Filiation du néoconservatisme

Il y a quelques temps j’ai découvert que la France avait généré son propre courant néoconservateur, avec ses propres philosophes, dont MM. Finkielkraut et Manent. Des gens dont je trouve, par ailleurs, la pensée accessible bien que profonde.

Ce que j’ai compris du néoconservatisme se ramène a peu de choses : le droit naturel, et, plus exactement, le fait que les valeurs auxquelles tient le néoconservateur (d’où son nom) sont le bien absolu.

Aux USA, les philosophes de ce mouvement ont été Léo Strauss et Alan Bloom, un de ses élèves. Or, curieusement Léo Strauss et Hannah Arendt, un nom qui revient dans chaque phrase d’Alain Finkielkraut, ont eu pour professeur Martin Heidegger. Or, Heidegger enseignait effectivement le droit naturel, à savoir que la culture allemande était la culture d’origine, pure, de l’espèce humaine. Heidegger, et ses relents sulfureux, serait-il à l’origine du néoconservatisme ? 
Probablement pas, Ayn Rand, qui est une autre source du néoconservatisme, semble avoir atteint la même conclusion par ses propres moyens. D’ailleurs pas besoin d’être diplômé de Normale sup pour penser que l’on a raison et que les autres ont tort…

Compléments :

Neocon

L’« idéologie » (acception honorable du terme : idée directrice non démontrée, mais qui semble importante) américaine est décisive dans le changement que vit la planète. Et le néoconservateur a des choses à dire sur cette idéologie. D’ailleurs c’est lui qui a influencé la politique de George W. Bush. Une étude du neocon :

  • L’article que Wikipedia lui a consacré explique qu’il était, à l’origine, un intellectuel de gauche. Influence majeure : Leo Strauss (Droit naturel et histoire). Idée fondamentale : guerre au « relativisme ». Lutte contre la décadence de l’Amérique. Ce que l’on appellerait probablement en France la « bien pensance ». Le relativisme veut que toutes les valeurs soient respectables (celles des musulmans, des chrétiens, des athées…). Il n’y a ni bien ni mal, comment trouver une voie dans ces conditions ? Le neocon pense qu’il y a des valeurs fondamentales, un « droit naturel ». Quelles sont ces valeurs ? Il est possible qu’elles varient d’un neocon à l’autre. Approximativement, ce sont celles de l’Amérique, une démocratie libérale. Le neocon trouve donc justifié de rayer de la carte, à titre préventif, « l’axe du mal » qui rejette ces valeurs.
  • Limiter le neocon à l’action de George W. Bush est peut-être erroné. Les réformes des pays en développement (Russie, Amérique latine, Asie du sud est – voir Consensus de Washington ) menées par la communauté internationale dans les années 90 rappellent ses idées. On a voulu y installer des marchés libres (parfois après destruction des institutions existantes – Changement en Russie). Ce qui ne correspondait ni aux enseignements de l’histoire (les nations capitalistes ont connu de longues phases protectionnistes), ni à une vérité scientifique (aucune des prédictions de l’économie n’ayant jamais été prouvée), mais à l’idéal américain (l’idéologie du boutiquier).
  • Cependant, les valeurs du néoconservateur ne seraient pas matérialistes. Allan Bloom, théoricien neocon, parle de « quête philosophique pour la vérité, ou la recherche civilisée de l’honneur et de la gloire ». Contradiction ? Pas forcément : les anglo-saxons ne se voient pas comme matérialistes. La fortune est la récompense du bien (Management fad).
  • Une dernière caractéristique du néoconservateur est de penser que le peuple est idiot. Et qu’il faut le bercer de pieux mensonges pour le maintenir dans le droit chemin, et faire son bonheur.

En résumé, le neocon est un surhomme, qui sait que ce qu’il croit (les valeurs de la société dont il est issu) est une vérité absolue.

Compléments :

  • Sur les difficultés de l’économie à devenir une science : BLAUG, Mark, The Methodology of Economics: Or How Economists Explain, Cambridge University Press, 1992.