Du néo libéralisme au néo rooseveltisme ?

Depuis la première présidence Clinton, un consensus s’était formé sur l’intérêt à long terme de mener une politique budgétaire prudente, de conserver l’essentiel de la dérèglementation économique des mandats Reagan et de préserver le multilatéralisme commercial (…) la crise du Covid et l’exacerbation des inégalités qu’elle a mises au grand jour auront finalement eu raison des restes du consensus clintonien et préparé l’entrée en scène du néo-rooseveltisme. (Article.) 

Changement aux USA. Le président Biden revient à une politique démocrate. On parle à nouveau de « bons emplois ». Certes il est question de l’environnement, mais la situation du peuple redevient une préoccupation de la gauche américaine. 

Cela va-t-il réussir ? Le diable est dans les détails. Mais peut-être pense-t-on, aux USA, que faire le contraire de ce qui n’a pas marché est une idée qui a, au moins, le mérite de la simplicité ?

Relance : pauvres en dangers ?

J’entendais dire que le plan Biden allait relancer l’économie de la Chine. 

Toujours est-il que nos gouvernants sont avant tout extrêmement soucieux du court terme et ne tiennent pas compte des conséquences systémiques de leurs réformes. Ce n’est pas pour rien, qu’en cinquante ans, la France a accumulé une quantité colossale de dette, et se retrouve avec une économie anémiée. 

On ne parle que de « combler les inégalités ». Mais, ce qui risque d’arriver, c’est le contraire. Ceux qui sont armés pour profiter de la relance sont les grands (multinationales et métropoles), et les industriels (Chine et Allemagne). Or les plus faibles, individus, entreprises, et nations, sont à leur limite de flottaison…

(Il faut probablement relire Poor Economics : la définition même de la pauvreté est que le moindre incident devient un drame.)

Hyperinflation ?

Depuis quelques temps les milieux financiers américains ont peur de l’inflation. Conséquence du plan de relance, énorme, de M.Biden. Qu’en penser ? Idées en vrac.

  • Depuis encore plus longtemps, on entend que la « dette covid » va être effacée par l’inflation. M.Biden aurait-il cherché à faire d’une pierre deux coups ? Venant des apprentis-sorciers qui nous gouvernent, cela ne serait pas étonnant. Mais cela ne résoudrait rien : les Etats empruntent à taux négatif, si ces taux augmentaient cela, probablement, rendrait leur situation difficile. Et l’inflation est un fléau redoutable, qui a dévasté notre pays pendant des décennies. (Sans parler de l’inflation en Allemagne, avant guerre.) 
  • J’observe que nous avons déjà une hyper inflation. Mais elle ne porte pas sur les biens de grande consommation. Elle touche l’immobilier (sans que ses victimes, les gilets jaunes, le comprennent), et les actions, en particulier. 
  • On parle aussi d’impôts pour payer les surcoûts de l’épidémie. Ce qui serait pire que le mal : en affaiblissant marché et entreprises cela provoquerait une contraction de l’économie… donc moins de recettes ! 
  • La seule solution, dans la logique actuelle, semble la croissance. Taux négatifs et prélèvements normaux sur une économie en développement éliminent les dettes. Comment y parvenir ? Notre gouvernement de droit divin voit l’économie comme une boîte noire, son seul moyen d’action est d’injecter de l’argent. C’est inefficace, et, donc, ça ne fait qu’empirer le problème. Une meilleure solution serait de se retrousser les manches, de descendre de l’Olympe, et de créer les conditions qui permettent aux entreprises de s’adapter aux nouveaux marchés, simplement en les aidant à utiliser correctement ce qui existe déjà. 

Vive la guerre froide ?

Amérique post Trump. Prospective. Après les changements internes d’un précédent billet, les changements externes.

« Continuité« . Ai-je entendu, dans l’émission Affaires étrangères de France Culture. 

Ce ne sont pas les présidents qui dirigent les Etats, mais les intérêts. Et, aux USA, il y a les « swing states », et ils exigent que la politique de M.Trump, revivifier la base industrielle, soit poursuivie. Plus étonnant ? M.Trump n’aurait pas fait d’erreurs en termes de politique étrangère. Et le désengagement international, commencé avec M.Obama, se poursuivra. Certes, on devrait à nouveau parler de droits de l’homme. (Mais pour mieux ennuyer ses concurrents ?)

Un invité russe rappelait que les démocrates sont beaucoup plus belliqueux que les Républicains. On se dirige vers une guerre froide, avec la Chine. Surtout pour des raisons de suprématie technologique, mais, aussi, du fait Taiwan dont la Chine veut s’emparer.  Renaissance d’un front occidental ? L’OTAN reprend du service ? Mais l’UE devra assumer sa part des dépenses. 

Quant à l’avenir de l’UE (bloc souverain ou passoire ?), il dépendra d’où Allemagne verra son intérêt : à l’extérieur ou à l’intérieur. 

Amérique post Trump

Un billet a fait surgir l’hypothèse, inattendue, d’une Amérique blanche, millénariste, qui livre sa dernière bataille avant d’être submergée par les majorités colorées. Seule possibilité ?

Et si, contrairement à ce que j’ai dit précédemment, la composition de la Cour suprême représentait l’avenir de l’Amérique ? Une Amérique qui renaissait d’un rejet réflexe des excès de l’extrême gauche intellectuelle ? 

Ce serait un retour aux valeurs traditionnelles, notamment religieuses, partagées par tous les composants de la population. La gauche pourrait se fracturer : le libertarisme, autre valeur américaine forte, rejetant le puritanisme (« cancel culture »). Les intellectuels redeviendraient une minorité contestataire, irresponsable. 

Ainsi, tout rentrerait dans l’ordre ? Hybris, Nemesis, Catharsis ?

Démocrates américains : no future ?

De France, on ne voit que l’affrontement de Biden et de Trump. Mais, s’il gagne les élections, le parti démocrate pourrait bien avoir perdu la guerre. (Article.) 

En Amérique, les Etats et les assemblées sont puissantes. Or, ici, le triomphe annoncé des démocrates n’a pas eu lieu. Biden, comme Obama, risque d’avoir du mal à gouverner ? (Mais, peut-être sera-t-il moins intransigeant que son prédécesseur ?) Toujours est-il que les mesures que les démocrates voulaient prendre pour contrer l’influence de la Cour suprême ne sont plus possibles. Le virage conservateur risque d’être fort et durable. (Mais peut-être pas totalement contre nature, comme je l’ai dit, à tort ?)

Le problème du parti démocrate ? L’emprise des urbains diplômés et riches, paradoxalement l’extrême gauche. Leurs valeurs et intérêts s’opposent à ceux à la fois de la majorité des blancs, mais aussi des latinos, catholiques (et peut-être d’une partie des noirs). Paradoxalement, en gagnant la bataille de la communication, l’intellectuel a créé des « identités dominées », religieuses ou économiques, qui, avec les grandes fortunes de l’économie traditionnelle, fournisseurs d’emplois aux classes moyennes, donnent aux Républicains une majorité. 

Mon billet sur la compagnie aérienne de Trump aurait-il été prescient ? M.Trump a eu une bonne intuition, mais il n’a pas su l’exploiter ? Il aura fait le sale boulot pour d’autres ? 

Voter Biden

Les USA, ce n’est pas la démocratie, mais la Cour suprême. Tout s’y termine, tout s’y décide. Or, celle-ci est maintenant dominée par des conservateurs fondamentalistes. Elle ne représente plus la nation. 

La faute de Trump ? Depuis la fin du mandat de M.Clinton, les USA sont aux prises avec l’équivalent de guerres de religions. Les modérés des deux camps ne s’étant pas tendu la main, ce sont les (ultra) extrêmes qui ont gagné. Ce qui arrive à la Cour suprême est l’équivalent du cancer pour l’homme. « Le pronostique vital est engagé » dirait la radio. 

Arrive M.Biden. France Culture rapportait, avec horreur, qu’il avait déclaré avoir travaillé en bonne intelligence avec des sénateurs ségrégationnistes. Eh bien, cela semble exactement la solution « systémique » dont a besoin l’Amérique. 

(Quant aux ségrégationnistes, le meilleur moyen de les faire changer d’avis est peut-être de discuter avec eux ?)

Le démocrate favorable au gaz de schiste ?

Un des nombreux paradoxes, qui enchantent ce blog. 

Aux USA, l’élection des démocrates, supposés écologistes, serait une bénédiction pour l’industrie du gaz de schiste (par ailleurs très forte dans l’Etat de Joe Biden) ! 

Pourquoi ? Parce qu’ils ne vont pas arrêter l’extraction du gaz de schiste, mais contenir son développement. Or, ce qui la menace est une course en avant, qui la conduit à la ruine. 

« les sociétés d’exploration et de production doivent être sauvées d’elles-mêmes. Sinon, elles foreront des puits jusqu’à ce qu’elles soient à nouveau ruinées. Cela signifie que les réglementations et les lois démocrates favoriseront les producteurs qui ont déjà des actifs en place, idéalement pas sur des terres fédérales. » (Financial Times.)

Pépés flingueurs

Hier, il était question du débat entre MM.Biden et Trump. Les journalistes semblaient affligés par son manque d’élévation.

Pour moi, c’était la règle du jeu. Il s’agissait de montrer sa masculinité, son américanité, en faisant preuve de génie dans la mauvaise foi. Au fond, ce doit être un jeu extraordinairement amusant. Peut-être même une libération enivrante de l’étouffante raison et de la « cancel culture » pesante. Soyons post modernes !

D’après ce que j’ai entendu, Joe Biden (bientôt 78 ans) a prouvé qu’il était loin d’être un vieux crouton, ce que prétendait M.Trump (à peine 74 ans), et qu’il pouvait rendre gnon pour gnon à ce dernier.

Kamala Harris : un autre Obama ?

Avec Mme Harris, M.Biden reconstitue la couple qu’il a formé avec M.Obama ? On ne change pas une équipe qui gagne ?

Si j’en crois wikipedia et la presse américaine, en comparaison à la clique des prétendants démocrates à la présidence, elle semble modérée. Ensuite, c’est une drôle de noire. Comme M.Obama, elle n’a pas d’esclaves américains parmi ses ancêtres. Elle est la fille de professeurs d’universités les plus prestigieuses. L’un jamaïcain et apparemment descendant en ligne droite d’un propriétaire d’esclaves, l’autre indien. Elle semble, aussi, avoir fait un parcours à la Obama : juriste d’élite (sommet de l’intellect aux USA), fonctions prestigieuses, sénatrice. Bref, elle fait partie de l’aristocratie démocrate. Elle serait même appréciée par M.Trump, qui aurait financé deux de ses campagnes. (Et qui l’aurait qualifiée de « méchante », ce qui est un compliment, chez lui.)
Malin ? C’est une couleuvre a avaler, pour beaucoup. Sans être une vraie noire, elle est susceptible d’attirer le vote des noirs (apport qui peut être important, mais, comme d’autres pauvres, le noir vote peu) ; sans être LGBTQ et impeccablement politiquement correcte, l’extrême gauche blanche ne peut pas s’opposer ouvertement à une femme noire ; sans être blanche, il est possible que sa modération ne renvoie pas le petit blanc déçu par M.Trump vers ce dernier ou l’abstention. Phénomène Obama ?