Thatcher assassinée ?

L’Angleterre profite de la crise et des fêtes pour se mettre en grève. Et en grève dure. Même le « collège royal des infirmières », à qui ce n’était jamais arrivé, est de la partie !

Ce qu’il y a d’étrange est que le gouvernement conservateur ne semble pas être très méchant, et que les travaillistes ne paraissent pas très favorables à ce mode de manifestation.

Une question que j’ai entendu poser est : le mouvement syndicaliste aurait-il pour but de s’opposer aux conservateurs, simplement parce qu’ils sont conservateurs ? Autrement dit, Scargill – Thatcher, la vengeance est un plat qui se mange froid ?

En Angleterre, contrairement à chez-nous, les syndicats furent premiers. Le parti travailliste en est issu. Il ne s’en est extrait que récemment. Et si ce syndicalisme de « lutte des classes » était en passe de se reconstituer ? Et s’il avait quelque-chose de consubstantiel à la société anglaise, quand elle est dans certaines conditions ? Conséquence imprévue du Brexit ?…

Tout cela est tiré par les cheveux, bien sûr. Mais intrigant.

Heureux effets du Brexit

L’Angleterre a trouvé un moyen de stimuler sa croissance : assouplir la législation bancaire résultant de la crise de 2008… Vive le Brexit, disaient des financiers au micro de la BBC.

Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? D’ailleurs, pourquoi ne pas abolir les « droits de l’homme », ils nous coûtent cher ?

On dit que la contrainte stimule l’innovation. Seulement, pour cela, il faut pouvoir disposer d’un cerveau en état de marche ?

Les amateurs au pouvoir ?

Cela tangue, en Angleterre. Le gouvernement Truss a une politique agressive de réduction d’impôts, en parallèle de son plan de lutte contre l’inflation. Il faut relancer la croissance ! Ce qui a fait peur aux marchés financiers. La livre plonge, la banque d’Angleterre va devoir augmenter ses taux, ce qui va brutalement ralentir l’activité économique. Et la baisse de la livre ne peut que stimuler l’inflation. Et tout cela en plein milieu d’une crise.

Hier, la dite banque d’Angleterre a dû acheter massivement des obligations d’Etat, pour faire monter leur prix, entré dans un cercle vicieux. Car les fonds de pension sont investis en ces obligations (« gilt »), qui sont, si l’on en croit ce que l’on m’a enseigné en MBA, « sans risques ». Autrement dit, le retraité anglais est en grand danger… Ce matin on entendait, à la BBC, que l’économie anglaise ressemblait à celle d’un pays d’Amérique du sud.

Gouvernement d’amateurs ? d’illuminés ? Comment tout cela va-t-il se finir ?

(Les aventuriers anglais ne devraient pas nous laisser indifférents : on sait depuis quelques temps que les crises financières sont « systémiques ». Ce matin le Financial Times parlait de « moment Lehman Brothers » de l’Angleterre.

Pour arranger le tout, Mme Truss parle de relancer l’immigration, alors que ce fut la cause du Brexit…)

(PS. Financial Times du 30 septembre : « UK pension funds dump stocks and bonds in rush for cash / UK pension schemes are dumping stocks and bonds to raise cash and seeking bailouts from their corporate backers as the crisis in the industry continues to rage a week after the government’s “mini” Budget. »)

Frexit ?

Parfum de Brexit ? Le mécontentement est décomplexé. Et comme à la veille du Brexit, le « non » a le vent en poupe et est quasiment à égalité avec le oui.

Mais, la situation est moins claire qu’en Angleterre où le choix à faire était simple. Le front du mécontentement est certainement bien plus large qu’on ne le dit. Il y a les « Gilets jaunes » et ceux qui trouvent que les « Gilets jaunes » sont des paresseux, le militant de gauche qui ne voit pas de différence entre le président et Mme Le Pen, le rural victime de décennies de « désertification » centralisée, etc. Au fond, si l’on se donne la peine de tendre l’oreille, on se rend compte que, par ci ou par là, les thèses de Mme Le Pen ne sont pas loin de faire l’unanimité. S’il y a un peu de suspens encore cela tient probablement à son image.

Mark McCormack, gourou des techniques de vente disait que « ce qui rend fou un client est de ne pas comprendre ce qui le rend fou ». 

C’est probablement ce qui se passe actuellement. Quelque chose « rend fou » le Français, mais il ne sait pas quoi. Ce qu’il attend de son président, c’est qu’il le lui dise. Malheureusement, comme M.Cameron avant lui, M.Macron manque gravement d’humilité ?

Capitalisme anglais

Hier, une compagnie de ferrys anglaise a licencié son personnel sans préavis, avec effet immédiat. Pour faire des économies, elle veut les remplacer par des employés meilleur marché. Par ailleurs, elle a encaissé les aides de l’Etat, durant la pandémie, et elle distribue des dividendes généreux à ses actionnaires.

Cela indigne l’Angleterre. Mais cela rappelle aussi où allait notre société, pas seulement ce pays, avant le Brexit. 

Chaos en Irlande

Dans l’affaire du Brexit, l’Irlande du Nord, en particulier les « unionistes », semble jouer un rôle extraordinairement nocif. 

Actuellement, le parti protestant mène une croisade contre les contrôles douaniers qui résultent des accords du Brexit. Il n’en veut plus. La parole de la Grande Bretagne ne l’engage pas. Il a démissionné du gouvernement, ce qui a entraîné sa dissolution. L’Irlande n’a plus de chef. 

Un parti de martyrs de leur foi en la Grande Bretagne ? Si je comprends bien, c’est une manoeuvre politique. Ils risquent fort de perdre la majorité aux prochaines élections. L’Irlande serait alors dirigée par le Sinn Fein. Inacceptable ? Tous les coups tordus sont possibles ?

Voilà un type de complication que n’avaient pas prévu les théoriciens des démocraties. Elles envoient au pouvoir des égoïstes qui loin de représenter l’intérêt général servent leur intérêt personnel, qui est, bien souvent, le pouvoir pour le pouvoir. 

Si elles fonctionnent, c’est grâce à la contrainte sociale, qui finit par remettre l’individualiste dans le rang ?

Bilan Brexit

Las de la radio française, je me suis mis à écouter BBC4. J’y ai beaucoup entendu parler de Brexit. Voilà ce qu’il me semble avoir compris :

Première découverte : l’Angleterre était devenue totalement dépendante de l’immigration. C’est exactement la logique de la délocalisation. Ce type d’immigration permet de disposer de personnels dont l’avantage concurrentiel est qu’ils ne ressortissent pas aux droits de l’homme. J’ai entendu même dire qu’il y avait des milliers de personnes qui sont en situation d’esclavage, pour les mêmes raisons que l’on parle d’esclavage au moyen-orient. Grâce à cette immigration massive, prête à tout accepter, l’entrepreneur n’a plus besoin d’innover, et l’Etat d’investir. Le pays paraît dans un état désastreux.

Si le Brexit s’est fait au nom de l’UE, c’est parce que l’UE a été instrumentalisée par la classe dirigeante anglaise pour diffuser tous azimuts ses idées. (C’est ainsi que l’UE s’est élargie à des pays qui ne partageaient pas ses valeurs.) Sortir de l’UE était donc la condition nécessaire pour rappeler à l’ordre cette élite dirigeante. C’est ce qu’a compris Boris Johnson, qui, avec son programme « levelling up », enterre la politique menée depuis Mme Thatcher. Désormais, il promet à l’Angleterre de la productivité, donc des emplois bien payés et qualifiés.

J’explique souvent, ce qui surprend, que la résistance au changement est un suicide. En effet, être prêt à se suicider est la mesure la plus dissuasive que l’on puisse inventer. Il se trouve que, effectivement, le Brexit ressemble à un suicide. Samedi dernier, j’entendais parler de l’agriculture anglaise. Les éleveurs de porcs ont dû tuer leurs animaux, car les abattoirs ne peuvent plus le faire, faute de personnels immigrés ; il n’y a plus de subventions, de normes et de protections européennes ; le pays a signé un accord de libre échange avec l’Australie, qui, apparemment, a des exigences de qualité moindres que l’Angleterre… Et la puissance de la grande distribution anglaise n’a rien à envier à celle de son équivalent français. Au moment où l’on parle de circuits courts, on entend dire que l’agriculture britannique doit entrer dans la supply chain mondiale ! Et que, d’une manière générale, il faut attendre le fameux « levelling up » de l’investissement étranger ! Pays à vendre ? 

Ce qui ne tue pas renforce. Certes, mais la situation anglaise est extrêmement préoccupante. 

(PS. On traduit « levelling up » par « nivellement par le haut »…)

Immigration et changement

J’écoute ce qui se passe en Grande Bretagne, et je comprends que je n’avais rien compris à la question de l’immigration. Elle ne semblait pas sérieuse. La France, la Grande Bretagne et les États Unis ont des traditions de forte immigration, sans que cela ait posé de problème existentiel. Pourquoi tout ce bruit ?

A côté de cela, il y avait un autre discours, pas plus sérieux, parce qu’il nie tout ce qu’observe l’anthropologie. L’anthropologie (et l’expérience commune) constate que dès que des hommes forment un groupe, ils créent une « culture », des règles généralement implicites, qui dirigent leurs comportements collectifs. (cf. la politesse ou le code de la route.) C’est vrai aussi bien pour les entreprises que pour les nations. Cette notion de « culture » semblait rejetée au profit d’un concept mal défini, juxtaposition d’individus ou de communautés hétérogènes. 

Ce qui semble s’être passé, c’est une « désintégration » de la société, venant de deux bords :

  • Un bord gauche dénonçait la culture nationale comme oppressive, colonialiste, pire, l’incarnation du mal (car le colonialisme est propre à toute société humaine), et voulait la faire disparaître, peut être en la remplaçant par une sorte de fraternité humaine constituée de tout ce qui n’est pas occidental. 
  • Un bord droit, et c’est très clair en Grande Bretagne, a utilisé l’immigration comme équivalent à la délocalisation. En effet l’immigré, s’il est pauvre en Grande Bretagne, est riche dans son pays. Ce qui lui permet d’accepter des conditions inacceptables par la main d’oeuvre locale. L’immigration était une facilité qui a permis à l’Angleterre de s’endormir sur ses lauriers. De perdre massivement en productivité. Le réveil est extrêmement difficile. 

On entendait ces discours, mais on n’avait pas compris leurs conséquences. D’ailleurs le rôle du citoyen est de bien faire son travail, pas de se casser la tête à analyser des mécanismes aussi compliqués. 

Quant au Brexit, il semble irrationnel. Car au temps ou la Russie veut envahir l’Ukraine et la Chine Taiwan, jamais l’union n’a autant fait la force. Mais il s’explique par la frustration de la population soumise au changement ci-dessus, et qui a fini par en sentir les résultats. Se découvrant trahi, le peuple veut tout casser. Plus question de lui parler raison. Il a donné. 

Yin et Yang, dirait un Chinois. La société change en passant par des opposés. Mais, il est probable qu’à chaque changement il y ait embranchement. Comment prendre le bon ? Toute la difficulté est de retrouver un peu de raison, alors que l’on n’a aucune raison d’en avoir, et de pardonner. Mais, sans cela, les dommages seront définitifs. 

Angleterre : mauvaise passe

Décidément, cela va mal en Angleterre. Après les augmentations du prix du gaz, les pompes sans essence, par manque de chauffeurs, maintenant, ce sont les éleveurs de porcs qui doivent tuer leurs bêtes, par ce que les abattoirs ne fonctionnent plus. Eux aussi étaient dépendants de la main d’oeuvre à bas coût d’Europe de l’Est. 

Cela fait penser à Michael Porter : la « bonne » logique de l’économie est le gain de productivité : on compense les hausses de salaire par des gains de productivité par innovation, et on augmente les salaires en échange d’une augmentation de qualification que demande l’innovation. Grâce à l’innovation, on produit de plus en plus, avec les mêmes, ce qui conduit à une augmentation du niveau de vie. 

 Les Anglais auraient-ils fait tout le contraire ? Au lieu d’innover, ils ont laissé se dégrader les conditions de travail et de compétitivité de leurs entreprises, en faisant appel à de la main d’oeuvre à bas coût, qui, nullement exploitée, jouait sur le différentiel de niveau de vie entre l’Angleterre et leur pays (une variante des délocalisations) ? Années folles ?

Brexit going badly ?

Hier, un sondage (cité par politico.eu) disait que plus de la moitié des Anglais estimaient que le Brexit se passait mal. 

Pour me changer les idées, j’écoute BBC4. L’Angleterre semble vivre un drame. Crise du gaz, des fournisseurs sont en faillite, ce qui force beaucoup d’Anglais (souvent pauvres) à accepter de nouveaux contrats beaucoup plus coûteux que les précédents ; manque de chauffeurs, qui fait qu’il n’y a plus d’essence dans les stations, et que les interviewés de la BBC semble au bord de la crise de nerf. Et incessantes escarmouches entre Boris Johnson et l’UE concernant le respect de ses engagements. 

La Grande Bretagne d’après Brexit donne l’impression d’un lendemain de fête : elle découvre les dégâts commis dans un moment de folie. Subit-elle le Brexit, ou les conséquences de ce qui l’a précédé ? Maintenant qu’elle n’est plus dans l’UE, elle n’a plus d’excuse pour ne pas regarder la réalité en face.