Chaos américain

Le propre de notre époque, c’est que rien ne va plus. Et les USA sont un puissant facteur d’incertitude. 

Ce qui est consternant est que la bêtise paie. Les Républicains les plus malsains ont le vent en poupe. Mais, paradoxe, en annulant le droit à l’avortement, ils ont perdu leur meilleur moyen de mobiliser l’électeur.  « Il apparaît donc désormais que les affrontements des prochaines années porteront moins sur les prises de position des démocrates que sur des options républicaines qui semblent de plus en plus difficiles à défendre face à une opinion hostile ou sceptique. »

Seulement, le découpage électoral favorise le Républicain extrémiste, au détriment de la majorité raisonnable. « La question qui se pose désormais est de savoir si ce système bancal où une minorité impose ses critères socioculturels à un pays en pleine mutation peut subsister longtemps. » (Article.)

En fait, cette situation explosive ne l’est peut-être pas autant qu’il y paraît. La constitution américaine a été conçue pour donner peu de pouvoir à l’Etat fédéral, d’abord. Et, ensuite, les Américains sont pragmatiques, et comprennent vite où se trouve leur intérêt… En outre, l’irrationalité de l’électeur vient aussi de critères très rationnels : il est en situation difficile. 

Amis et droits de l'homme

On parle d’un « boycott de la Chine », pour cause de droits de l’homme. 

Pourquoi maintenant, alors que l’affaire ne semble pas nouvelle ? Mais aussi, comme on l’a vu lors de l’histoire des sous-marins australiens, ce type d’action n’est-elle pas, avant tout, un attrape-nigaud pour « alliés » des USA ? 

Il est possible, comme on le voit dans les procès aux USA et comme l’a illustré M.Trump que, dans la culture américaine, l’intérêt individuel soit intimement associé à la notion de « bien ». Comme au Moyen-âge, le jugement de Dieu récompense le gagnant, qui écrit l’histoire, par ailleurs. 

Mais, si l’on n’est pas américain, on peut adopter un autre point de vue. Peut-être estimer que les droits de l’homme sont trop importants pour être associés à ses intérêts, et qu’il n’y a pas que les moyens qu’utilisent les Américains ne sont pas les plus efficaces pour les faire respecter…

Trump président !

M.Trump a de grandes chances d’être le prochain président des USA disait la BBC ce matin. Curieux, on ne l’entend plus. Serait-il aussi efficace derrière la scène qu’au micro ? 

Le raisonnement serait le suivant : M.Biden ne parvient pas à faire passer ses réformes, en partie du fait de dissensions dans son camp. Or, il n’a qu’une faible majorité à la chambre des représentants. La stratégie des Républicains est de faire appel aux électeurs de M.Trump, sans le nommer. Ce qui semble leur réussir. Aux élections de mi mandat, ils devraient être majoritaires et rendre définitivement impuissant M.Biden. Pendant ce temps, M.Trump a trouvé des moyens habiles de lever des masses d’argent. 

On avait enterré un peu vite M.Trump ? Décidément il semble que, pour une fois, j’ai vu juste. Il suit le scénario de tous les bons films d’Hollywood. L’Américain n’abandonne jamais, et il gagne contre vents et marées. Quitte, s’il le faut, à faire sauter la planète, dirait S.Kubrick. 

Combattre Zemmour

Comment combattre Eric Zemmour ? se demandent les partis politiques. 

Peut-être imiter MM.Biden et Johnson ? Ils ont cherché à comprendre pourquoi on avait voté Trump et Brexit. Et ils ont trouvé l’équivalent de nos gilets jaunes (probablement en plus mauvais état). Des gens qui avaient beaucoup de difficultés. 

Et le discours ? Pas besoin de surenchère. Simplement leur annoncer que l’on va les sortir de l’ornière. Solidarité. Comme le gouvernement l’a fait avec l’économie pendant l’épidémie. 

Et si tout le monde retrouve de « bons emplois », comme on le dit en Angleterre, cela signifie que l’économie marche, et que les dettes n’en sont plus, elles ont été des investissements. 

Marx avait-il raison ?

Marx aurait dit que le capitaliste vendrait la corde pour le pendre. Il y a du vrai là dedans. L’appât du lucre fait faire n’importe quoi. Y compris vendre des armes à des personnages douteux. Pour autant le capitalisme n’a pas disparu. 

Michael Porter a une théorie qui va dans ce sens mais qui paraît mieux étayée. Pour lui la culture d’un pays peut être le facteur limitant de son économie. La société américaine semble produire pauvreté, et inégalité alors que l’économie a besoin de richesse et d’égalité (d’un marché de plus en plus sophistiqué et exigeant). Tout cela, d’ailleurs, peut venir de principes simples : l’honneur de l’Américain est de « s’en sortir seul ». Il n’a pas de projet pour la société. 

Cela montre aussi probablement la difficulté du changement : comment faire évoluer des idées si puissamment ancrées dans une culture ? 

Pour autant, la société américaine d’après guerre, dite « d’abondance », fut le triomphe de la technocratie. Et aujourd’hui, j’ai l’impression que la solidarité revient. Peut-être, d’ailleurs, que c’est un effet de l’individualisme ? L’individualiste qui souffre élit Trump, puis Biden, et c’est le retour de Roosevelt ? Rien n’est simple Mr Marx ?

Le monde selon Trump

Biden, Trump, même combat ? Voilà ce que l’on entend. Conséquence des sous-marins australiens. 

Question d’hommes ou de principes ? Et si le principe américain était le rapport de force ? Protégez-moi de mes amis… Et ce rapport est plus facile à appliquer vis-à-vis de quelqu’un qui a confiance en vous que vis-à-vis d’un ennemi. 

Si je suis milliardaire, c’est parce que j’ai travaillé dur pour cela. Vous n’en fûtes pas capable, obéissez, maintenant. On retrouve ce raisonnement partout. Je me souviens d’une interview par France Culture d’une démocrate américaine qui disait que la classe moyenne blanche devait ses conditions de vie à ce qu’elle ne voulait pas s’adapter à la modernité : qu’elle ne vienne pas se plaindre ! La « méritocratie » est une justification de la domination des intellectuels. Ces thèses ne sont pas qu’américaines, bien sûr. 

Notre société est constituée de patrons et d’intellectuels, des Chinois et des Suisses. Comment faire que des individus n’utilisent pas le rôle que leur donne la société humaine pour détruire cette société ? La question que nous pose M.Biden ? Comme quoi l’égoïsme myope peut avoir des mérites ?

La France torpillée

Cette semaine on parlait d’un contrat de 50md€. L’Australie n’achète plus des sous-marins français. Elle fait équipe avec l’Angleterre et les USA contre la Chine. Bien entendu, comme au temps de la guerre froide, c’est une bonne affaire pour l’économie américaine. Tout l’intérêt de la Chine est peut-être là : justifier un néoprotectionnisme favorable à une relocalisation ?

J’entendais la radio dire que M.Biden se comportait comme M.Trump. Ce qui n’est rien comprendre à l’Amérique. M.Trump était l’archétype de l’Américain. Si on le lui a reproché, c’était le jeu de la politique comme d’habitude. 

Mais cela nous pose surtout une question, à nous Européens. Qui est le pire : le Chinois ou l’Américain ? L’un qui veut envahir Taiwan et l’autre qui exploite ceux qui lui font confiance ? Comment vivre entre Charybde et Scylla, lorsque l’on est aussi divisé que l’UE ? 

Pacifier le Taliban

Biden au cocotier ? Je sens la presse, grand arbitre de la morale, hésitante. Ne doit-elle pas en faire un bouc émissaire ? Il est vrai qu’il ne fait que poursuivre la politique de MM. Trump et Obama, mais, tout de même…

J’ai tendance à croire le contraire. Comme l’ont découvert nos présidents, il est plus difficile de conquérir le pouvoir que de le conserver. On nous parle beaucoup de « pédagogie », mais, en termes de pédagogie, il n’y a que l’expérience qui vaille. C’est au Taliban, maintenant, d’apprendre. Peut-être, d’ailleurs, qu’il a un peu appris du passé : si mes souvenirs sont bons, il a fait une première tentative de gouvernement, qui a mal tourné. 

Quant aux USA, ils ne font plus le show. Pour la Chine, le Pakistan, l’Iran ou la Russie, fini de rire. Ils vont devoir vivre avec une nuisance qui est à leur porte. 

Reste le peuple afghan. C’est peut-être là que réside la responsabilité de l’Occident. Il va falloir jouer « entreprise libérée ». Apprendre à utiliser l’influence plutôt que la force, pour éviter aux Talibans de céder à de fâcheuses tentations. 

Les vertus de la liberté

Joe Biden se révèle. Il renverse un demi siècle de politique américaine, et fait passer pour un benêt le si génial B. Obama et son QI hors norme. 

C’est étonnant quand on y songe. Pendant 8 ans, lorsqu’il était vice président, il a joué un rôle de potiche.

Drame de l’organisation hiérarchique ? Elle fait de nous un rouage, elle se prive de notre talent ? Et si, entre l’anarchisme et la bureaucratie, il y avait un juste milieu optimal ?

Le sablier et le nain de jardin

Changement aux USA. Aussi bien à gauche qu’à droite, il n’y en a plus que pour le « col bleu » et pour la classe moyenne. 

Hier, les prospectivistes parlaient de « sablier ». La révolution « digitale » créait une société sans classe moyenne. Quelques esprits supérieurs en haut, une masse non qualifiée en bas. Mais, « digital » ou pas, il semble que la classe moyenne ait fait l’objet de la haine des nouvelles élites, celle des diplômés, qui y voyaient, comme Sartre probablement, les valeurs de la bourgeoisie honnie, et de son mauvais goût. Leur programme : le génocide du nain de jardin. 

« la notion de « classes moyennes », qui devait prendre tant d’importance chez Aristote, ne correspondait pas à une réalité sociale ou économique de la cité grecque, coupée entre riches et pauvres : elle prit corps comme une espérance pour échapper aux maux des guerres civiles. » dit J.de Romilly.

L’élection de M.Trump, le Brexit, la menace RN toujours présente, le djihadisme… voilà qui a fini par nous faire croire qu’il y avait quelque chose de juste dans la pensée grecque ? 

Plutôt nain de jardin que mort ?