Nationalisme mondial

Le Brésil a transformé ses entreprises d’État en champions nationaux. Ils « peuvent consolider leurs marchés, réduire la concurrence et accroître leurs profits, avec l’argent du gouvernement ». (Too little, too late)

En Chine, les entreprises étrangères ont des droits de propriété qui ne reposent sur aucun droit. Il ne tient qu’au bon plaisir du gouvernement local de les révoquer. (Who owns what?)

Pourquoi un tel nationalisme est-il permis partout sauf en Europe ? Pourquoi, d’ailleurs, n’est-il pas dénoncé ?

Parce que, si nos populations avaient compris que l’émergence se faisait en leur dérobant leurs biens, non par quelque supériorité innée des jeunes sur les vieux, elles auraient empêché certains de s’enrichir par leur transfert ? 

Le capitalisme n’a pas la cote

La France n’aime pas le capitalisme, presque partout sa côte est à la baisse (sévèrement chez les Américains qui gagnent moins de 20.000$).
Exceptions ? L’Allemagne, la Chine et le Brésil. (Market of ideas)
Les gagnants aiment le capitalisme, les perdants le détestent ? Par ailleurs, le socialisme, voire le communisme, est-il favorable au capitalisme ? Il lui ôte ses désagréments ? 

Changes : l’Amérique ruine le monde ?

L’Amérique veut se tirer de la crise en l’exportant. Pour cela elle utilise très agressivement la stratégie de la « planche à billet », sans se préoccuper de ses conséquences mondiales. Ceux qui en paieront les frais sont les économies ouvertes (le Brésil, pas la Chine).
Le fantasme du monétarisme – régler les problèmes de la planète par des tours de passe-passe monétaires – est maintenant poussé à l’absurde ? De même en est-il de l’obsession de liquider l’homme au profit du logiciel, qui rend notre économie de moins en moins durable (cf. billet précédent) ?
Grande leçon de changement, et de systémique : l’homme s’obstine dans ce qui cause son malheur ?

Les politiques qui sont supposées résoudre le problème en sont, au contraire, la cause. (Jay Forrester, le fondateur de la systémique.)

Éliminer la mafia

Certaines zones de Rio sous la coupe de bandes mafieuses sont en train de se transformer.
Raison ? Probablement moins la police que l’économie. « L’insécurité et la pauvreté ont marché main dans la main à Rio ».
Je continue à croire que la Mafia est un mode d’organisation d’une société relativement efficace, quand elle manque de tout. Il est certainement utile de la combattre, mais le combat est vain si on ne propose pas à la population d’améliorer son sort. 

Brésil

État fortement interventionniste, qui a construit ses actuels champions industriels de manière fort déterminée (en particulier Embraer). Plus curieux, ce pays semble distribuer l’argent de l’état aux riches.

Par exemple, les pauvres paient de mauvaises études, les riches vont dans des universités gratuites. Les entreprises d’état, qui sûrement lui avaient coûté fort cher, ont été privatisées. Et puis :

Brazil has a stubbornly high murder rate and a violent police force. Many of its politicians see nothing wrong with stealing public money or appointing relatives to jobs within their private kingdoms, and refuse to resign when found out. It is a place of misery where 17% of homes do not have running water and too many families live in home-made shacks by motorway bridges. A place where many people convicted of serious crimes go unpunished, and those in prison live out a brutalised existence. And a place of environmental devastation that government is powerless to stop.

Le président da Silva semble avoir rendu ce monde un peu moins injuste. Mais est-ce le miracle dont on fait un tel cas aujourd’hui ?

Compléments :

Défilé chinois

Le 60ème anniversaire de la Révolution Populaire s’est résumé à un défilé militaire (Party like it’s ’49). Mais à un défilé qui mérite une réflexion. Car tout l’armement qui parade est chinois, et il est au top mondial.

C’est étrange, me suis-je dit, mais la Chine n’est qu’au début de son ascension et déjà son armement est bien meilleur que le nôtre. Et en plus elle paraît remarquablement innovante dans des industries stratégiques, mais qui ont disparu ou disparaissent de nos territoires (cf. l’électronique).

C’est probablement ce qu’a compris le Président brésilien : à quoi lui serviraient nos Rafales, même si on lui fait cadeau du savoir-faire de notre industrie aéronautique, comme le veut notre Président ?

Forte Europe ?

Es-on victime d’une fiction : celle de la faiblesse de l’Europe ? Les Américains nous ont convaincus que nous étions des ratés, et que l’avenir appartenait aux puissances neuves que sont la Chine, l’Inde, et éventuellement la Russie et le Brésil. N’étaient-elles pas surpeuplées, donc potentiellement riches, et n’y avait-il pas que l’économie qui comptait ?
Il y a aussi la culture. Chine et Russie sont assises sur des nationalités qui ne les acceptent pas. Le cas de l’Inde a l’air encore plus compliqué, avec la question de la caste, qui est d’autant plus bizarre, qu’elle se pose localement et non globalement, si j’ai bien compris (i.e. il n’y a pas de solidarité de caste). Je ne connais pas le Brésil, mais il ne me semble guère impressionnant.
L’Europe, par contre, est bâtie sur des nations solides. Elle peut avoir des difficultés avec ces nations, entre nations, mais non avec son peuple. Parvenir à faire fonctionner tout cela ensemble est il compliqué ? L’UE doit être, seulement, forte dans les grandes occasions (par exemple : Iran et Europe). Une question demeure : les pays de l’Est. Les plus proches de la Russie ont été traditionnellement des zones de turbulence, soumises à des influences externes. Faire de ces pays des démocraties aussi solides que celles de l’Ouest : une urgence ?
La faiblesse de l’Europe, c’est son idéologie. Elle a passé des décennies à persuader le monde que ses appétits colonialistes l’avaient détruit, qu’elle était une grande criminelle. Non seulement elle s’est affaiblie aux yeux de pays qui n’ont pourtant rien à lui envier en termes de colonialisme et de massacre des droits de l’homme, mais elle traîne un complexe qui la rend incapable de volonté. Elle doit retrouver ses convictions, et donc bonne conscience.
C’est encore l’Amérique qui est la plus forte : elle est une grande nation homogène. Certes, j’ai quelques doutes sur sa direction actuelle, qui la font ressembler à un village à la Potemkine, mais, en cas de difficulté, elle réagira sûrement bien.
Compléments :
  • Mes idées sur l’Inde (à approfondir) viennent principalement de V.S Naipaul, L’Inde, et Louis Dumont, Homo Hierarchicus.

Le protectionnisme avenir de l'économie ?

Les BRIC (ou plutôt BIC, la Russie allant assez mal) ont une situation enviable. L’état de leur économie est déconnecté de celui du reste du monde, riche, pauvre ou émergent. Pourquoi ?

  • « (ils) furent prudents dans la libéralisation de leur système financier, si bien qu’ils ont été moins affectés que, par exemple, l’Europe, par l’attaque cardiaque financière de l’Ouest ».
  • Ils sont gros, donc ont un marché intérieur qui les porte en période de crise. D’ailleurs, ils importent et exportent relativement peu, et ont une production relativement diversifiée (une partie au moins profitera du démarrage de l’économie). Ils sont donc à la fois peu liés à l’extérieur et à ses crises et ils peuvent stimuler leur économie sans fuite. En outre, l’épargne de leurs populations nourrit le pays quand il ne peut compter sur la finance internationale.
  • Le résultat de la crise chez eux est « une grosse croissance de la taille du gouvernement et des grandes entreprises d’état ». « Si les BRIC ne peuvent pas sortir de la récession par l’exportation, l’extension du gouvernement est la principale alternative à l’effondrement subi par les autres gros exportateurs de capital que sont l’Allemagne et le Japon ».

Doit-on voir ici la description de ce qui pourrait être l’avenir économique du monde ? Des « blocs », relativement refermés sur eux-mêmes et autonomes, qui commercent de manière mesurée ?

The Economist, dont je tire cette étude (Not just straw men), se convertirait-il au protectionnisme après 150 ans de promotion de la globalisation ?