Fausses nouvelles

Je ne savais pas que Marc Bloch avait étudié la question des « fausses nouvelles ». C’était à l’occasion de la guerre de 14.

Lumineuse analyse ? La « fausse nouvelle » ne peut réussir sans un préjugé qui y prédispose. Dans son cas, la « fausse nouvelle » n’est pas volontaire. C’est une véritable nouvelle déformée.

En fait, le marketing s’est spécialisé dans la « fausse nouvelle », il cherche le fait qui va faire monter en épingle sa thèse. Ce que l’on appelle parfois la « loi forte des petits nombres ». L’intelligence artificielle, par exemple, a probablement révélé beaucoup de fantasmes anciens : le robot qui asservit l’homme, la fin du travail, etc.

Marc Bloch

Marc Bloch vient d’entrer au Panthéon. En écoutant l’émission de France culture « avoir raison avec », je pensais que Marc Bloch était un représentant de « ma France ».

Son oeuvre est très proche de mes préoccupations. Il a jeté sur le monde un oeil d’anthropologue. Il a cherché dans le moyen âge les « invariants » de nos sociétés européennes. Et il a analysé, comme le fit Tocqueville, la société de son temps, qui ressemble tant à la nôtre. Et il est mort pour un idéal dont elle est indigne.

Psycho

Psycho, le film d’Hitchcock, vient d’un livre d’un certain Robert Bloch. La BBC en a fait un feuilleton radio.

L’intérêt de ne pas avoir de mémoire est que la vie est un éternel émerveillement.

L’histoire est celle d’un dédoublement de personnalité. Hitchock a été assez fidèle à l’original, si j’en crois wikipedia. Seulement, il a changé le dédoublé, de petit et gros, en grand et mince…

Dans les années 50, Hollywood a été transformé par la psychanalyse, même le Macbeth de Lawrence Olivier en a pris un coup. Une quantité de livres et de films en résultent.

Tout cela était-il très sérieux ? Licence poétique ? Ou l’homme a-t-il besoin de croire au père Noël ?

Pourquoi en voulons-nous à Monsieur Hollande ?

Les lois contre le cumul des mandats et des fonctions semblent irriter les élus. Ils multiplient les raisons d’être en même temps avocat et député. Curieusement, disait un journaliste de France Culture, personne n’a remarqué qu’être élu était un travail à plein temps. Je n’entends que contradictions. Je suis entouré de gens qui voudraient dégraisser l’Etat, mais pourquoi, alors, lui reprochent-ils de ne rien faire pour l’entreprise ? L’autre jour un journaliste de Médiapart s’en prenait, plein d’une audible haine, à M.Hollande. Nous avons besoin de Roosevelt, d’un grand soir et d’un changement radical. Il se référait à L’étrange défaite de Marc Bloch, qu’il n’avait pas lu. Car ce qui a fait le désastre d’avant guerre, ce n’est pas la trahison des élites comme il semblait le croire, mais, justement son attitude à lui, la défiance de tous vis-à-vis de tous. (D’ailleurs, ce n’est pas Roosevelt qui a sorti les USA de la crise, mais la guerre…)
M.Hollande nous a dit l’évident : l’Etat ne peut plus rien faire pour nous. Et cette disparition nous montre tels que nous sommes : parasites, irresponsables et incompétents ? Voilà pourquoi nous ne l’aimons pas ?

Causes structurelles du déficit français

Un précédent billet disait que les fonds destinés aux SDF ne leur parviennent pas. Dysfonctionnements. Et si la cause de nos déficits était là : une formidable désorganisation ?
Je me suis alors souvenu d’une phrase de Marc Bloch sur la France féodale : « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration ». (BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989.) Nos dysfonctionnements nous protègent, depuis le Moyen-âge, des coups de folie totalitaires de nos dirigeants.

France éternelle

Nous sommes dans un pays qui croit aux belles et nobles idées extraordinairement simplistes. Il n’a aucun sens des réalités. Par exemple, il y a peu, un ministre voulait supprimer le plus vieux métier du monde par décret. Et quel est le programme du PS, si l’on écoute son premier secrétaire ?

la limitation du cumul des mandats (la salle est en délire), le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales (longue ovation), le mariage et l’adoption à tous les couples (tonnerre d’applaudissements).

C’est certain qu’avec cela c’est la fin de la crise, et un monde durable.
Quand le dysfonctionnement ne joue plus, c’est la catastrophe. C’est France Télécom et ses 70md de dettes. C’est aussi Sciences Po, plus modestement.
Si les pays du nord sont plus efficaces que nous, c’est parce qu’ils sont démocratiques. Leurs dirigeants doivent défendre, et mettre au point, leurs décisions plus sérieusement que chez nous. L’inefficacité de la France est liée à sa croyance au dirigeant de droit divin.  

Langage digital d'entreprise

Jeudi, l’Institut de la qualité de l’expression de Jeanne Bordeau présentait l’étude qu’il a réalisée sur le langage digital de l’entreprise. Comment s’exprime-t-elle sur Internet ?

Mal. Si vous enlevez le logo, vous ne savez plus qui parle.

J’en ai déduit que des entreprises comme le Crédit Agricole ou la Caisse d’Epargne, pourtant parmi les meilleurs exemples de l’étude, avaient honte de leur identité, de plus d’un siècle d’histoire et de bons et loyaux services qui leur ont valu l’affection de leurs clients. Elles veulent faire jeunes et branchées. Du coup, zéro différenciation. On investit dans Internet et tout le bazar qui va avec pour faire comme les autres. Donc, ce n’est qu’un coût, qu’il faut compenser par des économies ailleurs. Mais que croient tous ces marketers ? Que, parce qu’il y a Internet, les jeunes recherchent autre chose dans une banque, ou dans n’importe qu’elle entreprise, que leurs parents ?

A l’opposé Shiseido revendique son identité nippone. Elle ne veut pas la branchitude, être Y, et pourtant elle manœuvre parfaitement les codes des nouveaux médias. Elle utilise exactement ce dont elle a besoin, et pas plus. Il en était d’ailleurs de même,  mardi, de DeBijenkorf. Sa stratégie était la différenciation, s’extraire d’un risque de guerre des prix. Dans ces conditions, Internet était bon pour informer le client, peut-être pour ouvrir de nouveaux marchés, mais pas pour se différencier, une question de contact direct.

Cela m’a fait penser à Marc Bloch et à son Étrange défaite : à la veille de la guerre, les officiers français doutaient de leurs troupes. C’est pour cela qu’ils n’ont pas combattu ? Mais quand serons-nous fiers de nous ?

Grève à la radio

Hier, la radio publique est en grève. Je m’interroge.

A-t-elle attendu le résultat des élections pour se mettre en grève ? Cadeau fait aux socialistes ?

Mais, alors, curieuse façon de faire des cadeaux. Pourquoi commencer par une grève ? N’y a-t-il pas d’autres moyens de s’exprimer, à un moment où le gouvernement a un mal fou à faire croire à Mme Merkel que la France est autre chose qu’une République bananière doublée d’un panier percé ?

Si les usines d’armement ont pu faire grève au moment de la guerre de 40 (cf. L’étrange défaite de Marc Bloch), ce n’est pas en paix que nous allons renoncer à nos rites culturels ?

Choisir un président (6) : pratiques anglaises

À côté des théories de mes précédents billets, il y a la pratique. En particulier, celle de l’Angleterre, qui est probablement la plus ancienne démocratie de l’ère moderne. Que ferait l’Angleterre si elle devait choisir notre président ?

Dès le Moyen-âge l’Angleterre semble s’être organisée sur le modèle grec, qu’elle conserve aujourd’hui : 
  • une classe dominante assez égalitaire, ouverte à l’ascenseur social du succès, mais protégée de la dislocation par un système d’héritage contraignant ; 
  • une classe de sous-hommes.
Au 17ème siècle l’élite s’est débarrassée de son roi (devenu, depuis, décoratif) et a adopté un régime parlementaire.
Une des caractéristiques frappantes de ce régime est son mode d’alternance. Depuis l’origine, le parti qui remporte une guerre est remplacé par son opposition. L’Anglais pense-t-il que chaque parti a une spécialité, et que cette spécialité correspond à un type de circonstances donné ? Change-t-on de parti parce qu’il ne peut changer de politique sans perdre la face ?…
Qu’en est-il dans notre cas ? Il est possible que nous voulions à la fois un gouvernement qui puisse rétablir des valeurs de plus grande solidarité, mais aussi qui fasse preuve de détermination et de pragmatisme dans la gestion de la crise.
Compléments :
  • Sur le Moyen-âge : Marc Bloch et Roland Marx.
  • Sur le 17ème siècle : COWARD, Barry, The Stuart Age: England, 1603-1714, Longman, 2011.

La France et le changement

J’ai constaté que si l’on donne la liberté à un groupe de Français (étudiants, employés…) de faire quelque chose, rien ne bouge. Même si cela correspondait à une de ses aspirations. Mais si on lui donne un ordre (exercice noté pour les étudiants), il s’exécute. Généralement, il protestera vigoureusement. Un peu comme la CGT qui ne signe jamais aucun accord, mais qui ne fait rien contre.

Contrairement à l’Américain, le Français semble être heureux dans le statu quo. Il n’a aucune ambition à la grandeur. Il ne veut pas changer.

La France change pourtant. Pour cela, mais selon des directives. Et le Français se cache sa passivité en prétendant qu’il s’est fait brutaliser, et en masquant son adhésion de fait par sa mauvaise humeur.

Il est cependant possible qu’il y ait d’autres types de changement, emmenés par de grands mouvements d’enthousiasme, comme ce fut peut-être le cas durant les guerres révolutionnaires, ou pour les Français libres de la dernière guerre.

Compléments :

  • Faut-il voir dans ces constatations une redécouverte des idées de Marc Bloch, qui dit qu’au fondement de la culture française est la résistance de ses classes paysannes au bon plaisir de la noblesse féodale ?

Aéroports en grève

Les personnels de sécurité des aéroports font grève. (Aéroports : le gouvernement sommé d’agir – Economie – TF1 News)

Ils paralysent les aéroports, alors qu’ils sont une poignée (si je comprends bien, il suffit de 400 personnes pour les remplacer). Et ce à Noël et en ayant une visibilité mondiale. Est-ce bon pour notre image de république bananière ?

D’ailleurs, une grève aussi agressive est-elle judicieuse en période de crise ? Souvenir des usines d’armement en grève d’avant guerre, dont parle Marc Bloch dans L’étrange défaite ?

Et si, dans les deux cas, ce comportement apparemment irrationnel était une conséquence de la crise ?

Les psychologues disent que lorsque l’homme est paralysé par l’incertitude, il tend au ritualisme, à s’agripper à ce qu’il juge être le fondement de son identité : l’Allemagne s’accroche à la lettre de ses lois, le religieux devient fondamentaliste, les syndicats font grève, et le blogger écrit ?