement du système économique mondial : Saint Madoff.
  • En fait, le parasitisme ne semble pas se limiter au système financier, le système médical en a été l’une des plus grandes réussites : Le marché contre l’homme, Les origines du déficit de la sécu ?. Le jeu du parasite est probablement de mettre la main sur tous les points névralgiques du système pour le faire travailler pour lui.
  • Sur l’état, peu glorieux en dépit de l’opinion du FMI, des USA : Mike Whitney: The Deflating Economy (d’où je tire les informations des deux avant-derniers paragraphes).
  • Tentatives de réforme : Combat de libéraux et de banquiers.

Que penser de l’Iran ?

Dans un précédent billet, je trouvais l’Iran assez démocratique. Les résultats de la dernière élection connus, est-ce toujours le cas ?

  • Y a-t-il eu manipulation des résultats ? Personne n’en sait rien. Il est possible que l’Occident ait exagéré la force de l’opposition parce qu’il lui était plus facile d’approcher les classes moyennes que le peuple.
  • Ce qui est surprenant est la taille d’une victoire au premier tour, alors que, si mes souvenirs sont bons, la précédente élection de M.Amadinejad avait été une surprise. Or, cette fois ci, l’opposition semblait importante et déterminée.
  • D’ailleurs, cette opposition est visiblement extrêmement mécontente, puisqu’elle est prête à risquer sa vie pour ses idées. Or, une démocratie ce n’est pas qu’un choix à la majorité, c’est aussi la capacité de représenter la diversité d’une population, qui fait sa richesse (l’Iran n’aurait pas grand avenir si elle n’était peuplée que de paysans).

On fait fréquemment l’erreur de penser que parce qu’un parti politique est élu démocratiquement, ce parti est démocratique. Il ne l’est que s’il est capable de se faire battre. Sinon, comme le parti nazi, c’est une dictature.

Si c’est le cas pour l’Iran, et si l’argument du précédent billet est juste (M.Amadinejad a été fait par M.Bush), il y a ici un sérieux avertissement : nous avons intérêt à manipuler avec prudence les démocraties fragiles, sous peine d’en faire des dictatures.

Complément :

Ennemis que l’on mérite

J’avais cru comprendre que l’Iran était un totalitarisme sanguinaire. Le film Persépolis montrait que l’on pouvait y parler assez ouvertement, se rendre à l’étranger et en revenir… Bref, pas vraiment l’Union soviétique. Un article parle d’une élection présidentielle – empoignade fort démocratique, où l’on pèse le pour et le contre de l’attitude va-t-en-guerre du gouvernement actuel.

Un journaliste de France Info explique que c’est l’intransigeance de George Bush qui avait fait le précédent gouvernement. L’attitude conciliante de B.Obama pousse l’Iran à une attitude conciliante.

Illustration certaine de la prédiction auto-réalisatrice de R.Merton, et, peut-être, d’une de mes thèses selon laquelle le monde anglo-saxon tend à voir comme ennemi tout ce qui est fermé à son commerce et à son influence.

L’efficace M.Obama

Un précédent billet observait le peu d’intérêt européen pour la vision d’avenir d’Obama : plus de bombe nucléaire, nettoyer l’Afghanistan. Comme le pensait The Economist, ils avaient tort.

  • On s’attendait peut-être à ce qu’Obama anti-Bush veuille dissoudre la résistance des Talibans en les submergeant des bienfaits de l’Occident, comme le faisaient ces barbares de Chinois avec ses voisins. Non, l’opposition Bush-Obama ne se joue pas sur ce plan. Elle porte sur une question d’efficacité. À en croire ses actes, Obama penserait que Bush était un piètre commandant en chef. Ainsi, Obama vient-il de nommer un général qui est le champion du meurtre : avec un tel homme, aucun des chefs Talibans ne devrait survivre. Après tout n’est ce pas ainsi que les Russes ont pacifié la Tchétchénie ?
  • Et d’ailleurs pourquoi s’offusquer des morts civiles ? Ce n’est pas incompatible avec la définition des droits de l’homme américaine : une étude citée par un lointain billet : la jurisprudence en la matière définit clairement manquement aux droits de l’homme = hostilité aux USA.
  • Finalement, M.Obama fait ce qu’il dit. Non seulement il va effectivement liquider l’Afghanistan, mais on a peut-être trouvé par quoi il va remplacer la bombe H : par des munitions au phosphore, qui sont, justement, utilisées en Afghanistan.

Compléments :

  • Les tactiques chinoises sont dans : GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.