Paul Bénichou

Découverte de Paul Bénichou. Ce Juif algérien est le produit classique de l’ascenseur scolaire français du début du siècle. Repéré pour ses talents, il est propulsé à Normale sup. Il y devient surréaliste (une aristocratie, qui considérait la société avec condescendance).

Spécialiste de littérature française et ibérique. Il semble avoir étudié Baudelaire pour une raison qui m’intéresse : qu’est-ce qui peu expliquer la naissance de l’intellectuel déprimé ? (Autrement dit le Bobo, invention qui nous est due.)

Son idée serait que la religion a perdu toute crédibilité au temps des Lumières. Une élite intellectuelle a surgi, à sa place. Mais les illusions se sont dissipées. Le romantisme est apparu, en réaction. L’intellectuel a conservé ses prétentions à l’autorité morale, mais il a perdu son optimisme triomphant. Le philosophe des Lumières a cédé la place au poète, qui se complaît dans les ténèbres ?

Le bon plaisir, de France culture.

(Paradoxalement, la fiche wikipedia anglaise de Paul Bénichou est infiniment plus sérieuse que son équivalent français.)

Bicyclette à Montréal

Souvenir d’une visite de Montréal au début des années 90.

A l’époque j’envisageais de m’y installer. Mais, j’étais plus tenté par les quartiers anglais que français. Une question d’esthétique. Les canadiens français vivaient dans des sortes d’habitations troglodytiques dont ils changeaient chaque année. Au fond, ils ont conservé leur statut de colonisés.

Ce qui devait me mettre à part des deux populations canadiennes, c’était mon amour de la marche. En me promenant le long du canal Lachine, j’ai constaté que je marchais sur une piste cyclable. Il n’y avait pas de place pour le piéton.

Curieusement, la prise de pouvoir du monde par le Bobo anglo-saxon s’est faite à bicyclette. La bicyclette était le symbole du bien, du progrès, alors que la marche et la voiture étaient le mal, le passé honni. D’ailleurs, comme le Bobo a dû finir par trouver que pédaler était fatigant, il a inventé le moteur électrique…

Antichiant

La dialectique de Hegel à l’œuvre ? Nous vivions depuis quelques décennies sous la coupe du parti de la morale. Petit à petit il perd tous ses combats. Lui-même se fait de plus en plus silencieux. Trump lui aurait-il donné le coup de grâce ?

Après l’ère du Bobo, celle de l’antibiBobo ? Seulement, l’extrême inverse est rarement une bonne chose.

Sortirons nous de l’extrémisme de notre vivant ?

Les innocents ?

Christine Ockrent, dans son émission Affaires étrangères, parle souvent de « l’innocence » de l’Union Européenne. Dernièrement, il en était question au sujet de l’espionnage chinois. L’Europe commence à soupçonner que la Chine ne lui veut pas du bien.

Un livre que cite ce blog parle « d’oligarchie des incapables« , un billet, vu sur linkedin, se faisait l’écho du titre d’un hebdomadaire : « les sous-doués en col roulé ». Dès que le phénomène « bobo » a été identifié, à la fin des années 90, l’idéalisme un peu ridicule de cette nouvelle classe dirigeante a été remarqué. Ridicules, mais pas méchants ?

Seulement, les réformes de ces « innocents » ont fait beaucoup de dommages. En particulier, en France, elles ont démantelé les instances de la 3ème et de la 5ème République. Sans suffrage universel. Territoires et banlieues « désertifiées », inégalités béantes, reproduction des « élites »… N’est-ce pas pour cela que la colère gronde un peu partout ?

Surtout, la question que l’on pourrait se poser est : furent-ils aussi désintéressés qu’on le dit ? Car leurs théories apparemment fumeuses étaient avant tout un moyen extrêmement efficace de réserver les meilleures places à ceux qui les partageaient. Leur technique était redoutable : la pensée, commençant par la doute, était, par nature, exclue.

Et comment voyaient-ils le peuple, justement ? « Deplorable », comme Madame Clinton ? Quel sort lui réservait-il ? Qu’il s’adapte ou qu’il crève ? (Comme n’était pas loin de le dire une démocrate entendue une veille d’élection.)

Et si ces « innocents » avaient réinventé la lutte des classes ?

(L’héritage qu’ils nous laissent est qu’il n’y a plus d’espace de discussion. Ils ont préparé l’arrivée triomphale de ceux qu’ils honnissent ?)

Front anti Bobo ?

Je participais à une réunion des membres d’une association que je trouve particulièrement dynamique. Ce que j’apprécie est qu’elle me semble très concrète, et obtenir des résultats « sur le terrain ».

Je la croyais sur la voie du succès. Mais ne me suis-je pas trompé ?

Ce qui m’a surpris dans ce que j’entendais des réactions que suscitait l’action de ses membres, était deux choses : à quel point le terme « Bobo » surgit rapidement pour censurer un argument, et à quel point le raisonnement conceptuel irrite.

Quelqu’un me disait l’autre jour qu’il était regrettable que Mme Le Pen se soit approprié « le bon sens ».

Je me suis demandé si le discours qui a « le haut du pavé » n’est pas celui d’une infime minorité, ayant un énorme pouvoir d’influence. Et si l’ombre ne cache pas un considérable mécontentement d’une très grande part de la société.

Gentrification

Comment la « gentrification écologique » asphyxie les classes moyennes
Entre impératif écologique et besoin de foncier, le secteur de l’immobilier connaît des bouleversements majeurs. Les classes moyennes seront les premières touchées. (Tribune du professeur Bourdin)

On entend parler de plus en plus de « gentrification ». Curieusement, les politiques les mieux intentionnées semblent se retourner systématiquement contre une partie de la population. Toujours la même.

Mais quelle est leur victoire, si elles sèment la discorde ?

Les bons sentiments ne sont pas suffisants pour réussir le changement. Il faut aussi embarquer son prochain.

Extrême gauche

« Extrême gauche » est un mot qui a changé de sens. Il y a des années, extrême gauche aurait fait dire, probablement, « anarchiste ». En tous cas, l’extrême gauche était associée au miséreux.

Maintenant « extrême gauche », particulièrement aux USA, signifie « haute bourgeoisie ». Plus exactement « haute bourgeoisie intellectuelle », le fameux Bobo, dont les modèles sont les rentiers français que furent Flaubert ou Baudelaire.

Quand V.Giscard d’Estaing a dit à F.Mitterrand qu’il n’avait pas le « monopole du coeur », aurait-il exprimé la frustration d’une certaine classe de la population ? Pour obtenir ce qu’elle désirait, aurait-elle utilisé ce qu’elle possédait : le langage ?

Raison pure ?

Ce blog, de temps à autres, essaie de modéliser le changement qu’a subi notre société. 

Les mots du moment sont « post modernisme » ou « post industriel ». La société traditionnelle disparaît, remplacée par celle, « excitante », dit-on en anglais, qu’une « élite » de gens éclairés, ou « Bobo », crée. Dans la tradition anglo-saxonne, ils ont des « mérites » qui justifient une vie de privilégié, et l’obligation morale de charité (l’esprit ONG) : révéler la bonne nouvelle à une humanité intellectuellement déshéritée.  

On trouve les prémices de ce phénomène, notamment, chez Max Weber. La science sait comment diriger rationnellement la société. Outre la « massification » de l’enseignement supérieur, le pouvoir a donc été donné au diplômé « d’élite ». 

Le « diplômé », élevé entre soi est une « race » à part. Comme ces peuples qui s’appellent « les hommes », « les purs »… il croit qu’il est le seul être humain. En outre, il a conservé les caractéristiques de l’enfant. Et son imaginaire, formé par ses études, est artificiel. Il se nourrit, comme à l’école, d’idées. Celles de penseurs à la mode. Comme l’écrit Montaigne, il ne pense pas. 

Son saint patron est Gramsci. Celui qui disait que les belles promesses sont l’opium du peuple. 

« Raison pure » ? Un demi-siècle de délire théorique qui vit la tentative de « ceux qui pensent », au pouvoir, d’éliminer « ceux qui font », les dominés. D’où la liquidation de l’industrie, au sens premier du terme. 

(L’enfance de l’ange Bobo, et de Lucifer Trump.)

(La charité : une façon de repayer Dieu des capacités exceptionnelles qu’il nous a données ?)