Amnésie

Pourquoi le Dreamliner de Boeing a-t-il connu autant de problèmes ? Parce que Boeing a combiné trop d’innovations en même temps.

Curieux. Depuis toujours on me répète que c’est ce qu’il ne faut pas faire, et que l’avoir compris a été le secret du succès des Japonais, à l’époque de leur gloire, ou de Marcel Dassault (par exemple). (Nightmareliner)

Pourquoi Boeing ne le savait-il pas ? Éternelle difficulté à transmettre le savoir ?

Ou conséquence du Postmodernisme (Poststructuralisme) ? Mes maîtres ne me disaient-ils pas, après 68, que leur rôle était de faire s’épanouir la personnalité de leurs élèves ? L’individu n’était-il pas supposé tout savoir ? Dans ces conditions comment concevoir de retenir quoi que ce soit du passé ?

Compléments :
  • Paul Krugman se pose une question similaire concernant les économistes. Pourquoi, ont-il était victimes d’une pensée unique qui leur a fait oublier une grosse partie de leur science, les rendant incapables non seulement de concevoir l’hypothèse même d’une crise, mais surtout d’y répondre.
  • Au fond, cette hypothèse de l’homme omniscient conduit naturellement à l’hypothèse des marchés rationnels. 

Reflux de la vague d’outsourcing

Quelques-uns des pires désastres économiques de ces dernières années ont été causés ou aggravés par l’externalisation. Il y a huit ans, Boeing, le plus gros fabricant d’avions américain, a décidé de suivre l’exemple des fabricants automobiles et d’utiliser des sous-traitants pour faire le gros œuvre de son nouveau 787 dreamliner. Ce fut un cauchemar. Certaines pièces ne s’ajustaient pas. Parmi les dizaines de sous-traitants, certains n’arrivèrent pas à livrer leur composant dans les temps, malgré qu’ils aient sous-traité leur travail à des sous-sous traitants. Boeing a dû reprendre des fournisseurs pour leur éviter de disparaître. Si le Dreamliner sort des lignes de production à la fin de l’année, comme le promet Boeing, ce sera avec un surcoût de plusieurs milliards et trois ans de retard.

On constate le désastre qu’a été l’outsourcing. C’était bien une mode de management.

Mais difficile de revenir en arrière : les entreprises n’ont plus les compétences sous-traitées.

L’outsourcing n’est pas mort, mais dorénavant il devrait être plus intelligent. (The trouble with outsourcing)

Compléments :
  • J’avais fait ce constat dans un livre, il y a quelques années. Simple bon sens. Que les entreprises n’aient pas voulu le comprendre montre probablement qu’elles préféraient les illusions à court terme à une gestion durable de leurs affaires. 
  • Billet de ce blog sur ce sujet. Et désaccord avec Hervé Kabla…
  • L’article explique aussi que l’Angleterre a externalisé 10% de son emploi…

Entreprise : secret de la longévité

Une entreprise serait durable si elle est bâtie sur une idée (IBM : la technologie au service de l’entreprise ; Apple : faire de la technologie la plus récente des produits simples, élégants et chers ; Amazon : faciliter l’achat), mais pas si elle est liée à un produit (Microsoft, Dell et Cisco), dit The Economist. The test of time.
Convainquant ? Pas trop. IBM doit sa survie à sa taille ; je ne suis pas certain qu’Apple puisse durer sans son dirigeant ; et Amazon n’est pas le seul à vouloir faciliter l’achat, mais est le plus gros. Et Enron était le champion de la déréglementation. Par ailleurs, Boeing est lié à un produit…
Il me semble que l’avantage de l’entreprise vient non d’une phrase, mais du « capital social » qu’elle a accumulé. C’est-à-dire de l’empilage de règles implicites qui lui permettent de s’adapter. 

Combat aérien

Airbus et Boeing agiraient comme un oligopole, au moins en ce qui concerne les A320 / B737 (respectivement 81% et 77% des appareils vendus). Ils n’auraient pas envie de les remplacer.
Mais ils pourraient y être contraints : un nouveau type de moteurs ultra-performants est apparu, et il équipe une nouvelle génération d’avions : Mitsubishi, Bombardier, C919 chinois et Irkut MS-21 russe.
Compléments :

Tournant mondial ?

Curieux. Il y a peu, on était ridicule si l’on n’affirmait pas que l’avenir était aux services. Or, voilà que Coca-Cola, machine de marketing, achète les usines qui produisent ses boissons. Ce qu’avait déjà fait Pepsi.

Raison ?

Wal-Mart Stores’ emergence as the dominant retailer, new trends in consumer tastes and the onset of hundreds of new beverage brands have chipped away at the benefits Coke and PepsiCo enjoyed in keeping their biggest bottlers at arms’ length.
The separation gave bottlers little incentive to take risks with new products, and left the two sides haggling over how to share sales.

Après les achats par Boeing, hier encore champion de l’idéologie de la délocalisation, de ses sous-traitants, serait-on en face d’une phase d’intégration verticale ? Avec, en plus, la fin des délocalisations à tour de bras ?

Compléments :

  • Je soupçonne que l’on va brutalement découvrir que les pays émergents ne sont pas sûrs

A400M

Le projet A400M ne semble pas très glorieux, retards, surcoûts… L’A400M a décollé, ce matin, à 10 h 16 n’est pas d’accord :

La conception d’un avion ne se passe jamais comme prévu, à commencer par celle des Airbus et des Boeing. Dans ce cas, les spécifications étaient faites par plusieurs clients en même temps ce qui augmente immensément la difficulté de l’exercice.

À quoi il faut probablement ajouter de difficiles négociations pour savoir comment se répartir la fabrication des composants de l’appareil entre pays, et des délais qui étaient initialement irréalistes, selon Wikipédia.

Alors l’A400M doit-il être vu plus comme la mise au point d’un très compliqué processus de collaboration entre nations, un apprentissage organisationnel, que comme la seule invention d’un nouvel avion ?

Boeing achète ses sous-traitants

Réaction tardive à une nouvelle aperçue il y a quelques temps : Boeing a dû acquérir un de ses sous-traitants, qui lui donnait du fil à retordre (si je comprends bien, c’est le second qu’il achète). Pas franchement une bonne nouvelle : le cash de la société s’épuise, et ce sauvetage en annonce peut-être d’autres.

Jusqu’ici les grandes entreprises, en particulier les constructeurs de voitures et d’avions, avaient l’obsession de devenir des sortes de holding financières ayant délégué le maximum des tâches de conception et de fabrication à une sous-traitance en concurrence parfaite, si possible délocalisée, administrée par les lois du marché. Un grand avantage du dispositif, notamment pour Boeing, était de ne plus avoir à fréquenter les syndicats américains. Le brillant montage intellectuel a rencontré des désagréments imprévus : Boeing, par exemple, n’arrive plus à produire de nouveaux modèles…

Mais ça ne fait que commencer. Les acheteurs des grands groupes et leur gestion peureuse de la crise ont mis leur sous-traitance dans un état désastreux. Il se peut qu’à la fin de la crise, il ne reste plus qu’un tout petit nombre de très gros fournisseurs en situation de monopole. Tel est pris qui croyait prendre

Comment les constructeurs peuvent-ils éviter ce piège ? Probablement en acquérant des sous-traitants, ou, au moins, en réacquérant un savoir-faire de conception d’équipement et de gestion de fournisseurs, et en cantonnant la sous-traitance dans son ancien rôle de production.

Les constructeurs vont-ils mettre au placard leurs modèles financiers et leurs acheteurs, et réapprendre leur métier ?

Compléments :

Boeing licencie

Il y a quelques jours j’ai entendu dire que Boeing licenciait 4500 personnes aux USA.

La crise, bien sûr. Lors d’une précédente crise, il avait licencié 30000 personnes aux USA. Il n’avait pas embauché en Amérique ensuite. Et puis, il y a peu, il y a eu de longues grèves. De là à penser que le management de Boeing ait joint l’utile à l’agréable… Et qu’il considère qu’il est plus intelligent de liquider des emplois aux USA, que de concevoir de bons avions…

Disparition de l’industrie occidentale, Boeing, entreprise de services (où l’on voit que le sort des personnels de Boeing était scellé, il y a déjà plusieurs mois).

Disparition de l’industrie occidentale

Denis Debaecker, invité du club économie, illustre des erreurs qui ont mis à mal l’industrie américaine et française.

  • Une étude qu’il a menée auprès des employés d’une multinationale industrielle. Les interviewés n’ont aucune confiance dans les informations qu’ils reçoivent. Ils recherchent l’information auprès de leurs proches (conversations, téléphone, mail). Les bases de données de la société ne sont quasiment pas utilisées.
  • Dans le monde de l’électronique, il est habituel de sous-traiter sa production au plus offrant. Qualcomm a découvert que pour conserver des marges raisonnables (quand même très faibles), elle devait connaître parfaitement le métier de ses fondeurs, et même organiser leur travail. Les délocalisations telles qu’elles ont été pratiquées par beaucoup (abandon du savoir-faire au sous-traitant mis en concurrence parfaite) ne sont pas viables.
  • Boeing profite de la crise précédente pour licencier 30.000 personnes aux USA. Lorsque la conjoncture s’améliore, elle les remplace par une sous-traitance massive, à l’étranger. Ses sous-traitants s’installent dans ses usines. Graves problèmes de qualité et de coordination. Le développement de ses deux nouveaux modèles a pris deux ans de retard. Aujourd’hui la direction semblerait faire marche arrière.
  • Un ancien patron de GE prend la tête de 3M. Il rationalise la production de la société. Amélioration initiale, puis plongée. La société n’est plus innovante. Et l’innovation était son moteur. Un nouveau dirigeant s’efforce de rétablir la primauté de la recherche.
  • Une étude a montré que les entreprises qui se sortaient le mieux des crises étaient celles qui avaient conservé des « ressources ». C’est-à-dire qui n’avaient pas procédé à des rationalisations excessives. Intérêt ? Probablement, elles avaient gardé une diversité et une richesse de personnels et de compétences nécessaires pour s’adapter aux aléas d’une crise, par nature imprévisibles.

Compléments :

Boeing, entreprise de services

Un article explique que 4/5ème du 787 est fabriqué hors de chez Boeing. Que des accords avec des sous-traitants leur permettraient de participer directement à l’assemblage de l’avion. Sentant la menace, le personnel de Boeing est en grève. Il veut des augmentations de salaire. Ce qui encourage ses dirigeants à le pousser dehors. Qu’il est agréable de ne plus avoir à gérer que des sous-traitants !

Je me souviens avoir rencontré des employés de Boeing, dans les années 80. Ils déclaraient qu’on n’y construisait pas des avions, mais des carrières. Une entreprise qui a des dirigeants qui ne connaissent pas son métier n’est pas durable. L’histoire de l’entreprise américaine est une éternelle répétition.

Airbus est-il significativement différent de son concurrent ?

Avis aux amateurs…

Compléments :