Emploi français

Un article du Monde dit la même chose de l’emploi en France qu’aux USA (voir billet précédent). D’un côté de riches qualifiés employés par des multinationales, de l’autre des chômeurs sans qualité. Il faut comprendre les multinationales : notre marché est « saturé », et nous ne sommes pas « compétitifs ». Fatalité donc.
Comme aux USA, ce raisonnement est une prédiction auto-réalisatrice. C’est parce que les grandes entreprises ont cherché moins cher ailleurs, qu’elles ont exporté leurs compétences clés, et qu’elles ont appauvri le marché national par le chômage. Et qu’il n’a pas été jugé bon de développer les talents locaux. D’ailleurs nos ingénieurs sont devenus des employés de banque
Comme BP, si nos multinationales sont aussi remarquablement rentables, c’est parce qu’elles ont essoré leur petit personnel et économisé sur la recherche. Elles ont hypothéqué leur durabilité. Les bénéfices exceptionnels du CAC40 sont une très mauvaise nouvelle. 

Contre la recherche fondamentale

Lord Browne est l’homme qui a mené la transformation de BP dont la planète paie actuellement les conséquences.
Ce favori de tous les gouvernements anglais (d’où son ennoblissement) a annoncé que, vu l’état désastreux de l’économie anglaise, il fallait orienter sa recherche vers ce qui lui rapporte à court terme.
Peut-être devrait-il se demander si ce n’est pas ce type de raisonnement qui a mis l’Angleterre en faillite ? Mais peut-être veut-il lui donner le coup de grâce ? La perfide Albion va-t-elle connaître le sort de Deepwater Horizon ?

BP : too big to fail ?

M.Cameron part implorer la clémence américaine pour BP : de son sort dépend ceux de l’économie et des retraités anglais. (Cameron to fight BP’s corner in US.)
BP fut le héro d’un laisser faire guidé par la main invisible du marché, qui ferait le bonheur du monde. Plus d’État, plus de contrôle, des retraites par capitalisation, la « destruction créatrice », la « guerre des talents »… Et maintenant, on découvre que BP est au dessus des lois du marché qui veulent que les canards boiteux crèvent par sélection naturelle.
Le discours libéral était-il pour la consommation du peuple et des étrangers ? Les intérêts des classes supérieures anglo-saxonnes sont-ils protégés quoi qu’il arrive ? En tout cas, il serait intéressant de reconsidérer les décisions que l’influence de cette propagande nous a fait prendre. 

BP nouvel Enron ?

Ce que je soupçonnais se confirme. Les malheurs de BP ne sont que la conséquence d’une gestion extrêmement hasardeuse.
Nouvel exemple de la façon dont on a dirigé nos entreprises ces dernières décennies. Course en avant qui amène BP, fleuron de l’Angleterre de Tony Blair, au deuxième rang mondial alors que la société était relativement modeste jusque là. Comment ? En prenant toujours plus de risques, en allant là où personne ne voulait aller, en utilisant des technologies toujours nouvelles, en éliminant des « dizaines de milliers d’employés », avec toujours plus de sous-traitance, par une gestion exclusivement « financière » qui fait valser les managers et les change de postes pour qu’ils n’affrontent pas les conséquences de leurs actes… Et elle distribue toujours plus de dividendes (triplés en 10 ans).
J’apprends, même, qu’une de ses plates-formes du golfe du Mexique a été à deux doigts de provoquer une marée noire du même volume que celle que nous vivons actuellement. Elle avait été construite en dépit du bon sens, dans l’improvisation et la frénésie. Et tout ça a coûté très cher à BP. Non seulement pour remettre sur pieds la plate-forme, mais aussi pour payer des pénalités colossales suite à de très nombreux accidents, et à ses refus répétés d’appliquer les règles de sécurité. Curieusement, tout cet argent perdu n’avait aucune influence sur son comportement. Toujours aussi dangereux.
J’espère que, contrairement à ce qui s’est passé pour Enron, les entreprises vont se reconnaître dans cette lamentable histoire, et mettre en cause leur mode de gestion.
Compléments :

Crédits d’impôts pétroliers

Le gouvernement américain tente d’utiliser les fuites de BP pour récupérer 4md$ de crédit d’impôts qu’il donne chaque année aux compagnies pétrolières.
Ceux-ci viennent de lois qui remontent à la nuit des temps, et d’astuces comptables. Pourquoi continuer à les octroyer à des entreprises aussi riches ? Parce que, depuis 2008, elles ont dépensé 340m$ en lobbying… 
Compléments :

Prix de la marée

Complément à un précédent billet concernant le coût de la marée noire produite par BP :

Les autorités estiment que le pétrole s’écoule au rythme de 60.000 barils par jour (…) l’équivalent d’un Exxon Valdez tous les quatre jours.

Effectivement, ça risque de coûter cher.
Compléments :
  • En me renseignant sur l’Exxon Valdez, j’ai découvert qu’il naviguait toujours, mais sous pavillon panaméen, et avec un propriétaire chinois…

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.
Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 
C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.
Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

Obama le rouge

Par l’intimidation, B.Obama a contraint BP à constituer un fonds de 20md$. Pourquoi le peuple, qui l’accusait d’impuissance, ne le porte-t-il pas en triomphe ?

Parce qu’il a déjà imposé sa volonté à l’industrie automobile, qu’il a mise en faillite et dont il a liquidé quelques dirigeants, et au monde de la santé. Aux USA ceci s’appelle communisme.  
En réalité, Obama joue les équilibristes. Car son attaque contre BP est aussi dans la culture américaine, culture de karchérisation du mal, qu’il s’appelle Enron ou Arthur Andersen. Un sénateur américain, qui a voulu défendre BP, a dû être désavoué par son parti…
En tout cas ceci montre que B.Obama est un homme redoutable, et que peu d’organisations humaines peuvent lui résister. 

Dommages de BP

Discussion avec un expert qui m’explique que les dommages que va subir BP sont fonction de la quantité de pétrole déversé sur les plages américaines. Compte-tenu de ce que l’on en sait, il estime le coût de l’affaire à 20 ou 30md$.
Ce qui est très supérieur aux estimations initiales, supérieur à ce que contiendra le fonds de dédommagement qu’a prévu BP (20md$), et pas loin du montant maximum (40md$), que j’ai vu apparaître ici ou là. La baisse de cours de la société ne semble plus excessivement irrationnelle.
Par ailleurs, il confirme un changement des pratiques en matière de dommages écologiques : dorénavant, le pollueur paie d’abord, avant d’être engagé dans des procès. 

Obama et la marée

La marée noire de BP met en difficulté B.Obama. Une fois de plus on lui reproche son manque de compassion, sa froideur. C’est un homme d’équations.
Et, en quelque sorte, il semble avoir cherché à résoudre la crise actuelle comme une équation, et à remplacer son manque de cœur par son art consommé du discours. Principe central : surprendre la nation par la force de la riposte. Ainsi qu’il semble l’avoir conseillé aux dirigeants européens lors de la crise grecque.
Il a pris un ton grave, a parlé de guerre, s’est adressé au peuple du lieu des décisions des moments historiques. Et, à nouveau, un retournement de situation : justification de ses projets de législation environnementale.
Cette affaire montre que la communication de crise n’est pas la seule technique adaptée à la crise. Il y a le bouc émissaire et l’autodafé. Infliger une peine exceptionnellement cruelle à BP peut calmer le peuple (cf. la mise en faillite d’Arthur Andersen lors du scandale d’Enron). En ce sens, l’idée d’un énorme fonds alimenté par BP et destiné à dédommager les victimes de la marée noire est efficace (et intelligent : lors des précédentes marées noires les dédommagements sont arrivés après des décennies). De même que d’accrocher ses dirigeants au pilori.