Catastrophe imminente

Lester R. Brown, qui est présenté comme ce qui se fait de mieux parmi les scientifiques, annonce la fin de la civilisation, amenée par une famine mondiale imminente.

La Somalie montre ce qui peut se passer : un état disparaît, surgit l’anarchie. Beaucoup d’autres sont prêts à basculer ; s’ils le font cela abattra un monde « globalisé » : drogues, épidémies, terrorisme, rupture du commerce mondial, guerres…

Les causes ? De plus en plus difficile de nourrir la planète. Les rendements plafonnent, et parfois régressent (en Chine), et transformer le blé en biocarburant n’est pas judicieux (un plein de 4×4 = de quoi nourrir une personne sur un an). Les nappes phréatiques sont épuisées (notamment en Inde et en Chine), et la terre arable connaît une érosion sans précédent (un tiers des surfaces serait concerné). Et ça chauffe de plus en plus.

Ce scénario revient régulièrement depuis Malthus, et, plus récemment, Forrester. Peut-il se réaliser cette fois-ci ? L’humanité sera-t-elle sauvée par la science, à nouveau ? La thèse de l’article est que, manifestement, elle s’essouffle ; cette fois-ci, il va falloir changer notre comportement, radicalement et brutalement.

Santé de l’Angleterre

Je constate depuis quelques semaines que les journalistes économiques anglais en veulent à leur gouvernement. Quelles sont leurs raisons ?

Angleterre en difficulté ? Vue d’où elle part (de plus bas que l’Amérique – Perfide Albion), je continue (Dynamique Grande Bretagne) à penser qu’elle manœuvre magistralement les ficelles de l’économie. Justification (Hubris and nemesis) :

  • Contrairement à l’Amérique elle a nationalisé ses banques sans coup férir.
  • La chute de la livre a permis de lutter contre une possible déflation, et de stimuler les exportations. Malheureusement, la demande étrangère est déprimée ; observation qui pourrait expliquer pourquoi les économistes poussent à une relance mondiale : elle va de pair avec la politique de taux de change des pays anglo-saxons ?
  • Faibles taux d’intérêt et création de monnaie.
  • Chance d’avoir une industrie, faible (13% de l’économie), mais sur des marchés peu exposés à la récession (pharmacie, aéronautique).
  • Certes son endettement croit (80% du PIB), mais il y a pire (Japon : 200%).

Paul Krugman va dans mon sens, et pour lui ne pas être entré dans la zone Euro a été une bonne idée (A quick note on Britain).

Alors pourquoi est-ce que l’économiste anglais grogne ? Il en voudrait au gouvernement Brown de manœuvres que la morale réprouve, quand elles ne s’appliquent pas à l’étranger. Il aurait notamment expédié beaucoup de décisions difficiles au-delà des prochaines élections ; il aurait aussi organisé une campagne de calomnie contre son opposition

La politique est souvent peu aimable, les conservateurs ont parfois dénigré la santé mentale de M.Brown, par exemple. Mais en impliquant les épouses, et par de totales inventions, M.McBride (homme de main de M.Brown) clairement est allé trop loin. Tailspin.

On reproche aussi un passé de dépenses exagérées. Mais peut-être croyait-il tout simplement que l’économie était solide et qu’il pouvait se le permettre (« le ministère des finance a confondu un super boom avec une position économique durable » A chancellor flying on a wing and a prayer) ?

Chronique d’une crise annoncée

Philip Swagel raconte l’arrivée de la crise telle que vue par le dernier ministère des finances américain, dont il est membre. Histoire d’hommes qui veulent éviter l’inévitable.

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

La crise, ils la voient arriver très tôt. Dès l’été 2006, le ministère soupçonne qu’une trop longue prospérité a endormi l’économie et qu’une tempête va survenir à laquelle elle n’est pas préparée. Intéressante décision, le ministre remet sur pieds un comité qui avait géré le crash de 87.

Très vite les idées de rétablissement de l’économie ressemblent à ce qu’elles sont aujourd’hui. Très vite les problèmes s’accumulent : toutes les propositions présentent des effets pervers (en en aidant certain on biaise la concurrence), le ministère semble incapable de se faire entendre du congrès…

Il commet une erreur : il pense que la crise va être suscitée par l’incapacité des emprunteurs à payer leur dette, du fait d’un retournement de conjoncture. En fait, elle a deux causes : on a vendu des prêts à des gens incapables de les rembourser ; la baisse du prix de l’immobilier rend logique d’abandonner maison et remboursements.

Plus la crise s’approche, plus les conséquences des décisions du ministère se retournent contre leurs intentions. Par exemple :

  • Début 2008, il veut stimuler l’économie, il y injecte 100md$, mais survient une brutale augmentation du prix de l’énergie qui annule l’effet attendu.
  • Après des signes précurseurs, la secousse vient de Lehman Brothers, qui fait faillite le 15 septembre. Ne pas la secourir est sans danger, pense-t-on. Mais divers imprévus, dont l’incompréhension des marchés étrangers, conduisent à la panique, au blocage du crédit interentreprises, avec menace corrélative d’effondrement du système bancaire. Le lendemain, AIG défaille. Cette fois-ci le ministère ne veut pas que disparaisse l’assureur d’une partie de l’économie mondiale. Rétrospectivement c’était une erreur.

Les événements se précipitent, l’avance est grignotée par les événements, jusqu’à ne devenir plus que réactivité, et désillusion.

Des hommes de bonne volonté ?

L’effort a été héroïque. Avec l’aide d’une partie de l’élite scientifique, le ministère américain paraît avoir voulu recréer une économie durable et honnête, en corrigeant ses effets pervers : en recapitalisant les banques ; en réinventant la titrisation à l’origine de la crise, mais nécessaire à la vie de l’économie ; en retaillant les prêts, de façon à ce que les emprunteurs puissent à la fois les payer et qu’ils reflètent le prix réel de leur bien…

Tout cela avec une énorme contrainte : « il (Paulson) pensait qu’il était une mauvaise idée que le gouvernement soit impliqué dans la possession des banques ».

Était-il si convaincu de l’efficacité des marchés qu’il a cru qu’il s’agissait juste de soigner une maladie infantile ? Étrange contradiction entre un hyper interventionnisme, qui aurait consisté à porter le marché à bout de bras, et une croyance en son efficacité intrinsèque.

L’épisode du TARP comme exemple. J’avais trouvé l’idée brillante : il s’agissait de retirer les actifs à risque des banques, pour leur enlever toute inquiétude, et donc l’envie de reconstituer leurs réserves. Mais, inconsciemment dirigiste ?, je n’avais pas envisagé le dédommagement. Le ministère américain s’est épuisé à chercher un mécanisme qui produirait un prix « juste » pour ces actifs. Ce mécanisme devait faire appel au marché, lui seul étant infaillible. Ce qui est sorti de ce travail ne paraît pas avoir été efficace. D’où l’idée d’injecter directement de l’argent dans les banques. (Cette idée avait la faveur des économistes, mais elle aurait été inacceptable par le congrès initialement, semble-t-il.)

Que faire ?

Qu’en déduit Philip Swagel ? Qu’il faut adopter le scénario suédois, que défendent beaucoup d’économistes.

Et l’administration Obama ? Elle persévère, en tirant des enseignements étranges de l’expérience précédente :

  1. Il faut se faire aimer du congrès : soyons « populistes ».
  2. S’embarrasser d’aléa moral et des intérêts des contribuables est une erreur. Comme le dit Philip Swagel, les banques ne bougent que si on leur fait une proposition qu’elles ne peuvent refuser. Ce qui est fatalement au détriment du contribuable.
  3. Oui, mais l’argent nécessaire, comment le demander au congrès ? Inutile, le ministère Paulson a fait une découverte : si j’ai correctement compris, la Réserve fédérale (dont la direction est demeurée inchangée) a la possibilité de jouer les assureurs. Plutôt que d’acheter cher, on assure bon marché. Le congrès n’y voit que du feu.

Alors, Obama : ultralibéraliste cynique ?

L’analyse de cette expérience, en termes de conduite du changement, sera faite par le billet suivant…

Compléments :

Phénix anglais

Perfide Albion, par Marc Roche illustre la merveilleuse efficacité de la finance anglaise.

Que le génie anglais est grand ! Le temple de l’évasion fiscale est à ciel ouvert : c’est la City. Grâce au talent de ceux qui la composent, il est possible d’y faire disparaître l’argent sans même les secours d’un paradis fiscal. Pas étonnant qu’elle se porte bien. Les plumes qu’elle a perdues illustrent le Darwinisme social : la crise a éliminé ses membres les plus faibles ; elle va en sortir revivifiée.

D’ailleurs, la croisade de Gordon Brown contre les paradis fiscaux n’est-elle pas admirable ? D’hyper coupable de la crise, l’Angleterre devient le super champion de la vertu outragée ; demain elle sera grand inquisiteur, montrant d’un doigt vengeur les crimes de l’Allemagne, de l’Afrique ou de la Chine. Mais surtout, en rayant de la carte ces temples du terrorisme que sont la Suisse et le Lichtenstein, elle élimine ses concurrents : il n’y a plus d’autre paradis fiscal qu’elle !

Compléments :

  • L’Angleterre affronte l’Europe continentale avec une audace extraordinaire : alors que, du fait de ses turpitudes (Perfide Albion), elle est au plus bas, elle tente de nous expédier sa crise (Dynamique Grande Bretagne) tout en nous empêchant de moraliser notre marché intérieur (Changements en Europe). Et si le coupable devenait le grand vainqueur de la crise qu’il a suscitée ? Et si nous vivions un des extraordinaires moments de l’histoire humaine, un moment qui effacera à jamais le souvenir des exploits des plus grands stratèges de tous les temps ?
  • L’Angleterre accuse l’Allemagne : Corruption allemande.
  • Les techniques anglaises : Et Dieu créa l’Anglo-saxon, Perfide Albion.

Trafalgar

Décidément ces Anglais sont admirables.

Exactement comme prévu (Changements en Europe), Gordon Brown vient de se porter au secours de Barroso (Pour Londres, c’est Barroso for ever). Et il va gagner.

L’Anglais nous écrase de sa supériorité intellectuelle : protégé dans son île, par un système financier qu’il manipule comme un Dieu (Dynamique Grande Bretagne), il crée une zone euro à sa main dont il sait tirer tous les profits (Changements en Europe). 

Méfiez-vous de l’Occident

Le paradoxe est l’outil du changement. Et parmi les paradoxes du moment, il y en a un énorme : 3 hommes heureux. Les USA ont élu un président rayonnant, Barak Obama ; Gordon Brown a retrouvé le sourire ; et Nicolas Sarkozy ne s’est jamais senti aussi bien.

Et si cette crise montrait la force de ces nations, que l’on avait enterrées un peu vite ?

On les accuse de tous les maux (colonialisme, impérialisme…). D’ailleurs elles sont condamnées mécaniquement par la puissance des pays émergents, qui ne se privent pas d’annoncer leurs ambitions. Que la vengeance sera douce !
Elles attendent leur fin avec résignation, écrasées par le sentiment de leur culpabilité et de leur fragilité. Nous sommes des loosers. Faux.

Le monde a adopté nos valeurs : la démocratie, l’économie de marché, la science, les droits de l’homme (l’individualisme)… Elles étaient tellement naturelles pour nous, qu’elles le sont devenues pour lui. À tel point qu’il nous a chassés en leur nom. Et maintenant, il se rend compte que quels que soient nos vices, les siens sont bien plus grands. Le Président Mugabe n’est qu’un exemple d’une règle qui ne semble pas avoir d’exceptions. D’ailleurs, les nouveaux pays mercantilistes, qui pensaient se venger de nos méfaits avec nos armes, pourraient se trouver piégés par elles. Auraient-ils dévoilé leurs batteries trop vite ?

La force de l’Occident est qu’il s’est, en partie, immunisé contre les maux qu’il crée. Conformément aux traveaux de psychologie de l’optimisme, la crise le stimule. Regardez MM. Brown, Obama et Sarkozy.

Le monde doit apprendre à nous respecter, parce que nous sommes redoutablement dangereux. Nous sommes les barbares des temps modernes. Nos innovations dévastent le monde comme jadis les hordes mongoles. Et nous sommes indispensables : nous sommes les plus avancés dans la maîtrise des ficelles que nous avons inventées, et qui règlent la vie de la planète. 

Compléments :

  • Digression sur le cas français. Bien que nous soyons les ennemis héréditaires de l’Angleterre et ayons des relations ambigües avec l’Amérique, notre culture est la plus proche de la leur que l’on puisse trouver. Notamment en termes d’individualisme.
    Et nous avons une caractéristique qui exaspère l’Anglais : renaître de nos cendres, au moment même où il pensait s’être débarrassé de nous.
    Ce n’est pas uniquement vrai des victoires du XV de France. Ça a aussi été le cas à Valmy ou une armée de gueux, d’un pays en proie à l’anarchie, a mis en déroute la coalition des armées européennes. Et en 40 lorsque de Gaulle, général provisoire auquel la BBC avait accordé une pièce, seul et sans amis, et que Roosevelt a toujours pris pour un fantoche, a reconstitué une puissance venue d’un autre âge (Tome 2 du De Gaulle de Jean Lacouture). La France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est humble, convaincue de sa médiocrité.
  • Optimisme. Le leader du changement est stimulé par l’échec (!). Un exemple : Sarkozy en leader du changement. Autre exemple et références aux travaux de Martin Seligman : Lyon et Fiorentina.