Le numérique est-il une idéologie ?

Le « numérique » est un acte de foi.

Ce vocabulaire est une construction idéologique, un mythe, qui n’a que peu à voir avec les divers dispositifs techniques dont il est question et qui tend à engloutir toute analyse dans un océan de généralités et d’approximations.

Rien de ce que l’on nous dit sur le Big data ou autre n’est fondé. Mais ce n’est pas grave. Car le numérique n’est pas une question de raison ou de choix de vie du peuple, de démocratie. La civilisation numérique doit s’imposer à nous parce que c’est le bien.

(Pour poursuivre l’analyse :
Sébastien Broca, « Les chausse-trappes de la pensée Internet », La Vie des idées, 16 mai 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-chausse-trappes-de-la-pensee-2665.html)

Le XXIème siècle ou le retour des sectes et de l’âge des ténèbres ?

Pourquoi big data est-il une farce ?

Sur le site des 3 Suisses, je donne un coup d’oeil à un article. Je décide de l’acheter ailleurs. Je n’en ai donc plus besoin. Pourtant, depuis, il me poursuit. Il réapparaît sur chaque site web que je fréquente. Voilà Big data et ses effets.

Pourquoi Big data est-il une farce ? Réponse d’un article : parce que les informaticiens veulent faire des choses trop compliquées. Parce qu’ils sont programmés pour cela. Or, ce qui marche est simple.

(Cela me rappelle ma jeunesse. A l’époque je m’occupais d’algorithmes. Et mon combat, c’était cela. Faire simple alors que tout le monde voulait utiliser des méthodes délirantes. Une anecdote parmi d’autres. Programme de placement de robot. On vous donne un robot, ce qu’il doit faire. Où le mettre ? Il suffisait de remarquer que l’on savait à peu près où se trouvait le pied du robot, pour qu’un travail infructueux de 3 ans soit fait en une semaine, en partant de zéro. Mes prédécesseurs désiraient, quant à eux, appliquer les résultats d’une thèse.)

L’Inde a besoin d’un as du changement ?

L’Inde élit M.Modi. Un autocrate. Elle a voté pour le développement économique et a éjecté le clientélisme féodal du Parti du Congrès. M.Modi doit transformer l’Inde en usine du monde, alors que le « pays a oublié, purement et simplement, comment travailler ». Et qu’il semble un enchevêtrement invraisemblable. (Changement compliqué ?) En mer de Chine, les pays de la Région semblent impuissants face au bon plaisir du monstre chinois. Coup militaire en Thaïlande. Raison : mettre un terme au blocage actuel ? Ou intervenir avant qu’un prince héritier faible ne prenne le pouvoir ? L’Arabie saoudite investit à la maison.
L’UE parle un anglais corrompu par le français (une façon de faire fuir l’Angleterre ?). Elections européennes. En Italie, lutte entre M.Grillo et M.Renzi et ses réformes. La République Tchèque est anti-européenne. Le PS français semble être le parti de gouvernement dont la situation, eu égard à ces élections, est la plus difficile. L’armée est un élément central de la politique russe. Elle doit lui permettre d’intervenir dans son voisinage, de tenir en respect ses minorités, et de la défendre de la Chine – mission de ses missiles nucléaires. Chine avec laquelle elle tente de s’entendre pour faire pièce aux sanctions de l’Ouest. La Lybie est divisée entre islamistes et anti-islamistes. Devant la chienlit actuelle, le second camp est tenté par un coup. Avec l’assentiment de l’Algérie et de l’Egypte. D’où guerre civile ?
Les entreprises chinoises déposent beaucoup de brevets. Lenovo est le champion du PC. Il pense assurer son développement grâce à l’innovation. Il semble surtout un champion de l’exécution efficace de stratégies industrielles. Aux USA (seulement ?), Télécom et TV fusionnent, pour disposer d’offres globales. Les journaux sont toujours au milieu du gué numérique. Le journaliste doit s’imprégner des nouveaux usages du marché. Big data dans l’agroalimentaire. Les données que possèdent l’industrie lui permettent de dire à l’agriculteur quoi, quand et où planter (« prescription planting »). Mais l’agriculteur se méfie. Il a peur d’être le dindon de la farce. Les banques européennes (Crédit Suisse, bientôt BNP) ont maille à partir avec la justice américaine. Ses jugements semblent marqués par l’incohérence. (Pragmatisme, c’est-à dire, coup par coup ?) Pour faire plaisir à leurs actionnaires, les laboratoires pharmaceutiques ont liquidé leur recherche. Ils doivent maintenant trouver des fournisseurs de nouvelles molécules.  
Pour défendre les ordinateurs des pirates, deux versions d’un même programme ne doivent pas se ressembler. Il suffit pour cela de le demander aux compilateurs. On cherche à produire à simuler le système nerveux d’un ver. 

Taxonomie

A l’heure du « big data », il semblerait que le meilleur moyen de retrouver un contenu du type de celui de ce blog demeure l’ingéniosité humaine. Le cas de la « taxonomie ». 

Il s’agit de repérer une centaine de thèmes (cf. les « tags » ou « libellés » en français) que traitent, dans l’exemple de mon blog, mes billets. Ensuite, en croisant ces thèmes, il est relativement facile de retrouver un billet dont on ne se souvient plus très bien du contenu. Ce qui n’est pas le cas si l’on utilise un moteur de recherche même puissant.

J’ai commencé à réduire mon nombre de « tags ». Exemples :

  • Les « tags » The Economist, pour les synthèses hebdo du journal, « Livre » pour les synthèses de livres. 
  • Nom propre (pays, homme politique…) : signifie que le billet apporte quelque-chose à la connaissance de l’identité correspondant au nom (culture d’un pays, logique de l’homme…) ; alors que par le passé, j’utilisais ce tag dès que le nom était mentionné dans le billet. 

Si j’étais rigoureux, il faudrait que je procède à un travail systématique :

  • Que je définisse noir sur blanc quels sont les thèmes de mes billets, peut-être en partant d’un échantillonnage ;
  • et que je reprenne mes billets et que je leur affecte les dits thèmes.
  • D’une manière générale, il faut faire un retraitement des billets en fonction de nouveaux thèmes auxquels le blog s’intéresse et dont ces billets pourraient avoir parlé à une époque où les thèmes n’étaient pas identifiés… 

Big data : stratégie d'oligarques ?

Discussion sur l’industrie de l’eau. Surprise. Il paraîtrait que son avenir soit le compteur intelligent. Celui qui vous signale qu’une petite mamie n’a pas pompé d’eau depuis deux jours, et qu’il faut appeler le SAMU. Mais c’est idiot, me suis-je dit. L’industrie est en face d’au moins deux problèmes bien plus graves (sans compter que je ne suis pas sûr qu’elle sache toujours très bien satisfaire les besoins ordinaires des collectivités et du consommateur) :

Ne pourrions-nous pas dire pareil de tous les secteurs? Les entreprises semblent hors sujet. Ne répondre à aucun besoin fondamental. Elles attendent le salut du Big data, alors que notre avenir, parfois très préoccupant, leur fournit d’extraordinaires sujets de développement.

Et si nos dirigeants, et gouvernants, étaient totalement coupés de la réalité ? Et si le Big data était un avatar du mythe du dirigeant créateur de valeur ? Le Big data est un savoir auquel a accès le dirigeant, mais pas le grand public. Peut-être aussi présente-il la perspective d’un contrôle total de l’entreprise. C’est un savoir qui n’a pas besoin d’employés. Du coup, le dirigeant ne connaît que cela du monde. Marteau qui voit des clous partout ?

De la nécessité de big data

On dit beaucoup de choses de Big data. Je ne crois pas que ce soit juste.

  • Tout d’abord, Big data serait la formule magique que l’on attend depuis la bulle Internet. Miraculeusement, il donnerait le moyen de nous faire acheter ce que produit l’entreprise. Ce qui nous fait craindre une manipulation. Je ne crois pas qu’il existe des algorithmes capables de ces prouesses. Et s’ils existaient, ils seraient bien plus dangereux pour le puissant, qui a beaucoup à cacher, que pour le petit. Dommage. Ne serait-il pas amusant de découvrir ce que tel ou tel journal ou tel ou tel dirigeant a derrière la tête ? Curieusement, j’ai étudié les applications de Big data il y a une quinzaine d’années, au hasard d’une mission, et à une époque où aucun visionnaire ne s’intéressait au sujet. J’ai découvert qu’il existe effectivement des applications extrêmement rentables. Mais qu’elles ne sont pas là où on les cherche aujourd’hui. On trouve ainsi un peu partout des problèmes complexes, qui génèrent beaucoup de données, que des entreprises riches ne savant pas exploiter. (Une exception grand public toutefois : il y a un gros marché pour des logiciels capables d’évaluer la solvabilité d’une personne.)
  • Il me semble surtout que l’on n’a pas vu que Big data est essentiel. En effet, avec la disparition du papier nous n’avons plus de traces de nos échanges. Au mieux nous restera-t-il quelques documents officiels. Mais rien de ce qui permet, par exemple, d’explorer la pensée d’un écrivain, d’un philosophe ou d’un scientifique. Nouvel outil d’archéologie, Big data peut permettre de retrouver, dans le chaos d’Internet, un peu de ce que nous avons été. (Mais cela sera bien moins durable que les pyramides !)

Chine : Internet citoyen ?

L’Internet chinois « sert des intérêts nationaux aussi bien que commerciaux ». Le pouvoir chinois contrôle son Internet de façon à ce qu’il fasse la fortune de ses entreprises, qu’il promeuve sa culture (notamment par le thème des jeux électroniques), et qu’il ne suscite pas de mouvements de foules, susceptibles de le déstabiliser. Le contrôle du dispositif, qui est fortement manuel, fournit un emploi à 100.000 personnes. C’est aussi un moyen pour la bureaucratie centrale de connaître les besoins du peuple et d’y réagir. L’armée a son bataillon de pirates qui cherchent, ailleurs dans le monde, le savoir-faire qui pourrait servir la cause du pays.  Un exemple à imiter ? En tout cas, la Chine exporterait son expérience (principalement vers les pays qui se méfient de la démocratie occidentale).
Par ailleurs, The Economist est inquiet pour la France, ses scandales et son faible président. Ils pourraient entraîner la zone euro par le fond. Et plomber son projet d’Union bancaire, à laquelle The Economist semble très attaché. L’Angleterre s’attaque à son système de sécurité sociale. The Economist, a-t-il lu ce blog ?, pense que ce type de réforme à peu de chances de réussir. Le pays ferait mieux de revoir la philosophie du dispositif, en en faisant une assurance contre les accidents de la vie. Aux USA, comme dans le reste du monde, on est las des partis politiques. Ne défendent-ils pas l’intérêt de quelques-uns plutôt que le collectif ? Tentative de constitution de partis centristes. Mais, en se servant du dit mécontentement, ne vont-ils pas provoquer un rejet de la démocratie ? Ne serait-il pas mieux de faire fonctionner le système existant ? se demande The Economist. Je m’interroge, quant à moi : pourquoi en est-on venu à croire que la seule alternative aux intérêts en place était le populisme ?
La Corée du Nord pourrait-elle déclencher une guerre ? Son nouveau dirigeant est sorti de la gesticulation contrôlée de son prédécesseur. Comportement rationnel, ou acte de folie ? Et le tuteur chinois hésite à intervenir.
Les banques centrales impriment beaucoup d’argent. Ça ne fait pas redécoller l’économie. Les entreprises, qui ont énormément de cash, ne l’investissent pas dans leur outil de production. Elles recherchent des placements financiers à haut rendement. On semble reparti pour une bulle spéculative, si je lis correctement cet article. On en revient même aux subprimes.
Big Data est utilisé pour le recrutement des petits boulots. Ça ne marche pas pour les cadres.

Canaliser le déluge de données

Le rapport « Future Work Skills 2020 » de l’Institute for the Future (cité dans un post précédent) relève un défi intéressant pour les travailleurs du futur que nous sommes tous : savoir gérer intelligemment les données à notre disposition sur les réseaux, dont le volume croît à une vitesse exponentielle.

Le phénomène du Big Data a déjà fait l’objet de nombreux commentaires, par exemple par McKinsey qui estime que les données deviennent un troisième facteur de production à côté du capital et du travail.

Le défi se situe également au niveau individuel. Nous étions déjà débordés par l’email ; nous le sommes encore d’avantage par Facebook et tout cela n’est qu’un début.

Quelles compétences et nouveaux comportements devons-nous développer pour ne pas se laisser noyer mais, au contraire, canaliser ce déluge et en tirer profit au moment de prendre des décisions ?

  1. Donner du sens / interpréter les données (« Computational Thinking ») :
    • utiliser des outils de simulation pour assister la prise décision (cf. la mode des « business games » ou des « serious games »)
    • développer nos compétences d’analyse statistique et de raisonnement quantitatif
  2. Prioriser et filtrer les données (« Cognitive Load Management ») :
    • réduire le « bruit » et identifier les données les plus importantes en utilisant, par exemple, des « interfaces adaptables » qui simplifient les données en fonction de l’activité cérébrale détectée
    • utiliser les techniques de « filtrage social » : classer les flux de données, ajouter des tags et d’autres méta-données

L’étude rappelle tout de même qu’il faudra toujours tenir compte des limites technologiques :

    • tout modèle n’étant qu’une approximation de la réalité, la gestion des données devra toujours s’appuyer sur l’intuition et le sens des réalités (ouf !)
    • ne pas devenir prisonnier de systèmes automatisés pour les situations où les données font défaut

A priori, les littéraires et les créatifs ont donc encore un avenir…