Rosetta et la conquête de l'espace

La sonde Rosetta m’a fait m’interroger. Admiration, pour commencer. Arriver à repérer une comète de quelques km dans l’immensité interplanétaire, la rattraper et s’y poser, que notre science est magnifique !, me suis-je dis. Mais tout n’a pas marché.
Ce qui a fonctionné, c’est la mécanique classique, la cartographie de la comète, qui a permis une simulation d’atterrissage. Ce a foiré, ce sont les instruments qui devaient assurer l’amarrage à l’objet volant. 
Ceci me semble montrer que, le spatial, c’est compliqué. (C’est ce que vient de découvrir Richard Branson, d’ailleurs.) Mais aussi qu’il faut une grosse expérience pour que tout fonctionne correctement et que, du fait du coût de ces expéditions et du manque d’intérêt pour ce type de projet, on n’en fait pas assez. 
Je me suis aussi demandé si ce n’était pas un coup de pub. La recherche publique est menacée par l’entreprise privée. Elle doit se battre pour exister. Surtout, je crois que la sonde Rosetta est le résultat d’un travail patient de recherche fait par des anonymes. Je ne suis pas sûr que nous ne laissions pas notre héritage péricliter. Pire, je soupçonne que le secteur privé veut utiliser cet héritage pour s’enrichir, sans payer son dû à la société, et sans contribuer à son développement. 

La libéralisation de l'espace ou le progrès, c'est le risque ?

Comment se fait-il que Virgin Galactic ait pensé avoir bientôt des clients, alors que ses navettes n’étaient pas fiables ? Voici la question que je me suis posée en écrivant le billet précédent. The Economist semble m’avoir entendu. Voici ce qu’il me répond. Il parle des conséquences de l’accident qu’a connu Virigin pour l’industrie du transport spatial :

The 2004 Commercial Space Launch Amendments Act, intended to encourage private space vehicles and services, prohibits the transportation secretary (and thereby the FAA) from regulating the design or operation of private spacecraft—unless they have resulted in a serious or fatal injury to crew or passengers. That means that the FAA could suspend Virgin Galactic’s licence to fly. It could also insist on vetting private manned spacecraft as thoroughly as it does commercial aircraft. While that may make suborbital travel safer, it would add significant costs and complexity to a nascent industry that has until now operated largely as the playground of billionaires and dreamy engineers.

Autrement dit, il semble qu’il y ait eu une sorte de déréglementation du transport aérien ou spatial. Et ce pour encourager l’initiative privée. A-t-on essayé de rejouer le coup d’Internet ? On a cherché à « disrupter » les entreprises installées, et fiables, par des entreprises qui n’étaient ni l’une ni l’autre ? Et ce en pensant que ce serait bon pour l’économie ? Que le progrès, c’est le risque ? 
(Ce qui expliquerait la haine qu’éprouve l’entrepreneur digne de ce nom pour le principe de précaution ?)

Virgin Galactic : confions notre vie à l'entreprise ?

Deuxième fusée privée qui explose. Cette-fois ci, il s’agit de celle de Richard Branson, qui voulait l’utiliser dans quelques mois pour transporter dans l’espace des voyageurs. (La première est ici.)
Etrange ? Donc, le projet était loin d’être au point et pourtant on comptait lui donner tout de suite une application commerciale ! Comme l’histoire du gluten, cela pose une question importante. La capacité à assurer la sécurité collective de l’entreprise est-elle suffisante pour qu’on lui confie une part aussi importante de notre vie qu’on le fait aujourd’hui ? Ne serait-il pas grand temps que la main visible de la société se remette à réguler l’entreprise ?

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Devons-nous confier notre sort à l’entreprise privée ?

Paralysie politique et sauveteur capitaliste

Cette semaine The Economist dissèque les problèmes de la planète.

Romney a défait Obama en débat. Mais quoi qu’il arrive, la situation des USA est critique, voire désespérée. Son pouvoir politique est paralysé. Or, s’il ne se reprend pas, des mesures automatiques vont se mettre en route, qui vont avoir un impact destructeur sur l’économie. A quoi s’ajoute l’arrivée d’une énorme vague de retraités.
Quant à la France, ses maux sont l’incapacité de ses gouvernements à équilibrer les comptes de la nation, et le manque de compétitivité de l’économie due à des charges salariales excessives. Sa rigueur serait trop molle (elle fait une hypothèse de croissance irréaliste). Et il serait mieux d’utiliser la TVA que l’impôt.
La Bundesbank est en guerre contre la BCE. Mais parce qu’elle pense que c’est aux politiques de prendre leurs responsabilités et de construire une Europe saine, politique et fiscale, qui n’ait plus besoin des expédients à court terme de la BCE.
M. Rajoy paraît toujours aussi dangereusement maladroit, les Espagnols partent en Amérique latine, et l’Angleterre s’engage dans une politique aventureuse vis-à-vis de Bruxelles : elle ne veut obéir qu’aux lois qui sont dans son intérêt.
En Géorgie le pouvoir en place a été battu par un milliardaire excentrique à la tête d’une coalition hétéroclite. C’était inattendu. Mais, en Géorgie aussi, quelques-uns se sont beaucoup enrichis et les autres beaucoup appauvris. Ce qui, partout, est explosif.
Le modèle asiatique doit se transformer. L’avantage des bas salaires ne fonctionne plus, et les pays développés, en crise, n’achètent plus de produits manufacturés, Chine et Inde faiblissent. L’avenir serait à une économie de « services modernes à haute valeur » tirée par la demande interne. Vu d’où partent ces pays (une masse de pauvres, un système éducatif réduit à peu de choses, des infrastructures faméliques), le changement s’annonce complexe…
Le problème de la Chine semble ses entreprises d’Etat. Elles seraient inefficaces et obéiraient plus aux intérêts des oligarques corrompus qui les contrôlent qu’à ceux du pays. Vont-elles plomber son avenir ? En outre, la Chine commence à inquiéter ses partenaires. Elle construit des routes mais ne les aide pas à bâtir un système bancaire ou à gouverner. Surtout, elle ne comprendrait rien aux cultures et sensibilités étrangères. Plouc power ? (Slob’s power ?)
Globalement, la situation est mauvaise pour les affaires. Trop d’incertitudes. En Europe et aux USA, c’est la faute des politiques, incapables d’agir.
Quant à l’économie, elle n’obéit plus aux textes de cours. « ça pourrait expliquer pourquoi les gouvernements se concentrent sur d’autres priorités que faire plaisir aux marchés, par exemple stabiliser le secteur financier et réduire le chômage. »
La mode chez les fabricants de voitures est l’alliance avec ses concurrents. Ce qui ne choque pas l’orthodoxie libérale de The Economist. Ce qui me choque, par contre, est que Mercedes travaille avec Renault. Mercedes filerait-il un mauvais coton ?
La liberté d’expression est entre les mains des entreprises du web. Ne faudrait-il pas que le législateur s’en mêle ? à ce sujet, n’est-il pas curieux que personne ne s’offusque de la censure des « contenus pour adulte » d’Internet ? Et si la liberté de parole n’était pas un droit absolu ? Et si, comme toutes les autres libertés, elle devait se plier aux règles sociales ?
Finalement, le grand capitalisme va-t-il sauver le monde ?Richard Branson constitue des commandos d’hommes politiques vénérables ou de grands patrons afin de faire basculer du bon côté, celui du développement durable, les sujets, majeurs, qui sont mûrs pour le changement. (« une comptabilité correcte des impacts environnementaux, la fin des  résultats trimestriels, et l’élimination progressive des subventions aux énergies fossiles sont probablement proches du haut de la liste »)