Wuthering heights

Découverte de fond d’armoire. On pourrait appeler ce livre « les diaboliques ». De bruit et de fureur, observé par un être humain généreux, une servante. 

Surtout, une question qui a inspiré peu de romanciers, et pourtant qui est d’une grande importance, pour la vie : la destruction de l’enfant par l’adulte. Un homme recueille un enfant vagabond, tout noir, et différent des siens. Il est son favori. Mais l’homme meurt prématurément. Alors son fils se venge sur l’enfant. Seulement, celui-ci est un surhomme. Il s’échappe, fait fortune, et revient se venger, et asservir l’âme des descendants de son ennemi.

L’histoire, racontée à un étranger, se joue quasiment à huis clos, entre deux familles, deux générations et deux propriétés, une sur une colline battue par les vents, Wuthering Heights, et l’autre dans la vallée. Chaque emplacement correspond à l’esprit de ses occupants. Des sauvages d’un côté, des êtres beaux, gentils, mais diaphanes de l’autre. 

Au fond, ce livre est l’histoire d’une tempête. 

Inspiration surprenante, quand on compare ce livre à ce qu’a produit la littérature française. 

Villette de Charlotte Brontë

Villette, édition 1952 de l’université d’Oxford, de Charlotte Brontë. Hasard du rangement.

Au dix-neuvième siècle, lorsque l’on était pauvre, on ne pouvait pas se marier. Mariage, qui était la grande affaire de la vie. Une jeune femme, pauvre, décide de partir à l’étranger chercher fortune. Car il semble y avoir de la place pour les services de gouvernantes étrangères. Elle arrive dans le pays de Labassecour, avec son port de Boue-Marine, sa ville de Bouquin-Moisi, son fils ainé de monarque répondant au nom de duc de Dindonneaux, et sa capitale, Villette. (Il s’agit, je soupçonne, de la Belgique.) On y parle français. Elle se fait embaucher par une école pour jeunes filles, l’enseignement étant une des industries de la ville. Elle y rencontre, par un hasard qui fait étonnamment bien les choses, des proches, fortunés, dont elle avait perdu la trace depuis dix ans.

Livre construit un peu curieusement, avec des histoires qui émergent et disparaissent brutalement, sans qu’il y ait un fil conducteur véritable. Plus biographie et anthropologie que roman. 

Notre pauvre coeur trouvera-t-il le bonheur ? En tout cas, ce livre est l’occasion de portraits tout en nuances, pleins d’humour. C’est aussi un livre de femme, qui dément les thèses des féministes modernes. Non la femme du dix neuvième siècle ne se sentait pas opprimée par l’homme. Le livre de femmes est un miroir de celui écrit par l’homme, d’ailleurs : on n’y voit que des femmes, elles tirent les ficelles de la société, et s’affrontent dans une lutte à mort ; les hommes y sont « le beau sexe », pas très futés, et essentiellement jugés sur leur apparence. 

C’est aussi un livre d’Anglais, très content des valeurs, saines, de sa nation, et très méfiant vis-à-vis des Papistes, et de leur doucereuse hypocrisie, ou de l’art quand il heurte le bon sens populaire. On y aperçoit le Français, mais de très loin : insupportablement arrogant. 

Pour le Français, une leçon de ce livre est que la Belgique est une France à visage humain.