Joe Biden président des USA ?

Joe Biden va-t-il être président des USA ?

Il a le vent en poupe. Les démocrates semblent avoir décidé que battre Donald Trump était plus important que promouvoir des idéologies farfelues. C’est le choix de la raison.

Contre Joe Biden, il y a le fait qu’il est un loser (c’est la quatrième fois qu’il se présente). Surtout, les études scientifiques disent qu’un président est reconduit lorsque l’économie de son pays est prospère.

Pour Joe Biden, il y a un Donald Trump qui se cantonne, étrangement ?, à la classe moyenne blanche. Si Joe Biden parvient à jouer, à la Obama, sur les minorités majoritaires et s’il récupère un peu du vote démocrate blanc traditionnel, il devrait gagner.

Joe Biden au pouvoir, ce serait une cause de trouble à l’ordre public mondial en moins. Mais ce serait probablement un mal pour l’Europe : grâce à Donald Trump, elle avait commencé à faire preuve d’un peu de solidarité… Ce qui ne tue pas, renforce.

Le retour à la raison des démocrates ?

Les démocrates américains me semblent fous. Au lieu de chercher à gagner le pouvoir, selon les règles de la démocratie, ils se font les combattants d’idées délirantes. C’est sur cela que me semble jouer M.Trump : il remue un chiffon rouge, le Bobo entre en transe, ce qui aliène l’électorat.

Mais peut-être qu’il y a un changement. J’entendais que Joe Biden exprimait des idées un peu plus conventionnelles, et que les sondages semblaient lui être favorables. Ce qui signifierait que l’électeur cherche plus à combattre M.Trump qu’à défier les valeurs qu’il paraît défendre.

Cheney et Biden

Pourquoi Georges Bush nous a-t-il amené au bord du chaos ? Parce que Dick Cheney, son vice président, était un homme d’entreprise et d’efficacité, qui a su immédiatement mettre en œuvre ses décisions.

Pourquoi Barack Obama n’arrive-t-il pas à sortir son pays de la crise ? Parce que Joe Biden, son vice-président, est un politique qui se sent bien dans le chaos. (Dick Cheney’s memoirs)
En fait, il est possible que ces attitudes soient propres au libéralisme.
  • La première pense que le bien doit être imposé d’en haut à une masse porteuse du mal. La seconde estime que c’est une forme de paralysie, résultat d’un équilibre des forces entre individus égaux, qui produit le bien. 
  • L’affrontement entre elles est vieux de plus de vingt cinq siècles.  
Compléments :
  • On remarquera que chacune se justifie par l’autre : les dirigistes le sont pour éviter le chaos, et les chaotiques pour éviter le totalitarisme.
  • Sahlins Marshall, The Western illusion of human nature, Prickly paradigm press, 2008.
  • En France, cette opposition se lit probablement dans les programmes du PC et du parti gaulliste d’une part, et du PS et de la droite libérale (ex UDF), d’autre part. Sur la droite, en parfaite illustration : Rémond René, Les droites aujourd’hui, Points, 2007.

La logique d’Obama (suite)

Nouvelles réflexions sur les règles que suit le comportement des candidats à la présidentielle américaine.

Dans un billet (McCain et Obama (suite)), je disais que je m’étais trompé sur McCain : il n’entrait pas dans le schéma « intello / bouseux », « Amérique d’en haut, Amérique d’en bas » usuel. Je me demande si ce n’est pas aussi le cas d’Obama. Il n’est peut être pas un ordinaire intellectuel démocrate, pétri d’idéaux irréalisables.

Michel Crozier (Le mal américain) parle d’une Amérique d’après guerre de 40, pleine de gentillesse, de confiance en soi, qui veut apporter le bonheur au monde. Je me demande si Obama n’est pas une réémergence de ce trait, enseveli depuis 4 décennies, de la culture américaine.

The post-election season begins s’inquiète d’un ras de marée démocrate. Une nuit du 4 août qui accouche d’utopies dramatiques. Pour ma part, je doute qu’avec les dettes empilées par le gouvernement Bush, l’utopie ait beaucoup de latitude. D’ailleurs, Obama est-il susceptible de se faire entraîner par l’enthousiasme collectif ? Un détail m’intrigue. Son vice-président.

On a dit que Joe Biden avait été choisi pour apporter de l’expérience internationale à Obama. En fait, il lui apporte surtout le moyen de manœuvrer le Sénat. Or, aux USA, contrairement à la France, le parlement (au sens large) a un pouvoir fort, aucune réforme ne peut passer sans lui (De la démocratie en Amérique). Les grands réformateurs ont été des maîtres de ses très compliqués mécanismes de négociation. Initialement, ce qui frappait chez Joe Biden était ses gaffes. Mais l’électorat semble désormais voir au-delà. Il est aussi populaire que Sarah Palin, mais suscite beaucoup moins de rejet. Joe Biden un très bon choix ? Par contre, avec Sarah Palin, McCain n’a raisonné que tactique, et court terme.

Autre remarque : à l’agressivité de la campagne de McCain, Obama n’a pas répondu agressivement. Les commentateurs estiment même que c’est son « langage corporel » (il était détendu et sympathique) qui lui a donné l’avantage sur McCain, lors du dernier débat.

Obama va-t-il battre à la loyale un McCain qui n’a pas été loyal ? Serait-il capable de résister à l’attrait de la facilité ? de trouver des solutions solides, a priori impopulaires, à des problèmes complexes ? de s’y tenir et, finalement, de les rendre populaires ? Est-il une réponse à ce mal américain qui cause crise après crise : une innovation qui est, en fait, une tricherie ?

Sur les présidents américains d’après guerre : PATTERSON, James T., Grand Expectations: The United States, 1945-1974, Oxford University Press, 1996.
Sur la définition que le sociologue Merton donne a innovation : Braquage à l’anglaise.